Introduction aux strophes 73-89 du Hávamál

Un homme averti en vaut deux

(73-84 : Pas d’avantages sans dangers et 85-89 : les dangers sans avantages)

 

Introduction générale (abrégée) d’Evans aux strophes 73-89

p. 23

 

Ces strophes … expriment [entre autres] l’opinion que la femme est trompeuse et menteuse, ce qui est étranger à la tradition Nordique païenne et évoque plutôt les attitudes misogynes du christianisme médiéval; ceci suggère qu’elles puissent être d’origine postérieure aux strophes du poème gnomique. Les strophes écrites en málaháttr (81-3, 85-7, 89-90) [mála-háttr = ‘de parole-mesure poétique’ équivalent à ‘rythme de la parole’. La plupart des strophes du Hávamál sont en ljódaháttr c’est-à-dire au ‘rythme du chant’], avec leurs listes de choses à faire ou ne pas faire rappellent un genre médiéval allemand connu comme le Priamel... Mais le Priamel allemand semble appartenir au Moyen Âge tardif, ce qui invalide l’idée qu’ils aient pu influencer le Hávamál. [note YK: Evans n’ose pas ajouter … mais rend possible l’hypothèse que le Priamel ait été influencé par le Hávamál !]. L’emphase mise sur le peu de confiance à accorder aux choses de ce monde a été vue comme un thème chrétien (von See, ‘die Unsicherheit alles Irdischen’ [= Le manque de sureté du terrestre]) … Mais l’instabilité ne devient un thème chrétien que lorsque on l’oppose à la sécurité et à la permanence du ciel …  C’est aller un peu loin de prétendre qu’un avis comme “Ne loue pas la bière avant de l’avoir bue” implémente  la morale chrétienne du transitoire et de la non fiabilité de cette pauvre vie fugace!  Cette strophe, en fait, contient une allusion païenne qui fait  manifestement à référence à la crémation … Comme le poème gnomique,  la scène se passe en Norvège: en plus de la crémation, remarquez le loup (s. 85), le serpent, l’ours, le roi (s. 86) et le renne (s. 90) [tous inexistants en Islande].

 

Sur les strophes 81-95

 

Aux environs de la strophe 81, nous quittons les strophes considérées comme étant proprement ‘gnomiques’ par les experts. En fait, leur choix est dicté par trois considérations. D’une part, la forme poétique utilisée est différente, d’autre part leur contenu fait des allusions sexuelles absentes dans les strophes précédentes et enfin, il fait plusieurs fois allusion au fait que la femme peut être trompeuse et menteuse (du moins, selon les traductions officielles). Néanmoins, les strophes 81-95 donnent encore des conseils et c’est seulement à la strophe 96 que commence le récit des aventures amoureuses d’Ódhinn avec la Jeune Fille de Billingr (Billings Mær), suivies de celles avec Invite-à-la-Bataille (Gunnlöð). Evans donne aux strophes 81-95 le nom de« Introduction aux aventures amoureuses d’Ódhinn ». Ceci n’est que partiellement vrai. Il me semble que le ton ne change vraiment qu’à partir de 89 où Ódhinn se livre à une sorte d’initiation aux problèmes liés à l’amour, et ceci jusqu’à la strophe 95.