Hávamál 47-52

 

« Sur l’humanité »

 

 

*** Hávamál 47. ***

 

Traduction la plus proche possible du mot à mot

 

Autrefois, j'ai été jeune

j'ai voyagé seul avec moi-même

ainsi j'ai été dans un mauvais chemin ;

je me suis trouvé riche

d'avoir trouvé un autre ;

l'humain est le plaisir de l'humain.

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

47.

Ungr var ek forðum,          Jeune fus-je autrefois,

fór ek einn saman:             voyageais-je un ensemble: [seul avec moi-même]

þá varð ek villr vega;         ainsi devins-je [j’ai pris] un mauvais chemin;

auðigr þóttumk,                 riche pensai-je moi-même [ou j’osai me croire riche]

er ek annan fann;              (de ce) que je un autre trouvai;

Maðr er manns gaman.     L’humain est de l’humain le plaisir.

 

Traduction de Bellows

 

47. Je fus jeune autrefois | et j’errai seul

Et je ne connaissais rien de la route ;

Riche je me sentis | quand je trouvai un camarade,

Car l’homme est le délice de l’homme.

 

Commentaire sur le vocabulaire

 

Notez la curieuse façon de dire ‘être seul avec soi-même’, einn saman, c'est à dire ‘un ensemble’.

Rappelez-vous que le nom maðr (qui fait manns au génitif) signifie un humain. Dans ce cas, la traduction par ‘homme’, qui introduit une connotation de genre, deviendrait un vrai contresens.

 

Commentaire sur le sens

 

Cette strophe est célèbre et dit bien ce qu’elle veut dire, après tout.

 

Commentaires de Evans:

47

6 pourrait être un proverbe; on le trouve aussi dans les poèmes runiques islandais …, bien que ces poèmes datent du Moyen âge tardif et que l’interaction ait pu prendre place dans l’autre sens.

 

 

*** Hávamál 48. ***

 

Traduction la plus proche possible du mot à mot

 

Les doux et généreux, courageux et solides

humains sont ceux ont les meilleures vies,

ils subissent rarement une grande tristesse ;

mais l’humain sans courage et médiocre

craint tout et n’importe quoi,

il se plaint sans cesse et il réfléchit à deux fois avant de faire un don.

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

Mildir, fræknir                   Doux [ou généreux], courageux [ou solides]

menn bazt lifa,                   humains le meilleur vivent,

sjaldan sút ala;                  rarement la peine ils portent;

en ósnjallr maðr                mais le non-courageux (ou non-excellent) humain

uggir hotvetna,                  il craint tout et n’importe quoi

sýtir æ glöggr við gjöfum. il gémit sans cesse intelligent [ici= pingre, chiche] avec les dons.

 

Traduction de Bellows

 

48. Les vies du brave | et du noble sont les meilleures,

Tristesse, rarement ils nourrissent;

Mais le lâche la peur | de toute chose ressent,

Et le pingre donne sans joie.

 

Commentaire sur le vocabulaire

 

Les adjectifs mildr et frækn ont plusieurs sens assez différents, si bien que leur conjonction discrimine une tranche assez fine de la population. Je suppose que le poète a utilisé volontairement ces mots afin de cerner au plus près ceux qui ont la meilleure vie. Leur stabilité d’esprit est aussi assurée, au contraire de celle des ‘non-excellents’ qui sont craintifs, geignards et pingres.

Le sens propre du mot glöggr est ‘celui qui a une bonne vue’ et c’est par métaphore qu’il signifie soit intelligent, d’esprit aigu, soit pingre. Le commentaire de Evans me paraît donc absolument pertinent : il a une bonne vue et donc il peut voir le coût réel de recevoir un cadeau.

 

Commentaire sur le sens de la strophe

 

Le sens de cette strophe est clair. Il est amusant de voir combien les trois derniers vers sont la négation presque mot pour mot des trois premiers. Il est donc normal de considérer que le « il gémit sans cesse » du vers 6 s’oppose au « avoir la meilleure vie » du vers 2. Cela m’a poussé à traduire le vers 6 par deux propositions différentes : « il se plaint sans cesse » et « il réfléchit à deux fois avant de faire un don », contrairement aux autres traducteurs.

Cela me porte à penser que le dernier vers, sans être une vraie critique, insinue que l’humain généreux et heureux est parfois un peu ‘óglöggr’, malvoyant et ici ‘un peu bête’, dans la façon dont il fait des dons. Cette strophe dit très clairement aussi qu’Ódhinn considère comme positif ce manque de réflexion.

Cette strophe est aussi remarquable par le fait que sens prosaïque et sens spirituel sont totalement confondus. Il existe certainement des sorciers qui répondent à la description des trois derniers vers.

 

Commentaires de Evans:

48

4 ósnjallr se trouve aussi dans 16. Ici, il est opposé à mildir, froeknir menn. ‘Lâche’ semble ce qui est impliqué, bien que certains traduisent par ‘insensé’ ; le positif snjallr peut signifier à la fois ‘fier’ et ‘sage’.

6 est rendu par Bellows comme ‘Et le pingre donne sans joie’ … Ceci est probablement faux ; il est plus probable que cela signifie ‘le pingre craint les échanges de dons’, c'est-à-dire qu’il ne veut en recevoir de peur d’avoir à faire lui-même des dons en retour … [Dronke le traduit par « un avare est toujours nerveux quand il donne » et Orchard « une personne pingre se désole de donner », tous les deux sont donc d’accord avec Evans.]

 

 

*** Hávamál 49. ***

 

Traduction la plus proche possible du mot à mot

 

Mes vêtements

je les donnai sur le champ

à deux humains faits en bois ;

humains libres ils se sentirent

ceux qui possédèrent (depuis longtemps) leur blouson ;

l’humain dénudé est humilié.

 

Explication en prose

 

J’ai rencontré deux statues de bois représentant des dieux anciens qu’on appelle des trémenn, des ‘hommes de bois’. Ils étaient dénudés, sans vêtements et je leur ai donné les miens sans hésiter. Ils retrouvèrent aussitôt leur fierté, ils se sentirent comme des hommes libres dès qu’ils portèrent mes vêtements.

Il est humiliant pour un humain de ne pas avoir de vêtements.

 

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

49.

Váðir mínar                       Vêtements miens

gaf ek velli at                     donnai je ‘sur le champ’

tveim trémönnum;             à deux faits_de_bois-humains ;

rekkar þat þóttusk,             droits ceux-ci sentirent-eux-mêmes

er þeir rift [ript] höfðu;       qui ‘à eux’ blouson possédèrent;

neiss er nökkviðr halr.       honteux est le dénudé homme.

 

Traduction de Bellows

 

49. Mes vêtements autrefois | dans un champ j’ai donné

A une paire de pieux gravés;

Héros semblaient-ils | quand ils eurent des vêtements,

Mais l’homme nu n’est rien du tout.

 

Commentaire sur le vocabulaire

 

Comme dit Evans on ‘attend’ un á mais puisqu’il y a un at, c’est que le scalde n’a pas voulu dire ‘dans le terrain’ de façon statique mais plutôt suggérer l’action d’arriver près du terrain. On pourrait donc traduire at velli par ‘en arrivant près du terrain’ ce qui ajoute l’idée d’exécuter l’action sans délai, « sur le champ », comme nous dirions.

Le nom rekkr et l’adjectif rakkr rendent l’idée de ‘se tenir droit’. L'acceptation courante de rekkr est ‘guerrier, héros’ mais on doit penser qu'en poésie, ces termes peuvent utilisés pour désigner un humain ordinaire.

Je suis très étonné que personne n’ai glosé sur nökkviðr. Normalement, quand on met deux ‘k’ le mot nökkvi signifie ‘un tronc d’arbre évidé’ pour désigner une petite embarcation. C’est nakinn ou naktr qui signifie ‘nu’. Le mot viðr, même en admettant que ce soit une étymologie fantaisiste, évoque irrésistiblement un arbre. C’est pourquoi j’ai traduit plutôt par ‘dénudé’ pour évoquer aussi un arbre privé de feuilles. Nous disons « nu comme un ver » mais il me semble que ce vers suggère une expression du type ‘dénudé comme un arbre’. « La personne privée de ses vêtements semble honteuse comme un arbre dont on a arraché les feuilles. »

 

Commentaire sur le sens de la strophe

par Ursula Dronke

 

Traduction de Dronke :

   (ma traduction en Français)                                            (original anglais)

Óðinn

Mes vêtements,

à la campagne, je les donnai

à deux hommes-branche.

De grands hommes ils se pensèrent

quand ils furent vêtus.

Un homme nu est honteux.

Óðinn

My clothes

I gave in the countryside

to two twig-men.

Great fellows they thought themselves

when they had garments

a man is mortified naked.

 

Commentaire de Dronke :

Dans la strophe 49, on nous montre combien Óðinn peut être ‘généreux’ et combien sa générosité peut être fantasque. Les ‘hommes-branche’ - trémenn – ont été autrefois vénérés comme de saintes idoles, possédant une vie surnaturelle (… Evans 93 ff [La citation d’Evans est donnée ci-dessous]), et même des textes chrétiens leurs attribuent des pouvoirs magiques. À ces hommes de bois, Óðinn donne ses propres vêtements, et ils perdent la divinité qu’ils étaient censés avoir, et se réjouissent alors qu’ils s’en vont dans leur nouvel accoutrement. Óðinn se débarrasse facilement d’une croyance usée.

La vanité heureuse de ces fameux trémenn est directement suivie (50) par … »

 

Commentaire sur le sens de la strophe

 

Ce commentaire de Dronke est une sorte de caricature de ce que les tenants des religions révélées peuvent comprendre en lisant le Hávamál. Elle repose sur l’interprétation suivante du comportement d’Ódhinn :

Il a recouvert les anciennes ‘idoles’ de ses vêtements afin de flatter leur vanité et qu’ils s’en aillent, semble-t-il contents des babioles qu’il vient de leur donner. Ainsi, il se débarrasse à bon compte de la concurrence des anciennes religions.

1. Objection factuelle. Si cela était vrai, Ódhinn aurait largement raté son coup puisque aussi tard qu’en l’an 922, Ibn Fadlan a constaté que les Rus vénéraient encore de telles représentations des dieux. Le bon sens nous dit que ces représentations assez fragiles étaient faites pour honorer les dieux même dans des conditions difficiles ou nomades, et ceci pour une période de temps réduite.

2 Objection religieuse. Dronke voit au travers de ses lunettes de chrétienne dont un des soucis est de convertir les ‘incroyants’. Ódhinn appartient à une religion non révélée qui ne pratique pas le prosélytisme.

3. Objection quant aux capacités intellectuelles des anciens dieux et de leurs croyants. Dronke présente ces anciens dieux, c’est-à-dire leurs croyants, comme de braves benêts de sauvages qui sont censés renier leurs dieux quand on leur donne quelques verroteries. C’est pousser l’arrogance civilisatrice un peu loin, même s’il y a eu de tels cas dans l’histoire des colonisations.

4. Objection quant au texte. Le dernier vers est visiblement destiné à expliquer le contenu des vers 1 à 5. Cette explication n'a rien d'ironique ou négatif au sujet des trémenn. Elle dit, au contraire, qu'il était humain qu'ils se sentent humiliés par leur bois nu … comme un arbre dépouillé de ses feuilles.

 

Il ne faut pas oublier que lorsque vous rencontrez le mot ‘idole’ dans une traduction, le mot équivalent dans le texte original est godh, le dieu (à ne pas confondre avec l’adjectif gódhr, bon). Ces « idoles païennes » sont des dieux pour nos soi-disant naïfs ancêtres. Mon interprétation, certes au travers de mes lunettes de païen, est qu’Ódhinn n'a pas apprécié de voir des dieux dénudés et, si l’on en croit Ibn Fadlan, il est possible qu’il se rencontre lui-même parmi ces sculptures. En tous cas, et par respect pour les dieux, qu’ils soient pour lui anciens ou actuels, il demande que les dieux portent des vêtements, même lorsqu’il s’agit de représentations temporaires. Quand les dieux (les ‘idoles’) ont été habillés, alors ils se sont sentis considérés comme des héros, si l’on veut, mais certainement comme des humains respectés au lieu d’être représentés comme des humains humiliés. C’est pourquoi le dernier vers est absolument indispensable pour expliquer un geste qui aurait pu en effet apparaître un peu futile de la part d’Ódhinn.

Cette strophe nous dit qu’il n’est pas admissible de laisser dénudés des godh, qu’ils soient en majesté dans Ásgardh ou humbles bouts de bois plantés en terre. Il est évident que ce souci d’habiller des sculptures peut nous paraître naïf et nous porter à comparer ces représentations à des épouvantails. Le seul fait d’appeler « le dieu » une sculpture est effectivement un trait primitif.

Je ne pense pas qu’il faille oublier notre « l’habit ne fait pas le moine » qui souligne qu’il ne faut pas s’arrêter aux apparences car il existe de malhonnêtes gens qui dissimulent la réalité pour mieux nous tromper. Mais ne lui donnons pas plus d’importance qu’à l’Allemand « Kleider machen Leute » (les habits font, fabriquent les gens) qui souligne l’importance des apparences, car il existe aussi d’honnêtes gens qui dissimulent leurs faiblesses pour affirmer leur volonté de servir la communauté en surmontant ces faiblesses.

 

Commentaires de Evans:

49

2 velli at: si ceci signifie ‘dans un champ’, comme le pensent de nombreux éditeurs, nous pouvons citer hrafn at meiði Brót 5 comme un proche parallèle à l’utilisation de at, bien que nous devions attendre plutôt un á, comme dans 38. M. Olsen 7,20, comparant st. 10-11 ci-dessus, argumente en faveur du sens ‘traverser un endroit ouvert’.

3 trémönnum - images d’hommes gravées dans le bois. … suggère qu’il s’agissait de panneaux indicateurs, mais leur existence n’est pas attestée en Scandinavie primitive. Ailleurs, trémaðr semble toujours désigner une fonction cultuelle ou magique: dans Þorleifs þáttr jarlsskálds … Hákon jarl construit un trémaðr dans lequel est inséré le cœur d’un cadavre récent, lequel fonctionne alors comme un robot, et dans … Óláfr Tryggvason parle d’une idole de Freyr vénérée par les þrændir comme eigi kvikr maðr, heldr einn trémaðr – un des deux trémenn que, explique-t-il, les suédois avaient enterrés avec leur roi mort Freyr et qu’ils ensuite ont exhumé et vénéré. Dans le dernier chapitre de Ragnars saga loðbrókar, nous apprenons comment Ögmundr arrive avec 5 bateaux à Sámsey, et que quelques-uns de ses hommes vont dans les bois où ils tombent sur einn trémann fornan, de 40 ‘ells’ de haut et couvert de mousse. Ils se demandent qui a pu vénérer þetta it mikla goð. Ok þá kveðr trémanðrinn, et suivent 3 strophes (voir aussi s. 50). Le voyageur arabe Ibn Fadlan, décrivant les Rus (vikings suédois) de la Volga moyenne qu’il rencontra en 921-2, dit comment ils se prosternent en vénérant « un long morceau de bois vertical qui un visage humain … entouré de petites formes (idoles) », et en leur sacrifiant des moutons et du bétail …

5 ript ‘tissu, vêtement’, seulement ici et dans une strophe de Ólafr hvítaskáld, qui utilise vinda ript comme kenning de ‘voile’ [‘le tissu du vent’]; c’est aussi le deuxième élément de valaript Sigsk. 66 et de lérept ‘toile de lin’ (< lín + ript). Une forme dérivée ripti se trouve quelques fois. Ce mot existe encore dans les dialectes norvégiens modernes : ryft, rift, ryjte etc. … et a la même étymologie dans le Vieil Anglais rift, rifte ‘manteau, rideau, voile’.

6 neiss ici seulement en poésie, mais rencontré dans deux passages en prose (voir Fritzner 2 à hneiss); se rencontre aussi dans une des associations allitératives avec la nudité … [ceci veut simplement dire que l’idée de ‘honte’ est plusieurs fois associée à l’idée de nudité.]

Le sens général de la strophe rend l’idée de ‘les vêtements font l’homme’ ….

 

 

Compléments sur les trémenn

 

 

J’ai souligné la citation par Evans de Ragnars saga loðbrókar parce qu’elle mérite un peu d’attention. Vous trouverez une traduction anglaise complète à : http://www.turbidwater.com/portfolio/downloads/RagnarsSaga.pdf . Malheureusement, la traduction française de Jean Renaud : Saga de Ragnarr aux braies velues, 2005 est introuvable – on comprend le pourquoi de ce surnom au chapitre 3 de la saga. C.-V. parle du chap. 1)

Ragnar est un roi-héro-conquérant légendaire dont on suppose qu’il a vécu vers l’an 800. La traduction donnée par le web est excellente mais je vous donne ci-dessous la mienne, pour les passages qui nous intéressent ici, plus proche du mot à mot.

Le chapitre 20 de cette saga est une sorte d’appendice qui décrit comment des navigateurs postérieurs au temps de Ragnar ont découvert un trémaðr qui affirme lui-même qu’il a été érigé par « les fils de Loðbrók » (Il s’agit bien du ‘Lodbrok’ de la série télévisée célèbre). Il se plaint aussi d’avoir été laissé à l’abandon très longtemps, sans protection car il n’a « ni chair ni vêtements. Cette plainte fait tellement écho au Hávamál s. 49 qu’on ne peut parler de simple hasard. Ceci est en faveur de mon hypothèse d’une attitude pieuse chez Óðinn, opposée à l’interprétation de Dronke.

 

… en aðrir menn fóru í skóg at skemmta sér, ok þar fundu þeir einn trémann fornan, ok var fertugr at hæð ok mosavaxinn, ok sá þó öll deili á honum, ok ræddu nú um með sér, hverr blótat mundi hafa þetta it mikla goð. Ok þá kveðr trémaðrinn:

… mais d’autres s’en allèrent dans les bois pour leur plaisir et, là, ils trouvèrent un arbre-homme ancien qui mesurait quarante (ells, à peu près 20 mêtres) de hauteur et couvert de mousse, mais ils ont néanmoins pu s’en occuper entièrement, et ils ont discuté entre eux qui avait pu faire un blót à ce grand dieu. Et alors l’arbre-homme parla :

 

« Þat var fyr löngu,

er í leið megir

Hæklings fóru

hlunna-lungum

fram um salta

slóð birtinga,

þá varðk þessa

þorps ráðandi.

Ok því settumk

svarðmerðlingar

suðr hjá salti,

synir Loðbrókar;

þá vark blótinn

til bana mönnum

í Sámseyju

sunnanverðri.

Þar báðu standa,

meðan strönd þolir

mann hjá þyrni

ok mosa vaxinn;

nú skýtr(lire skýlr) á mik

skýja gráti,

hlýr hvárki mér

hold né klæði. »

Il y a longtemps

Quand les enfants du puissant

Hœkingr (roi de la mer) ont voyagé

sur les long-bateaux,

en avant parmi les (brillants) sels

le chemin, brillants,

depuis je garde ce

pays, (le) dirigeant.

Et ainsi ils m’ont installé,

noir brillant

le Sud par le sel,

les fils de Loðbrók;

Alors on me fit un blót

à la mort des hommes

dans Sámsey

vers le Sud.

Là ils m’ont offert de me tenir

tant que dure le bord de la mer,

homme parmi les épines,

la mousse me donnant forme;

maintenant (ne) protège autour de moi,

des nuages en pleurs,

mes joues, (car) pour moi ni

chair ni vêtements.

 

Ok þetta þótti mönnum undarligt ok sögðu síðan frá öðrum mönnum.

Et cela leur parut merveilleux et ils en parlèrent ensuite à d’autres hommes.

 

 

*** Hávamál 50. ***

 

 

Traduction la plus proche possible du mot à mot

 

La jeune pousse de pin dépérit,

celle qui croît dans un village,

ni écorce ni aiguilles ne la protègent ;

ainsi en est-il de l’humain

que personne ne soutient.

Pourquoi/Comment doit-il continuer à vivre ?

 

Explication en prose

 

Un jeune de pin qui pousse près d’un village (et non pas parmi ses proches dans une forêt) va dépérir, malgré la protection que lui donnent son écorce et ses feuilles aigües (qui sont incapables de le protéger des mauvais traitements infligés par les activités humaines). Un humain sans soutien est semblable à ce jeune pin, pourquoi et comment devrait-il survivre longtemps ?

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

50.

Hrörnar þöll                                  Dépérit la jeune pousse de pin

sú er stendr þorpi á,                      elle qui s’élève village dans,

hlýr-at henni börkr né barr;          protège-non ‘à elle’ écorce ni aiguilles;

svá er maðr,                                  ainsi est l’humain,

sá er manngi ann.                          celui qui personne (ne) soutient.

Hvat skal hann lengi lifa?             Comment [ou pourquoi] doit il longtemps vivre?

 

Traduction de Bellows

 

50. À flanc de triste colline | meurt le pin,

Toutes vaines ses épines et son écorce;

Il est comme un homme | que nul n’aime, -

Pourquoi devrait sa vie durer?

  (original en Anglais:)

50. On the hillside drear | the fir-tree dies,

All bootless its needles and bark;

It is like a man | whom no one loves,-

Why should his life be long?

 

Traduction de Boyer

 

50. Dépérit le jeune pin

Qui se dresse en lieu sans abri

Ne l'abritent écorce ni aiguilles; Ainsi l'homme

Que n'aime personne

Pourquoi vivrait-il longtemps?

 

Commentaire sur le vocabulaire

 

Sur þorp. Ce mot signifie toujours ‘village’ en Vieux Norrois. L’étymologie (de Vries) propose un deuxième sens tiré d’une autre étymologie que celle de ‘village’, mais aussi possible. Cette autre étymologie évoque l’idée de multitude, d’entassement ce qui s’accorde en effet à l’idée de village mais pas du tout à celle d’un ‘lieu sans abri’. Voici les traductions de ce mot fournies par Bellows : « flanc de triste colline », Dronke : « terrain pierreux », Orchard : « bosquet », Boyer : « lieu sans abri ». Donc, toutes les traductions qui voient le pin dans un endroit sauvage, sans abri, etc. n’imaginent pas un pin, un arbre, mais un humain qui lui, en effet, n’est pas adapté à la vie sauvage. C’est ce qu’on appelle de l’anthropomorphisme (= voir des humains partout sans raison) qui a conduit les traducteurs à suggérer que le pin décrit dans cette strophe vit dans un environnement rude pour les humains, ce à quoi, au contraire, un pin est bien adapté, protégé des climats runes par «écorce ET aiguilles» et survit sans problème même quand il n’est pas au milieu d’une forêt. L’homme est bien adapté à vivre dans l’environnement d’autres humains, un village par exemple. Comme le pin dépérit quand il est isolé au milieu des humains, l’humain dépérit quand il est, de fait, isolé au milieu des humains quand il a ni famille ni amis pour le soutenir.

Sur anna. Le verbe est un de ces verbes irréguliers qui fait ann à la 3ème personne du présent indicatif. Il ne signifie en rien ‘aimer’ mais ‘recevoir un support’ ou ‘être aidé’. Mais, dans la mesure où on fait un contre-sens sur þorp, alors on souligne la solitude du pin et donc on invente un sens qui colle mieux à la solitude, le ‘manque d’amour’. Dronke et Orchard, tout comme Bellows and Boyer, traduisent anna par ‘to love’.

Sur hvat. Ce mot a de nombreux sens, parmi lesquels, les plus probables ici sont ‘pourquoi’ ou ‘comment’. Toujours dans l’idée de ce pauvre pin sur une lande désolée, on se demande quelle raison (pourquoi ?) aurait-il de continuer à vivre. Si, au contraire, on voit une jeune pousse de pin maltraitée par son environnement, alors on ne se demande pas le pourquoi, mais comment a-t-elle bien pu survivre dans un tel environnement. Evans a bien raison de nous rappeler le bon sens : un pin survit très bien en étant isolé.

 

Commentaire sur le sens de la strophe

 

Le sens de cette strophe est bien celui que tout le monde comprend : l’homme isolé ne peut pas survivre. Mais l’image utilisée est l’inverse de celle qu’ont ‘vue’ les traducteurs. Cette strophe comme de nombreuses autres est cependant ambiguë à cause de l’habitat normal d’un pin, en vastes forêts d’arbres de son espèce. Le poème cependant, parle d’un village et donc fait allusion aux dégradations exercées par le village, non par une nature hostile, contre laquelle il est justement très bien équipé. En somme, le jeune pin, privé des siens, privé de sa belle forêt sauvage où son écorce et ses épines le protègent depuis toujours des rigueurs du climat, ne peut se défendre contre l’agression des humains qui vivent dans le village. Qu’Ódhinn se permette d’utiliser une image écologique n’aurait pas dû abasourdir autant les traducteurs (sauf Evans) et les conduire à mal comprendre cette strophe !

Cet exemple est frappant de l’acharnement que les érudits mettent à faire passer leur propre vision du monde dans leurs traductions. Dans ce cas, il s’agit même d’anthropomorphisme mais, dans la plupart des cas, il s’agit de ‘rationalité chrétienne’ qui est incrustée dans notre civilisation: sa morale est fondamentalement chrétienne et elle est assoiffée de rationalité. Ni l’un ni l’autre ne sont critiquables en général, mais elles conduisent à mal traduire des textes qui ont été écrits par et pour des ‘païens irrationnels’. D’où mon essai de vous fournir une traduction ‘mot à mot’ quelque fois difficile à comprendre mais qui vous laisse libres de comprendre le Mot du Haut selon votre propre culture.

 

Commentaires de Evans (abrégés) :

 

50

Les sens suivants ont été proposés pour þorp ici:

(1) ‘colline rocheuse dénudée’ …

(2) ‘crête, côté rocheux d’une montagne’ …

(3) ‘champ, zone dénudée et exposée’ …

(4) …

(5) ‘enclos, replis’.

(6) ‘Habitation, ferme, village’. C’est le sens usuel en Vieux Norrois.

L’image d’un pin solitaire sur une colline qui est évoquée par les 4 premiers sens [et surtout par les traductions mais non par le poème] s’oppose au bon sens botanique car les pins vivent très bien ainsi. Ils sont en mauvais état près d’une habitation quand les animaux piétinent et rongent leurs racines. …

6 hvat probablement signifie ‘comment’, comme dans 110, plutôt que ‘pourquoi’.

Il faut remarquer que le passage de la Ragnars saga auquel 49 fait allusion est lié à la strophe 50 : tous deux font allusion à un homme en bois et tous deux contiennent le mot rare þorp

[Ce mot apparaît dans le vers 8 de la déclaration de l'homme-arbre contenue dans Ragnars saga : ráðandi (þessa) þorps (en dirigeant ceux du pays). Le mot ‘pays’ ou ‘région’ semble mieux adapté au contexte mais ‘ceux du village’ peut très bien désigner tout humain habitant à proximité du trémaðr.]

 

 

*** Hávamál 51. ***

 

Traduction la plus proche possible du mot à mot

 

D’un feu plus ardent,

avec les faux amis, brûle

la paix/la sécurité/l’amour, pendant cinq jours,

mais alors s’éteint

tout cela (quand) arrive le sixième (jour)

et toute l’amitié se dégrade (alors).

 

Explication en prose

 

Le feu plus ardent (qu’avec les amis ordinaires) de l’amour/paix/sécurité brûle cinq jours avec les faux amis. Il s’éteint quand arrive le sixième jour et cette (fausse) amitié disparaît.

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

51.

Eldi heitari                         (Dans) un feu plus ardent

brennr með illum vinum    brûle avec les mauvais amis

friðr fimm daga,                 la paix [et, tout ensemble, la sécurité et l’amour] cinq jours,

en þá slokknar                   mais alors s’éteint

er inn sétti kemr                 cela dans le sixième (qui) vient

ok versnar allr vinskapr.    et se dégrade toute l’amitié.

 

Traduction de Bellows

 

51. Plus chaude que feu | entre faux amis

L’amitié cinq jours brûle;

Quand le sixième jour arrive | le feu se refroidit,

Et en est fini de tout l’amour.

 

Boyer : 51. Plus chaude que le feu / Brûle entre mauvais amis / La paix, pendant cinq jours, / Mais alors elle s'éteint / Quand le sixième survient, / l'amitié est au plus mal.

 

Commentaire sur le vocabulaire

 

Sur eldi heitari. Les traducteurs en font un nominatif alors que ces mots sont au datif. Le poète a donc pensé que la préposition ‘dans’, ou ‘par’, ou ‘avec’ était inutile ici.

Sur friðr. Ce mot signifie ‘paix, sécurité, repos’ et prend le sens de ‘paix’ dans l’immense majorité des textes, ce que le scalde qui a composé cette strophe ne pouvait pas ignorer. Son étymologie fait appel à des racines indo-européennes évoquant l’amour et l’amitié. Les explications données dans http://www.nordic-life.org/nmh/SurLesContrats.htm décrivent l’évolution de la racine indo-européenne vers son sens en Vieux Norrois.

Sur fimm puis sétti. Evans est assez réservé sur cette semaine de 5 jours. Je ne sais pas si la semaine avait 5 jours ou pas, il est cependant évident qu’un laps de temps de cinq jours était de première importance dans la civilisation germanique ancienne. Evans, pour le mot fimt, nous renvoie aux commentaires de Cleasby-Vigfusson sur ce mot. En fait, celui-ci ne dit pas grand-chose de plus. Une semaine de cinq jours et un mois de six semaines auraient existé. On est certain que les convocations judiciaires étaient faites ‘sous les 5 jours’ d’où le verbe fimta, dont le sens littéral est donc ‘cinq-er quelqu’un’, et qui signifie convoquer quelqu’un.

Ceci peut nous permettre de comprendre l’incompréhensible et célèbre chanson bretonne rapportée par la Villemarqué (Barzaz-Breiz, 1841): « C’est nous les Duz de la nuit ; C’est nous, c’est nous les Chored, aï aouta (4fois), lundi, mardi, mercredi et jeudi et vendredi. » (Ecoutez-la à : http://www.nordic-life.org/nmh/DuzdelaNuitBilingue.mp3 ). Les Duz et les Chored sont ce que nous appelons souvent des Korrigans ou des Esprits. Je suppose qu’elle est un reste de la semaine de 5 jours : si on en rajoute un, les Esprits s’affolent – on les chante sur un jour qui n’existe pas pour eux.

Sur vinskapr. Il se lit comme vin-skapr = ami-état = amitié. La paix, la confiance mutuelle, l'amitié et l’amour sont indiscutablement liés et ce mot porte en effet tous ces sens au moins autant à cause de son évolution linguistique qu'à cause de son origine indo-européenne, voyez http://www.nordic-life.org/nmh/SurLesContrats.htm .

 

Commentaire sur le sens de la strophe

 

Il est facile de comprendre le sens général de la strophe : la fausse amitié flambe cinq jours et au sixième, s’éteint la passion qu’elle a déclenchée.

Elle pose problème dans ce qu’on peut considérer comme des détails : pourquoi les cinq jours, pourquoi cet aspect passionné à l’amitié ?

La remarque d’Evans sur l’aspect juridique de la durée de cinq jours me paraît parfaitement pertinente. C’est après cinq jours que l’on est convoqué devant le tribunal et, là, se règlent les affaires sérieuses. De même, une passion amicale ou amoureuse qui n’est pas fondée sur autre chose que la passion elle-même ne résistera guère plus de cinq jours. Les amis ou les amoureux confrontés au tribunal de leurs propres sentiments deviendront eux-mêmes conscients du manque de profondeur de leurs sentiments

Quant à l’aspect passionné, c’est plutôt la remarque d’Ódhinn qui me paraît pertinente : la passion – qu’elle comporte ou non une part de sexualité – est un phénomène de nature transitoire.

L’enseignement ésotérique de cette strophe me semble être le suivant. Il s’adresse aux sorciers qui essaient d’enseigner leur art à des apprentis pour leur dire ils de se méfier de ceux semblent très doués au début. En fait, ils veulent surtout montrer qu’ils sont les meilleurs élèves et vont forcer leur talent, et l’user rapidement. La sincérité prime sur la rapidité avec laquelle se manifeste le talent.

 

Commentaires d’Evans

51

La référence à cinq jours (comme dans 74) peut être liée au nombre important d’apparitions de cette expression dans la vieille loi norvégienne. Ceci a conduit certains à supposer que la semaine préchrétienne était de 5 jours; cf. Cleasby-Vigfusson au mot fimt.

[Le commentaire d’Evans sur la strophe 90 dit: « friðr signifie ici clairement ‘amour’ comme probablement aussi dans le Skírnismál 19 aussi dans 51. Ceci est le sens original de ce mot, cf. frjá ‘aimer’, friðill ‘amoureux’ and friðla (> frilla) ‘maîtresse, concubine’ ». Ces affirmations d'Evans sont pour le moins exagérées voir http://www.nordic-life.org/nmh/SurLesContrats.htm .]

 

 

*** Hávamál 52. ***

 

Traduction la plus proche possible du mot à mot

 

Beaucoup (à) un

humain, on ne doit pas donner,

un petit (don) suffit souvent à acquérir louange ;

avec une demi miche de pain

et avec un récipient incliné

je me suis fait un camarade.

 

Explication en prose

 

Il n’est pas nécessaire de faire des dons somptueux et souvent c’est avec peu qu’on ‘achète’ (on obtient) la louange et/ou la permission. Je me suis fait un compagnon avec une demi-miche de pain et simplement en inclinant (dans son verre) ma bouteille, c’est-à-dire en lui donnant à boire sans excès.

 

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

52.

Mikit eitt                             Beaucoup (à) un

skal-a manni gefa;             doit-non un humain donner;

oft kaupir sér í litlu lof,      souvent achète à soi dans petit, la louange [ou la permission]

með halfum hleif                avec une demie miche de pain

ok með höllu keri               et avec un incliné récipient

fékk ek mér félaga.             fis je à moi un camarade.

 

Traduction de Bellows

 

52 Nulle grande chose a besoin | un homme de donner,

Souvent un peu permettra d’acquérir la louange;

Avec une demi miche de pain | et une coupe à demi pleine

Un ami entier me suis-je fait rapidement.

 

Commentaire sur le vocabulaire

 

Sur lof qui signifie louange ou permission mais que Evans veut absolument rattacher à ‘amour’. Dans la strophe 8 lof alterne avec líknstafi, d’où l’argument d’Evans. Rappelez-vous que je traduis líknstafi par « connaissance des runes », ce qui n’a rien d’un sentiment si bien que cela s’accorde parfaitement à ‘louange’. Ici, c’est pire, lof alterne avec félag, ‘partenaire’, dont le sens propre évoque un partage de richesses.

Sur höllu keri. J’avoue ne pas comprendre pourquoi ceci a posé un tel problème aux experts. Boyer, dans une note, dit même que ce terme est intraduisible. On pourrait dire aussi ‘en penchant la bouteille’. Nous n’avons pas d’expression pour dire ‘pencher la bouteille’ au lieu de ‘verser à boire’, mais ce serait tout à fait possible. Le glou glou du liquide qui coule constitue une sorte de signature de pacte entre le servi et le serveur. C’est ce que dit si bien le scalde.

Sur félag. Au sens propre = fé-lag = ‘richesse-posée (en commun)’ et prend le sens de ‘compagnon, partenaire’. La citation de la pierre de Sjörup donnée ci-dessous par Evans vous montre bien le sens de ‘compagnon d’un groupe luttant ensemble’ au mot félag.

 

Commentaire sur le sens de la strophe

 

La forme un peu sèche employée dans le vers 2 (skal-a gefa) porte à penser qu’Ódhinn conseille une sorte de pingrerie et on peut ainsi interpréter la strophe comme : « Ne donnez pas trop, car vous pouvez avoir le même résultat à meilleur prix. »

Par contre, les exemples contenus dans les trois derniers vers montrent bien qu’Ódhinn s’adresse ici à des gens simples qui ne disposent pas de grandes richesses. Si votre richesse est un pain entier et une pleine bouteille à boire, les partager consiste à donner la moitié de votre fortune, ce qui, pour vous, est beaucoup. Pour celui qui a faim et soif, leur valeur est encore plus grande.

Du point de vue social, on peut plutôt comprendre qu’Ódhinn nous dit que les cadeaux royaux sont faits seulement par des rois : les gens simples seront très heureux de cadeaux simples, à la mesure de vos moyens. Un cadeau fait au-dessus de vos moyens va plutôt les gêner car ils ne sauront pas comment y répondre.

Du point de vue religieux, vous savez sans doute déjà que la strophe 145 dit qu’il vaut mieux ne rien demander aux dieux que leur dédier de trop nombreux blót. La règle donnée dans la strophe 52 précise que des sacrifices excessifs ne sont pas la bonne façon de s’attirer la faveur de nos dieux, contrairement à d’autres religions. Le sacrifice doit donc être respectable et à la mesure de vos moyens. Par exemple, quand il s’agit des boissons que nous répandons au sol, le liquide doit être de la meilleure qualité que vous pourriez vous offrir à vous-mêmes mais n’a pas besoin de vous coûter les yeux de la tête.

 

Commentaires d’Evans

52

3 Pour la suggestion que lof puisse ici signifier ‘amour’ voir la st. 8 plus haut.

[Rappel de la strophe 8 : … ‘éloge’ et ‘faveur, jugements amicaux’ - comme lof et líknstafi sont traduits d'habitude - sont précisément des choses qu'on a annars brjóstum í. [dans sa propre poitrine]… et donc, pour lof, le sens de ‘amour, affection, estime’ est mieux adapté ici que ‘éloge’. … líknstafir peut aussi signifier ‘mots (magiquement) calculés pour gagner l'aide d’une autre personne’, un sens qui ne s’accorde qu’à une seule autre occurrence ...]

5 með höllu keri ‘avec un bol penché’. [Suit une longue discussion sur ce que cela signifie exactement, le récipient d’Ódhinn était-il plein ou à demi-plein etc. ]

6 Sur félagi est un mot caractéristique du Moyen Âge Viking, voir p. 19.

[p. 19, à ce sujet: Au lieu d’une ætt (la famille), voici apparaître le frændr (le compagnon, le camarade de combat), ‘avec une demi-miche de pain et un bol penché me suis-je fait un compagnon, fekk ek mér félaga’ dit la st. 52, en utilisant ce mot qui est utilisé régulièrement sur les monuments runiques, comme par exemple sur la pierre de Sjörup: ‘Saxi érigea cette pierre en mémoire de Ásbjörn son compagon, asbiurn sin filaga, fils de Tóki. Il n’a pas fui à Uppsala, mais frappa tant qu’il eut une arme’.]