Aperçus au sens de la vie, à la spiritualité

 

Vous trouverez une première contribution à la spiritualité (que je ne désavoue pas bien qu’elle soit un peu trop dense) sur le site parent. Ces aperçus sont destinés à présenter sous forme d’une suite de courtes réflexions des compléments aux informations contenues dans ce site parent.

 

Premier aperçu : Un rapport étonnant

 

Je désirais débuter cette série d’aperçus par quelque chose comme : « Je sais bien que notre monde respecte essentiellement les valeurs marchandes au lieu des valeurs spirituelles etc. » puis j’ai voulu vérifier l’ampleur du désastre et je me suis amusé à faire des requêtes Google sur « sens de la vie » , « recherche de spiritualité » et, d’un autre côté sur « devenir riche », « gagner plus d’argent ». Á ma grande surprise la somme des réponses relatives à la spiritualité totalise dans les 130 millions alors que celles relatives à l’argent totalisent ‘misérablement’ dans les 30 millions. En somme, les utilisateurs internet intéressés pas leur spiritualité sont entre trois et quatre fois plus nombreux que ceux intéressés par leur argent. Les résultats en langue anglaise donnent à peu près le même résultat.

Si les écarts n’étaient pas aussi grands, on pourrait accuser ma formulation et la recherche Google d’être imprécises. En fait, le rapport exact n’est pas important pour moi car s’il y avait 4 fois moins de gens à penser à leur spiritualité qu’à penser au fric, j’aurais déjà été stupéfait !

 

Les ‘vrais gens’ du web sont au moins trois fois plus nombreux à s’intéresser au sens de leur vie et à leur spiritualité qu’à l’accroissement de leurs ressources financières.

 

Aperçu 2. Finalement, pourquoi donner un « sens à sa vie » ?

 

Rappel : dans le premier de ces aperçus, nous avons constaté que « Les ‘vrais gens’ du web sont au moins trois fois plus nombreux à s’intéresser au sens de leur vie et à leur spiritualité qu’à l’accroissement de leurs ressources financières ».

 

L’idée que je désire présenter en postant ici de multiples petits aperçus sur ce sujet se résume en une phrase simple à dire, mais difficile expliquer, encore plus à pratiquer :

 

Donner un sens à sa vie » c’est donner un sens à sa mort, l’un ne peut aller sans l’autre.

 

Cette idée est loin d’être nouvelle, elle est même un des fondements des religions qui, en principe au moins, sont là pour donner sens à nos vies aussi bien qu’à nos morts. Nous sommes tous conscients de ce problème excepté peut-être certains individus jeunes qui auraient tendance à le négliger, mais son existence devient une évidence pour les plus âgés, comme nous allons maintenant le voir.

 

La notion de démence sénile est en train de disparaître de notre vocabulaire : on parle soit de maladie d’Alzheimer pour les personne âgées, soit d’Alzheimer précoce pour les plus jeunes, soit de démence juvénile quand la jeune personne n’a pas cette maladie dégénérative. Ceci est une façon hypocrite de ne plus parler d’un problème réel, car la démence sénile existe bel et bien et elle est provoquée par une forme de panique devant l’arrivée de la mort.

À partir d’un certain âge, la déchéance physique devient si évidemment irréversible qu’il est impossible de s’illusionner sur le fait que ce n’est pas la mort qui arrive déjà. Ceci enlève toute conviction à nos petits raisonnements d’immortalité temporaire du type : « Mon état actuel va bien encore durer dix ans, je penserai à ma mort dans dix ans », et ce raisonnement se répète tous les dix ans. Ces dix, vingt ou trente ans passent à toute vitesse et la porte qui ferme notre esprit à la pensée de notre mort se désagrège sous les coups de la déchéance physique et intellectuelle. Alors, le ‘vieillard’ (disons de 75 ans : exactement mon âge) s’aperçoit que sa vie n’a eu quasiment aucun sens, qu’elle a été une répétition de gestes machinaux, de décisions mal réfléchies, d’espoirs déçus. Une personne âgée se trouve ainsi coincée entre l’arrivée de la mort qui lui paraît totalement ‘insensée’ et une vie dont elle se rend compte, enfin, qu’elle a été ‘insensée’ elle aussi. Le petit aphorisme encadré plus haut devient une tâche obligatoire pour celui qui veut comprendre pourquoi il va mourir. Cette tâche est beaucoup plus ardue qu’il y paraît et la plupart des séniors sont incapables de l’accomplir. Ceux qui réussissent leur examen de conscience vont cesser de craindre leur mort et l’attendre tranquillement, dans une attitude de : « On n’est pas pressé ». Les autres n’échouent jamais vraiment cet examen, mais ils s’aperçoivent douloureusement de leur incapacité à le réussir et deviennent, d’une façon ou une autre, obsédés par leur problème ce qui donne l’impression qu’ils sont des déments, qu’ils aient ou non un Alzheimer.

 

(Aperçu sera ensuite sous-entendu)

3. Généralités sur les moyens à se donner

 

Comment en pratique obtenir les armes psychiques nécessaires pour donner sens à notre vie afin d’éviter cette déchéance ultime qu’est la démence sénile telle que je viens de la définir ? Une première difficulté est que la réponse : « Il faut vivre pour préparer sa mort » qui semble évidente est de fait la pire possible ! Il faut vivre pour le plaisir de vivre sinon, on tombera dans la trappe classique du : « J’ai vécu pour préparer ma mort et, maintenant qu’elle arrive, je m’aperçois que je n’ai jamais vraiment vécu ». La solution doit donc passer par un : « Il faut préparer sa mort en vivant pleinement le plaisir de la vie » qui ressemble à une contradiction logique. La réponse n’est ni unique ni simple. Mes petits aperçus vont tenter de constituer une sorte de ‘manuel de la vie heureuse pour une mort heureuse’, au moins pour ceux qui ont la liberté d’orienter leurs choix de vie, c’est-à-dire des conditions de vie à peu près normales.

Les personnes concernées ne sont donc pas aussi gravement malades que leurs choix soient déjà fixés par la nécessité de survivre à la maladie. De plus, elles ont déjà vécu une partie de leur vie (disons qu’elles ont au moins une trentaine d’années) afin qu’elles puissent se rendre compte du bien ou du mal fondé, pour elles, de mes conseils : en d’autres termes, il faut qu’elles puissent les comprendre dans leur vécu, et non seulement au moyen de leur pensée abstraite – ce que j’appellerai l’intellect dans la suite. Pour illustrer cette nécessité, nous aborderons bientôt le problème des conflits entre l’être et le paraître, c’est-à-dire comment supporter les contraintes sociales qui nous obligent à paraître alors que nous ressentons tous que le chemin vers la spiritualité ne passe pas du tout par ce paraître social.

 

(parenthèse personnelle, à ne pas publier)

L’obligation à modifier un peu notre vocabulaire

 

Il est assez facile de parler du paraître qui comprend tous nos comportements motivés par nos relations sociales. L’être résiste mieux à l’analyse et je vais être donc obligé de définir certains mots pour les distinguer de leur usage commun.

La notion d’âme, par exemple, a été tellement commentée dans le contexte de la civilisation chrétienne qu’il est impossible de l’utiliser sans évoquer des raisonnements propres à cette religion. C’est pourquoi je vais bannir le mot ‘âme’ de mon vocabulaire et utiliser l’expression ‘corps physique’ pour parler du corps matériel, et utiliser l’expression ‘corps subtil’ pour parler d’un corps immatériel, qui recouvre ce que l’on appelle habituellement ‘âme’ ou ‘aura’. Le mot ‘corps’ sans qualificatif désignera les deux corps existants, le physique et le subtil. Ce vocabulaire me permettra de parler sans contorsions verbales du ‘corps subtil’ qui donc considéré ici comme étant ‘évidemment’ un corps mais qui se comporte autrement que le corps matériel. Un exemple de l’utilité de ce vocabulaire est celui des discussions relatives à la ‘sortie du corps’ qui est importante en chamanisme. Ces presque incompréhensibles ‘sorties du corps’ (par exemple la question classique : « Cette sortie est-elle ‘réelle’ ou une simple imagination ? ») deviennent de simples manifestations du corps subtil et on peut sereinement commencer à les décrire avec plus de précision. Inversement, voici un exemple de débat chrétien qui devient malaisé avec mon vocabulaire : toutes les questions du monisme et du dualismes, liées à la séparation ou non de l’âme et du corps, deviennent quasi incompréhensibles si on utilise le vocabulaire que je vous propose.

D’autre part, je ne désignerai jamais les productions de cette partie du corps physique qui s’appelle le cerveau avec des mots apparentés à ‘esprit’ ou ‘spiritualité’ qui sont réservés aux manifestations des êtres subtils. Un esprit n’est donc pas une manifestation de notre cerveau physique mais elle peut être une manifestation de notre ‘cerveau subtil’ qui a, bien entendu, une composante immatérielle. La ‘spiritualité’ dont nous parlons dans le titre de ces Aperçus n’est pas celle du monde chrétien mais désigne le comportement d’êtres comme ce que nous appelons des ‘fantômes’ ou des ‘fées’ ou des ‘démons’ ou des ‘revenants’ ou des ‘esprits du lieu’ ou des ‘elfes’, ou même des ‘anges gardiens’ etc. Ce vocabulaire considère donc comme acquise l’existence de tels êtres subtils et permet d’attribuer aux êtres vivants la possibilité de se manifester de façon soit physique, soit subtile, soit les deux à la fois.

 

Rappelons-nous cependant toujours que cette définition de la spiritualité inclut toute sorte de comportements connus pour avoir été pratiqués par nombre d’imposteurs naïfs et de charlatans dangereux ! Ceux qui combattent l’imposture et le charlatanisme utilisent souvent un vocabulaire inutilement injurieux mais leur action désinfectante doit être respectée.

 

Pour désigner les manifestations du cerveau physique, nous utiliserons les mots ‘intellect’ ou ‘intellectualité’ ou ‘raisonnement’ pour des pensées s’exprimant par la parole ou l’écriture, de ‘visualisation’ pour des pensées s’exprimant par l’image, de ‘sensation physique’ pour des pensées s’exprimant en une réaction corporelle. Nous n’aurons pas besoin ici d’aborder les sons et les odeurs bien qu’il existe évidemment aussi des ‘sons subtils’ et des ‘odeurs subtiles’ au sens que nous donnons au mot subtil. Pour nommer les manifestations subtiles du corps, cerveau compris, nous utiliserons ‘sensations subtiles’ afin de les distinguer des sensations physiques comme faim, essoufflement, sexualité etc.

 

Il existe encore une foule de mots qui désignent des qualités abstraites comme ‘pensée’, ‘éthique’, ‘force et faiblesse’, ‘intelligence, compréhension, et stupidité’, ‘endurance et fragilité’, ‘joie et peine’, ‘mépris et admiration’ etc. que nous utiliserons dans leur sens habituel.

 

4. L’être et le paraître (1)

 

Tout d’abord, remarquons combien de vieillards sont qualifiés de ‘désagréables’ car ils rejettent les conventions sociales du paraître en affichant leurs récriminations ou leur irritation. Ils se rendent compte que la ‘politesse’ ne signifie plus rien pour un être touché par la mort. Cet ultime sursaut ne leur apportera pas grand-chose mais il illustre bien l’hypocrisie profonde de certaines conventions sociales.

 

La pédagogie connaît bien la différence entre la motivation interne des élèves, liée à leur intérêt pour ce qu’ils apprennent, et leur motivation externe, liée au désir d’éviter des punitions et à celui de recevoir des récompenses. En première analyse, la différence entre l’être et le paraître peut sembler du même ordre. Ceux qui s’attachent à ‘être ’ utilisent des critères internes d’auto-évaluation, ceux qui s’attachent au ‘paraître’ utilisent des critères d’évaluation fondés sur ce qu’ils croient être le jugement d’autrui. Il est cependant nécessaire de prendre en compte deux complications qui bouleversent ce schéma simple.

La première est qu’il existe de multiples critères d’évaluation externe qui sont devenus inconscients car ils ont été acquis pendant l’enfance et la jeunesse. Le sujet les prend pour des critères d’auto-évaluation.

Un exemple simple est celui des règles de conduite à table. L’enfant à qui ces règles auront été enseignées avec patience et amour va les considérer comme naturelles et appartenant à son ensemble personnel de critères d’évaluation. S’il s’est révolté contre ces critères pendant son adolescence, qu’il prenne ces règles contre-pied ou qu’il finisse par les adopter quand même, son rejet et/ou son acceptation des règles familiales auront comme fondements un paraître familial.

La deuxième complication est que les critères d’évaluation externes ne sont pas toujours fournis explicitement au sujet. Il peut se passer des années avant que le sujet ne s’en rendre compte.

Par exemple et dans le sens ‘oubli de jugement négatifs’ : une attitude externe polie peut dissimuler un mépris qui restera inconnu du sujet. La pitié et la compassion exagérées en sont des illustrations flagrantes. Le cas de la pitié portée aux handicapés, dont on sait qu’elle les irrite fortement quand ils s’en rendent compte, dissimule souvent un mépris caché. Un contre-exemple de cette attitude se trouve dans la strophe 71 du Hávamál où le dieu Óðinn (Odin) recommande implicitement le respect pour des handicapés, non par compassion, mais parce que leur handicap peut les rendre particulièrement utiles dans certaines circonstances.

Par exemple encore, mais dans le sens ‘oubli de jugements positifs’, une attitude externe agressive peut dissimiler une admiration ressentie comme humiliante par le méprisant. Le cas des ‘surdoués’ soumis à des agressions incessantes de la part des ‘sous doués’ en est une illustration flagrante.

 

5. L’être et le paraître (2)

 

Un exercice utile de sincérité consiste à se poser la question de savoir si chacune de nos actions est motivée par notre besoin d’être ou bien à notre besoin de paraître. Nous remarquons sans peine chez les autres leurs postures dans le paraître si bien que nous pouvons croire facile de reconnaître quand nous sommes dans le paraître, moyennant un minimum de sincérité. Cependant, nous venons de voir comment la vie sociale, depuis notre plus tendre enfance, nous a conditionnés au paraître. L’adolescence est, en quelque sorte, la seule période la vie durant laquelle nous rejetons le paraître. Mais ceci se produit avec une telle colère que les adolescents sont généralement inconscients de leurs motivations et enfouissent le paraître bien réel qu’ils ont acquis pendant l’enfance sous leur soif d’être. Tout ce paraître acquis sans problème dans la petite enfance devient ainsi inconscient après la crise de l’adolescence qu’il se manifeste par un rejet ou par une acceptation. Ainsi, notre capacité à différencier notre être et notre paraître, et ce même avec la meilleure foi du monde, peut s’effondrer sans que nous puissions nous en rendre compte.

Nous sommes donc coincés entre un paraître inconscient et un paraître social, ce qui laisse une place minimale à l’être qui peut même disparaître totalement si nous ne traitons pas ce problème avec suffisamment de précaution.

 

En tous cas, lorsque nous hésitons dans notre auto-évaluation en nous demandant si nos actions sont dirigées par une ‘vraie’ auto-évaluation ou par une évaluation externe inconsciente, il est capital de ne pas être dogmatique sur le sujet. Il arrive souvent que nos fonctions sociales nous imposent un certain paraître. Par exemple un éducateur peut difficilement adopter une tenue vestimentaire trop hors norme, qu’elle soit trop négligée ou trop raffinée, car les deux sont une source potentielle de chahut. Dans un tel cas, une forme de résignation face à l’obligation sociale est la seule solution et il est judicieux d’ajouter un certain humour à cette résignation afin de la rendre moins pénible.

 

 

En conclusion, l’auto-évaluation devrait toujours se faire sans se prendre trop au sérieux. Ceci permet d’éviter de nous sentir coupables d’un comportement dans le paraître dont nous ne sommes que partiellement responsables. Il arrive cependant que l’on se prenne au jeu imposé par la société et que l’on oublie que ce paraître nous a été imposé. C’est dans ce cas que, devenus vieux, nous n’arriverons plus à donner sens ni à notre vie, ni à notre mort. De telles petites erreurs répétées tout au long de notre vie, chacune semblant insignifiante, par leur accumulation peuvent empêcher une personne âgée de réussir l’examen de conscience nécessaire à une mort apaisée.

 

Analysant les diverses réactions que ces aperçus ont suscités,

 

6. L’être et le paraître (3 et fin)

Que faire en pratique ?

 

Je suis un humain, bien sûr j’en conviens,

Entre être et paraître passe mon chemin,

Entre moi et l’autre peine mon cerveau :

À moi de démêler tous ces écheveaux,

Avant que la mort n’en tranche brutalement

Nœuds et entrelacs, et les plonge dans le néant.

 

Il me semble que, pour de nombreuses personnes, la différence entre l’être et le paraître ne soit pas vraiment significative ni utile. Je comprends que certains ne voient pas encore le lien entre le fait de vivre dans le paraître ou vivre entre l’être et le fait d’accepter harmonieusement sa propre mort. Mais la différence entre les deux se marque aussi dans la vie de tous les jours. C’est une sorte d’évidence, mais j’y reviens un peu quand même.

Considérez donc les positions deux extrêmes associées à ces idées.

Les personnes qui vivent exclusivement dans le paraître, c’est-à-dire celles qui accordent toute leur attention à la façon dont ils sont ressentis par les autres, ont aliéné totalement leur liberté personnelle et agissent exclusivement en fonction du ressenti qu’ils croient percevoir chez les autres, étant entendu qu’ils peuvent, en plus, se tromper dans leur croyance. D’autre part, les réactions des autres à chacune de nos actions sont difficilement prévisibles. En d’autres termes, ils se rendent impossible une vie tant soit peu cohérente, elle n’a pas de « sens ».

Les personnes qui vivent exclusivement dans l’être, c’est-à-dire celles qui ignorent totalement le jugement des autres sont de deux catégories. Ou bien ils vivent en ermites et ont donc coupé tout lien avec la société. Ou bien, ils sont des malades que leur environnement social indiffère, ce qui comprend l’ensemble des personnes affectées par la maladie d’Alzheimer. Les célèbres symptômes de cette maladie montrent bien que cette absence de prise en compte de l’environnement social les rend erratiques et il leur est impossible, excepté les hermites, de mener une vie tant soit peu cohérente, eux aussi. Cette vie n’a pas de « sens’ » non plus.

 

C‘est bien pourquoi « entre être et paraître passent nos chemins » et qu’il nous faut trouver un équilibre, sans doute différent pour chacun, afin d’avoir une vie qui n’aille pas à hue et à dia, c’est-à-dire déjà simplement afin d’avoir un chemin qui fait sens. D’autre part, et quant à notre équilibre entre la vie et la mort, il nous faut insister sur le fait que le rôle du paraître est nous faire oublier notre mort, et c’est bien ce que le plus grand nombre de personnes cherchent à faire. Inversement, la thèse que je soutiens ici est que l’on peut échapper ‘par le haut’ à ce grave problème en se moquant un peu de son paraître et en concentrant ses efforts sur la reconnaissance de son être. Ceci nous conduit à accepter notre mort.

 

Tout ceci explique pourquoi il est si important de différencier les deux notions, mais ne dit pas que ce soit tâche facile. La difficulté est accentuée, dans notre société, par la politesse ou l’obligatoire compassion à afficher face aux handicapés de toute sorte. La fable « Le Meunier, son fils, et l’âne », de Jean de la Fontaine, montre bien qu’au 17ème siècle les gens ne se gênaient pas pour exprimer à voix haute leur réprobation face à un comportement qu’ils jugeaient étrange. Chacun se voyait brutalement confronté à son paraître et ne pouvait pas l’ignorer. Les reproches à l’heure actuelle ont complètement changé de nature. Personne n’oserait dire mot face aux comportements à peu près normaux du meunier. Par contre, le premier exemple du conte, celui où ils portent l’âne à eux deux, les conduirait tout droit à l’hôpital psychiatrique. Ainsi, vous ne pouvez pas compter sur vos amis – même sur les plus intimes – pour vous prévenir qu’ils considèrent que votre paraître est tant soit peu anormal et, a fortiori, pour vous aider à faire la différence entre l’être et le paraître. En fait, chacun d’entre nous a adopté aveuglément la conclusion du meunier (bien que peu nombreux soient ceux qui en conviennent) :

 

Je suis un Âne, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue ;

Mais que dorénavant on me blâme, on me loue,

Qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien,

J’en veux faire à ma tête. Il le fit, et le fit bien.

 

Par contre, cette fable illustre parfaitement bien que chacun est magnifiquement équipé pour détecter le paraître des autres. Ainsi, la solution pour se rendre compte de son propre paraître est de s’entraîner à le détecter chez les autres afin d’apprendre comment agit une personnes qui est dans le paraître. Ceci nous conduit à reconnaître le paraître en général et il faut encore trouver le courage de s’appliquer à soi-même les règles de reconnaissance du paraître qu’on a détectées grâce aux autres.

 

Renoncer à faire cet effort, c’est choisir inconsciemment de ne pas donner un sens à sa vie ! C’est se dire : « Pour le moment, je préfère encore oublier ma mort plutôt que de chercher à l’accepter ».

Et il y a toutes chances que ce « moment » dure jusqu’à ce que la mort frappe à la porte.

 

Le seule vraie difficulté qui reste à vaincre est celle de ne pas rester enfermé sur soi-même quand on s’efforce de reconnaître ce qui constitue son « être vraiment profond ». Il s’agit en fait de se comparer aux autres dans une attitude ‘généreuse’. Le type de générosité dont je parle ici est celui qui admet que l’on évalue l’être des autres sans chercher (ce que l’on fait souvent) à détecter en quoi ils sont inférieurs à soi, mais en cherchant à trouver en quoi ils sont supérieurs à soi. Leurs infériorités nous apparaîtront sans difficulté, restreignons-nous à leurs supériorités sans craindre d’oublier quelque chose !

 

En fin de compte, c’est cette « comparaison généreuse » des autres qui est la partie difficile à appliquer du programme pour « donner un sens à sa vie » que je vous propose ici. Nous reviendrons dans la suite sur cette générosité un peu spéciale. D’autre part, le temps qui nous sépare de l’arrivée de notre propre mort ne fait rien à l’affaire. Jeunes et vieux ont leurs difficultés propres à juger « généreusement les autres ».

 

Voici la partie de la fable qui illustre notre argument, donnée par le site « www.la-fontaine-ch-thierry.net »

 

J'ai lu dans quelque endroit qu'un Meunier et son Fils

L'un vieillard, l'autre enfant, non pas des plus petits,

Mais garçon de quinze ans, si j'ai bonne mémoire,

Allaient vendre leur Âne un certain jour de foire.

Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit,

On lui lia les pieds, on vous le suspendit ;

Puis cet Homme et son Fils le portent comme un lustre ;

Pauvres gens, idiots, couple ignorant et rustre.

Le premier qui les vit de rire s'éclata.

Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là ?

Le plus Âne des trois n'est pas celui qu'on pense.

Le Meunier, à ces mots, connaît son ignorance.

Il met sur pied sa Bête, et la fait détaler.

L'Âne, qui goûtait fort l'autre façon d'aller,

Se plaint en son patois. Le Meunier n'en a cure;

Il fait monter son Fils, il suit : et, d'aventure

Passent trois bons Marchands. Cet objet leur déplut.

Le plus vieux au Garçon s'écria tant qu'il put :

Oh là oh, descendez, que l'on ne vous le dise,

Jeune homme qui menez Laquais à barbe grise ;

C'était à vous de suivre, au Vieillard de monter.

Messieurs, dit le Meunier, il vous faut contenter.

L'enfant met pied à terre, et puis le Vieillard monte,

Quand, trois filles passant, l'une dit : C'est grand honte

Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,

Tandis que ce nigaud, comme un évêque assis,

Fait le veau sur son Âne et pense être bien sage.

Il n'est, dit le Meunier, plus de veaux à mon âge.

Passez votre chemin, la Fille, et m'en croyez.

Après maints quolibets coup sur coup renvoyés,

L'Homme crut avoir tort et mit son Fils en croupe.

Au bout de trente pas, une troisième troupe

Trouve encore à gloser. L'un dit : Ces gens sont fous!

Le Baudet n'en peut plus, il mourra sous leurs coups.

Hé quoi, charger ainsi cette pauvre Bourrique !

N'ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ?

Sans doute qu'à la foire ils vont vendre sa peau.

Parbleu, dit le Meunier, est bien fou du cerveau

Qui prétend contenter tout le monde et son père.

Essayons toutefois, si par quelque manière

Nous en viendrons à bout. Ils descendent tous deux.

L'Âne, se prélassant, marche seul devant eux.

Un Quidam les rencontre, et dit : Est-ce la mode

Que Baudet aille à l'aise et Meunier s'incommode ?

Qui de l'Âne ou du Maître est fait pour se lasser ?

Je conseille à ces Gens de le faire enchâsser.

Ils usent leurs souliers et conservent leur Âne :

Nicolas au rebours ; car quand il va voir Jeanne,

Il monte sur sa bête ; et la chanson le dit. (10)

Beau trio de Baudets! Le Meunier repartit :

Je suis Âne, il est vrai, j'en conviens, je l'avoue ;

Mais que dorénavant on me blâme, on me loue ;

Qu'on dise quelque chose ou qu'on ne dise rien,

J'en veux faire à ma tête. Il le fit, et fit bien.

 

Je termine par un petit clin d’œil runique. Ceux qui connaissent les runes pourront reconnaître la rune Raido (la rune du voyage vers l’autre) dans la faculté de rencontrer les autres avec générosité. La rune Kaunan (ou Kenaz pour les Anglo-saxons) est celle de notre feu intérieur, appelé avec pessimisme « ulcère » par les Germains, c’est-à-dire celle de notre « être » à proprement parler.

 

 

7. Aller vers l’autre (1)

Vocabulaire de la « comparaison généreuse »

 

Ces questions de vocabulaire sont un peu ennuyeuses mais elles conditionnent un « aller vers l’autre » effectif. Sinon, chacun s’accroche à ses propres définitions et les discussions tournent à vide. J’ai choisi, comme ressource de base, d’utiliser les définitions du dictionnaire « Trésor de la langue française (TLF) » car il est gratuitement accessible à tous, en ligne à http://atilf.atilf.fr/ . Voici donc les définitions que je désire utiliser ici.

 

Générosité :« Qualité de celui (celle) qui est enclin(e) à s'occuper des autres sans préoccupation d'intérêt personnel. » La générosité est essentiellement une attitude conduisant à des actions (le généreux est « enclin à s’occuper des autres… »), plutôt qu’un sentiment. Si on parle de ‘disposition’ à la générosité’ alors cela peut être une « disposition à la bienveillance, à la bonté, au pardon ». Cependant, la générosité est essentiellement active et exceptionnellement sentimentale.

Comparaison :« Acte intuitif consistant à rapprocher deux êtres ou objets de même nature pour mettre en évidence leurs ressemblances et leurs différences. »

Une comparaison n’est pas un jugement, ni même une évaluation. Jugement et évaluation sont tous deux destinés à comparer l’adéquation d’un individu ou d’une idée à une certaine norme. Le ‘juge’ est ou se croit le représentant d’une autorité reconnue, alors qu’une évaluation se fait à partir de critères qui sont objectifs ou sont présentés comme tels.

La Charité est une forme de générosité qui s’accompagne d’un amour désintéressé.

La Pitié et la Compassion sont toutes deux des sentiments d’affliction éprouvées pour les souffrances d’autrui. Dans le monde moderne, la pitié peut rester un sentiment alors que la compassion doit conduire à des actions pour soulager la souffrance d’autrui.

L’empathie est une projection de la personnalité de la personne empathique dans celle d’un autre afin de mieux ressentir et comprendre l’autre. Cette ‘sortie du corps’ associée à l’empathie a toujours existé comme une caractéristique de la « sorcellerie » dans les descriptions anciennes. La création assez récente (~ 1870) de ce concept en tant que faculté limitée à l’observation de l’autre (la sorcellerie prétend être aussi capable d’actions sur l’autre) lui a donné un vernis de  respectabilité dont il faut se méfier. En effet, bien « comprendre et ressentir » les souffrances d’un autre n’implique pas un sentiment de compassion et donc n’exclut pas un certain sadisme empathique. Il faut noter que l’usage courant du mot empathie ne poursuit pas celui qu’il était à l’origine, et il tend maintenant à prendre le sens d’une empathie charitable : nous ferons donc une différence entre ‘empathie’ et ‘empathie charitable’.

  

Ceux qui désirent une argumentation plus précise des définitions adoptées ici peuvent lire VocabComparaisonGenereuse

7. Aller vers l’autre (2)

La comparaison généreuse

 

Les définitions données ci-dessus illustrent bien la différence entre l’attitude généreuse et les autres qualités considérées comme spirituellement positives de charité, pitié, compassion et empathie charitable. On peut être généreux sans faire preuve d’amour ni d’empathie particulières pour celui envers qui on est généreux. En somme, en tant qu’action, la générosité peut porter à faire agir au contraire de ses sentiments, de sorte que l’on puisse agir généreusement vis-à-vis de personnes que l’on méprise ou que l’on hait. Dans ce dernier cas, la générosité étant définie comme « être enclin à s'occuper des autres sans préoccupation d'intérêt personnel » est sans doute plus difficile à actualiser sans vraiment aucune « préoccupation d'intérêt personnel », mais c’est parfaitement faisable.

 

Définition de la comparaison généreuse

 

Propriété n° 1. La comparaison généreuse s’appuie sur un comportement aussi louable que peu courant. Quand on compare soi-même à un autre, le soi et l’autre sont tous deux des êtres complexes sur lesquels peuvent être menées des milliers de comparaisons différentes. Le critère de choix qui permet de classer les comparaisons par importance est donc un facteur décisif. Très souvent, les critères de comparaison choisis sont dans le paraître alors que la comparaison généreuse ne sélecte que des critères relatifs à l’être – ce dont nous avons parlé dans les sections 4, 5 et 6 ci-dessus. Encore plus important, j’ai remarqué, aussi bien chez les autres que chez moi, que les défauts ou infériorités de l’autre ont une sorte de tendance naturelle à nous sauter aux yeux. La comparaison généreuse porte son effort sur des comparaisons, ou même des évaluations si c’est possible, dont le résultat est ‘meilleur’ pour l’autre que pour le moi. En d’autres termes, elle lutte contre la tendance naturelle à remarquer d’abord leur défauts. Elle nous conduit à nous intéresser en premier aux traits de l’autre qui conduisent à une comparaison plus flatteuse pour l’autre que pour le moi. En oubliant la comparaison, ceci pourrait aussi s’exprimer en disant que l’on recherche plutôt ses qualités chez l’autre, et non ses défauts, ce qui est en effet un comportement généreux.

 

Propriété n° 2. Enfin, l’action qui résulte de cette comparaison doit rester dans le même esprit que la comparaison proprement dite : la comparaison généreuse pousse le moi à chercher en quoi il peut aider l’autre à améliorer encore les traits flatteurs que la comparaison a détectés. Autrement dit, elle pousse le moi à aider autant que possible l’autre en quoi il m’est supérieur, non à lui mettre des bâtons dans les roues comme cela arrive parfois. Ce dernier point est capital. Par exemple, les enfants, en particulier, ont un génie pour évaluer ce en quoi les autres sont meilleurs qu’eux. Cependant, il réagissent souvent par des sentiments anti-généreux comme la jalousie, le ressentiment etc.

 

Et l’amour, alors ? Notez que la comparaison généreuse ne fait appel ni à l’amour, ni à la compassion, ni à la charité. Il est en conséquence délicat de mettre en évidence des exemples d’une telle générosité dans la société actuelle qui considère comme essentielles les valeurs d’amour et de compassion.

 

Deux illustrations

 

1. Dans la spitualité scandinave ancienne. J’en ai détecté de nombreux exemples intéressants dans le grand poème norrois qui est censé être exprimé par l’un de ses dieux, en l’occurrence le dieu Odinn (Óðinn – souvent désigné par ‘Odin’), aussi appelé ‘Le Haut’. Ce poème est en effet appelé « La parole du Haut » (Háva - mál = du_Haut - parole) et donc prétend nous transmettre la parole d’Odinn. L’exemple le plus frappant se trouve dans la strophe 71 où Odinn parle de quatre types d’handicapés (voyez http://www.nordic-life.org/MNG/IntrohaovamolFr.htm ): les ‘estropiés’ (ceux dont les jambes fonctionnent mal), les manchots, les sourds et les aveugles. Il ne fait aucun commentaire compassionnel, mais il dit clairement que les manchots peuvent être des bergers, les sourds sont excellents au combat et que les estropiés sont utiles un fois installés sur un cheval. Les aveugles sont les moins appréciés : il valent mieux qu’un mort. En filigrane, il faut lire que tous les handicapés peuvent se rendre utile à leur environnement social si celui-ci leur accorde une ‘évaluation généreuse’. Dans « La parole du Haut » ceci est exprimé explicitement pour les manchots et les sourds, implicitement pour les deux autres.

 

2. Position des handicapés dans notre civilisation. Le meilleur exemple de désir pour la comparaison généreuse auquel je puis penser dans notre civilisation est un peu négatif. Il s’agit justement du désir souvent exprimé par les handicapés de ne pas être traités avec compassion… et ils constatent en plus que la compassion n’est guère généreuse (au sens habituel du mot) avec eux ! Inversement, selon leur handicap et leurs capacités, ils réclament un traitement tel que leur juste valeur soit acceptée et judicieusement utilisée par notre société. En fait, ils souhaitent confusément que la strophe 71 de « La parole du Haut » leur soit appliquée.

 

Voici donc une deuxième condition nécessaire pour donner un sens à notre vie et à notre mort. Il est nécessaire de se placer le plus possible en condition de comparaison généreuse vis-à-vis d’autrui. Cette attitude nous aide à éviter toutes les compétitions un peu minables qui jonchent notre vie sociale. Amour et compassion sont des façons d’accepter autrui, bien entendu, mais elles tendent à provoquer une acceptation inconditionnelle qui est insoutenable pour la plupart d’entre nous. En leur ajoutant la comparaison généreuse, on accepte autrui en gardant les yeux grands ouverts, tout en exaltant la valeur d’autrui.

 

Rappelons que la première condition nécessaire est une conscience aigüe de son ‘être’ car c’est évidemment la seule chose sur laquelle nous avons la possibilité d’agir fortement. Nous ne pouvons pas éviter qu’autrui nous juge incessamment. En conséquence, chercher à diminuer d’abord son égo est un premier pas déplorable car, avant cela il est nécessaire de ne plus trop dépendre du jugement d’autrui qu’est le ‘paraître’.

 

 

Aperçu 8. Amour ou Respect :

secourir ou ne pas nuire ?

 

 

Le travail de traduction commentée du grand poème scaldique nommé Hávamál [note 1] m’a appris que les anciens norrois (même avant de devenir des ‘vikings’) vivaient dans une religion et un monde où les interactions positives entre individus passaient par l’établissement d’un contrat qui devait être respecté, lequel définissait des liens d’amitié et n’empêchait pas l’amour réciproque. Par exemple, les strophes 44 et 124 déclarent qu’une amitié sur laquelle on peut vraiment compter doit devenir fusionnelle (« tu dois fusionner en esprit avec lui (ton ami) »). Il est donc clair que le Hávamál, c’est dire la parole d’Ódhinn, fonde les liens sociaux positifs sur une ‘amitié contractuelle’ qui s’appuie implicitement sur une forme de  respect mutuel, mais qui peut évoluer vers un amour réciproque si telle est la volonté des deux partenaires. Ceci m’a poussé à supposer que la société norroise ancienne reposait sur le respect mutuel plutôt que sur l’amour tel que notre société s’en est longtemps vanté, malgré les mille plaintes des amours malheureuses chantées par nos poètes. D’ailleurs, ceci n’est peut-être plus vraiment exact dans la mesure où, depuis une vingtaine d’années, la croyance en ce qu’on nomme, souvent de façon inexacte, ‘empathie’ prend le pas sur l’amour tout en transmettant les mêmes valeurs.

S’il faut, comme les anciens norrois, commencer par le respect, pour éventuellement évoluer vers l’amour, ceci décrit une société qui marche à l’envers de la nôtre dans laquelle « l’important c’est l’amour » auquel il est bon d’ajouter une certaine dose de respect quand l’amour commence à s’épuiser.

D’autre part, tout le monde sait que plusieurs religions se fondent sur l’amour que le croyant doit porter à la divinité. D’une autre part encore, les textes en Vieux Norrois ne nous ont laissé que des allusions à la foi de leurs ancêtres et  les commentateurs universitaires de ces textes n’ont pas vraiment insisté, comme on peut le dire par litote, sur la spiritualité [note 2] de la civilisation objet de leur étude. C’est pourquoi je désire explorer avec un profond respect les mystères de la religion norroise ancienne afin de rechercher comment elle pourrait se manifester dans notre monde moderne.

 

***** [note 1]que vous trouverez sur mon site en français « Nordic Magic Healing MNG », http://www.nordic-life.org/MNG/ ***** 

***** [note 2] Voici un exemple typique dû à l’un des leaders britanniques du sujet: John McKinnel, Essays on Eddic Poetry, Toronto Press, 2014, p. 167-8) « ... as, indeed, most Norse heathenism  seems to have had rather little to do with ethics »  (comme, évidemment, la plus grande partie du paganisme norrois semble avoir eu plutôt  peu à voir avec l'éthique). Je rends ‘indeed’ par ‘évidemment’ mais ‘indeed’ est utilisé beaucoup plus rarement que ‘évidemment’,  il marque donc une sorte d’exclamation, ici une sorte de ricanement distingué.*****

Il faut aussi remarquer que cette approche est devenue ‘vieux jeu’ depuis une dizaine d’année et que plusieurs chercheurs modernes (mais pourquoi surtout des femmes ?) ont abordé ce sujet avec plus de respect.

Bien entendu, un amour sans respect et un respect sans amour, quand ils existent dans la vie ‘réelle’, correspondent à des situations assez rares où ‘l’amour’ devient totalement aveugle, et où le respect devient une sorte de crainte car il n’est pas causé par autre chose que par de grandes différences de statut social. Mais par quoi faut-il commencer si l’on désire établir une relation durable ? Comme les anciens norrois ou comme les français modernes ? Notre reconstruction de leur religion doit-elle se fonder sur l’amour des dieux ou sur le respect des dieux ? Voilà pourquoi j’ai ressenti la nécessité de préciser ce que ces deux mots recouvrent afin de mettre en évidence si l’un a vraiment priorité sur l’autre dans le monde moderne.

Le respect et l’amour sont deux mots d’usage courant et chacun en donne une définition liée à son expérience propre. Pour essayer de sortir de ma propre expérience et le lecteur de la sienne, j’ai considéré que les bons dictionnaires, bien qu’ils ne donnent pas des définitions claires des deux mots qui nous intéressent, en donnent de multiples et de nombreux exemples desquels on peut extraire un noyau essentiel dont toutes les autres définitions découlent par une spécification. Le mot amour, surtout en français, a pris tellement de sens différents que ce travail d’extraction d’un noyau essentiel est très difficile. C’est pourquoi je commencerai à chercher ce qui constitue l’essentiel du respect.

 

SUR LE RESPECT

 

Le respect est une forme d’acceptation de l’existence de l’autre ou de soi-même qui se traduit par un comportement de ‘non nuisance’ à l’autre ou à soi-même. Ne pas nuire semble moins opérant que secourir et pourtant ce comportement est central à la notion de respect : quand on respecte une personne, en tous cas, on évite autant que possible de lui nuire. Si nous commettons une erreur sur ce plan, alors nous ferons tout pour réparer les conséquences de cette erreur même si le (maladroitement) respecté nous manifeste clairement son ressentiment.  

Si notre respect est donné librement, c’est-à-dire un ‘respect délibéré’, alors cette non nuisance tend à prendre même la forme d’un désir de protection de l’être ou de l’objet respecté qui ressemble à de l’amour, ou même peut en devenir car le respect n’empêche pas du tout l’amour.

Si, inversement, le respect nous est imposé par une force supérieure, ce qui provoque un ‘respect forcé’, il tend à prendre la forme d’une soumission. Pour les individus qui se soumettent facilement, cette soumission les porte, comme le respect délibéré, à protéger l’être respecté. Pour les individus tant soit peu rebelles, cette soumission forcée prend la forme d’une crainte et d’une détestation qui les porte à se retenir (par prudence et non par respect) de nuire à l’être respecté et détesté.

 

Mais ceci n’est que la moitié du noyau de définition du respect car celui-ci ne se justifie pas par lui-même comme l’amour tend à le faire. Il se justifie par l’existence chez l’autre d’une propriété qui provoque notre respect, c’est-à-dire qu’on respecte ‘pour quelque chose’ : il est nécessaire d’avoir une ‘cause’ qui nous pousse à respecter. Si notre respect est donné librement (‘respect délibéré’), cette cause est désignée par un mot laudatif désignant habituellement une qualité. Une personne sera respectée à cause d’une ou de plusieurs de ses qualités. Notez que l’existence du respect est conditionnée par le fait que le respectueux a évalué le respecté, et qu’il l’a jugé digne de son respect. Dans le cas particulier du ‘respect forcé’, sa cause est réduite à la puissance de l’être (détesté et) respecté. Le sujet respectueux subit alors une soumission forcée à l’être respecté et il est indifférent aux autres qualités possibles de la puissance qui le fait plier.

 

Le besoin d’une évaluation de l’autre pour le respect délibéré montre que les nombreuses personnes qui ne veulent en aucun cas être jugées ou évaluées par leurs proches se désintéressent de leur respect délibéré et vont donc avoir une bonne raison pour rejeter la définition que je viens de donner. Nous allons voir qu’elles cherchent soit à être aimées et non pas à être respectées, soit elles confondent les deux notions qu’elles jugent inséparables (ce qui, bien sûr, est exact pour certains). Les personnes moins exigeantes accepteront donc d’être évaluées par les  autres. Il est cependant clair que, si ceci prend l’aspect d’une condamnation, la plupart ne l’accepteront pas non plus. C’est pourquoi, généralement, ceux qui acceptent d’être jugés exigent simultanément que cette évaluation  soit ‘respectueuse’ c’est-à-dire non destructive  (non nuisante). Il faut noter que cet ajout à la définition du respect n’est pas un cercle logique mais une définition récursive à condition qu’ils évaluent la façon dont ils ont été jugés et non les juges eux-mêmes.

 

Ainsi, le respect délibéré prend en général la forme d’un cycle d’interactions entre jugeur et jugé : « Tu évalues mes défauts et mes qualités, et moi j’évalue le pouvoir destructif de tes évaluations ». Un autre cycle, celui de l’évaluation réciproque des deux individus concernés est évident et se combine au premier pour créer ainsi un double cycle qui peut aussi bien construire que détruire une relation.

La naissance d’un respect réciproque est donc un mécanisme assez complexe qui comporte de nombreuses étapes d’évaluation. Ainsi, quand deux personnes A et B en sont venues à se respecter mutuellement que peut-on prévoir ce qui arrive si une troisième personne, C, laquelle est inconnue de A mais déjà respectée par B, s’introduit dans leur relation ? Il est évident que A et B sont déjà passés par le processus de jugement respectueux qui a conduit à leur respect mutuel. Il en est de même de B et de C. C’est-à-dire que A et C savent très bien ce qu’est une évaluation respectueuse, ce qui n’implique pas qu’ils en viennent à se respecter aussi, mais au moins ce qui crée un environnement favorable à ce que A et C se respectent l’un l’autre, même s’ils sont pas spécialement attirés l’un par l’autre. Chacun sait que l’amour ne fonctionne que rarement de cette façon : très souvent, si Marie et Gérard s’aiment et que  Gérard aime Robert, mais que Robert se mette en tête d’aimer Marie, voilà la jalousie de Gérard qui flambe !

 

SUR L’AMOUR

 

L’amour et surtout le verbe aimer, sont devenus en langue française tellement polysémiques que les anglophones en font des plaisanteries (d’un goût douteux). Il nous faut cependant reconnaître que l’on peut, en français, ‘aimer’ les pommes des terres frites tout autant que l’on peut ‘aimer’ une divinité, ce qui est tout de même paradoxal. La situation linguistique française se complique encore par le fait qu'il serait ridicule ‘d’avoir de l’amour pour les frites’ alors qu’il est possible ‘d’avoir de l’amour’ pour la nourriture en général. Cette dernière forme d’amour se marque de façon frappante par le nombre incroyable de contributions télévisées sur ‘l’amour’ de  la nourriture.

Maintenant, en consultant encore les bons dictionnaires, on peut s’apercevoir qu’ils ont trouvé une définition astucieuse de ‘amour’ qui peut justifier cette apparente incohérence. En effet, et par exemple, la version en ligne du dictionnaire de l’Académie Française (TLFi) débute sa première définition de ‘amour’ par « Attirance, affective ou physique, qu'en raison d'une certaine affinité, un être éprouve pour un autre être… auquel il cherche à s’unir… » Vous voyez que seuls les « êtres » sont mentionnés, ce qui rend compte de l’aspect vieillot  de ce dictionnaire [note 3] Acceptons donc que des objets et des façons de vivre aussi puissent être aimés et alors une « attirance physique en raison du plaisir physique provoqué par la saveur des nourritures (auquel s’associe parfois un snobisme intellectuel)» est aussi couverte par cette description générale. Ainsi, le noyau central à la compréhension du mot ‘amour’ sera ici « une attirance affective, intellectuelle, physique ou mystique provoquée par le plaisir (affectif, intellectuel, physique ou mystique) que nous procure nous-même, un autre être, une idée ou un objet ».

 

L’amour est alors un sentiment purement personnel qui s’impose à nous de façon inconsciente et qui ne peut pas être imposé par un autre que nous, sauf par métaphore comme dans le poème de Lamartine cité en note 2 de fin de page où ‘l’âme’ des objets « force d’aimer » l’âme du poète. Ceci est souvent exprimé en disant que « l’amour n’a pas à être justifié ». Il s’en suit un refus obstiné (et normal !) de justifier de ses amours autrement que « parce que c’est comme ça et voilà ! ». Un exemple un peu plus subtil m’a été fourni par l’écoute de plusieurs discussions passionnées (et ‘donc’ reflétant un amour) à l’occasion des dernières élections. Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer l’extraordinaire fréquence du mot « voilà » dans ces discussions, alors même que l’argumentation commençait à faiblir.

 *****[note 3] On retrouve cet aspect dans le fameux poème « Terre natale » de Lamartine où il est ‘obligé’ par la définition de l’académie, valide au 19ème siècle, de donner une âme aux objets afin qu’ils puissent être aimés : « objets inanimés, avez-vous donc une âme, qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? » Pour lui, deux âmes peuvent s’aimer mais une âme ne peut pas aimer un objet  (sans âme). Je pense que cette restriction n’est plus valide dans le monde moderne. *****

Par exemple, dans le monde moderne, et sous l’influence des courants féministes, il est tout à fait accepté maintenant qu’une femme ne puisse pas se contenter que son amant lui  la réponde « Mais enfin, je t’aime ! » lorsqu’elle lui reproche de la traiter comme un ‘objet sexuel’.

Cependant, c’est l’usage actuel du mot amour qui nous a conduit à étendre le domaine de l’amour aux choses et aux idées. Revenons un instant au dictionnaire de l’Académie pour constater que si l’amour est réservé aux êtres vivants,  alors une nouvelle caractéristique de l’amour s’impose bien qu’elle soit absente de ce dictionnaire. L’amour est, comme le respect,  une forme d’acceptation de l’existence de l’autre ou de soi-même mais elle se traduit par un comportement qui cherche à améliorer les conditions de vie de l’autre, soit même à améliorer l’autre (qui, dans ce cas, n’est plus vraiment accepté par l’aimé(e), alors que l’aimant croit encore lui ‘donner de l’amour’). Le comportement des parents  qui aiment leurs enfants est un cas particulièrement clair de cette dernière forme d’amour. Ce comportement est souvent constructif mais il devient parfois destructif.  Les séries télévisées sur l’amour de la nourriture en sont aussi un exemple indirect : elles cherchent à montrer comment améliorer la façon de cuisiner des téléspectateurs. Ceci est la clé de la compréhension de la différence entre respect et amour. Le respect tend à conserver l’être respecté tel qu’il est, alors que l’amour, dans sa compréhension la plus courante aujourd’hui, n’interdit pas d’intervenir sur l’être aimé dans l’espoir souvent bien vain de l’améliorer… et s’effondre quand l’aimé se rebelle contre les ‘améliorations’ que l’être aimant lui propose.

Cette nouvelle définition n’exclut pas qu’une certaine forme d’amour transforme l’être aimé en objet, c’est-à-dire que l’amour puisse réifier l’être aimé, au grand dam de ce dernier (et dans ce cas, il est utile de spécifier ‘ou de cette dernière’ au vu du comportement étrange de nombreux mâles humains). Ceci ne peut se produire qu’en absence de respect qui, lui, s’oppose à la réification de l’être respecté, alors qu’il ne s’oppose pas au fait que l’on respecte une chose si elle présente les qualités requises.

Lorsque l’amour est partagé, la situation est pire encore car chacun peut tenter de transformer l’autre. La justification classique des échecs de l’amour, c’est-à-dire que « l’autre à changé », est assez ridicule si on pense que c’est plutôt parce que l’autre n’a pas pu ou n’a pas voulu changer que le désamour s’est installé.

 

Un autre danger de l’amour est qu’il peut cohabiter avec un désir d’humilier l’être aimé, même sans essai de le réifier. Ceci se manifeste par des remarques presque insignifiantes, chacune trop insignifiante pour être humiliante, mais qui finissent pas obséder l’être aimé qui est humilié par leur répétition journalière. Par exemple, une personne handicapée dans sa vision, son audition ou ses capacités de compréhension va souffrir quand ces défauts lui sont signalés de façon répétitive. Le cas des ‘défauts de compréhension’ est particulièrement nuisible pour quelqu’un d’un peu moins intelligent que les personnes qui  l’environnent et que ce défaut lui est trop souvent signalé. Dans ma jeunesse, j’ai été instituteur pour des enfants gravement handicapés mentalement. J’ai pu alors remarquer que mon rôle était moins de leur de ‘faire connaître la vérité » que de leur montrer en quoi leurs erreurs étaient dues à leur manque de connaissances plutôt qu’à leur manque d’intelligence. En toute honnêteté, je ne les aimais pas tellement mais je les respectais beaucoup – une attitude encore rare dans les années soixante.

 

D’autre part, la notion d’attirance pour une personne ou un objet est forcément associée à une forme quelconque de ‘plaisir’ provoqué par cette personne ou cet objet, ce qui  n’est absolument pas le cas pour le respect même lorsqu’il est librement donné. Mais, dans ce cas en effet, respect et amour peuvent se combiner harmonieusement.

 

CONCLUSION

 

J’espère avoir présenté une version respectueuse du respect et de l’amour. En particulier, dans le cas de l’amour, j’ai soigneusement évité de décrire les dégradations horribles auxquelles l’amour peut conduire. Souvent, elles concernent des sévices beaucoup plus graves que de petites humiliations répétées. Mais alors le thème risquerait de soulever de  la colère comme on le rencontre trop souvent sur internet, et la colère chasse le respect.

Une conclusion très importante est que nous ne recommandons pas toutes les formes de respect mais seulement le respect délibéré.

 

Ce que l’on peut constater c’est que les religions les plus répandues sont fondées soit directement sur l’amour soit sur ses dérivés immédiats, la compassion ou l’empathie, ce qui leur permet de construire leurs règles de vie, aussi appelées des Valeurs (éthiques). D’autre part, il existe de nombreux essais de reconstruction d’une religion païenne inspirée par les anciens scandinaves. Comme les autres religions, elles ont besoin de fixer leurs règles de vie, leurs propres Valeurs. Bien entendu, elles ne peuvent pas accepter les Valeurs des religions principales. Par exemple, dans le but de créer de telles Valeurs ‘odiniques’, le groupement appelé « Odinic rite » a créé au début des années 1970 un ensemble de neuf devoirs (‘charges’) décrivant les réactions appropriées dans neuf situations particulières. Un peu après, ils ont rajouté leurs neuf « noble vertus » : Courage, Vérité, Honneur, Fidélité (Loyauté), Discipline, Hospitalité, Indépendance (Compter sur soi-même), Goût du travail, Persévérance (Courage, Truth, Honour, Fidelity, Discipline, Hospitality, Self-reliance, Industriousness, Perseverance) ».  Il existe maintenant une multitude de versions de ces 18 comportements, ce qui montre que même ceux qui s’y réfèrent les utilisent à leur façon.  D’autre part, ils utilisent des phrases de divers poèmes eddiques qui elles-mêmes ne reflètent pas exactement le contenu du texte Vieux Norrois original. Une autre faiblesse de ces règles est qu’elles fournissent pas une règle simple comme ‘amour’ ou ‘compassion’ le font. C’est pourquoi de nombreux odinistes, bien qu’ils acceptent les neuf « nobles vertus » ressentent le besoin d’une Valeur plus générale qui remplacerait l’amour ou la compassion. Ils ont alors souvent fondé leur religion sur des ‘Valeurs’ de non-amour, comme la haine, le mépris, la violence etc. avec les désastreuses conséquences que l’on connaît.

 

 

Le respect, en tant que Valeur, offre une alternative intéressante à l’amour :

il n'exclut pas l'amour ce qui peut faciliter  une séparation plus en douceur des religions les plus répandues;

il ne pousse pas à des actions violentes et illégales;

les neuf vertus pourraient être résumées en recommandant le respect pour soi-même et pour les autres ;

il est moins dangereux que l’amour qui a ses propres inconvénients menant parfois à des formes d'oppression.

Le mot ‘respect’ peut sans doute avoir que peu de valeur historique mais, inversement, il a une valeur reconstructive très riche.

De façon principale à mon avis, une certaine forme de respect a certainement été l'une des anciennes Valeurs des norrois, même si elle ne recouvre pas exactement la même Valeur de nos jours.

Un inconvénient non négligeable est que, dans cette approche, il est tout à fait ridicule de choisir le terme de ‘Vikings’ comme nom générique des anciens norrois, puisque ce nom signifie l'insulte « pirate, pilleur » et que les víkingar évidemment ne respectaient pas ceux qu'ils ont pillé. Cette appellation a été activement favorisée par les universitaires, et s’opposer à leur choix est encore un autre problème.  Mais ‘anciens norrois’ ou simplement ‘norrois’ aurait été un meilleur choix, non insultant.

 

L’ensemble de cette réflexion montre que le respect devrait, dans une société bien organisée et dans des relations harmonieuses, avoir la précédence sur l’amour. Il n’en reste pas moins que le respect poussé à l’extrême peut conduire à une forme auto-satisfaite d’indifférence au sort des autres. Dans l’introduction ci-dessus, nous avons signalé qu’un « amour sans respect et un respect sans amour » sont des sortes de monstres qu’il faut éviter à tout prix. En conclusion, insistons sur le fait que le respect à lui seul ne peut pas définir une éthique : il peut en être le fondement mais, sans un peu d’amour, il peut lui aussi mener à des atrocités.

D’un autre côté, il faut aussi quand même considérer que nous disposons d’un nombre immense d’exemples de secours effectués sans réfléchir aux nuisances qui les accompagnent, alors que nous n’avons que de très rares exemples de ‘non nuisance’ respectueuse mais sans amour.

 

Remerciements. Je remercie Sylvie Okada pour son aide dans la rédaction de ce document. Son opposition constructive m’a permis de préciser mes idées.