Hávamál 68-72

(L’admissible, le bien et le meilleur)

 

 

********* Hávamál 68. *********

 

Traduction la plus proche possible du mot à mot

 

Le feu est le meilleur

pour les fils des hommes

et la vue du soleil,

leur santé

- si l’humain peut ne pas s’en éloigner -

vivre sans erreur et sans réprimande.

 

Explication en prose

 

Ódhinn énumère quatre conduites humaines qui caractérisent la meilleure des vies. Se trouver auprès d’un bon feu, voir le soleil, être en bonne santé et vivre sans faire d’erreurs, le tout autant que faire se peut. Autrement dit, Ódhinn ne condamne pas ceux qui s’éloignent un peu de cette perfection, il recommande de s’en rapprocher.

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

68.

Eldr er beztr                      Le feu est le meilleur

með ýta sonum                  ‘avec’ [= pour] des hommes les fils

ok sólar sýn,                      et du soleil la vue

heilyndi sitt,                       la santé sienne

ef maðr hafa náir,             si l’humain ‘avoir tout près’ (= peut garder)

án við löst at lifa.               sans avec’ défaut (physique ou moral) vivre.

 

Traduction de Bellows

 

68. Feu pour les hommes | est le plus beau cadeau,

Et de pouvoir voir le soleil ;

La santé aussi, | si un homme peut l’avoir,

Et une vie qui ne soit pas ternie par le péché.

 

Commentaire sur le vocabulaire

 

Le nom löstr a été traduit généralement en exagérant son contenu dénigreur, excepté Dronke. Bellows donne : sin (péché), Boyer : opprobre, Orchard taint (trace de corruption, de pourriture), Dronke : fault (erreur). Il signifie ‘erreur’ et non ‘faute’ c’est-à-dire que seule une très faible opprobre y est attachée, comme dans (ref Webster’s) l’anglais ‘fault’. De Vries le rattache au Vieil Haut Allemand lahan : tadeln (réprimander) que Pokorny dérive de la racine indo-européenne lok- signifiant aussi réprimander. Bien entendu, il peut se transformer en ‘faute’ en fonction du contexte, mais 68 n’exprime aucun mépris pour celui qui n’arrive pas à éviter le löst, elle le présente seulement comme un manque, une imperfection. Ainsi án við löst at lifa peut se traduire par « vivre sans erreur et sans réprimande.

La structure des trois derniers vers est un peu ambigüe. On ne sait pas si le 5ème vers s’applique au 4ème ou bien au 6ème, c’est-à-dire si l’humain doit « conserver sa santé » ou « conserver une vie sans erreur ». Les traducteurs ont choisi la première solution et je préfère conserver cette ambiguïté.

 

Commentaire sur le sens de la strophe

 

Pour des personnes vivant dans un pays froid, l’amour du soleil et d’un bon feu peut révéler plus un désir de confort qu’un culte religieux du soleil.

Cette strophe semble exprimer de banales évidences. Cela est déjà arrivé et nous avons toujours, jusqu’ici, trouvé un sens caché qui n’est pas banal. Dans le cas de 68, je ne crois pas qu’il y ait un sens caché. Ce qui n’est pas banal, finalement, c’est qu’un dieu dise à ses dévots que le meilleur moyen de lui plaire est de faire attention à leur santé. On décrit souvent l’odiniste comme un fou furieux qui ne rêve que de mourir les armes à la main pour rejoindre le Valhöll. Ódhinn semble nous indiquer ici qu’une vie de fou furieux n’est pas seulement ce qu’il apprécie chez ses croyants.

Quand on désire présenter le Hávamál comme un recueil des règles de moralité odiniste, je crois qu’il faut se garder d’oublier des strophes comme 68.

 

Commentaires d’Evans

 

68

… La plupart des traducteurs anciens ont opté pour donner à löstr le sens de défaut moral, péché, ce qui s’accorde mal au contexte.

 

 

********* Hávamál 69. *********

 

Traduction la plus proche possible du mot à mot

 

Un humain n'est pas démuni de tout

bien que sa santé soit moyennent bonne ;

certains sont heureux par leurs fils,

certains par la famille,

certains par assez de richesse,

certains par des travaux bien exécutés.

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

69.

Er-at maðr alls vesall,       Il est-non l’humain de tout privé

þótt hann illa heill;        bien qu’il soit mauvaisement guéri;

sumr er af sonum sæll,      certains sont par les fils heureux,

sumr af frændum,              certains (le sont) par la famille,

sumr af ærnu,                certains (le sont) par la richesse suffisante,

sumr af verkum vel.           certains (le sont) par travaux bien faits.

 

Traduction de Bellows

 

69. Malheureux en tout nul homme n’est, | bien que parfois malade;

Certains ont joie de leurs enfants,

Certains le gagnent par leur parents, | et certains de leur richesse,

Et certains de la valeur de leurs travaux.

 

Commentaire sur le vocabulaire

 

Le mot heill a de nombreux sens. Quand c’est un adjectif (comme dans les exclamations « kom (‘viens’) heill !; far, sit heill ! (voyage, assieds-toi heill !) ; heill svá ! (heill tout entier !) » ses sens tournent autour de la notion d’être ‘entier’ , ‘sans défaut physique’ avec un sens métaphorique de ‘sincère’. Il est utilisé ici comme un adjectif puisqu’il est modifié par l’adverbe illa. L’expression illa heill est traduite dans C-V par ‘en mauvaise santé’.

Quand c’est un nom, il peut signifier, au neutre, la prédiction, les auspices, ou bien la chance. Au féminin, il désigne celle qui porte chance, qui apporte le bonheur. Un homme appellera sa bien-aimée : « heillinn mín » (mon bonheur et ma chance).

Vel verkr décrit un ‘bon travail’ c'est-à-dire bien fait. Par exemple le mot composé verkafall décrit un manque à exécuter son travail, un verkamadhr est un travailleur. Bellows le traduit par « travaux de valeur », Dronke par « très euphorique du fait de ses exploits », Orchard par « bienheureux (béni) dans son travail » et Boyer par « bonnes actions ». L'aspect ‘brave scout’ de la traduction de Boyer est invention pure, mais vous pouvez noter que les traducteurs tendent maintenant (au contraire de ce qu’ils ont fait à löstr dans la strophe 68) à surévaluer la l'aspect positif de verkr qui devient une sorte d'exploit. L’expression ‘travail dans la vie de tous les jours’ me parait suffisamment honorable pour ne pas avoir à en exalter le sens.

 

Commentaire sur le sens de la strophe

 

Dans la strophe précédente, la bonne santé était l'apanage d'une vie excellente. Ici, Ódhinn décrit comment un humain peut avoir une vie bien remplie et heureuse même si toutes les conditions de l'excellence ne sont pas remplies. Nul besoin d'avoir accompli des exploits mais il faut avoir vécu proprement.

 

Commentaires d’Evans

 

          Il présente une liste d’hypothèses pour le sens de vel dans verkum vel , y compris, comme Boyer, vel = góðr (bon).

 

 

********* Hávamál 70. *********

 

Traduction la plus proche possible du mot à mot

 

Il vaut mieux endurer la vie

que ne pas vivre du tout,

le vivant attrape toujours la vache ;

j'ai vu un feu flamber

pour une personne riche,

mais au-dehors, il était mort devant ses portes.

 

Explication en prose

 

Il vaut mieux une vie pénible que de ne pas vivre du tout, seul un vivant est assez rapide pour attraper une vache, c'est à dire : la vie, c'est la rapidité. Quant au riche, alors qu’il était mort devant sa porte, un bon feu brûlait chez lui à son attention.

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

70.

Betra er lifðum                       Meilleur est (que) nous vivions/endurions

en ólifðum*,                       plutôt que ne vivions pas,

ey getr kvikr ;                      toujours attrape le vivant la vache;

eld ek upp brenna              un feu ai-je vu flamber

auðgum manni fyrir,               le riche humain pour,

en úti var dauðr fyr durum.    mais au-dehors il était mort devant les portes.

 

 

Traduction de Bellows

 

 

70. Il est meilleur de vivre | que d’être un cadavre étendu,

L’homme vivant attrape la vache ;

J’ai vu des flammes s’élever | devant [fyrir] le ‘pyre’ (bûcher mortuaire) de l’homme riche,

Et devant sa porte il gisait, mort.

 

Boyer, trois derniers vers : Je vis le feu flamboyer / Chez [fyrir] le riche, / Mais il gisait dehors, mort, devant la porte.

 

Commentaire sur le vocabulaire

 

Pour bien comprendre cette strophe, il est nécessaire de préciser les sens de plusieurs de ses mots.

Le verbe lifa signifie en effet ‘vivre’, mais il peut prendre aussi le sens de ‘supporter, endurer’. Si bien que je comprends le premier vers comme ‘il est meilleur d’endurer la vie’ (= avoir une vie dure) que de ne pas vivre (du tout)’. L’opposition lifa/ólifa cesse ainsi d’être triviale.

L’adjectif kvikr désigne en effet un vivant, mais il porte aussi le sens de rapidité. Relisez le commentaire de la strophe 64 pour voir le lien entre ‘vivant’ et ‘rapide’ en Vieux Norrois. Donc c’est le ‘vivant-rapide’ qui attrape la vache. Evans signale qu’il s’agit sans doute d’un proverbe d’où cette façon de parler un peu inattendue.

La préposition fyrir signifie normalement ‘devant’ au sens spatial, mais lorsqu’il s’agit d’une action qu’on exécute pour quelqu’un, ‘fyrir quelqu’un’ prend le sens de ‘pour quelqu’un’. Si on utilise le sens de ‘devant’ (comme Bellows, par exemple) cela conduit à des complications décrites par Evans. Dronke et Orchard le traduisent par ‘pour’ et Boyer par ‘chez’. Notez aussi que fyrir (5ème vers) et fyr (6ème vers) sont de simples variations orthographiques l’un de l’autre mais qu’ils ne se répètent pas ici, puisque le contexte leur donne des sens différents.

Le mot dauðr est normalement un adjectif qualifiant l’état de mort et dauði est le nom masculin qui désigne la mort. Le var dauðr du dernier vers signifie donc nettement : « il était mort ». La traduction de fyrir par ‘devant’ conduit à une contradiction puisque le riche ne peut pas être à la fois devant un feu chez lui et un cadavre devant sa porte. Vous constatez que Bellows résout la contradiction en inventant un bûcher mortuaire tout à fait inutile ici.

 

Commentaire sur le sens de la strophe

 

Les deux premiers vers seraient-ils vraiment une trivialité s’ils affirmaient simplement qu’il vaut mieux être vivant que mort ? Dans notre civilisation actuelle où le suicide est considéré avec horreur, on peut prendre cette affirmation comme un message trivial des religions révélées. Dans la civilisation germanique où le suicide pouvait être honorable et honoré, ce message acquiert un sens précis : un suicide honorable ne se décide pas comme un caprice, on doit soigneusement peser le poids que la nécessité fait peser sur nous avant d’exercer son droit à la grande culbute.

Le troisième semble, comme suggère Evans, être une formule toute faite pour exprimer le lien entre vie et rapidité : être actif est déjà un grand plaisir que nous offre la vie.

Le lien entre les trois premiers et les trois derniers vers n’est pas évident. Nous avons déjà rencontré plusieurs strophes qui insistent sur le manque d’importance des apparences et de la richesse. Si on isole la deuxième moitié de la strophe de la première, on comprend clairement qu’il s’agit encore du même thème, celui de la mort qui frappe un riche même quand il possède une maison confortable. Si on ne les isole pas l’un de l’autre, ces deux moitiés traitent de deux cas symétriques. Dans les trois premiers vers, il est conseillé au pauvre de supporter la vie et dans les trois derniers, il est rappelé aux riches qui n’ont pas à supporter la vie, mais qui en profitent (ils ne sont pas tentés par le suicide), que profiter à l’excès est une sorte de suicide car c’est ce qui hâte leur mort.

 

Commentaires d’Evans

 

70.

1 lifðum a ici un sens actif, = lifanda ‘vivant’. Trouvé ici seulement.

2 en ólifðum est une émendation (proposée d’abord par Rasmus Rask en 1818) pour remplacer le oc sel lifðom (c. à d. ok sællifðum), du Codex Regius qui n’a pas de sens et ne constitue pas une allitération valable.

3 peut incorporer un proverbe préexistant …: jafnan fagnar kvikr maðr .

  4-6 Il y a deux problèmes ici: 1. Le feu est-il celui d’un bûcher de crémation, ou bien un feu ordinaire dans une cheminée ? 2. dauðr est-il un adjectif ou un nom? …

[suivent une série de réponses faites par les éditeurs à ces deux questions qui toutes] prennent le mot dauðr comme un adjectif. Mais le mot manndauðr existe (ainsi que manndauði); la phrase til dauðs [= jusqu’à la mort] existe en vieux et moderne islandais. [Suivent des arguments liés au norvégien et au suédois].

 

 

********* Hávamál 71. *********

 

Traduction la plus proche possible du mot à mot

 

Un estropié chevauche un cheval,

celui à qui manque une main conduit le troupeau,

le sourd fait des prouesses (ou est utile) au combat,

(il est) mieux d’être aveugle

plutôt que brûlé,

un cadavre n’est utile à personne.

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

71.

Haltr ríðr hrossi,               L’estropié chevauche (‘à’) un cheval

hjörð rekr handar vanr,     le troupeau, conduit la main manquante

daufr vegr ok dugir,           le sourd combat et fait des prouesses [ou aide]

blindr er betri                    aveugle est mieux,

en brenndr ,                    plutôt qu’il brûle,

nýtr manngi nás.                utilisable par nulle personne un cadavre.

 

 

Traduction de Bellows et Boyer

 

71. L’estropié monte à cheval, | le manchot est berger,

Le sourd est courageux au combat;

L’aveugle est meilleur | que le brûlé,

Rien de bon ne peut venir d’un cadavre.

 

Commentaire sur le vocabulaire

 

Le verbe duga a pour premier sens celui de ‘aider’ mais peut prendre aussi celui de « bien faire, faire des prouesses. »

 

Commentaire sur le sens de la strophe

 

Bien entendu, cette strophe dit que la mort nous rend ‘inutilisable’ mais notez bien qu’elle souligne aussi que chaque défaut physique peut être considéré comme une qualité pour certains travaux.

Le premier vers de la s. 70 exprime la même idée que le dernier de 71. Ces deux strophes doivent donc être comprises traitant du même sujet : rien n’est plus inutile qu’un cadavre. La s. 70 oppose les pauvres et les riches, la 71 les estropiés et les valides.

- On peut supposer que le premier vers de 71 ne décrit pas seulement le cheval comme une ‘prothèse’ soulageant l’estropié. Ce dernier, forcé de monter à cheval pour suivre les autres, devient un excellent cavalier et apporte à son clan une compétence irremplaçable.

- Cette hypothèse est confirmée par les vers 2 et 3 où l’utilité sociale des manchots et des sourds est soulignée. Nous avons bien entendu un dieu manchot, Týr, dont le rôle a été capital pour les Æsir.

- Aucun dieu n’est déclaré sourd, mais l’existence de Heimdalr, le dieu qui entend tout et ne fait rien d’autre que prévenir du danger, met en relief le ‘dieu silencieux’, Víðarr au comportement semblable à celui d’un sourd et qui va se battre avec tant d’efficacité pour sauver l’Univers du Chaos.

- Le dieu aveugle est Höðr qui joue un rôle très discret (et négatif puisqu’il tue Baldr) chez Snorri alors que chez Saxo, sous le nom de Hotherus, ses relations avec Balderus (Baldr) sont très complexes et où il joue un rôle plus positif que Balderus.

 

Commentaires d’Evans

 

71.

            4-5 la référence à l'incinération ici, tout comme dans 81 ci-dessous et (selon certaines interprétations) dans 70 ci-dessus, laisse supposer une origine non-Islandaise de ces lignes, puisqu'il n'y a ni évidence littéraire ni archéologique que l'incinération a été jamais pratiquée en Islande … [Certains] prennent ces deux lignes pour un proverbe préexistant …

 

 

********* Hávamál 72. *********

 

Traduction la plus proche possible du mot à mot

 

C’est le meilleur d’avoir un fils

même s’il est né tard,

après que l’homme soit parti ;

il est rare qu’une pierre frappée

se dresse près du chemin pierreux,

sauf si les descendants n’en lèvent une (pour sa famille).

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

72.

Sonr er betri,                     Un fils est meilleur

þótt síð of alinn             même (qu’il) soit tard né

eftir genginn guma;           après (que) parti (soit) le mâle ;

sjaldan bautarsteinar         rarement pierres ‘battues’

standa brautu nær,            se dressent du chemin pierreux près,

nema reisi niðr at nið.       excepté qu’elle élève, la descendance.

 

Traduction de Bellows

 

72. Un fils est le mieux, | aussi tard soit-il né,

Et que sont père ait voyage vers la mort;

Les pierres commémoratives | rarement se dressent au bord de la route

Sauf quand parent honore parents.

 

Commentaire sur le vocabulaire

 

Le verbe bauta signifie ‘chasser, battre’. Dans certains contextes, comme celui de ‘battre avec une épée’, il peut même signifier ‘occire’. Par exemple, le Lexicon Poëticum traduit bautinn par ‘cæsus’ (participe passé de cædere, ‘couper, abattre’), comme le signale C.-V. Celui-ci commente longuement le mot bautarsteinn et n’y voit qu’une corruption de brautarsteinn (des ‘chemins-pierre’, car ces pierres commémoratives étaient alignées le long des chemins comme le vers 5 le rappelle) obtenue par perte de son premier ‘r’. De Vries n’accepte pas cette hypothèse et rapporte le sens de « pierre enfoncée de force (eingerammt) dans le sol ».

Si vous avez déjà essayé de graver des runes dans la pierre, vous savez qu’il faut travailler assez rudement au burin pour ce faire. On frappe la pierre violemment avec un objet tranchant assez pour dire qu’elle ‘battue’ ou même ‘blessée’. Ceci explique pourquoi de simples menhirs non gravés, même alignés, ne sont pas des brautarsteinar mais peuvent être des bautarsteinar.

Le nom masculin sonr (ou sunr, ce qui explique sa déclinaison irrégulière) signifie exclusivement un fils, un garçon.

Le nom masculin niðr est ici au nominatif et à l’accusatif singulier (nið). Il désigne aussi un fils mais son sens s’est élargi à celui de ‘descendance familiale’. L’accusatif dans at nið dit que at a un sens temporel si bien niðr at nið signifie ‘enfant après enfant’ c’est-à-dire la descendance.

Commentaire sur le sens de la strophe

 

Les trois premiers vers restent sur le thème des choses satisfaisantes même si elles ne sont pas parfaites. Dans le premier vers, le genre du sonr est masculin alors qu’il est indéfini dans niðr at nið. Ceci s’accorde avec le fait que, dans les trois derniers vers, Ódhinn élargit son discours à l’ensemble de la descendance qui va honorer ses ancêtres par des pierres runiques.

L’héritage ancestral de la famille ne se perdra donc pas grâce à cet hommage aux ancêtres. On retrouve la rune Othala dans les mots Vieux Norrois óðal = (qualité innée, patrimoine, héritage), le Vieil Anglais ēðel (logis ancestral), le Vieil Haut Allemand uodil (propriété foncière), le gothique ōþal (héritage ancestral) et ōþli (propriété foncière héritée). Cette notion est donc importante dans les langues germaniques. Les trois premiers vers y font simplement allusion, alors que les trois derniers rappellent son importance pour la vie sociale pour marquer notre respect aux décisions des Nornes.

 

 

 

 

Commentaires d’Evans

72

4 bautarsteinar ne se rencontre qu’ici en poésie, mais il y a plusieurs références dans les sagas des Rois à l’érection de bautasteinar (orthographe de Snorri) comme des pierres tombales ou mémorielles en Norvège pendant la période païenne. … Dans l’Ynglinga saga ch. 8 Snorri dit qu’Óðinn a prescrit la crémation comme une règle en Suède … Certains ont voulu lier le premier élément avec le rare bauta ‘battre’, pour donner le sens de ‘pierre battue dans la terre’ [YK : on dirait que personne n’a pensé à mon ‘battue pour y inscrire des runes’, ce qui est quand même improbable !].

Ce mot a été ressuscité par les archéologues modernes Scandinaves pour désigner des pierres non inscrites, datant des temps préhistoriques, posées debout sur la terre. De telles pierres, jusqu’à 4 ou 5 mètres de haut sont communes en Norvège et en Suède, moins au Danemark [YK : remarque du même type … On dirait qu’Evans n’a jamais entendu parler de nos menhirs ni de ceux de Grande Bretagne, ce qui est aussi très peu probable !]