Deux déesses, deux destinées : Íðunn et Skaði

 

 

Introduction

 

Pour ceux qui connaissent déjà le mythe du mariage de Freyr et de Gerðr, il peut sembler évident que Skaði soit associée à Gerðr puisqu’elles sont toutes deux des Géantes qui vont se marier avec un (ou plusieurs pour Skaði) dieux. Mais les mythes qui nous sont parvenus font de Gerðr une bonne épouse sans histoires alors que Íðunn, une Elfe qui a seulement été ‘marquée’ par le monde des Géants, continue comme Skaði à nourrir des mythes de rébellion contre les règles des Æsir… c’est ce qui les lie et les rend si passionnantes.

 

Íðunn, dont on pense qu’elle née parmi les Elfes, fidèles serviteurs des dieux, ne peut visiblement pas supporter cet assujettissement. Elle va certainement se rebeller une fois juste avant le Ragnarök mais, je pense, une deuxième fois aussi dans ce qui est classiquement compris comme « l’enlèvement d’ Íðunn ». Une première fois, selon Snorri,  d’une façon qu’il présente comme involontaire de sa part, une seconde fois volontairement selon le poème du « Galdr des corbeaux d’Óðinn » (voir le conte associé à http://www.nordic-life.org/MNG/LeJourd%27avantleRagnar%F6k.htm - et une traduction de ce poème à http://www.nordic-life.org/MNG/HRAFrNouv.htm ). Notre conte va la présenter comme la porteuse de la destinée des Æsir. Elle est l’annonciatrice du Ragnarök et je vais en donner une image non classique, celle de la Dise qui mène les Æsir à ‘accomplir leur destin’, expression qui signifie ‘mourir’ en Vieux Norrois. Je la vois donc comme la Dise du Ragnarök. Il est classique de présenter Íðunn ‘à la Snorri’ comme une gentillette femme un peu bête, alors que j’en fais une traitresse subtile qui manipule les Æsir sans qu’ils soient capables de s’en rendre compte.

 

Skaði est née dans le monde des Géants et elle apparaît dans notre mythologie juste après que son père ait été tué par les Æsir alors qu’il poursuivait Loki qui venait de récupérer Íðunn. Elle se rebelle contre eux de façon originale, en réclamant de se marier avec l’Áss de son choix en guise de wergild (humain-compensation) pour la mort de son père. Je vais la présenter comme une très savante Géante qui sait tout de la destinée des Æsir et qui, au contraire de Íðunn, va tenter de faire reculer à l’infini la date du Ragnarök. Nous allons voir comment les Æsir, au moyen d’une ruse un peu minable, vont l’empêcher d’accomplir son dessein, et donc vont eux-mêmes hâter l’arrivée du Ragnarök. Il est classique de présenter Skaði comme une femme insupportable et querelleuse alors que je vais la présenter comme une héroïne admirable qui est bien obligée de participer au destin des Æsir : sa destinée n’était pas de les sauver du Ragnarök.

 

Íðunn

 

Íðunn est la déesse dont ‘tout le monde’ sait qu’elle est chargée d’entretenir la magie qui permet aux Æsir de ne pas vieillir, repoussant ainsi à l’infini la date de leur mort.  Cette magie peut être appelée ‘pommes dorées’ ou ‘herbes (médicinales) de vieillesse’, ce que nous appellerions maintenant des « herbes de jouvence ». Je préfère cette dernière façon de parler qui désigne Íðunn comme une puissante sorcière spécialisée dans la plus dangereuse des ‘magies noires’ puisqu’elle est capable de manipuler la vie et la mort. Nous voici tout de suite bien loin de pauvre bécasse qu’on nous présente souvent !

On ne sait pas comment elle a réussi à se marier avec Bragi, dieu de la poésie, mais on peut bien imaginer comment une elfe, c’est-à-dire une petite servante, a pu s’insinuer dans les faveurs de Bragi. En tous cas, elle n’a pas choisi n’importe qui. Dans la vieille civilisation scandinave, la poésie est considérée comme une arme redoutable. Bien entendu, la masse de poésies scaldiques qui sont venues jusqu’à nous, à elle seule, est un témoignage objectif de l’importance accordée à la poésie. Mais il existe aussi un mythe qui conte comment Óðinn, pour récupérer l’hydromel de la poésie, a dû accepter la suprême honte de sa civilisation, celle de manquer à la parole donnée. Je vous le raconterai plus tard, mais voici sa conclusion : le comportement d’Óðinn dans cette histoire montre bien qu’il considère que la poésie est le moyen suprême pour arriver à retarder à l’infini le déclenchement du Ragnarök, c’est-à-dire le jour où les forces de la nature, les Géants, détruiront la civilisation construite par les dieux.

Alors comment diable a-t-elle pu devenir une sorte de mascotte des Æsir ?

C’est encore un ancien poème de plus de mille ans qui nous le raconte par allusions. Tout d’abord, elle a réussi à remplir un vide dans le monde féminin des Æsir. En effet, nous savons que le dieu de la fertilité animale, Freyr, était aussi le dieu de la fertilité végétale, c’est-à-dire qu’il était le responsable de l’abondance des récoltes. Par contre, Freyja, la célèbre déesse de l’amour et déeese de la fertilité féminine, n’est jamais décrite comme une déesse agricole. Je pense qu’Íðunn a su remarquer cette anomalie et s’infiltrer en rajoutant ce lien nécessaire entre les dieux et les humains. En effet, notre vieux poème de l’an 900 appelle Íðunn la « dise des ruisseaux de la source de la récolte », c’est-à-dire la déesse qui fertilise les récoltes. Pour pouvoir devenir elle-même une ‘vraie’ déesse, il ne lui restait qu’à séduire Bragi. Pour ceci, elle a profité de l’aspect frivole de ce dieu qui détestait pas, entre deux poèmes, faire la fête. C’est pourquoi notre vieux poème l’appelle la « serveuse de bière », celle qui aide à devenir joyeux. Vous savez bien que les serveuses d’alcools ont souvent un rôle sexuel que notre moralité actuelle considère comme une déchéance. Pour les joyeux lurons païens qu’étaient les Æsir – et nos ancêtres préchrétiens - ce genre de ‘dévergondage’ n’était pas porteur de honte. L’important était que femme et homme soient en accord sur ce qu’ils désiraient faire l’un de l’autre. Íðunn était sans doute ce que nous appelons aujourd’hui une ‘entraîneuse’, celle qui organise les fêtes. Pendant ces fêtes, la sexualité peut s’exprimer librement, même si l’entraîneuse doit, elle, conserver la tête froide pour contrôler que nul ne dépasse les bornes de la moralité, celle actuelle dans notre civilisation, celle païenne dans la civilisation ancienne. Ce rôle délicat est, dans le poème ancien, indiqué par le fait que le poème appelle Íðunn : « fameuse jeune fille qui augmente le délice des dieux ». Il est donc probable qu’elle ait été un peu plus qu’une entraîneuse.

 

Vous voyez que, finalement, Íðunn a su profiter des faiblesses des Æsir pour devenir une indispensable servante qui a été en conséquence ‘élevée’ au rang de déesse par son mariage avec Bragi. Vous pensez bien que toutes ces ruses n’avaient pas pour seul but d’atteindre le ‘titre envié’ de déesse, comme de nombreuses servantes ont pu acquérir de cette façon un titre de noblesse. Son rôle est tellement trouble que je crois que son but était plutôt celui d’une vengeance, comme une servante peut avoir envie d’humilier ses maîtres. En tous cas, premièrement cela s'oppose au rôle d'idiote que Snorri lui fait jouer (ce qui me semble très positif!) et deuxièmement cela fait d’elle une héroïne germanique impitoyable de la lignée de celles qu’on rencontre dans certains poèmes héroïques scandinaves et germaniques.

 

Une fois qu’elle a été bien installée dans sa position, elle a attendu une occasion pour pouvoir trahir sans risque les Æsir. Cette occasion se présenta quand le Géant Þjazi, le père de Skadi dont nous parlerons plus tard, réussit à mettre Loki dans une position où il pouvait lui demander de rencontrer Íðunn en dehors de la forteresse des Æsir. Pour réussir ce tour de force, il prit la forme d’un gigantesque aigle et vola jusqu’à Loki. Là, il réussit à rendre Loki tellement furieux que ce dernier lui donna (hum… stupidement) un coup de bâton sur le dos mais le bâton resta collé à la main de Loki et au dos de Þjazi, lequel s’envola derechef. Et voici notre Loki pendouillant misérablement dans les airs, son épaule en train de se disloquer et fou de douleur. Quand il supplia Þjazi de le libérer, il dû consentir un contrat par lequel il livrerait Íðunn à Þjazi.

Quand elle a appris que le géant Þjazi avait contraint Loki à donner sa parole qu’il devait l’enlever, elle a attendu qu’il lui tende un ‘piège’ afin de l’isoler des autres Æsir. Ce piège était tellement naïf – il lui proposait de lui montrer d’autres herbes magiques assurant l’immortalité, comme si elle ne les connaissait pas toutes – qu’elle a fait semblant d’être enthousiaste à cette idée et se jeta dans ce piège. La voilà disparue dans le monde des Géants.

Bien entendu, les Æsir se sont mis à vieillir et ont immédiatement accusé Loki sans même se douter qu’elle avait pu, elle, le rouler. Ils l’ont menacé de mort s’il ne ramenait pas dare-dare  leur « fameuse jeune fille qui augmente leurs amours ».

Freyja a prêté à Loki sa peau de faucon avec quoi il a pu voler jusqu’au séjour des Géants. Là, il a retrouvé Íðunn qui s’est violemment opposée à retourner chez les Æsir. Afin de contrer toute révolte d’Íðunn, Loki l’a transformée en noix et l’a ramenée au pays des dieux. Le géant Þjazi, furieux, s’est lancé à la poursuite de Loki et l’a rattrapé juste après qu’il ait franchi les limites du monde des dieux.

Tout l’ancien poème dont je vous ai parlé montre clairement que les Æsir ne sont pas de taille à s’opposer à Þjazi sans risquer de très grosses pertes. C’est pourquoi, au lieu de se battre comme des guerriers, ils ont préféré une ruse : ils ont entouré leur demeure de copeaux de bois sec qu’ils ont enflammé exactement à l’arrivée de Loki. Ce dernier a pu passer de justesse mais Þjazi, aveuglé de colère et par son arrogance a foncé vers les flammes qui ont jailli exactement quand il arrivait et il est mort brûlé, une mort sans bataille et sans honneur.

 

Quand tout s’est un peu calmé et qu’Óðinn a pu interroger Íðunn et Loki, son esprit pénétrant n’a pas mis longtemps à se rendre compte qu’Íðunn n’était pas aussi innocente que cela et il l’a surveillée de près.

Pendant des siècles et des siècles, Íðunn a bien été obligée de continuer son rôle d’amuseuse des Æsir. Mais son esprit restait en éveil et elle allait profiter de la moindre faiblesse des Æsir pour retourner chez les géants, comme le verrons plus tard.

 

Skaði

 

Skaði est une géante, la fille de Þjazi, qui peu après que son père ait été tué par les Æsir à l’occasion de sa course folle pour rattraper Loki et Íðunn, se rend dans leur domaine pour demander justice de la mort son père, armée de pied en cap. Les relations entre Géants et dieux étaient tellement dégradées qu’elle prenait le risque d’être kidnappée et transformée en esclave, sans autre forme de procès.

Sa première protection était tout simplement d’être une géante sur le pied de guerre, certainement une dangereuse guerrière.

Sa deuxième était que les Æsir se doutaient bien qu’elle était une puissante sorcière car elle avait été élevée par celui dont la magie avait surpassé celle de Loki. De plus, elle arrivait seule du pays des Géants, un  pays entouré de flammes qu’on ne peut pas franchir sans être un puissant magicien (voir note 3).

Sa troisième protection était encore plus puissante : dans la civilisation norroise ancienne, une des règles les plus sacrées était le droit pour un proche d’une personne assassinée de réclamer une compensation pour la mort de son parent. Une négociation prenait alors place et soit les deux parties tombaient d’accord sur le montant de cette compensation, soit la négociation échouait et il s’en suivait une guerre à mort. Óðinn, au nom de cette règle sacrée devait donc ouvrir une négociation avec Skaði. Cette dernière déclara la compensation qu’elle demandait était « d’épouser l’un des Æsir de son choix, et que son choix se ferait en ayant la possibilité d’observer ceux qui étaient des maris possibles ».

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Maintenons, arrêtons-nous un instant sur cette étrange requête. Elle est la fille d’un des géants les plus puissants, elle est donc certainement riche et honorée dans le monde des Géants. Qu’est-ce qui peut bien la pousser à vouloir se mêler à la famille des Æsir où elle sait bien qu’elle sera toujours une sorte d’étrangère ? Tout d’abord, du fait de la mort de son père, elle n’a plus de tuteur qui peut lui négocier un mariage favorable. Elle va donc être soumise à une pression sans relâche pour choisir un mari parmi les géants. Dans cette compétition c’est le plus fort qui l’emportera, elle le sait bien, et elle sait comment il va la traiter. En effet, les poèmes qui nous sont parvenus montrent bien que la condition des géantes mariées à de puissants géants n’est pas du tout enviable. Elle sait aussi que les déesses, les Ásynjur, mariées ou non à un dieu Áss, jouissent d’une grande indépendance et sont traitées avec respect. Ce mariage avec un des Æsir lui offre donc une porte de sortie honorable. C’est même une chance qu’elle n’aurait jamais pu saisir sans la mort de sont père.

Voilà des raisons bien raisonnables… Mais je crois qu’elle est aussi animée par une raison plus profonde et beaucoup moins raisonnable. Elle vécu toute sa vie sous la domination de son père dans une ambiance de tension vers un but suprême, celui d’arriver le plus vite possible au Ragnarök pour supprimer l’ordre instauré par les Æsir. Elle a dû donc entendre parler de la destinée des Æsir qui les conduit à la mort et de la possibilité qu’ils ont de la repousser à l’infini, grâce au herbes de jouvence contrôlées par Íðunn. Elle est évidemment au courant de l’échec de son père à garder Íðunn, mais elle a bien dû constater qu’Íðunn n’était pas une alliée fiable des Æsir et elle s’imagine une destinée exceptionnelle. Est-ce un rêve de jeune fille sensible ou bien un désir de jouer le rôle qu’Íðunn rechigne à tenir ? Elle a suffisamment de pouvoir magique  pour qu’elle voie un avenir où la mort de Baldr marque le début du Ragnarök. Ou bien, plus prosaïquement, a-t-elle été séduite par le portrait de Baldr qu’Íðunn lui a tracé ? En tous cas, elle a pris la décision d’épouser Baldr, soit poussée par sa sexualité, soit par désir de protéger un des pivots de la survie des Æsir, et même peut-être par les deux à la fois.

*****

La voici donc en train de négocier son contrat avec les Æsir qui acceptent ses conditions. Elle avait bien prévu quelque ruse de la part d’Óðinn en exigeant de voir ceux parmi lesquels elle devait choisir. Mais, au lieu d’appliquer ce que Skaði demandait implicitement, car ‘voir’ c’est voir tout entier, Óðinn décida de ne lui montrer que leurs pieds. Ceci respectait la lettre du contrat mais n’en respectait pas l’esprit. Il n’avait pas prévu que Skaði pouvait jouer un rôle de protectrice pour ce grand naïf de Baldr et décida de lui « donner une leçon ». Celui qui avait les plus beaux pieds était Njörðr et non Baldr. Si bien que, pour honorer elle aussi les clauses du contrat, elle dû épouser Njörðr.

Ces deux là n’ont connu aucun bonheur ensemble et Skaði, bien qu’elle fut une Ásynja de plein droit, menait un vie morne parmi les Æsir, tout comme Íðunn.

 

Finalement, à la fin des temps leurs destinées se sont rejointes

 

Finalement, Skaði est retournée au pays des Géants pour habiter la maison de son père, au milieu des neiges et du froid. Pour pouvoir se déplacer sur ses domaines, elle utilisait des skis, c’est pourquoi elle est devenue la « déesse du ski ». Elle avait cependant gagné ceci que son statut d’Ásynja mariée assurait sa liberté en la protégeant des entreprises amoureuses des géants. Là-bas, quasiment hors du temps, elle attendit le Ragnarök qu’elle avait tenté vainement d’éviter.

 

Bien après que Skaði soit repartie chez les Géants, de grands changements se sont produits au sein de l’univers. Les Æsir ont alors senti que qu’une hostilité nouvelle était en train de se mettre en place, elle attaquait les fondements mêmes de l’ordre divin. Bien entendu, toute l’attention d’Óðinn se porta à ces troubles et il cessa de surveiller Íðunn étroitement. Elle en profita pour s’évader du monde des dieux pour rejoindre celui des géants. Óðinn demanda à  Loki, Bragi et Heimdall de rejoindre Íðunn pour qu’elle le tienne au courant de ce que les Géants étaient en train de préparer, mais elle refusa de répondre et les trois dieux repartirent dépités.  Tout ceci arriva peu de temps avant le Ragnarök qu’elle avait vainement tenté de provoquer plus tôt.

 

Notes d’explication

 

Note 1. L’élixir de jouvence des Æsir

On trouve deux versions de cette façon de qualifier Íðunn.

Dans Skirnisför, s. 19 (codex regius): Epli ellifo algullin sont offertes à Gerðr (ellifu = 11). Ceci signifie « onze pommes toutes dorées (ou tout en or) ».

 

Dans Haustlöng s. 9 : Íðunn est appelée mey þás ellilyf ása = jeune fille qui_est grand_âge-herbe des Æsir. En effet, elli signifie ‘grand âge’ et lyf signifie ‘vie’.

 

Il est tout à fait possible que ces deux façons de dire correspondent à deux versions du mythe car on ne voit pas bien comment ‘lyf’ aurait pu se transformer en ‘fo’ à la suite d’une erreur de copie.

 

Note 2.

Le mythe de l’enlèvement d’Íðunn est archi-connu car Snorri Sturluson, au début de son Skáldskaparmál, l’a décrit en prose de façon très complète, ce qui aide considérablement à comprendre ce poème. Je ne pourrai donc pas éviter de faire comme tout le monde, c’est-à-dire répéter – partiellement pour moi – le beau texte de Snorri. Mais ce qui a attiré le plus mon attention sont les kenningar complexes que l’auteur du poème Haustlöng a créés pour décrire les étapes décisive de de cet enlèvement et du retour d’Íðunn au pays des Æsir.

Ce poème décrit, de la s. 2 à la s. 13, le mythe de l’enlèvement de Íðunn, la gardienne des pommes qui sont les façonnements, les‘sköp’, assurant la longue vie des dieux scandinaves anciens, les Æsir. Ces derniers ont une destinée et vont donc mourir quand elle sera accomplie. Mais, visiblement, les décideuses des destinées, les Nornes, n’imposent pas un vieillissement aux Æsir et ils ont donc été capables de façonner des ‘sköp’  par lesquels ils peuvent retarder à l’infini leur vieillissement. Ces sköp ont forme de pommes d’or et la déesse-elfe Íðunn, femme du dieu de la poésie, Bragi, est chargée d’entretenir leur magie. Pour ‘contrer’ ces sköp, un puissant géant appelé Þiazi force Loki à lui livrer Íðunn et sa magie, puis les installe dans la demeure des géants. En effet, les dieux se mettent à vieillir et menacent Loki de mort s’ils ne récupère pas magie et Íðunn. Loki réussit sa mission et Þiazi, qui s’était lancé à la poursuite de Loki et d’Íðunn, est tué grâce à une ruse des Æsir.

L’histoire que racontent ces strophes du Haustlöng est bien connue, car elle est décrite en détail par le premier chapitre du Skáldskaparmál de Snorri Sturluson, mais Þjóðólfr a introduit dans son poème quantité kenningar difficiles à interpréter car ils font allusion à un grand nombre de faits mythologiques ‘bien connus’ des auditeurs du début du 10ème siècle.

 

Vous trouverez toutes les kenningar décrivant Íðunn dans poème Haustlöng à http://www.nordic-life.org/MNG/HaustKennFr.htm  . En lisant le récit donné par le poète du 9 et 10ème siécle, Þjóðólfr, vous verrez ce fameux ‘enlèvement’ n’est même pas décrit. Les kenningar du poète peuvent suggérer une violence mais c’est Snorri qui a introduit cet enlèvement qu’il explique par la bêtise (implicite mais claire) d’ Íðunn.

 

Note 3. Les références relatives au ‘jour d’avant le Ragnarök’ ont été données plus haut, dans l’introduction. La citation « Loki et Bragi ont chanté le galdr et chevauché les magies » constitue les deux premiers vers de la s. 10 du Galdr des Corbeaux d’Óðinn.

 

Note 4.

Sur le lieu du séjour de Skaði, Grímnismál s. 11 :

Þrymheimr heitir inn sétti,
 er Þjazi bjó,
 sá inn ámáttki jötunn;
 en nú Skaði byggvir,
 skír brúðr goða,

fornar toftir föður.

En sixième, Þrymheimr est nommée

là où Þjazi habitait

lui le puissant géant ;

et maintenant Skaði habite

brillante fiancée des dieux

en l’ancienne demeure de son père.

Þrymr = alarme, bruit, en poésie: bataille

 

skírr = brillante, pure, lavée d’une accusation.