Commentaires sur le conte de la création de l'univers

 

Commentaires sur les parties 1 et 2

 

Tout d’abord, je souhaite m'opposer au sentiment que vous pouvez avoir que j’ai mis « en mots modernes » une connaissance ancienne. Non, c'est exactement l'inverse. J'ai essayé de montrer combien nos mythes antiques ne sont pas ridicules face à la connaissance moderne. En particulier, il est implicitement contenu dans ces mythes que le temps et l'espace sont des concepts relatifs qui peuvent être construits. Pensez bien que j'ai suivi  mot à mot les textes en Vieux Norrois qui décrivent la  cosmogonie nordique, à deux exceptions.

La première est une symbolisation. Snorri Sturluson décrit neuf fleuves sortant du centre de Niflhel, alors que je parle d’eau sans donner une forme spécifique à sa façon de s’écouler. Je crois simplement que ‘fleuve’ n’est qu’une manière de parler de cette eau présente dans le temps, dans un espace encore mal défini.

La seconde est plus sérieuse, c’est une addition. Nous savons ce qui est arrivé au géant primitif Ymir, et nous ne savons rien de Buri, Burr et Bestla. Elle a un nom très étrange - très technique, d'ailleurs, qui connaît ce qu’est ‘bast’, le liber, malgré son importance ? Il se trouve que nous ne savons pas que d’où  vient notre arbre Yggdrasill ou la colonne germanique continentale Irminsúl. Je conviens qu’ajouter deux ignorances pour faire d'elles une connaissance est un peu audacieux. Au moins, mon hypothèse n'est pas complètement absurde.

 

Snorri Sturluson est considéré comme le grand maître de la cosmogonie nordique. J’ai effectivement utilisé son œuvre. Cependant, j’ai laissé de côté certaines de ses affirmations et même osé le contredire légèrement quand il ne s’accorde pas avec les trois poèmes cosmogoniques principaux, à savoir Völuspá, Grímnismál et Vafþrúðnismál.

Par exemple, j’ai négligé la description donnée par Snorri du déluge qui ne concerne que les Géants car on n’en trouve aucune allusion dans les textes poétiques.

Inversement, j’ai ‘inventé’ le fait que l’arbre du monde, Yggdrasill était issu de la fusion de Bestla et de Burr. Bien entendu, nous ne possédons aucune précision sur la façon dont Yggdrasill a pu être créé mais je ne m’appuie que sur le sens des noms de Bestla et de Burr.

Ci-dessous, vous trouverez quelques strophes de ces poèmes, desquels je tire mon conte. Pour les écrits de Snorri, je vous renvoie à François-Xavier Dillmann, L’Edda, Gallimard, 1991.

 

Quelques sources
Völuspá

Völuspá strophe 4:

Alors les fils de Bur / les terres soulevèrent, / créèrent Midhgardh / magnifique endroit; /  / le soleil brilla depuis le sud  / sur les halls de pierre  / et du sol s’éleva  / le vert laukr [‘poireau’] /

Völuspá strophe 8:

Ils jouent au ‘tafl’ dans la haie, / de gaîté remplis,  / il était à eux  / aucun manque d’or,  / [‘ils ne manquaient pas d’or’] / jusqu’à ce que trois viennent,  / géantes [þursa = ‘thurs’, Géant] jeunes filles / (avec de la) ‘force de géant’ beaucoup, / hors de la demeure des Jötuns. /

Völuspá strophe 9-10:

Ainsi allèrent les Dieux tous / sur les sièges du conseil, / immenses saints Dieux, / et prirent soin de  / ce qu’analysent [‘discernent’] les nains  / noble humanité construisent / du sang de Brimir [blóð = sang] / et des membres de Bláinn. / … / Ils, des humaines formes,  / nombreuses font / nains dans la terre,  / comme Durinn l’avait dit. /

Völuspá strophe 17: [extrait soulignant ma position]

Jusqu’à ce que trois viennent  / hors du groupe  / …Æsir (Ases)… / ils trouvèrent sur le sol  / … / Ask et Embla … /

(1) D’autres scaldes parlent de la sueur d’Ymir.

(2) Un court commentaire pour une longue histoire. L’expression des « nains dans la terre » est claire en elle-même mais elle a été interprétée de deux façons opposées. Ou bien certains nains ont créé d’autres « nains faits en terre » et c’est de cette interprétation que vient l’idée que les nains soient faits en terre. D’autres, comme moi, comprennent que ces « formes humaines » vont devenir ensuite les « humains d’humanité » une fois qu’elles auront reçu les dons de Ódhinn, Hænir et Lothur. Il se trouve simplement que la völva ne précise pas si ces formes ont été faites avec de la terre ou avec du bois, au contraire de Snorri qui précise qu’il s’agissait de bois. Sculptées en bois ou en terre, ces formes humaines étaient inactives et sans destinée, et c’est ceci qui est important.

 

VafÞrúðnismál

 

(21) Vafthrúdhnir dit: / De la chair d’Ymir [hold = chair, viande] / fut la terre formée / puis de ses os, les montagnes, / le ciel, du crâne  / du froid-givre géant,  / et de sa sueur, l’océan [sveiti = sueur][sær, proprement: mer (et jamais un lac)] /

Grímnismál

Grímnismál strophe 31:

Trois racines / se dressent vers trois directions  / sous l’arbre Yggdrasill; [ici, askr (frêne) = arbre] / Hel [est le] domaine sous l’une, / l’autre les géants du givre, / la troisième, les humains d’humanité. /           

Grímnismál strophe 40:

De la chair d’Ymir / fut la terre formée / mais de sa sueur, l’océan, / les falaises rocheuse de ses os, / les arbres fleuris de ses cheveux, / aussi de son crâne, le ciel. /

 

Sur le Ragnarök

 

Völuspá et la Prophétie de la Bodb (tirée du Cath Maighe Tuireadh)

 

Völuspá 39, vers 3-5 : Faux témoins,  monstres criminels, / et les autres qui font mentir les runes chuchotées à l’oreille …

Völuspá 41, vers 5-7 : Le soleil brillera d'une couleur noire / Pendant les prochains étés, / Toutes les tempêtes seront affreuses.

Völuspá 45 : Le frère frappera son frère / Il prendra soin de sa mort. / Les proches cousins / Violeront leurs liens d’amitié.  / Dure sera la vie dans une maison  / où règne l’adultère. / Temps échevelés, temps de guerre / Qui perceront toute défense. / Temps de hurlements, temps monstrueux, / S’abattront sur les mers. / Il ne restera plus un seul humain / À respecter son prochain. /

 

Prophétie de la Bodb: Je ne verrai pas un monde qui me plaira : / Eté sans fleurs,  / Les vaches seront sans lait, / Femmes sans pudeur, / Hommes sans courage,  / Captures sans roi ; / Arbres sans fruits, / Mer sans frai ; / Mauvais avis des vieillards,  / Mauvais jugement des juges, / Chaque homme sera un traître,  / Chaque garçon un voleur ; / Le fils ira dans le lit de son père ; / Le père ira dans le lit de son fils : / Chacun sera le beau-père de son frère. / Un temps mauvais: / Le fils trahira son père,  / La fille trahira sa mère.