Les runes et la prise de pouvoir masculine

 

Extraits du chapitre 2 de mon livre sur les runes en cours de (re-) impression

 

Mes motivations

Je ne suis absolument pas un ‘féministe’. Cela n’implique pas d’être un crétin. En organisant ces textes, j’étais plutôt motivé par le besoin de combattre l’idiotie de ceux qui refusent voir cette évidence de la montée du pouvoir masculin, et de la dégradation progressive du pouvoir féminin, évidente depuis l’antiquité (aux US, les féministes qui rappellent ceci sont qualifiées de ‘geignardes’ !). Ma motivation n’est donc pas de prendre parti pour un côté ou l’autre.

Les études historiques suffisent à illustrer cette dégradation mais je désire ici les compléter, pour ceux qui, comme moi, sont assez vieux-jeu pour encore aimer les contes, en montrant qu’ils sont imprégnés de ce combat des sexes.

 

 

Introduction : quelques significations implicites du mythe d’Is

 

   Ce mythe se trouve dans ce que Jean Markale appelle la Saga de Gradlon le Grand. Je ne vais raconter maintenant que l'histoire de Kristof, le petit garçon qui sera capable de préparer la destruction d'Is. Près de la ville d'Is vit une espèce d'idiot, Kristof, qui passe son temps à jeter de pierres dans l'eau à l'aide d'un bâton crochu, comme dit le conte. Un jour, il remarque qu'un petit poisson joue à nager derrière ses pierres. Il réussit à le coincer et à l'attraper. Le petit poisson le supplie de le relâcher, ce que fait Kristof. Pour le remercier, Kristof aura tous ses vœux satisfaits s'il les demande au nom du petit poisson. Kristof, chargé de ramener du bois à sa mère pour qu'elle lui prépare des crêpes, va demander à un grand chêne de venir jusqu'à lui. Ce grand chêne, présent depuis des temps immémoriaux en face d'Is, est considéré comme l'assise de la ville d'Is. Kristof lui-même prédira plus tard la fin d'Is car il a enlevé ce chêne qui protégeait la ville de l'invasion de la mer aux marées d'équinoxe. Quand il a accompli cet exploit, Kristof demande au chêne de l'emporter jusqu'à chez lui, en traversant Is. Parmi les spectateurs de ce chêne se promenant dans les rues, se trouve Dahud, la fille du roi, qui ne répond pas aux saluts amicaux de Kristof. Celui-ci se met en colère et fait le vœu que Dahud soit enceinte. Dahud nie avoir eut aucune relation sexuelle, mais personne ne la croit. Il faut une épreuve magique pour que Kristof soit reconnu comme étant le père de l'enfant. Finalement, Kristof montrera à Gradlon que Dahud a été enceinte par magie, et qu'elle ne lui avait donc pas menti. Sur ce, Kristof disparaît et nul n'a plus jamais entendu parler de lui.

Ce beau conte, que les enfants adorent écouter, renferme plusieurs mythes. Bien entendu, on y reconnaît une fécondation magique. Curieusement, cette vierge mère, une fois Kristof disparu, deviendra un symbole de liberté sexuelle et mourra noyée lors de la disparition de la ville. On voit aussi une ville protégée par un arbre sacré, et qui va disparaître avec l'arbre. C'est bien entendu une image semblable à celle donnée par l’arbre du monde norrois,Yggdrasil. Is dépend de son chêne comme le monde est placé sous les racines d'Yggdrasil. Kristof lui-même est un chaman capable de parler aux poissons. Sa rencontre avec le petit poisson en fait un magicien capable de tous les miracles. Ce magicien abattra le fondement de la vieille société, le chêne protégeant la ville des marées d'équinoxe. C'est pourquoi ce conte me paraît appartenir à ceux qui décrivent un héros (dit ‘solaire’) qui abat l'ordre ancien, dont nous trouverons d'autres exemples dans la culture celtique.

Dans notre histoire non légendaire, le héros solaire est l’empereur très-chrétien Charlemagne qui abat l’arbre du monde des tribus germaines, Irminsūl. Cet acte blasphématoire est pour moi le symbole du départ de la civilisation nouvelle, le vrai ‘brave new world’, celui qui accepte de détruire notre planète au nom du progrès.

 

Les héros solaires destructeurs de l'ordre ancien

 

Un autre héros détruisant l'ordre ancien est le Lancelot des premières épopées arthuriennes. Lancelot est élevé par la Dame du Lac. Comme le dit si joliment en Haut Allemand du Moyen Âge, la plus ancienne version écrite de ce conte [Note 1], le Lanzelet de Ulrich von Zatzikoven :

siu hete zehen tûsint

elle régnait sur dix mille

vrowen in ir lande

femmes dans son pays

derkeiniu bekande

lesquelles jamais n’avaient connu

man noch mannes gezoc.

l’homme ni la ‘traction’ [la pression] de l’homme

Elle ne lui révélera son origine que lorsqu'il aura tué son ennemi, et c'est pour remplir cette tâche que la Dame du lac l'a élevé. Cet ennemi s'appelle Iweret, dont le nom signifie qu'il est l'homme de l'if. L'abattre revient bien à abattre le vieux monde qui repose sur un if. Lancelot rentre dans la forêt où il doit combattre Iweret. La rencontre doit avoir lieu sous un tilleul (un pin dans d'autres versions) qui reste toujours vert (diu linde ist grüene durch daz jâr: ‘ce tilleul est vert au travers de l’année’), une autre allusion, en fait, à l'if. Sous ce tilleul jaillit une fontaine glacée (dar under stât ein brunne kalt : ‘dessous lui se trouve une fontaine froide’) qui évoque pour nous la source de Mímir, source de la sagesse jaillissant au pied d'une racine d'Yggdrasil.

Rappelons-nous aussi que la vie, dans le mythe nordique de la création, a trouvé son origine dans de la glace fondue. Que cette fontaine soit glacée est donc significatif, la vie en vient, une nouvelle vie va maintenant y trouver le jour. Lancelot tue Iweret et met en route la destinée d’un monde nouveau.

 

Dans les contes celtiques irlandais, le héros qui me paraît jouer un rôle semblable, c'est Cuchulain, lui aussi invincible comme Lancelot. En particulier, dans le Vol de bestiaux de Cuailnge (Tain Bo Cuailnge), on le décrit s'opposant à la reine Maeve qui est une représentante du pouvoir matriarcal. Bien que mariée au roi Aillil, elle reste propriétaire de ses biens, elle joue le rôle de chef de guerre, et elle est libre sexuellement, comme le montre bien l'espèce de formule rituelle qu'elle utilise toujours quand elle veut se mettre en bons termes avec un héros. Elle lui propose quantité de richesses, et

mes propres cuisses amicales, en plus de tout, si cela est nécessaire.

De plus, elle a ses propres champions. Chacun d'entre eux sera exécuté par Cuchulain. La conclusion de leur lutte décrit une victoire écrasante de Cuchulain sur Maeve.

Alors Maeve eut ses règles ... et elle se soulagea. Cela creusa trois grands fossés, chacun assez grand pour contenir une maisonnée. Cet endroit est appelé depuis Fual Medba, la Pisse de Maeve [Note 2] Cuchulain la vit ainsi, mais il retint sa main. Il ne voulait pas la frapper par derrière. « Épargne-moi », dit Maeve. « Si je te tuais là », dit Cuchulain, « ce ne serait que justice ». Mais il l'épargna, car il n'était pas un tueur de femmes.

 

Cet ordre ancien qui repose sur un chêne dans le mythe d'Is, sur un Iweret (un if humain) dans le mythe primitif de Lancelot, et sur une femme dans l'histoire de Cuchulain me paraît bien représenté dans les deux runes d'arbre : Ihwaz et Berkanan. Ihwaz c'est l'arbre du monde, mais c'est aussi la force masculine sur laquelle la femme peut s’appuyer sans danger. Berkanan, c'est l'arbre-femme, symbole d'une chamane certaine de son pouvoir.

La période de pouvoir maximal pour une chamane serait celle où elle a ses règles, alors que dans toutes les civilisations patriarcales, cette époque est justement celle où la femme est ‘impure’, interdite de chamanisme. Chez les indiens d'Amérique, les femmes menstruées doivent s'isoler de la tribu dans un lieu qui leur est réservé. Cet interdit du sang menstruel est si fort que dans certaines tribus, le chasseur introduit le produit de la chasse par un trou dans le mur, et non par la porte dont le seuil a pu être souillé de gouttes du sang menstruel. L'histoire de Cuchulain, en associant l'ultime défaite à la période des règles de Maeve, va bien dans le même sens qui consiste à retirer son pouvoir à la femme.

Quand j'étais enfant, j'ai encore entendu raconter qu'une femme menstruée ne pouvait pas faire une mayonnaise sans la rater. Je suppose que cette croyance idiote était une trace, bien abâtardie et devenue ridicule, de la volonté masculine d’abaisser cette manifestation de la physiologie féminine.

 

Mythes rapportant explicitement la destruction du pouvoir féminin

 

Les contes de Grimm ne sont pas spécialement dédiés à la domination masculine puisque j'ai compté dix-sept histoires où un homme prisonnier est sauvé par une femme, et douze où une femme prisonnière est sauvée par un homme. On ne peut donc pas prétendre que le rôle principal soit attribué à l'un ou l'autre sexe. Il existe cependant deux contes illustrant comment la femme, dominante au départ, perd ce pouvoir. Dans : Le roi de la montagne d'or, un jeune chaman accepte son initiation (il sera décapité puis ressuscité) pour sauver une princesse. Il épouse la princesse et devient le roi de la montagne d'or. Il désire retourner voir son père, et sa femme accepte de l'aider à condition qu'il ne cherche jamais à faire quitter la montagne d'or ni à elle, ni à leur enfant. Bien entendu, il oubliera sa promesse et exigera de sa femme qu'elle le rejoigne chez son père. Elle dissimulera d'abord sa colère, mais profitera de son sommeil pour le laisser en piètre état près de chez son père, sans moyen de rejoindre la montagne d'or. Il décide alors de lutter contre le sort, et repart à la conquête de son royaume. Il va tromper trois géants (sans les tuer) et acquérir ainsi suffisamment de magie pour retourner dans son royaume. Là, il retrouve sa femme infidèle célébrant son mariage avec un nouvel homme. Il se rend invisible et se place derrière sa femme. Durant le banquet, il va manger et boire tout ce qui est servi à sa femme, ce qui la rend faible et honteuse; elle s'en va pleurer dans sa chambre. Il la rejoint et lui reproche son infidélité. Ensuite, il retourne dans la salle du banquet où les invités ne veulent pas le reconnaître. Il tue tout le monde et redevient le maître de la montagne d'or. Le conte ne dit rien du sort de la reine, mais il est clair qu'elle n'est pas tuée, et donc qu'elle va rester sa femme, et la reine. Dans ce conte, pour ainsi dire, le pouvoir féminin se permet de rejeter le pouvoir masculin, mais l'opiniâtreté masculine vaincra la rigueur féminine. Le fait que la légitimité vienne de la femme n'est néanmoins jamais contesté. Le héros aurait très bien pu tuer l'infidèle et se proclamer roi. Il ne peut le faire parce que seul le fait qu'il ait épousé la propriétaire du pouvoir le rend maître légitime de la montagne d'or. Ce conte montre bien un état où le pouvoir féminin est menacé, mais non totalement détruit encore.

 

Une étape supplémentaire dans cette déchéance du pouvoir féminin est doublement illustrée dans les contes de chevalerie comme l’histoire de Lanzelet, version germanique de notre Lancelot.

Premièrement, rappelez-vous que Lancelot est élevé par la Dame du lac, qui vit dans un royaume où nul homme n’a jamais pénétré. Ceci est parfait, mais montre bien que c’est une sorte de fuite qui permet à la Dame du Lac de rester maîtresse en son royaume. C’est par crainte qu’elle s’isole du reste du monde et le conte décrit en détail leur besoin de puissantes défenses entourant leur royaume (dont une porte en diamant !). Ainsi

si vorhten keinen vremden gast

elles ne craignaient nul soldat étranger

noch deheines küneges her …

ni aucune royale armée …

En plus, le lac qui entoure leur château leur apporte une défense supplémentaire :                      

umb daz lant gie daz mer …

autour du pays se trouvait le lac …

dâ wârens âne vohrte.

elles étaient sans crainte. [Note 3]

La réelle agressivité du monde extérieur est manifestée dans la rancune qu’elle a pour le terrible

… Iweret

… Iweret

von dem schœnen walde Beforet …

de la belle forêt Beforet …

 

Si Lancelot le tue, elle promet

daz ich dirs imer lône,

que moi je te récompenserai toujours

sô rich daz er mir habe getan;

(car) si puissamment il m’a fait (du mal);

 

Deuxièmement, parmi les nombreuses conquêtes féminines de Lancelot, se trouve la reine du royaume de Pluris. Cette reine est une femme très indépendante. Cependant, elle reçoit implicitement une forte pression sociale pour abandonner son pouvoir. En effet, elle ne peut rester indépendante qu’en mettant des barrières suffisamment élevées à l’acceptation d’un mari (qui ‘évidemment’ lui prendrait son pouvoir) pour que personne ne puisse la conquérir. Comme le dit le Lanzelet de Ulrich von Zatzikoven :

… ein künigîn ûf der burc was …

une reine dans le château était …

es wâren ir sinne,

c’était son opinion

daz siu niemer man genæme ,

que nul homme ne la prenne

ez enwære daz einer kæme,

sauf qu’il ne se trouvât que l’un vienne

für ander man sô wol gemuot,

pour (= par rapport à) tout autre homme si tant courageux

der an den hundert rittern guot, …

que les cent bons chevaliers, …

daz ers alle nider stæche

eines tages …

il tous à terre mît (= désarçonnât de sa lance) (en un seul) un jour …

            Bien entendu, Lancelot va vaincre les cent chevaliers et conquérir cette femme. En fait, l’histoire est un peu plus complexe car la reine tombe certes amoureuse de Lancelot, mais elle continue à lui imposer son pouvoir. Lancelot, qui est un vrai mec, ne va tout de même pas se laisser tenir en laisse par une simple bonne femme, fût-elle reine, et combine un plan pour laisser choir celle qui n’a pas voulu se soumettre à lui. Coup nul en apparence, mais comme pour la Dame du Lac, celle qui ne veut pas se soumettre se retrouve seule et sans défense face aux autres prédateurs. Sans souligner ce fait, le conte dit cependant ce qui attend l’impudente qui ne veut pas se soumettre :

diu tôtvinster naht

la nuit sombre comme la mort

der bîtterlîchen minne

de l’amour amer

diu benam ir die sinne

lui avait ôté l’esprit

und ir varwe in dir kraft …

et ses belles couleurs et toute capacité …

 

Par contre, Lancelot file retrouver sa fidèle Iblis, restée en la cour du roi Arthur, elle

daz siu sô dicke tæte schîn

dont l’action brillait si fortement

ir wîplîche güete.

de sa perfection féminine.

.

De plus, le conte souligne bien qu’il ne manque pas d’hommes qui n’ont pas la valeur de Lancelot. Quand son aventure est connue à la cour d’Arthur, beaucoup se demandent pourquoi il ne désire pas rester à Pluris :

dâ was ritter harte vil,

(c’était de) certains chevaliers le fort désir

die imer in dem leitspil

(et) qui (pour) toujours dans ce jeu enduré (par Lancelot)

gerne wollten sîn beliben

volontiers auraient voulu se complaire

und die zît hin hân vertriben …

et auraient énormément voulu passer le temps comme lui …

 

On pourrait bien entendu soutenir qu’il s’agit de l’histoire spécifique de Lancelot, Iblis et la reine de Pluris, mais l’immense succès de l’épopée arthurienne - qui dure depuis environ l’an 1150 jusqu’à nos jours – montre bien que les stéréotypes qu’elle porte sont typiques de notre civilisation. Par exemple, et je trouve de façon hilarante, quand Mr. Fabius apprend que Mme Royal sera candidate présidentielle, cet homme qui prétend, non sans raison, être porteur d’une forme d’avenir pour l’Europe entière, ne trouve à dire que « Alors, qui va garder les enfants ? » En ceci, tout comme Lancelot 850 ans plus tôt, il exprime le fait que Mme Royal, en désirant devenir une femme politique de premier plan, cesse de se comporter comme une bonne Iblis, et donc « cesse de briller si fortement de sa perfection féminine ».

 

            Enfin, comme ultime illustration, voici un conte qui dit comment on interdit purement et simplement aux femmes de pratiquer leur magie. Dans le conte de Grimm : Les souliers réduits en pièces, les douze filles du roi vont danser chaque nuit et abîment leurs souliers bien que leur père ferme la porte de leur chambre à clé. Un pauvre soldat va résoudre l'énigme. Il réussit à lutter contre le charme que les princesses utilisent pour endormir leurs surveillants, et il les suit dans leur voyage vers un monde souterrain. Le conte décrit un monde réel, mais on ne peut s'empêcher de penser à un voyage chamanique dans le monde d'en bas [Note 4]. Là, les princesses dansent toute la nuit, et c'est pourquoi leurs souliers sont usés le matin. Le secret étant découvert, il ne sera plus possible ensuite aux princesses de pratiquer leur art. Ce conte illustre parfaitement le fait que le pouvoir masculin ait réussit à interdire le voyage chamanique aux femmes.

 

Les runes doivent bien évidemment participer à ce mouvement irrésistible de la montée du pouvoir masculin, dans une civilisation de plus en plus guerrière. En particulier, les runes viking, issues d'une civilisation fortement guerrière, devraient être encore plus imprégnées de pouvoir masculin que celles du Futhark ancien. C'est pourquoi, pour chacune des huit runes non utilisées par le Futhark viking, j'ai systématiquement essayé de voir quels liens particuliers elles présentent avec le pouvoir féminin, d'une part, et avec une civilisation guerrière d'autre part.

Ces runes ‘oubliées’ par les Viking sont Gebo, Wunjo, Pertho, Algiz, Ehwaz, Ingwaz, Dagaz, Othala. Nous étudierons en détail, au chapitre 3, les cas d'Algiz et d'Ingwaz, disparues certainement pour d'autres raisons.

Pour les six runes rejetées, à mon sens, par les Viking à cause de la montée du pouvoir masculin, voici une explication rapide.

- Gebo est la rune du don, elle paraît illustrer l'équilibre entre les sexes et donc devait disparaître d'un Futhark masculinisé.

- Wunjo est la rune de la félicité, du plaisir, toutes choses non encouragées dans une civilisation guerrière.

- Pertho, si elle était la rune du jeu, comme le dit le poème runique vieil anglais, aurait dû être conservée. Vous verrez que je l'interprète comme la rune d’un antique festival féminin disparu et de la maternité, on comprend alors pourquoi elle devait être éliminée.

- Ehwaz est la rune du cheval, dont nous expliquerons qu'elle représente l’homme et la femme cavaliers, et la femme-cheval. Elle fait quelque peu double emploi avec Raido, elle pouvait donc facilement se fondre en Raido.

- Dagaz semble présenter un paradoxe dans notre argument puisque la rune du soleil, Sowelo, un concept féminin (c’est la soleil et non pas le soleil), a été conservée et la rune du jour, un concept masculin, a disparu. Cependant, comme nous le verrons en détail, c’est sans doute à cause d’une assonance du Vieil Anglais que Sowelo a été associée à la victoire, aspect guerrier s'il en est, alors que Dagaz reste simplement la rune de la lumière du jour, sans le flamboiement de la victoire, c’est sans doute pourquoi elle n’était plus nécessaire.

- Enfin, Othala, rune de la propriété ancestrale, est donc aussi celle de notre héritage archaïque. Dans une civilisation croyant à l’irrésistible avancée du progrès dans un monde enfin aux mains des vrais progressistes, les hommes, elle n’avait plus aucun intérêt. Nous verrons d’ailleurs qu’elle était devenue une rune de malédiction (disant : « Sois aussi primitif que tes ancêtres ! »), sans doute un peu avant sa disparition.

 

[Note 1]

Cette version a sans doute été écrite aux environs de l’an 1200. L’auteur lui-même, à la fin du conte, déclare qu’il n’est que le transcripteur d’un livre français (‘ein welschez buoch’) d’un des otages donnés par Richard Cœur de Lion, capturé en 1192 par le roi d’Autriche. L’ouvrage français était donc antérieur, mais il a été perdu. J’ai utilisé la version de René Pérennec, Lanzelet, ELLUG 2004. Je n’ai pas suivi toujours exactement son excellente traduction car je voulais présenter une version plus proche du mot à mot, même si elle était un peu moins facile à lire (ma référence : M. Lexer, Mittelhochdeutsches Handwörterbuch, 1869-1878).

 

[Note 2]

Les versions anglaises introduisent toutes une nuance violemment péjorative dans leur traduction (par exemple, elles disent« la place maudite de Maeve »). Comme vous le constatez, la traduction littérale ne contient rien de spécialement insultant pour Maeve.

 

[Note 3]

Remarquez que le mot vohrte est répété. Une autre chose ajoute à l’impression de peur propagée pat le texte. Le mot gast lui seul (qui ne signifiait pas encore un ‘hôte’) signifie habituellement un ‘soldat étranger’. La redondance vremden gast dit à peu près ‘un soldat étranger inconnu’. La liberté se paie en vivant cloîtrées comme de la volaille protégée d’un renard vremdem!

 

 [Note 4]

Il existe trois destinations classiques aux voyages chamaniques. Il se font dans le monde d'en haut, le monde d'en bas, ou le monde du milieu.