La malédiction de la géante aux bras blancs

 

 

 

 

Ceci est une interprétation personnelle du poème Skírnisför raconté dans le conte du même nom. Les amours de Gerðr et de Freyr ont une dimension cosmique que je vais essayer de vous conter.

[Les parties entre [ ] sont des commentaires que le conteur peut sauter selon son auditoire]

 

Tout d’abord, tout ceci se passe dans le contexte du Ragnarök [pron. raggnareuk] – l’accomplissement de la destinée des dieux. Les dieux du Nord, appelés les dieux «æsir» [pron. aïssir], tout comme certains humains, sont soumis à une destinée qui a été écrite en runes par les Nornes. Les runes sont une sorte de magie ultime, on les grave, on les active et ensuite personne ne peut modifier ce qui a été  gravé et activé… sauf si quelqu’un a accès à l’inscription runique et est capable de l’effacer (de la ‘gratter’).  Ces deux destins ont ceci en commun qu’il nous faut un jour disparaître. Pour nous, ce jour était appelé à l’époque : « accomplissement de la destinée humaine » qui contient et explique les péripéties de nos courtes vies. Pour les æsir, l’histoire se déroule selon un schéma semblable avec deux grandes différences. D’une part la durée de leur vie n’est pas fixée à l’avance par leur destinée, même à quelques milliers – ou millions - d’années près. D’autre part, les Æsir connaissent leur destin mais il connaissent aussi la magie qui permet de façonner les destins. Ils appellent cette  magie « les façonnements » et elle leur permet d’agir de façon à reculer – peut-être, qui sait ? à l’infini, – la date de leur mort [et si Freyr se marie avec Gerðr cela constituera justement l’un des ces ‘façonnements’ qui retarde l’arrivée du Ragnarök]. Comme ils connaissent leur destinée, ils savent aussi que leur fin sera provoquée par les ‘géants’, des êtres beaucoup plus gigantesques par leur force que par leur taille [ces ‘géants’ là peuvent avoir une taille normale]. Ces derniers ont aussi connaissance de leurs propres runes pour s’opposer à la magie des æsir. Aux début des temps, cette opposition était moins profonde qu’à l’époque du conte. Par exemple, Freyr et Gerðr étaient alors des enfants et ont joué ensemble dans un bosquet dont ils se souviennent encore. Il est possible qu’ils aient ainsi gardé souvenir de ce temps et qu’ils n’aient pas oublié leurs amours enfantines. Maintenant, des centaines d’années après, ils sont devenus tous les deux de puissants sorciers, experts en la magie des dieux, Freyr, et celle des géants, Gerðr. Et, maintenant encore, ils sont séparés car les deux peuples se livrent à une guerre pour la survie de leur espèce. Mais les æsir et en particulier leur leader, Óðinn (Odin), sont intelligents et ils savent que l’on ne survit pas par la destruction de son ennemi mais en pactisant avec lui. D’ailleurs, dès les tous premiers temps, une forme de pacte a bien dû exister car  [bien avant que les humains n’existent] les dieux primitifs n’ont pas trouvé d’autres compagnes que des géantes et les principaux de nos dieux descendent tous d’une géante. Ceci a été possible car les géantes ne semblent pas du tout hostiles à l’idée d’épouser un dieu – peut-être à cause de la vie brutale des géants qui ne semblent guère respecter leurs épouses. En somme, les géantes sont beaucoup plus neutres vis-à-vis des dieux, ou même leurs sont franchement favorables.

 

Voilà la clé de ce conte : comment Freyr va-t-il se débrouiller pour mettre Gerðr dans une situation telle qu’elle conservera sa dignité et sa fierté bien quelle accepte de l’épouser ? Aussi : est-ce qu’elle partage ses sentiments ? Freyr est en plus motivé par le fait qu’il connait la destinée des dieux et qu’il sait que son mariage avec Gerðr, la géante qu’il aime, pourrait devenir une partie importante des ‘façonnements’ qui vont retarder et retarder encore le jour du Ragnarök.

 

La première chose à régler c’est de savoir si elle l’aime toujours ou non. Depuis leur enfance, il sont devenus l’un comme l’autre de puissants sorciers et il est possible qu’elle ait oublié leurs amours enfantines. Comme c’est souvent le cas dans les contes, bien qu’elle soit coincée chez son père, la jeune fille va lancer le premier signal. Elle est trop fine mouche pour ne pas s’être aperçue que Freyr l’observe du haut de son séjour, Ásgarðr, alors elle décide de lui envoyer un signal. Un jour qu’elle est seule, elle s’habille légèrement de façon à laisser nus ses bras et ses épaules et elle se rend dans son chalet-boudoir. Pour ouvrir la porte elle doit la saisir et la soulever pour la pousser sur une armature de planches fixée au plafond. Elle n’est pas très grande [vous vous souvenez que les ‘géants’ ne sont pas spécialement grands ?] et elle monte sur la pointe des pieds, allonge ses bras vers le haut et utilise sa magie pour que corps luise comme ‘une’ soleil et qu’un rayon de lumière aille frapper Freyr de stupeur. Elle est plus que la classique « belle femme au bras blancs » des descriptions de la beauté des femmes scandinaves, elle est « la belle femme au bras qui illuminent la terre et le ciel », [Si Gerðr n’est pas un être de lumière, on se demande ce qu’il faut pour en être un !] comme dit le poète. Il comprend le message et il sait qu’elle attend son aide.

 

Il n’y a plus rien qui s’oppose aux noces de Freyr et de Gerðr, sauf une chose très grave à l’époque [Freyr a tué le frère de Gerðr]. La société était une réunion de clans familiaux dont chacun des membres était très soudé aux autres. Quand un membre d’un clan tuait celui d’un autre, il s’en suivait d’infinies vendettas ce qui caractéristique toutes les société claniques. C’est ainsi que le mépris que nous attachons aujourd’hui à l’injure « putain » s’appliquait, encore plus fortement que maintenant, à celle qui trahissait son clan en s’attachant sexuellement à un homme qui avait tué un membre de sa famille - qu’ils soient mariés ou non. Bien entendu, la faute est encore plus grave s’ils se marient puisque la trahison est encore plus complète. En général, les relations sexuelles n’étaient pas une mince affaire, mais quand la relation ne pouvait pas durer, le partenaire masculin marquait son respect [et non pas son mépris] pour sa compagne d’une nuit en lui offrant un beau cadeau. Ce fait est illustré de joyeuse façon dans les « sagas légendaires ». Il se trouve que, justement, Gerðr et Freyr on ‘joué’ ensemble pendant leur première jeunesse dans un petit bois qu’il connaissent bien tous les deux. Visiblement, ils sont restés très amoureux l’un de l’autre. [tout en devenant l’un et l’autre de puissants sorciers] Mais, on ne sait comment, il se trouve que Freyr a tué le frère de Gerðr, ce qui rend leur amour impossible sans que Gerðr ne soit complètement déshonorée.

 

Le problème est que les relations entre dieux et géants se sont tellement détériorées que si l’un d’entre eux se rend seul dans le pays des autres, il sera immédiatement mis à mort. Freyr serait sans aucun doute reconnu s’il allait au pays des géants : il va lui falloir trouver un messager qui fasse la demande à sa place et ceci de façon suffisamment convaincante pour que tous, aussi bien géants que dieux, continuent à respecter Gerðr. Ainsi, le but de Freyr n’est certainement pas de mettre Gerðr en esclavage [tous les commentateurs supposent plus ou moins qu’elle va devenir son esclave sexuelle !]  mais au contraire de la libérer de tous les liens qui l’entravent. Comme un poète inconnu l’a déclamé [partie chantée] : « Fille ni femme, Freyr n’a jamais chagrinée et il les libère de tous leur liens ». Dans la civilisation dont je vous parle, tout est extraordinaire et de façon ahurissante pour l’humain moderne dont les croyances dominantes ne font certainement pas de leur Dieu un précurseur du Mouvement de Libération de la Femme!

 

Freyr va donc monter une sorte comédie pour que Gerðr puisse le rejoindre sans que ni elle, ni son père et le peuple des géants ne perdent la face. Comment donc mettre en scène une sorte de départ volontaire de Gerðr sans qu’elle soit humiliée et sans, pour autant, déclencher la colère de son géant de père, ce qui gâcherait l’effet de pacification qu’il recherche ? [Il faut faire croire aux géants que Gerðr va résister héroïquement à des forces qui la dépassent avant qu’elle accepte de se marier à Freyr]

Pour ceci, il a besoin d’une sorte de clown naïf qui va jouer un rôle de messager et qui se prendra au sérieux de sorte que chacun, sauf Gerðr, puisse croire que les dons qu’il affecte et les menaces qu’il profère constituent un piège sans issue qui va l’enchaîner malgré son (apparente) héroïque résistance. Il se trouve que Freyr a un serviteur et ami d’enfance en la personne de l’elfe Skírnir, une personne dévouée mais un peu m’as-tu-vu comme le sont les elfes : n’appelle-t-on pas une personne qui s’habille dans des couleurs extravagantes un « elfe rouge » ? Pour obtenir son accord, il suffit à Freyr de lui proposer de devenir son ambassadeur chez les géants, de lui offrir ce qu’il ne manquera pas de demander pour accomplir cette mission. Freyr lui offre donc son cheval pour franchir la barrière de feu qui clôt le monde des géants et son épée magique qui « si son possesseur est un sage tue d’elle-même ses ennemis ». Bien sûr, Skírnir va se croire invincible avec cette épée et va fanfaronner chez les géants sans se rendre compte qu’il n’est pas sage et que la magie de l’épée ne va pas opérer avec lui. Les menaces de Skírnir seront alors énoncées avec conviction et les géants (sauf Gerðr, évidemment) penseront qu’il est capable d’accomplir les exploits dont il se vante.

 

Skírnir peut ainsi franchir la barrière de flammes qui protège le monde des géants. Il rencontre alors un berger qui était assis sur un tertre et lui demande où il pourra joindre Gerðr mais, au lieu de la désigner de façon respectueuse, il emploie un mot dont le sens oscille entre ‘amoureuse’, ‘esclave’ et ‘prostituée’. Le moins que l’on puisse dire est qu’il commence de façon insolente une mission qui est sensée être de conciliation. Ainsi , dès la première rencontre, il se conduit de façon stupidement maladroite [s’il joue lui aussi la comédie, il se conduit de façon faussement grossière afin d’afficher une confiance absolue dans le succès de sa mission – il semble que parfois il de prend vraiment au sérieux]. Le berger refuse de lui répondre, et il le tue… en bonne continuation d’un étalage de brutalité impressionnante.

Il repart alors et fait tellement de bruit avec son cheval que Gerðr décide d’envoyer une servante le chercher et l’amener chez elle. Elle protège donc Skírnir des représailles que les géants devaient préparer pour venger le meurtre du berger. Elle insiste –sans en avoir besoin- sur le fait qu’elle craint que ce cavalier ne soit Freyr, l’assassin de son frère à elle. Elle clame ainsi bien haut que la mort de son frère est toujours présente à sa mémoire et qu’elle n’est pas disposée au pardon. Quand Skírnir arrive chez elle, elle lui demande à quelle ‘espèce’ il appartient : « Es-tu l’un des elfes, l’un des æsir ou bien l’un des sages vanes ». Il répond qu’il n’est rien de tout cela et commence à lui proposer des cadeaux « pour acheter la paix et que Freyr lui devienne ‘non-détestable’ ». Cette façon de parler des scaldes [correspond au ‘je ne te hais point’ de Chimène et] signifie donc que Freyr désire trouver ou retrouver l’amour de Gerðr.

Il lui offre les « pommes de longue vie » qui permettent aux æsir de rester toujours jeunes et elle refuse cet énorme pouvoir sur les dieux. Bien entendu, les géants rêvent de posséder ce pouvoir qui leur permettrait de domines les æsir. Elle précise qu’elle et Freyr ne deviendront pas « comme un seul » c’est-à-dire qu’elle évoque un amour fusionnel, et non un partie de jambes en l’air comme la plupart des commentateurs semblent le comprendre.

Il lui offre un anneau d’or magique qui se duplique « huit fois toutes les neuf nuits », mais elle répond qu’elle est déjà bien assez riche comme cela. Bien entendu, les géants rêvent de posséder cet anneau qui assure une richesse éternelle.

Alors Skírnir se fâche et menace de la tuer, ainsi que son père, avec sa belle épée magique. C’est le bouquet pour Gerðr qui a beau jeu de clamer qu’elle ne cédera devant aucune menace. Finalement, Skírnir abandonne ces menaces de mort complètement absurdes en pensant peut-être à la mission que Freyr lui a confiée et que, épée magique ne signifie pas bouclier magique, et qu’il s’avance donc sur un chemin dangereux pour lui.

 

On dirait alors que Skírnir se souvient brusquement de la raison de son voyage et il change de tactique. Il va utiliser la magie des dieux pour contraindre Gerðr. Il construit une malédiction magique qui est une caricature de malédiction par son emphase ridicule. En sorcier malhabile, il explique le contenu de sa malédiction et sa façon de la rendre effective. Gerðr a certainement reçu un enseignement de la magie des géants et elle peut facilement détourner ou renvoyer la malédiction. Mais, elle reste silencieuse et attentive aux menaces de Skírnir. En bonne magicienne, elle cherche à comprendre si les auditeurs vont être eux-mêmes effrayés par l’intensité de cette malédiction et donc comprendre et admettre qu’elle ait été incapable de se défendre face au pouvoir d’une telle magie.

 

Il commence par énoncer des prophéties sur l’avenir de Gerðr si elle ne cède pas.: « Je te frapperai d’un bâton de dressage, jeune fille, pour briser ta résistance à mon bon plaisir ! » Bien entendu ce ‘bâton de dressage’ est une baguette magique qu’il va graver de runes. Mais avant d’utiliser cette baguette, il se livre à trois divinations dignes d’une voyante en furie.

« Tu seras seule. Tes repas seront dégoutants et toi tu seras repoussante. Sans cesse autour de toi planneront les vautours de la mort. [Perchée sur la montagne tu regarderas de tous côtés et tu observeras sans cesse le spectacle de ta mort. Tu seras même incapable de partager ton repas car la nourriture te dégoutera et toi tu seras dégoutante] ».

« Tu seras humiliée. Tu deviendras le spectacle de tous. Chacun pourra observer ta laideur sous toutes ses faces. Chacun pourra observer ton malheur sous toutes ses formes. [« Folie, pleurs, impatience, et orties seront tes compagnons ». Tu seras entraînée par la vague déferlante de ta douleur vers tes seuls futurs compagnons, le dégoût de toi et la souffrance]. »

« Tu  seras traitée comme une esclave sexuelle. Ton corps se videra de ses envies. Le cœur lourd, tu t’offriras à des brutes qui jouiront de ton corps. [Tu n’auras plus aucune envie de jouir de ton corps et pourtant tu te faufileras dans le hall des géants, dégoutée par toi-même, afin que chacun dispose de ton corps à sa guise] ».

 

[Pour comprendre l’importance que ces trois malédictions soient prononcées par Skírnir et non pas par Freyr, il faut se référer à un comportement classique en magie. Je n’ai aucune expérience en magie de la malédiction, mais une expérience certaine en magie de la guérison. Or, on sait bien que l’une et l’autre commencent de la même façon, par une ‘prise de contact’ avec la personne à guérir ou à maudire. Après cela, on peut commencer le travail de guérison sans travailler au hasard. Je peux donc supposer donc qu’en magie de malédiction, le même processus prend place d’abord et que le magicien destructeur reconnait d’avance les faiblesses de la personne qu’il va maudire et il s’en sert pour l’abattre plus surement. Si on relit les menaces proférées par Skírnir, on pourrait les énoncer plus clairement comme, par exemple pour la première : « Je sais bien que tu souffres déjà énormément de ta solitude. C’est pourquoi j’ai le pouvoir de te faire encore plus souffrir par ta solitude, etc. ».]

Gerðr entend bien les menaces de Skírnir. Mais en même temps, elle comprend que ces menaces ne sont qu’un camouflage pour convaincre les géants qu’elle a été réellement ensorcelée et n’a pas pu résister à la magie de Skírnir. En plus, comme elle est une magicienne entrainée, elle est capable de comprendre que le message de Freyr est à l’inverse de Skírnir et que Freyr, de son côté,  lui déclare :

 

« Je sais que tu as été solitaire et que tu en souffres. Tu te fermeras à ces souffances et tu t’ouvriras au plaisir de l’amitié. [Je te donne ma parole que je ferai tout pour que tu ne souffres plus de la solitude. Où que tu sois, tu sentiras que tes amis ne sont pas loin de toi] ».

« Je sais que tu as été humiliée et que tu es trop fière pour t’en plaindre. Tu apprendras à en rire et ta fierté s’illuminera comme ciel après l’orage.

« Je sais que ta sexualité est puissante. Dans l’intimité de notre chambre, elle deviendra un enchantement, un charmant secret partagé par nous seuls ».

Gerðr entend la magie du message de Freyr et prend sa décision.

 

Maintenant, Skírnir sort de sa trance prémonitoire et rappelle qu’il possède une baguette magique avec laquelle il va la dresser. Ceci se déroule en trois temps. D’abord, il clame à tous vents qu’il effectue une malédiction de solitude et que chacun, géants compris (ce qui est étrange), va la rejeter. Ensuite, il insiste sur le fait qu’elle sera partie prenante à sa propre malédiction car elle effectuera sans le vouloir des actions qui la dégoutent. Enfin, pour rendre la malédiction effective, il grave sa baguette avec des runes qui vont forcer Gerðr à obéir aux trois malédictions qu’il a prononcées et il active définitivement la magie des runes.

Après avoir activé définitivement la magie des runes, il rappelle ce que tout magicien connaît, ce qui est encore bien étrange :« Ce que j’ai gravé sur le bois je peux le gratter si une bonne raison de le faire se présente ».

 

Du point de vue des géants, Gerðr est perdue car elle ne pourra résister à une pareille démonstration de magie. De façon amusante, c’est bien ce que croient aussi tous les commentateurs modernes (qui ne croient pourtant pas en la magie des runes) que j’ai pu consulter. Elle a résisté jusqu’au bout à Skírnir et son honneur est sauf. Elle peut donc accepter sans humiliation la proposition de Freyr. [Elle cède en apparence aux menaces de Skírnir, mais en réalité elle cède aux promesses de Freyr].

Pour marquer son accord, elle offre à Skírnir une coupe de son meilleur hydromel comme gage de son accord à partager l’amour de Freyr.

 

Skírnir répond que sa mission ne sera pas terminée tant que les détails du contrat qui va lier Freyr et Gerðr ne seront pas établis et acceptés par les deux parties. En fait, c’est elle qui va les fixer, ce qui montre bien qu’elle est loin d’être devenue une ‘esclave’. Cependant, le seul détail que nous connaissions fixe le déroulement de la cérémonie et, implicitement, l’engagement que prend Freyr vis-à-vis d’elle.

Leur rencontre aura lieu dans un bosquet tranquille « que nous connaissons tous les deux » ce qui montre bien que Freyr et Gerðr se sont connus et ont joué ensemble dans ce petit bois du temps de leur folle jeunesse. Nous savons que la durée de la préparation au mariage est normalement de trois jours. Gerðr exige une durée de préparation triple, de neuf jours. C’est une façon d’exiger que leur mariage soit triplement consacré avant que la nuit de noce puisse prendre place.

Freyr apprend la nouvelle du succès de Skírnir mais… ne savons pas quelle est sa réaction exacte. Bien évidemment, il est heureux mais le poème qui décrit sa réaction le fait sous forme d’un jeu de mot numérique pas très compréhensible mais qui, de façon encore tout à fait inattendue, fait de Freyr une sorte d’amoureux nordique intéressé par la théorie des nombres : encore un mystère de plus.

Une nuit est longue, deux le sont encore plus

Comment pourrai-je en endurer trois ?

Un mois souvent m’est apparu moins long

que dure la moitié d’une telle nuit de noce.

Si quelqu’un peut m’expliquer l’énigme de « la moitié d’une telle nuit de noce », je lui en serai très reconnaissant.