La réalité mythique des morts-vivants (draugar) scandinaves ‘tranquilles’

 

 

«… literature is always a cultural product, and as such it consciously or unconsciously reflects on the culture that produced it. »

Rebecca Merkelbach, Hann la eigi kyrr : Revenants and a Haunted Past in the Sagas of Icelanders.

 

Résumé

 

Il est difficile de trouver des écrits produits par des universitaires sur le monde des revenants scandinaves tranquilles. Dans les sagas, ils soient plus souvent désignés sous le nom de « hôtes du tertre » plutôt que celui des fameux et terribles draugar. Ils n’en sont pas moins des revenants eux aussi et notre étude cherche à dégager les traits communs aux revenants ‘tranquilles’ qui ont temporairement terrorisé leur entourage ou pas du tout. En conclusion, nous verrons qu’ils montrent quatre traits communs distinctifs, tous les quatre inclus dans les principaux archétypes de leur société.

Nous aborderons aussi ‘par la bande’ le problème des ressemblances entre monde des draugar et monde des géants en notant la ressemblance frappante entre l’accueil de Hervör dans le monde des morts et celui de Skírnir dans le monde des géants. Une comparaison exhaustive demanderait un travail supplémentaire.

 

Introduction

 

Les sagas nous donnent de nombreux exemples de ces sortes de ‘morts-vivants’. Ceux-ci constituent une catégorie de héros qui ont ceci en commun qu’ils détestent être dérangés dans leur demi-sommeil et, comme on ne connaît que ceux qu’on a dérangés, leurs descriptions sont toujours un peu effrayantes. La suite nous montrera que ces cadavres, en général après avoir été placés dans leur tertre, changent de nature. Ils deviennent des ‘spectres’ semblables aux morts-vivants des films d’horreur. Le mot norrois qui les nomme (draugr) correspond assez bien à celui de spectre mais sous-entend toujours qu’ils aient une composante corporelle, ils ne sont pas de purs ‘esprits’. De plus, ils ne sont pas du tout systématiquement agressifs avec tous les vivants et les textes donnent une description étonnamment précise et cohérente de leurs caractéristiques.

On peut en distinguer deux catégories différentes. L’une est relativement spectaculaire mais moins fréquente, c’est celle des gens décrits comme irascibles ou méchants de leur vivant ou bien ceux dont les dernières volontés n’ont pas été respectées. Cette catégorie a été déjà abondamment commentée et décrite (voyez Lecouteux et Merkelbach). L’autre est celle des morts tranquilles, moins connue mais évidemment majoritaire puisqu’elle comprend tous ceux dont la tombe n’a pas été ouverte du temps des sagas. C’est à cette sorte de morts que nous allons essentiellement nous intéresser.

Nous allons nous appuyer sur trois descriptions en soulignant leurs point communs qui donnent une bonne idée de ce qu’était un spectre tranquille. Il se trouve de plus que l’un de nos exemples est tellement proche de l’arrivée de Skírnir dans Skírnis för, que nous avons rajouté ce dernier comme une sorte de parenthèse qui nous permet, au passage, de constater que le monde des spectres et le monde de géants, sans être du tout identiques, montrent cependant de surprenantes ressemblances peu souvent soulignées. Nous reviendrons plus tard sur ce problème en étudiant le mythe dit du Rapt d’Íðunn.

 

Les commentaires courts sont entre [ ], les commentaires soulignant les points communs entre Hervarar saga et Skírnis för sont en fonte grasse de taille 10 et entre [[  ]], les commentaires soulignant les points communs ou les différences entre Hervarar saga, Harðar saga et Grettis Saga sont en fonte grasse de taille 10 et entre { }, et les citations sont entre «  ».

 

 

Hervarar saga ok Heiðreks

Ch. 4

 

Cette saga contient la description d’une rencontre entre une jeune femme, Hervör, et le fantôme de son père, Angantýr. On trouve dans le chapitre 4 de la saga un très beau poème décrivant les détails de cette rencontre. Angantýr est l’aîné des 12 frères qui ont péri dans un combat qui a pris place sur l’île de Sámsey située entre l’est du Danemark et l’ouest de la Suède. Elle est aujourd’hui appelée Samsø et vous la trouverez facilement sur les cartes du Danemark. Parmi les noms des 12 frères décédés, on note ceux de Angantýr, Hervaðr, Hjörvarðr, et (H)Rani qui seront invoqués par Hervör afin de les ‘rappeler à la vie’ partiellement pour leur demander une épée « forgée par les nains » qu’Angantýr possédait et qui a été enterrée avec eux. Au sud de l’île, leurs cadavres ont été placés dans une tombe recouverte d’un tertre comme il était d’usage à l’époque dans le monde scandinave.

Bien évidemment toutes ces histoires appartenaient au domaine des légendes déjà à l’époque des sagas. Leur succès populaire montre cependant que ces légendes évoquaient une certaine réalité mythique chez leurs auditeurs et c’est cette réalité mythique relative à la ‘demi-mort’ de certains êtres que nous voulons étudier ici. On peut toujours avancer des explications matérialistes, comme d’expliquer les tombes enflammées par des phénomènes sismiques et les résurrections par le fait que la notions de « électrocardiogramme plat » est très récente, mais les descriptions que nous lisons ne reflètent évidemment pas cette façon de penser, laquelle est ce que nous cherchons à décrire plus précisément que ne le fait l’approche universitaire classique, voyez les références ci-dessous.

 

La fille d’un noble personnage a été amoureuse d’Angantýr qui est mort avant que leur union puisse être consacrée par le mariage. Hervör est l’enfant de cette union et donc la petite-fille de ce noble. Elle est devenue une jeune guerrière extrêmement agressive. La saga critique son mauvais caractère, et celui-ci lui vaut une remarque insultante d’un serviteur, relative à la possible basse extraction de son père. Le serviteur ne sait visiblement pas qu’il s’agit du célèbre héros Angantýr et Hervör semble elle-aussi l’ignorer. Hervör est furieuse de l’insulte qui lui a été faite et s’en plaint à son grand-père et à sa mère qui lui disent la vérité :

« S’élève d’Angantýr,

de vase aspergée,

la salle à Sámsey

tournée au sud ».

[La demeure d’Angantýr, aspergée de vase, s’élève au sud de Sámsey]

 

Elle décide alors d’aller visiter son père bien qu’il soit un spectre, afin de récupérer son épée qu’elle considère être un héritage qui lui est dû. Elle se fait passer pour un homme et s’embarque pour rejoindre Sámsey mais à l’approche de l’île

« tous les membres de l’équipage se déclarèrent contre [le fait d’aborder à Samsey] et dirent qu’il y a là tant d’esprits du mal qui circulent jour et nuit, que [cet endroit] est une place pire le jour que d’autres la nuit. À la fin, on jeta l’ancre et Hervör monta dans une barque et rama jusqu’à terre. Elle atteint le lieu appelé Munarvági au coucher du soleil et rencontra un homme qui surveillait un troupeau [un berger]. »

{Le visiteur rencontre un être mystérieux qui va soit l’aider soit lui déconseiller de continuer}

 

Elle lui demande où sont les tertres [[Hervör demande un renseignement au berger]] et il répond :

 

« Cela, vraiment, ne le demande pas, [[le berger refuse de répondre à la question posée]]

es-tu tout à fait vivant  [[le berger ne croit pas que Hervör soit vivante]]

toi, l’ami des vikings ?

et ta mission est bien incertaine ;[[Le berger met en doute le succès de la mission de Hervör]]

fuyons vite ces lieux

à grands pas si possible,

car tout ici est hors norme

et les gens en tout trop énormes. »

 

**********

 

Ouvrons ici une parenthèse pour rapprocher l’accueil fait à Hervör à l’entrée du monde des morts et celui fait à Skírnir à l’entrée du monde des Géants dans le poème Skírnis för. Skírnir est chargé de demander à la belle ‘géante’ Gerðr de s’unir à Freyr. Gymir est le père de Gerðr.

 

« Hann reið at þar er féhirðir sat á haugi oc kvaddi hann:

 

11. …hvé ek at andspilli

komunk ens unga mans

fyr greyjom Gymis? »

 

 

12. Hirþir qvaþ:

«Hvárt ertu feigr

eða ertu framgenginn

…. ?

 

Andspillis vanr

þú skalt æ vera

góðrar meyiar Gymis.»

Il [Skírnir] chevaucha là où un berger [[comme dans le cas de Hervör]] était assis sur un tertre [ce tertre crée une ambiance mortifère] et il lui demanda :

 

 

« Où une discussion puis-je

obtenir d’une certaine jeune serve [façon désobligeante de parler de Gerðr]

malgré les chiens de Gymir ? [fyrir = ‘devant’, évoquant ici une difficulté]

[[Skírnir demande un renseignement au berger]]

12. Le berger dit :

« Lequel des deux : es-tu mourant

ou es-tu décédé… ?

[[le berger ne croit pas que Skírnir soit vivant]]

[un vers manquant]

Difficulté de discours [impossibilité à parler]

tu auras toujours

avec la bonne jeune fille de Gymir.

[[Le berger met en doute le succès de la mission de Skírnir et, en même temps,  il refuse de répondre à la question posée]] »

 

L’étroite similarité entre les deux versions peut évidemment venir de ce que l’auteur de la saga a copié un passage de Skírnis för. Dans ce cas, encore faut-il qu’il n’ait pas trouvé absurde de comparer le voyage dans le monde des Géants à celui dans le monde des spectres… et que les lecteurs n’aient pas crié au scandale. C’est pourquoi je tends à penser que ces deux mondes, certes différents l’un de l’autre, partageaient cependant des similarités profondes qui n’ont pas été assez soulignés par la plupart des commentateurs.

Nous reviendrons plus tard sur ce sujet en comparant ces arrivées à celle décrite dans le Fjölsvinnsmál. Nous constaterons alors combien l’entrée de la demeure de Menglöd (Freyja), bien qu’elle soit aussi protégée par un gardien et par des chiens féroces, se fait au travers d’une interaction subtile entre l’arrivant, Svipdagr, et le gardien Fjölsviðr. Au lieu de quelques mots stéréotypés, comme dans les deux exemples présents, on y rencontre une long échange savant.

 

**********

 

Revenons maintenant à l’histoire de Hervör. Elle propose alors au berger un précieux collier pour le convaincre de l’aider mais il déclare qu’aucune richesse ne le détournera de son chemin. Elle cherche alors à stimuler son courage en montrant qu’elle est pleinement sensée et qu’elle a conscience des dangers qui les entourent.

 

« Ne nous livrons pas à l’effroi

face à ces flammes stridentes

bien que, par toute l’île,

les feux jaillissent ; {les tertres sont protégés par une force magique, ici des feux}

ne soyons surtout pas

effrayés de regarder

de tels héros qu’il faut

consulter de bon cœur. »

 

Le don d’empathie dont Hervör manque tant joue pleinement son rôle et le berger réplique :

 

« Insensé imprudent je crois

celui qui se rend là-bas,

en humain solitaire

et deux fois obscur ; [ce « deux fois obscur » sera mieux compris plus loin quand elle décrira son état d’esprit]

les braises enflammées volent,

les tertres s’entrouvrent

brûlent champs et marais

déplaçons-nous fortement ! »

 

Le berger s’enfuit loin des paroles d’Hervör mais elle reste déterminée à poursuivre sa quête.

« Maintenant elle était au bout de l’île où brûlent les feux des tertres, et elle continua là-bas sans s’effrayer, bien que tous les tertres fussent sur son chemin. Elle pataugea vers l’avant [elle avança en pataugeant] dans ces flammes et aussi dans de la boue jusqu’à ce qu’elle arrive au tertre des berserks. Alors elle s’exclama:

« Éveille-toi Angantýr,

Hervör t’éveille,

unique fille de

Sváfa et de toi…

 

Hervarðr, Hjörvarðr,

Hrani, Angantýr,

vous tous je vous éveille

sous les racines de l’arbre {Yggdrasill}… » [ce kenning peut paraître malvenu dans la mesure où nous avons bien compris qu’il n’y a pas d’arbres près des tertres en flammes. Mais le texte donne « und viðar rótum » où viðar est un génitif singulier : « l’arbre » est évidemment ici Yggdrasill. Ses parents décédés, bien qu’ils aient été des héros célèbres, ne semblent pas avoir été invités par Óðinn dans son Valhöll. Ils habitent donc Hel, “sous les racines d’Yggdrasill”.

Une autre remarque est que ses parents semblent capables de retourner de Hel à leurs tertres, ou bien ils se trouvent simultanément aux deux endroits.]

 

Elle poursuit invectives et malédictions vis à vis de son père et de ses oncles s’ils ne veulent pas lui donner l’épée qu’elle réclame. Finalement son père réagit et son spectre lui répond. Le fait qu’un spectre puisse composer des vers scaldiques n’est pas du tout unique, vous trouverez de nombreux exemples dans l’article de Yelena Sesselja Helgadóttir cité en référence.

Il dit:

 

« Hervör, ma fille {Il reconnait leur lien parental et cela signifie qu’il va chercher à la protéger et…}

que réclames-tu ainsi

par de puissantes runes oraculaires ?

tu t’apportes le malheur ;

insensée tu es devenue

et aussi folle furieuse,

c’est falsification de sagesse

que d’éveiller les humains morts. »

{… il n’a pas oublié les règles de la poésie scaldique.}

 

On voit qu’Angantýr est incommodé par la présence d’Hervör mais aussi qu’il craint pour elle. {Protéger ou même injustement favoriser ses descendants semble être un souci commun à tous les spectres norrois.}

Elle accuse son père de refuser de lui donner l’épée qu’elle désire.

 

« Alors le tertre s’ouvrit et c’était comme si feu et flamme emplissaient tout le tertre.

Ainsi parla Angantýr:

 

« Défoncé est le portail de Hel, [le séjour des morts]

les tertres s’ouvrent,

tout entières dans la flamme

se voient les plages de l’île ;

tout est atroce au dehors

à contempler de tout côtés;

hâte-toi, ma fille, si tu le peux

jusqu’à tes navires. » {il cherche à protéger sa fille} »

 

Hervör déclare qu’elle ne se laisse pas impressionner par toutes ces horreurs. Angantýr lui explique qu’elle aura un enfant qui se fera tuer à cause de cette épée s’il la lui donne. La seule réponse d’Hervör est de menacer de maudire tous les habitants du tertre si elle ne reçoit pas l’épée. Angantýr lui dit qu’elle est vraiment une personne différente de tout humain. Hervör acquiesce et elle précise:

 

« Je me pensais humaine,

humaine parmi les humains, [l’expression norroise, maðr mennskr, semble désigner de ‘vrais humains’]

jusqu’à ce que dans votre salle,

je m’en sois allée. »

[Elle déclare explicitement que son statut d’humaine ‘vraie’ lui est retiré par son voyage dans le tertre au « pays des morts ». Cet aveu de ‘perte de son humanité’ ne se retrouve pas dans les autres exemples de visiteurs de tertres.]

 

Il est évident que le contact avec les spectres est toujours dangereux, surtout quand la rencontre est aussi mouvementée. On comprend mieux maintenant la remarque du berger lui disant que ceux qui, en humains solitaires, se rendent dans les tertres deviennent alors « deux fois obscurs ». Hervör, par son impatience et sa brutalité était déjà une âme bien obscure. Dans la pénombre du tertre, elle se sent modifiée et devenir deux fois obscure : elle devient elle-même une sorte de spectre.

En fin de compte, Angantýr se rend compte qu’il ne peut pas résister à la volonté implacable de sa fille, il déclare que l’épée « est couchée sous mes épaules » {le spectre surveille de près son trésor – ici l’épée convoitée par Hervör} et que :

 

« Je vais plutôt te céder

l’épée hors du tertre, [te laisser sortir l’épée du tertre]

fille toute jeune,

je ne puis te la dénier. »

 

Père et fille font alors leurs adieux. Angantýr lui dit « Bon voyage, ma (chère) fille » et elle, de façon inattendue, souhaite la ‘bonne santé’ aux spectres :

« Vous tous habitez ici

(je désire être au-dehors)

et soyez en pleine santé dans votre tertre… »

[Je crois que ce type de souhait à la fin d’une visite à un spectre est unique. Clairement, le relation père-fille, qui n’existait pas dans le monde normal, s’est établie dans le monde des spectres. On apprend ici que l’on peut souhaiter la ‘bonne santé’ à un spectre ce qui sonne étonnamment vivant.]

 

Un argument supplémentaire pour trouver des similarités entre monde des géants et monde des spectres se trouve dans la suite de la saga. Rappelons d’abord qu’Hervör déclare ne plus se sentir vraiment humaine du fait qu’elle a visité le tombeau de son père ce qui revient, dans cette saga, à prendre contact avec Hel, le monde des morts.

Elle quitte Samsey, mais ne retourne pas dans sa famille tout de suite. Elle va d’abord faire un long séjour dans un pays

« au Nord de la Finnmark appelé Jötunheimar [Les-demeures-des-géants]… De nombreux géants vivaient alors dans cette région du Nord. Certains étaient des demi-géants. En ce temps, les gens se mélangeaient beaucoup : des géants se mariaient avec des femmes [humaines], et certains géants donnaient leurs filles [géantes] à des humains… [Le roi de ce pays] était un grand sacrificateur païen… Il était sage et puissant. Lui et les habitants de ce pays vivaient le temps de nombreuses vies humaines».

 

Ainsi, en tant que ‘spectre-humaine’, Hervör se rend dans un pays où elle peut vivre avec des ‘géants-humains’ comme si elle avait besoin d’une transition avant de retourner dans le monde des « humains d’humanité ».

Là encore, on peut prétendre que l’auteur de la saga a voulu rajouter quelques scènes spectaculaires à sa saga et qu’il a inventé cet épisode de toutes pièces. Ce type d’argument est aussi irréfutable qu’improuvable. Remarquez cependant combien ce ‘conte’ s’ajuste bien au fait qu’elle ait déclaré qu’elle ne se sentait plus pleinement humaine.

 

 

Harðar saga Hólmverja

ou

Harðar saga Grímkelssonar

Ch. 15

 

Geir et Hörðr sont deux amis qui se sont promis d’aller piller la tombe du viking [bandit ( !)] Sóti afin d’aider le fils du Jarl local à accomplir un ‘vœu de Jól’, qu’il avait donc fait publiquement et, comme souvent, imprudemment. Il ne semble pas que le spectre de ce Sóti ait fait du mal dans la région et il donne l’impression de ‘vivre sa vie’ de spectre tranquillement. Ils se rendent donc près du tertre. Il creusent la terre pour pénétrer dans le tertre mais, chaque matin, le trou de la veille est rebouché {les tertres sont protégés par une force magique, ici des glissements de terrain}. Ils ont besoin d’un deus ex machina magique pour arriver à finalement l’ouvrir. En effet, ils rencontrent un homme mystérieux, {Le visiteur rencontre un être mystérieux qui va soit l’aider soit lui déconseiller de continuer} qui disparaîtra de l’histoire ensuite, habillé en bleu sombre et qui leur confie une épée capable d’interrompre les glissements de terrain nocturnes qui rebouchent l’accès à l’intérieur du tertre.

 

« Geir descendit dans le tertre. Hörðr trouva une porte et ils la brisèrent. Il y eut un grand tremblement de terre et les lumières s’éteignirent {encore une défense contre les intrus}. De là jaillissait une grande non-odeur [une puanteur] {l’intérieur des tertres dégage une odeur insupportable – Hervör ne semble pas y avoir été sensible}. Il n’y avait qu’une faible lumière à l’intérieur du tertre {le spectre ne supporte pas la lumière}. Ils virent alors un navire contenant  un important trésor. {le spectre surveille de près son trésor} Sóti était assis à l’extrémité du bateau et il était terrifiant à regarder {les spectres sont souvent horribles à voir– encore une fois Hervör ne dit rien à ce sujet}. Geir resta à l’entrée du tertre mais Hörðr s’avança et voulu saisir le trésor. Alors Sóti parla ainsi [un court poème de 8 vers dont le sens est]: « Hörðr pourquoi es-tu venu dans le logis de l’habitant de la terre [Sóti] bien qu’il ne t’ai jamais fait aucun mal ? » {le spectre n’a pas oublié les règles de la poésie scaldique}

 

Hörðr répond par un autre poème où il affirme qu’il vient voir le spectre pour lui prendre son trésor.

 

« Alors Sóti sauta et se jeta sur Hörðr {le spectre défend son trésor avec acharnement contre un étranger}. Ce fut une dure rencontre et Hörðr était très ‘déficient en force’ [il n’avait pas le dessus]. Sóti serra Hörðr si fortement que la chair de ce dernier se plissait {Le spectre est doué d’une grande force ‘physique’, il n’y a pas d’autre mot}. Hörðr demanda à Geir d’allumer la cire des bougies pour voir ce qui arriverait à Sóti. Quand la lumière se répandit sur Sóti, il devint sans force et il tomba à terre… » {le spectre ne supporte pas la lumière}.

Hörðr s’empare d’une très belle bague et Sóti déclame une malédiction en vers:

« Ceci sera la ‘tête-mort’ pour toi et tous ceux qui la possèderont ».

Hörðr répond par un autre poème où il dit qu’il comprend ce qu’a dit Sóti, mais que ce dernier sera quand même privé de son or. Sóti complète alors sa malédiction en quatre vers:

« Sois certain que cette bague

t’apportera la mort

et de tous ses possesseurs

excepté si c’est une femme. »

 

« Hörðr dit à Geir de lui apporter la lumière pour voir combien il [Sóti] était ‘ami-désireux’ [amical]. Et alors il [Sóti] plongea dans la terre {le spectre vaincu fuit en perdant sa corporalité et il peut alors plonger dans la profondeur de la terre} car il ne voulait pas supporter la lumière {Ici, le texte dit explicitement que le spectre ne supporte pas la lumière}. Ils se séparèrent ainsi ».

 

Hörðr fait un dernier poème de victoire dans laquelle il dit qu’il lui a été difficile d’être vainqueur du « détestable [Sóti] dans une destinée païenne ». C’est-à-dire que dans le monde païen, les habitants des tertres sont difficiles à vaincre. Cette remarque situe l’histoire dans un contexte chrétien bien que le contenu de l’histoire soit, lui, tout à fait païen.

 

Grettis saga

ch. 18

 

Grettir s’est égaré en mer et se trouve dans une île dont Þorfinn est le propriétaire. On lui raconte qu’en fait le père de Þorfinn, Kár (le mot kárr signifie une ‘boucle de cheveux’), n’était qu’un des propriétaires sur cette île mais, quand Kár est mort, il est devenu un spectre qui a chassé tous les habitants de l’île {voici un exemple d’un spectre qui n’est plus, mais qui a été destructeur pour ses voisins} autres que son fils et ses serviteurs qu’il n’a jamais molestés {le spectre protège ses descendants}. Grettir se rend au tertre de Kár.

 

“Grettir ouvrit le tertre et travailla beaucoup, ne s’arrêtant pas avant de trouver du bois et c’était alors déjà le soir. Le lendemain, il descendit dans le tertre [en se servant d’une corde]. Le tertre était très sombre et ‘bien que non’ d’une ‘douce odeur’ [cela puait horriblement] {absence de la défense magique et de l’humain mystérieux qui accueille le violeur de tertres}. Il commença à l’explorer et trouva les ossements d’un cheval. Ensuite, il se heurta à une ‘chaise-poupée’ [un siège décoré] sur laquelle était assis un homme. Il y avait là un grand trésor d’or et d’argent et, sous ses pieds [ceux de Kár, le spectre] une cassette pleine d’argent {le spectre surveille de près son trésor – ici une cassette pleine d’argent}. Grettir se saisit de tout le trésor et retourna vers la corde. Il se sentit alors fortement saisi {le spectre défend son trésor avec acharnement contre un étranger}. Il laissa alors le trésor pour ‘régler leur rencontre’ [livrer combat au spectre] et cela fut plutôt sans-douceur [le combat fut très violent] {Le spectre est doué d’une grande force physique}. Tout ce qui était à côté fut détruit. L’habitant du tertre attaqua avec énergie. Grettir laissa aller quelque temps mais il n’était pas assez fort pour se protéger. « Ils eux-mêmes-non maintenant épargnent l’un l’autre [Maintenant aucun n’épargne l’autre] ». Il furent bientôt à l’endroit où étaient les ossements de cheval. Ils luttèrent là longuement chacun mettant tour à tour l’autre à genoux. Cela finit enfin ainsi: l’habitant du tertre tomba sur le dos dans un grand vacarme. »…« Grettir tira alors son épée Jökulsnaut [Bétail du Glacier] et frappa le cou de l’habitant du tertre et le décapita. Il plaça la tête près de ses cuisses. [« près de ses cuisses »: cette façon de parler signifie en général « près de son cul » ou même « près de son anus »] {quand le spectre est vaincu et ne peut pas s’enfuir, la façon classique de le neutraliser est de lui trancher le cou et de placer sa tête sur ses fesses}

 

Il se rend alors chez Þorfinn [le fils de Kár, il n’a pas l’air de beaucoup se soucier de « l’âme » de son père !] avec le trésor et il le lui confie. Þorfinn ne condamne pas les actions de Grettir, il  a une réaction très matérialiste. Il dit :  

« Et puisque je sais qu’il est mal que [la richesse] soit cachée, qu’elle soit [simplement] enterrée ou bien soit apportée à un spectre, je ne te tiens en aucune dette [je ne considère pas comme coupable] d’autant que tu me l’as apportée [rendue] ».

 

Cette remarque situe l’histoire dans un contexte athée dont il ne faut pas trop s’étonner du fait qu’appartenir à la chrétienté était obligatoire, ce qui conduit souvent à l’athéisme les esprits rebelles. Cet ‘athée’ reste cependant imprégné de paganisme scandinave puisqu’il croit que les spectres existent, bien que l’auteur de la saga ait été un vrai chrétien ou un de ces ‘chrétiens’ par obligation.

 

Commentaires et conclusions

 

Les spectres dont nous avons parlé font tous preuve d’une certaine existence physique, au moins en échangeant des paroles, et même des poèmes, avec leurs visiteurs. Dans l’ensemble, ils ont une très grande force physique et seuls des héros joignant détermination à force peuvent éventuellement les vaincre. Dans la mesure où ils sont « épouvantables à regarder » et où leur odeur n’est pas suave, leur apparence physique n’est pas celle d’un vivant bien que leurs corps ne se soient pas décomposés. Les détails qui nous sont donnés évoquent de façon claire leur force de nature musculaire plus que magique. Par exemple, le fait que les opposants échangent des coups ou que Sóti fasse comme gicler la chair de Hörðr entre ses doigts évoque la ‘bagarre de rue’ ou une poigne de fer et non une puissance magique surhumaine. En fin de compte, il aurait été beaucoup ‘logique’[1] de leur prêter des pouvoirs purement magiques ne demandant pas de corporalité mais cette (pseudo)-rationalisation n’est pas confirmée par les textes. On est donc bien conduit à conclure que les spectres scandinaves ont conservé dans la mort une partie de vivante de leurs chairs qui leur permet de se mouvoir physiquement. Par contre, le fait qu’ils puissent fuir en s’enfonçant dans la terre quand ils sont vaincus montre, en quelque sorte, l’inverse : en cas défaite, ils perdent leur matérialité et s’enfoncent « comme un clou » dans la terre. Tout ceci évoque des êtres mixtes, faits de chair et d’esprit comme les vivants, ce qui s’accorde assez bien avec le début de la définition chrétienne[2] d’une âme immatérielle, mais cette ‘âme’ est combinée chez nos spectres à une partie corporelle moins ‘présente’ ou plus ‘volatile’ que chez les vivants.

 

Bien entendu, « les gens heureux n’ont pas d’histoire » et les sagas signalent avec plus de détails les spectres qui ont terrorisé leur entourage. Dans nos exemples, Sóti semble avoir toujours mené une ‘vie’-de-spectre tranquille jusqu’à ce que Geir vienne lui voler son trésor. Kár a bien terrorisé son voisinage mais on ne sait pas pourquoi, excepté que le résultat final est d’assurer le bien-être de son fils. Enfin, Angantýr est un spectre sans histoire après une vie mouvementée. En général, les spectres, même les plus terribles, respectent la tranquillité de leurs descendants, sauf s’ils ont à en tirer vengeance. Il y a d’autres exemples de spectres menant une ‘vie’ tranquille comme Sóti et Angantýr  mais ils sont en général simplement signalés par une brève remarque dans la saga.

 

Les personnes qui visitent un tertre viennent en général pour le piller ou bien, si cela est nécessaire, pour ‘tuer définitivement’ un spectre incommode. Le cas de Hervör est exceptionnel en ce sens qu’elle veut apparemment se rendre maîtresse de l’épée d’Angantýr, mais cherche aussi visiblement établir un lien entre elle et son père. La mise à mort définitive d’un spectre se fait presque toujours des deux façons les plus classiques : soit en réduisant leurs corps en cendre, soit en les décapitant et en plaçant sa tête en haut de ses cuisses. Il se peut aussi que le spectre se ‘sente’ vaincu, comme l’a été Sóti, et il disparaît mystérieusement en s’enfonçant dans la terre.

 

Les habitations des spectres sont formées d’une sorte de cabane en bois qui est recouverte par la terre du tertre. C’est pourquoi Hörðr et Grettir creusent cette terre jusqu’à rencontrer du bois avant de pénétrer dans la maison de « l’habitant du tertre ». Le tertre est protégé par des forces magiques. Il semble aussi possible qu’il existe une sorte de ‘gardien du tertre’ aux pouvoirs relativement réduits et dont le rôle n’est pas clair.

 

Les cadavres des spectres ont été enterrés avec des richesses et les spectres défendent ces richesses avec une violence inouïe. Les légendes relatives aux marins éclairent ce besoin en apparence ridicule de thésaurisation. On sait que les marins tiennent à emporter avec eux au moins un anneau d’or afin d’être « admis au royaume de Rán », la déesse de la mer. On peut donc raisonnablement supposer que l’admission au monde de certains dieux exige aussi de payer un droit d’entrée. Les spectres à qui on vole leur trésor doivent se sentir condamnés à se rendre dans un séjour moins attractif quand leur trésor a été dérobé.

 

Enfin, nous avons quelques exemples intéressants de discussions menées en vers scaldiques entre les spectres et leurs visiteurs. Quand on pense à l’intense rigolade que provoquerait un mort-vivant moderne s’il parlait dans un film comme Racine (à condition que les spectateurs s’en aperçoivent), on imagine l’importance de la poésie dans le monde scandinave ancien. En somme, même morts, les anciens scandinaves emmènent avec eux quatre des principaux archétypes de leur société : assurer la continuité du lien familial, ne pas être complètement dépourvu de richesse, posséder une grande force physique et être capable de s’exprimer poétiquement.

 

Le point de la continuité du lien familial est tellement important qu’il mérite quelques précisions. Dans les histoires de draugar qui rapportent leurs comportements destructeurs, il est courant le mort-vivant protège ses descendants. Dans celle de Kár, ci-dessus, il ne se contente pas de protéger, il favorise son fils de façon injuste en chassant ses voisins sur l’île. Cependant, ceci ne nous indique pas comment les descendants traitaient leurs ancêtres. Plutôt que les références littéraires, ce sont les traces archéologiques qui semblent indiquer un profond respect et même un amour pour les ancêtre qui ressemble tout à fait aux ‘cultes des ancêtres’ pratiqués par des populations dites primitives. Un exemple actuel d’un tel culte (et de ce qui nous paraît être ses ‘excès’) en est rapporté par la revue National Geographic et disponible à

 http://www.nationalgeographic.com/magazine/2016/04/death-dying-grief-funeral-ceremony-corpse/ .

Il est certes difficile de lire dans les traces archéologiques un sentiment comme l’amour pour ses ancêtres. Cette difficulté est confirmée par l’article de Torun Zachrisson au titre pourtant alléchant, « The holiness of Helgö », où elle indique, sans beaucoup de commentaires, que les cimetières situés sur le site archéologique de Helgö ont été continûment fréquentés entre 250 et 850 et qu’on y a trouvé à divers endroits, en plus des fameuses feuilles d’or figuratives, des broches et des bracelets, des lances miniatures, des têtes de flèches, des marteaux, des amulettes, des instrument chirurgicaux, des pierres à aiguiser, et « etc. » comme elle dit p. 151. Tout ceci illustre bien sa conclusion: que Helgö était un lieu saint. Mais il est aussi impossible que toutes ces offrandes dont certaines devaient être très coûteuses, n’aient pas été inspirées par un désir de ‘plaire’ au morts qui étaient ainsi honorés.

Le principe d’un culte des ancêtres peut évidemment être motivé par une demande d’aide des morts protecteurs par les vivants. Néanmoins il est clair que si les ancêtres étaient considérés comme des morts-vivants ayant des états d’âme comme nous (ce qui est confirmé par les sagas), alors on peut leur attribuer un sentiment de contentement à sentir que leurs descendants les honoraient ainsi. Je résume ce sentiment en disant que les morts étaient vraisemblablement heureux de l’attachement que leur manifestaient leurs descendants, bien que cela heurte nos croyances actuelles en une séparation totale de l’âme et du corps (y compris le cerveau qui est la source des sentiments) au moment de la mort.

 

Ceci est confirmé par l’existence ancienne de comportements radicalement différents de ceux auxquels nous sommes habitués : les spectres que nous venons d’étudier sont décrits avec un certain dégoût, certes, mais ils le sont avec un souci de précision remarquable, aussi bien ou mieux que les autres types d’êtres mythiques, géants, nains, trolls et elfes le sont. De plus, l’interaction avec les morts est franche et directe, allant jusqu’à la ‘bagarre de rue’. La vie et la mort sont alors conçues comme étant en continuité et en dépendance l’une de l’autre… ce qui devrait être de simple bon sens !

Par contre, dans notre civilisation, les contacts avec les morts sont considérés comme si épouvantables que les revenants sont décrits de façon très vague[3], comme si ceux qui les ont rencontrés avaient été si affolés qu’ils n’avaient pas su les observer. Cette peur quasiment irraisonnée des spectres reflète la peur, alors réellement absurde, que notre civilisation montre face à la mort et face au mourants qui sont maintenus en vie au-delà de toute espérance de les ramener vraiment à la vie parce que la science médicale sait les maintenir dans une situation objective de ‘vivants à moitié morts’, en somme des sortes de draugar modernes.

 

 

Bibliographie

 

On trouve facilement sur le web les versions norroises des sagas, par exemple

- pour  Hervarar saga ok Heiðreks : http://www.vsnrweb-publications.org.uk/Text%20Series/Hervarar%20saga%20ok%20heidreks.pdf

- pour Harðar saga Grímkelssonar : https://www.snerpa.is/net/isl/hardar.htm

- pour Grettis saga : https://www.snerpa.is/net/isl/grettir.htm

Le poème eddique Skírnis för ou Skírnismál se trouve aussi sur ‘snerpa’ à https://www.snerpa.is/net/kvaedi/skirnir.htm . Pour ce dernier, si vous le pouvez, je vous recommande l’excellente édition et traduction commentée de

Dronke Ursula, The Poetic Edda, Vol. II, Clarendon Press 1997, pp. 373-414.

 

Lecouteux Claude, Fantômes et Revenants au Moyen Âge, Imago, 1986 et 2009.

 

Le passé hanté des scandinaves n’a pas attiré beaucoup la recherche universitaire. Par exemple, dans Wisdom from dead relatives, centré autour du Ljóðatal, John McKinnell ne consacre qu’une petite page à la « structure fondamentale » commune au Ljóðatal et aux poèmes décrivant des interactions entre un mort et un protagoniste vivant. Cet article est publié dans

John McKinnell, Essays on Eddic Poetry, p. 123-152, Toronto Univ. Press, 2014.

 

Voici deux références qui vous orienteront et vous fourniront une bibliographie plus complète.

 

Helgadóttir Yelena Sesselja, Draumvísur and Draugavísur in Icelandic Sagas: The Border between Fantasy and Reality, Saga Conference 2009, http://web.archive.org/web/20090331220421/http://www.dur.ac.uk/medieval.www/sagaconf/yelena.htm

Mme Helgadóttir s’intéresse aux poèmes récités dans un rêve ou par des revenants. Elle en donne une liste quasi exhaustive et elle analyse les limites entre le monde du fantastique et celui du réel.

 

Rebecca Merkelbach, “Hann la eigi kyrr : Revenants and a Haunted Past in the Sagas of Icelanders”, PhD 2012  http://www.academia.edu/6962874/_Hann_l%C3%A1_eigi_kyrr_-_Revenants_and_a_Haunted_Past_in_the_Sagas_of_Icelanders

Dans sa thèse, Mme Merkelbach présente en quoi les luttes entre ancien paganisme et expansion de la chrétienté ont influencé la société scandinave et leurs conséquences dans la présentation des ‘monstres’ dans les sagas. Elle décrit avec précision les personnages des plus dangereux des revenants.

 

Torun Zachrisson, « The holiness of Helgö », Excavations at Helgö XVI, Almqvist & Wiksell, Stockholm, 2004 ; p. 143-175.

 



[1] Une des bases de la ‘logique’ sous-jacente à l’immatérialité des revenants se trouve clairement exprimée par St Augustin (354-430), Des devoirs à rendre aux morts, , téléchargeable à http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/morts/#_Toc19456392 

Celui-ci reconnaît l’existence des ‘revenants’ dans son chapitre 10 : « On raconte que plus d'une fois des morts laissés sans sépulture ont apparu à des vivants qui l'ignoraient, leur ont fait connaître les lieux où gisaient leurs corps, en leur disant de prendre soin de leur donner la sépulture dont ils avaient été privés. Répondre que ce sont de fausses apparitions, contre le sentiment de plusieurs fidèles qui ont écrit sur ce sujet, contre la persuasion de ceux qui affirment avoir eu de ces visions, ce serait faire preuve de peu de mesure ».

Par contre, dans le chapitre 14, il leur dénie tout matérialité : « Ce qu'on voit dans cet état, ce n'est donc [je vous laisse le soin d’apprécier son argumentation présentée dans les lignes précédant la citation] pas la présence réelle des choses telles qu'elles sont en elles-mêmes, mais comme une ombre et une représentation imagée des objets ».

 

[2] Trésor de la langue française informatisé : « RELIG. CHRÉT. a) Principe spirituel de création divine, transcendant à l'homme auquel il est uni pendant la vie terrestre comme foyer de sa vie religieuse où s'affrontent le Bien et le Mal ». Ici, je ne prends pas en compte pas la fin de la définition : « où s'affrontent le Bien et le Mal ». La notion d’un combat du bien et de mal est en elle-même un concept  très complexe au sein de la chrétienté qui devient encore plus compliqué quand on compare les civilisations païennes aux chrétiennes.

[3] Cette remarque est évidemment très subjective. À titre d’exemple montrant que je ne suis pas le seul à soutenir ce genre d’opinion, voici une citation tirée de l’excellent livre de C. A. Smith, Icelandic Magic, Avalonia pub. 2015, p. 51. « La majorité des gens, dans le monde moderne anglophone tend à se représenter les spectres comme des êtres voletant et sans substance qui peuvent traverser les murs et qui n’infligent que des blessures psychologiques par la terreur qu’ils inspirent ». Référez vous à la note 1 ci-dessus pour observer que cette vision ‘moderne’ est exactement la même que celle St Augustin.