Les neuf règles de vie du paganisme :

Une définition païenne du paganisme

 

Yves Kodratoff

 

 

Ces règles essaient de combler le vide inacceptable laissé par ceux qui se disent païens et sont incapables de définir ce qu’ils entendent par ce mot

 

Certains ont proposé comme règle de base : « Le païen a le sens de l’humour. » Bien d’accord, c’est une règle humoristique, mais pas si fausse dans le monde moderne. Le païen moderne est coincé entre les rationalistes qui le méprisent pour sa foi dans les Dieux et les tenants des religions principales qui haïssent passionnément ceux qui osent expliquer que ces religions sont une erreur historique qui a duré quelques milliers d’années, et que durée ne fait vérité !

Comme nous allons être bien sérieux dans la suite, commençons donc par un peu d’auto-ironie. Les païens modernes sont souvent jeunes (hélas, pas moi) et choisissent le paganisme pour s’opposer aux règles anciennes et se sentir libre. Et bien, non, le paganisme aussi a ses règles et pour donc nous moquer de nous-mêmes, nous avons appelé la première règle un ‘dogme’ car c’est en effet une règle fondamentale au paganisme.

Ces 9 règles sont une façon de décrire un païen de façon positive, sans l’opposer aux autres choix religieux. En particulier, elles sont destinées à montrer la fausseté de la définition chrétienne du paganisme, pour qui toutes les religions pré-chrétiennes sont païennes. Il est donc normal que ces règles ne soient pas toutes exclusivement païennes, elles ne font que décrire les choix religieux, écologiques et relationnels qui me semblent importants pour caractériser les païens actuels. Je remercie tous ceux qui ont accepté de participer à la discussion sur ces croyances.

Notez que ces croyances ont été composées bien avant que le réchauffement climatique n’enfonce l’écologie dans la gorge de nos politiques. Notre écologie n’est pas politique, elle est religieuse comme celle des païens antiques, au moins ceux pour qui un bosquet d’arbres était le plus beau des temples.

 

 

Dogme des croyances non dogmatiques: « Les païens croient en la nécessité de règles de vie solennelles, d’un engagement personnel pris face aux Dieux. Chaque version du paganisme est pétrie de telles règles solennelles qui lui sont propres. Cependant, la principale est celle de ne jamais chercher à imposer aux autres ses propres croyances, surtout pas par la force. Cela peut donner l’impression d’une tolérance « du tout et du n’importe quoi » que nous considérons en réalité comme absurde, comme ces règles l’illustrent bien. »

Notez que cette règle exclut du paganisme les religions qui se prétendent ‘révélées’ et dans lesquelles un Dieu tout-puissant, ou ses prophètes, ont édicté des contraintes dogmatiques et autres commandements. Elle exclut aussi les religions qui prétendent connaître l’unique vérité (toujours érigée en dogme) et la propagent de façon systématique. Le Paganisme ne fait pas de prosélytisme et accepte seulement d’enseigner à ceux qui le demandent.

 

Croyance en un mythe créateur de l’univers : « La création de l’univers et de l’humanité n’est pas obligatoirement le fait d’un ‘Dieu tout-puissant’ et peut être décrite par un mythe plus complexe. Certains de ces mythes nomment le créateur, sans dire que c’est un ‘Dieu’. Vus de l’extérieur, ces mythes sont de simples légendes mais, pour le croyant, ils contiennent une part de vérité mystique, ils soulèvent une émotion religieuse. »

 

Croyance en la recréation des traditions : «Tous les païens ne rejettent pas le monde moderne, et ceux qui le font sont bien obligés de vivre dans ce monde moderne. Il serait absurde d’appliquer aveuglément une tradition que nous connaissons d’ailleurs très imparfaitement. Cependant, un païen [évidemment, sous-entendu « et une païenne »] se rattache habituellement à une tradition païenne ancienne, et donc essaie d’introduire dans le monde moderne des valeurs spirituelles ‘archaïques’ en les adaptant du mieux qu’il peut aux contraintes de la société actuelle. »

Notez que cette croyance inclut bien la Wicca gardérienne mais peut exclure certains des ‘nouveaux apôtres’, créateurs de nouvelles religions, dont certains se réclament de la Wicca.

 

Croyance dans le vécu opposé au paraître : « Être païen est avant tout faire l’expérience d’une façon de vivre, plutôt que des déclarations ou des gesticulations. Geste et parole n’ont de valeur que s’ils sont intégrés dans un vécu spirituel et matériel. »

Notez que cette croyance exclut aussi de nombreuses personnes dont le ‘paganisme’ ne résistera pas à l’usure du temps et aux déceptions dues au fait que la magie, ça ne marche pas toujours.

 

Relation entre l’essence et l’existence : « C’est une conséquence importante de la croyance en le ‘vécu opposé au paraître’. Les ‘dogmes’, les croyances, les rituels n’ont d’intérêt que s’ils sont intégrés à la vie de tous les jours, c'est-à-dire à notre façon de faire l’expérience du monde. Pour parler philo : Notre essence c’est notre existence, mais exister c’est forger notre essence. »

 

Croyance religieuse en l’écologie : « Le païen est conscient d’appartenir à l’environnement naturel, il le respecte toujours et le protège. Nombreux sont ceux qui le vénèrent ou le déifient. »

 

Croyance dans les relations avec les Dieux : « Les païens acceptent une grande variété de relations entre un croyant et ses Dieux. Cela va du contact intime avec la divinité, pour les plus mystiques, jusqu’à une forme d'incroyance dans les divinités, qui sont alors considérées comme des entités abstraites. Cependant, le fond commun du paganisme est la sensibilité à l'existence d'entités sacrées, extérieures à lui-même ou dont il sent qu'il constitue une infime partie, que le païen respecte et auxquelles il ouvre son cœur ou même s'identifie. Quel que soit son degré de mysticisme, le païen respecte la forme de relation des autres avec leurs ‘Dieux’. Ceci montre bien l’absurdité de définir un ‘païen’ par l’absence de religion, comme le font les dictionnaires actuels, ou par une dévotion à un Dieu particulier. »

Notez que cette croyance n’exclut aucune forme de croyance religieuse pourvu qu’elle ne soit pas dogmatique. En particulier, elle inclut la possibilité de païens monothéistes.

 

Croyance en la réalité vraie : « Le monde qui nous entoure comporte évidemment de nombreux aspects. Le païen ne se contente pas des aspects purement rationnels (rationalistes) de la réalité. Il considère que l’irrationnel (ou l’intangible ou le non scientifique ou le ‘non ordinaire’, etc.) n’est pas absurde et possède ses propres lois. Par le biais de la mystique et/ou de la magie, il cherche à inclure dans sa vie certains des aspects irrationnels de la réalité.

En pratique, une personne qui n’accepte que les aspects irrationnels de la réalité est considérée par la société comme un fou. De son côté, le païen considère que le rationalisme exclusif dans lequel nous vivons est une sorte de folie sociale. La réalité ‘vraie’ du païen concilie autant que possible les aspects rationnels et irrationnels de la réalité telle que nous la vivons. »

 

Croyance dans le temps sacré : « C’est l’application au Temps du croyance en la réalité vraie. Le temps sacré et le temps profane, historique ou scientifique, ont leurs réalités propres qu’il est absurde d’opposer. Nous savons bien que nos corps sont soumis au temps profane, mais nos cœurs participent au temps sacré. »