OGAM

(appelé « Ogham tract » par les anglophones)

ÉDITÉ

PAR

GEORGE CALDER, B.D.

Lecteur [‘maître de conférence’] en Celtique, Université de Glasgow

 

EDINBURGH: JOHN GRANT

31 GEORGE IV. BRIDGE

1917

 

Version française de Yves Kodratoff

 

Pour mes commentaires sur les traductions de Calder, j’utilise principalement cinq ouvrages :

Rudolf Thurneysen, A Grammar of Old Irish, Dublin Institute for Advanced Studies, 2003.

MacBain, An Etymological Dictionary of the Gaelic Language, disponible en ligne à http://www.ceantar.org/Dicts/MB2/index.html. Il est dédié au gaélique écossais mais il contient de nombreuses formes irlandaises, galloises et bretonnes (et de nombreuses fautes d’orthographe dues à la digitalisation).

Dictionary of the Irish Language, E. G. Quin (Ed.), Royal Irish Academy, 2007. Se trouve en ligne sous le nom de ‘eDIL’ mais on ne peut alors le consulter que page à page. Ce dictionnaire est issu d’une lignée d’érudits irlandais qui lient le dictionnaire de O’Reilly (1868) à la version actuelle, encore en évolution, mais à peu près terminée en 1976. Il représente donc plus d’un siècle de travail collectif et Calder n’avait évidemment pas eu accès à toutes ces connaissances. Je le citerai sous le nom de ‘DIL’. Quand un mot de l’Auraicept n’existe pas dans cet immense dictionnaire, cela revient à dire qu’on ne lui connaît pas d’utilisation  par ailleurs. Il faut bien se rendre compte que seule l’interprétation de Calder de l’Auraicept a été disponible depuis un siècle et qu’il tout à fait normal que d’autres choix aient été possibles. Le DIL nous fournit l’occasion de contrôler un peu les interprétations de Calder au vu de l’évolution de la linguistique irlandaise depuis un siècle.

J. Vendryes, Lexique étymologique de l’Irlandais ancien, CNRS et Dublin Institute for Advanced Studies, 1974 -1996 (disponible auprès de ce dernier organisme, ainsi que tous les numéros de la revue Ériu). Très enrichissant mais ne fournit que les lettres : A, B, C, D, M, N, O, P, R, S, T, U. Je le citerai sous le nom de ‘Vendryes’.

Évidemment, j’utilise aussi l’Auraicept lui-même et, en particulier, le « glossarial index » que Calder a placé à la fin de sa traduction.

 

 

 

OGAM

 

 

 

 

BB. 308 β 44 [ceci indique la page du manuscrit portant le texte en Irlandais]

 

 

Quelles sont les : place, date, personne, et cause de l’invention de l’Ogam ? Pas difficile. Sa place Hibernia insula quam nos Scoti habitamus [l’île du Nord que nous les Écossais habitons]. Au temps de Bres, fils de Elatha, roi d’Irlande, on l’a inventé. Sa personne: Ogma fils de Elatha, fils de Delbæth, frère de Bres, car Bres, Ogma et Delbæth sont les trois fils de Elatha fils de Delbæth. Ogma, un humain habile dans la parole et en poésie, inventa l’Ogham. La cause de son invention, comme preuve de son [celui d’Ogma] sens créatif, et que ce langage doive être réservé aux érudits, à l’exclusion des paysans et des éleveurs. D’où le fait que l’Ogham acquit son nom en accord avec le son et la matière, qui sont père et mère de l’Ogam, quel [est montré par] le premier nom écrit en Ogham, avec quelle lettre il était écrit, la raison pour laquelle il fut écrit, par qui il fut écrit, et pourquoi b précède chaque lettre, hic uoluuntur omnia.[uoluuntur = voluuntur, voilà toutes choses [qui] sont désirées]

 

*** L’Ogam de Ogma *** [titre ajouté par YK]

 

              L’Ogham de Ogma suo inventore primo [de par son premier auteur] en accord avec le son, quidem [certes (mais …)]; en accord avec la matière, cependant, ogum est og-uaim, allitération parfaite, que les poètes ont appliquée en poésie en l’utilisant, car par les lettres le Gaélique est mesuré par les poètes; le père de l’Ogham est Ogma, la mère de l’Ogham est la main ou le couteau d’Ogma.

              De plus, ceci est la première chose écrite en Ogham, auraSuite1.jpg, c. à d. (le bouleau) b a été écrit et, ceci pour envoyer un avertissement à Lug fils de Ethliu : il a été écrit au sujet de sa femme sinon elle lui serait enlevée et emportée au pays des fées, à savoir, sept b sur une seule lame d’écorce de bouleau: ta femme sera sept fois enlevée de toi au pays des fées ou vers une autre contrée, si elle n’est pas gardée par le bouleau.

 

BB. 309 α 15 OGAM

 

De ce fait, en plus, b, le bouleau est placé en tête, car c’est dans du bouleau que l’Ogham a d’abord été écrit.

              Combien de divisions de l’Ogham y a-t-il et quelles sont-elles? Pas difficile. Quatre: b cinq, h cinq, m cinq, a cinq, en plus des diphtongues.

              Combien de groupes d’Ogham ? Pas difficile. Trois [Rappelez-vous que Fenius en donne quatre – en fait, Ogma n’en donne que deux de façon explicite], nommément, huit arbres ‘chefs de clan’, huit arbres paysans et huit arbres buissons. [Irlandais : « viii n-airigh fedha, / viii n-athaigh, 7 viii fidlosa ». En commentant l’Ogam de Fenius, je vous avais dit que fedha se traduisait mieux par ‘lettre-arbre’, que airigh vient de aire = ‘qui a de la valeur’, ‘homme libre’, chef. Enfin, fidlosa est appelé lossa fedha par Fenius et Calder le traduit alors par « arbre herbe » car lus = herbe, génitif losa. Il le traduit maintenant par « shrub tree » = arbre buisson.] Les huit arbres chefs d’abord : l’aulne, le chêne, le noisetier, la vigne, le lierre, le prunellier, les ajoncs, la bruyère. Huit arbres paysans, nommément, le bouleau, le sorbier des oiseleurs, le saule, le frêne, l’aubépine, le houx [tinne: lettre ‘t’, houx ou sureau, « gorse or furze » = ajoncs], le pommier. Quant à leurs lettres, tous les autres buissons sont des arbres paysans.

 

              Quot sunt genera [Combien sont les genres] de l’Ogam ? Pas difficile. CL, et figuras eorum et potestates secundum ordinem nuntiabimus [CL ( ?) et nous décrivons leurs formes et leurs pouvoirs en second]. Je parlerai primum [d’abord] des bois des arbres d’où ont été donnés les noms des lettres de l’Ogham, secundum alios et alios nominantur. Question, alors, d’où furent nommées les voyelles de l’Ogham et les consonnes? Pas difficile. Secundum alios quidem [d’après les autres du moins], c’est d’après l’école de Fenius Farsaidh, à savoir, l’école de poésie que Fenius à envoyée de part le monde afin d’apprendre les langages. Parmi eux, 25 étaient les plus nobles de sorte que leurs noms ont été mis pour le Bethe Luis Nin de l’Ogam, à la fois pour les voyelles et les consonnes; et quatre d’entre ceux-ci étaient encore les plus nobles de sorte leurs noms ont été donnés aux sept [?] principales voyelles: auraSuite2.jpg et ils ont en ajouté trois autres de sorte qu’ils nomment les autres trois diphthongues, c’est pour cette  raisonauraSuite3.jpgqu’elles sont classées à part. Secundum alios [d’après les autres] c’est d’après les arbres de la forêt que des noms ont été, par métaphore, donnés aux lettres de l’Ogham. De plus, beithe, b, est [nommé] d’après le bouleau de la forêt comme première lettre sur le chemin de l’alphabet Ogham. Luis, 1, c. à d., l’orme dans les forêts.

 

BB. 309 α 38 OGAM

 

Fern, f, c. à d., aulne dans la forêt. Sail, s, de l’Ogham, c. à d., le saule, encore, dans la forêt. Nin, n, de l’Ogham, à savoir, barre d’une lance [Calder traduit ailleurs « ginol garmna » par « maw of a weaver’s beam ». Le mot ginól signifie : bouche, mâchoire, une partie de la barre du tisserand. Visiblement, Calder a assimilé un autre kenning pour nin dans sa traduction.] ou les orties dans les bois. Uath, h, de l’Ogham, c. à d., arbre test ou aubépine, du fait de ses épines. Dur, d, de l’Ogham est le chêne, encore, dans la forêt. Tinne, t, de l’Ogham, à savoir, houx ou sureau dans la forêt. Coll, c, de l’Ogham, à savoir, noisetier dans la forêt. Quert, q, de l’Ogham est le houx dans la forêt ou le peuplier tremble [Calder traduitcairthend no crithach” parquicken tree, or aspen”, les deux désignant le tremble. L’original irlandais nous dit que ce ‘quicken tree’ là est un sorbier des oiseleurs]. Muin, la vigne, m, à savoir, hydromel [à partir d’elle] [Le mot en Irlandais est midiu = un autre nom pour la vigne et non pas l’hydromel]. Gort, le champ de blé, g, à savoir, le sapin [L’original est « gort -i- gius ». Le mot gort signifie soit un champ de terre arable soit le lierre. La traduction exacte est donc : « le champ cultivable ou le lierre, c’est çà dire le sapin ».  Il ya visiblement ici une allusion qui nous échappe. ]. Getal, ng, à savoir, le genêt. Straif, str, ‘willowbrake’ dans la forêt [Le mot willowbrake ne semble apparaître que dans la version de Calder de l’auraicept (!). Straif signifie prunellier. Irlandais : saildrong, le mot drong signifie ‘un groupe contenant un nombre indéfini d’individus’ c'est-à-dire que qu’il faudrait mieux traduire par ‘un bosquet de prunelliers’.]. Onn, o, à savoir, les ajoncs ou le frêne. Ur, u, à savoir, les ronces. Edad, e, à savoir, l’if. Ida, i, à savoir, ‘service tree’ [Souvent, service-tree est le sorbier, mais Calder utilise ce mot systématiquement pour l’if, ce qui crée une grande confusion. Irlandais : ibhar, issu de ibrach : ‘riche en ifs’ ou ‘fait en if’]. Ebad, ea, à savoir, ‘elecampane’ [Irlandais : elend, elenn = ‘nom d’un arbre, peut-être le tremble’. La plante nommée elecampane en Anglais, Innula Helenium, l’aunée en Français, est une grande fleur jaune. Calder a lu : ellenn = aunée.]. Oir, oi, à savoir, le fusain. Uilleann, ui, à savoir, le lierre. Pin, io, de l’Ogham, le pin, encore, dans la forêt. D’où sont nommés caera pinne, le groseiller à maquereau; ifin, encore secundum alios est le nom de cette lettre. Emancoll, le noisetier sorcier, ae, encore, à savoir, c doublé en accord avec le fait et avec la forme, à savoir, c croisant c dans sa forme [Dans son introduction, Calder précise que le tout ressemble à un x manuscrit comme : ].

 

*** L’Ogam (« briathairogam ») de Morann Mac Main *** [titre ajouté par YK]

 

      Ici, l’Ogham-Mot de Morann Mac Main. Feocus foltchain, tronc pâle et belle chevelure, c. à d. pour le bouleau, b, dans l’Ogham-Mot, parce que les noms que Morann a donnés de lui-même aux lettres de l’Ogham sont ceux qui font effet de lettres dans l’Ogham-Mot. Feocus foltchain pour b, car ce sont les deux aspects du bouleau, et c’est ainsi qu’il a été mis pour une la lettre de l’Ogham qui a pris son nom.

      Li súla, délice de l’œil, c. à d. luis, sorbier des oiseleurs, 1, à savoir, la flamme.

      Airinach Fian, c. à d., bouclier [ou avant-garde] des groupes de guerriers, c. à d., bouclier pour l’aulne, f, avec lui du fait [aigiseom = aigid (il célèbre, il honore) seom (‘avec lui’) = ‘il honore avec lui’ = ‘du fait de’] qu’il est rouge [ndergi issu de  derge  (rouge, rougeâtre, couleur du sang) de la même façon [aenrian = oen (un, le même) rian (la mer, la voie)]: ou parce que l’aulne, le matériel avec lequel on fait un bouclier

 

BB. 309 β 6 OGAM

 

a été donné à la lettre de l’Ogham qui a pris son nom à partir de fernæ. Airenach Fian, c. à d., bouclier, c. à d. aulne, f, avec lui.

      Lí n-aimbí, teinte de l’absence de vie, c. à d., teinte d’un mort, à savoir, am pour un démenti, de sorte qu’il n’est pas vivant mais mort. Lí n-aimbí, encore, à savoir, sail, le saule, s avec lui, et c’est ainsi qu’il a été mis pour la lettre de l’Ogham.

      Cosdad sida, vérification de la paix [Calder traduit cosdad (en fait : costud), par ‘checking’. Costud signifie : l’acte de mettre place, de vérifier, le comportement]  c. à d. nin, frêne, n: c’est la mâchoire de la barre du tisserand appliquée à l’arbre: ceci est un signe de paix. Une vérification de la paix vient du frêne de la barre du tisserand.

      Conal cuan, meute de loups, à savoir, uath, l’épine h [Calder traduit ‘uath’ par ‘épine’ ici alors que le sens de ‘uath’ est ‘terreur’ qui convient aussi parfaitement bien au contexte], car la meute de loups terrifie tout le monde. Conal cuan est dit de l’Ogham h, du fait de l’affinité des noms, car ils sont une épine [une terreur], de la même façon.

      Ardam dossaibh, le plus grand des buissons [ard = ‘sans contact avec le sol’ et par image, noble, protecteur. dos = arbre luxuriant. Donc je traduirais plutôt par  ‘ le plus aérien des arbres luxuriants’], c. à d. dur, chêne, d, du fait de cet arbre dans la forêt.

      Trian, t, encore une autre chose ayant ce sens maintenant.

      Cainiu fedaib, le plus beau des arbres, c. à d. noisetier, c, du fait de sa beauté dans les bois.

      Clithar mbaiscaill, abri d’une biche, c. à d., un groupe [le texte dit : buaili que Calder traduit par ‘fold’. Je ne vois de possible que búal  = guérison.]à savoir, boscell, [d’après le DIL, boscell = baiscell = bascall = un animal sauvage, une biche. Le sens ‘lunatique’ donné par Calder n’apparaît pas explicitement. Mais, par extension, cela peut désigner quelqu’un de ‘sauvage’ et donc d’un peu dérangé.] lunatique, c. à d. bas-ceall, compréhension de la mort [bás = la mort; cíall = l’intelligence, la signification], c’est que son bon sens lui vient quand il approche sa mort. Clithar boiscell, encore, c. à d. un pommier: ou boscell, c. à d., biches, à savoir, elles sont claires [Le texte donne : edruma = ed-ruma, et je suppose que Calder a compris une forme de réim = light (lumière). Le mot rúm = ‘espace intérieur’ et une des fonctions possible de ed  = confirmation du substantif qui le suit, conduit à l’interprétation : ‘elles sont dans leur espace approprié’, ce qui est bien entendu hasardeux mais fait plus de sens que light.] . Clithar boiscell, encore, c. à d., sauvages ou biches: quert, un pommier, q, en rapport avec sa lettre.

      Tresim fedma, le plus fort des efforts, c. à d. muin, vigne, m, avec lui, c. à d., du fait de l’identité du nom avec muin, le dos d’un homme ou d’un bœuf, car ils sont les plus forts qui existent pour ce qui est de l’effort.

      Millsiu feraib, plus doux que les herbes, c. à d. gort, le lierre, g, avec lui du fait de l’identité du nom avec le champ de blé. Quand c’est une pousse de blé [il y a ici un jeu de mot évident: fochann est une pousse de blé jeune;  fuach est une strophe], plus douce que toute herbe est cette herbe, à savoir, le champ de blé. D’où cette lettre dans l’Ogham

 

BB. 309 β 24 OGAM

 

du fait de l’identité complète de nom entre eux.

Luth legha, la force d’un médecin, c. à d. le genêt, ng, à savoir, parce que c’est une force pour les médecins, et il a une affinité entre cath, panacée (?) et getal, genêt. [Le mot cath ne signifie pas ‘panacée’ mais plutôt ‘combat’.], et getal, genêt. [Luth legha getal sen -i- ar is luth lasna leigib, 7 coibnius etir cath 7 getal. Luth = pouvoir de mouvement, vigueur ; legha (líaigh, génitif leagha) = médecin (physique et spirituel, guérisseur) ; getal = genêt ou lettre ‘ng’; (sen = un ancêtre, un vieux), mais : sén = le signe, l’augure, l’incantation, le succès ; ar = une préposition ayant le sens de ‘dit-il’ ; is = est ; luth (déjà vu) ; lasna = ‘avec le’ ; leigib = ‘des médecins’ ; coibnius = parenté, affinité ; etir = ‘en général’, mais étir = fort ; cath & getal (déjà vus). Je vous propose donc une traduction légèrement différente : « La vigueur du médecin, le genêt et la lettre ‘ng’ en sont le signe, c’est, dit-on, la vigueur accompagnant les médecins et il existe une forte affinité entre le combat et le genêt ». Je suppose que Calder ne voyait pas le travail du médecin comme un combat (contre la maladie).]

      Tresim ruamna, le plus fort du rouge [colorant rouge], à savoir, str avec lui dans l’Ogham. Straif, le prunellier, en accord avec les faits; car le rouge pour teindre les choses est plus fort dans le prunellier, car c’est ce qui fait l’argent pâle devenir azur, en faisant ainsi de l’argent véritable (?)[Le ‘ ?’ est de Calder. Le sens exact du mot decht est en effet un peu obscur : il peut signifier : raffiné (métal) ou martelé]. C’est ce qui est bouilli avec de l’urine dans l’or blanc afin de le rendre rouge. Tresim ruamna est le prunellier en accord avec les faits. C’est pourquoi il a été placé dans la lettre nommée str, du fait de l’identité de nom entre eux, c. à d., straif est le nom de chacun d’eux.

      Tinnem ruccæ, [tinne ou tinde = lettre ‘T’ ou le houx ; aussi : une barre de métal, une masse de métal fondu, le métal, le porc salé, un instrument de musique] le plus intense des rougissements, c. à d. ruis, la baie de sureau, r, à savoir, de part le rougissement de la honte selon les faits, car par r on l’écrit et c’est une rougeur qui est écrite, et c’est une rougeur qui s’installe sur la figure de l’homme quand du jus de cette herbe est frottée dessus. Tinnem ruccæ, un lingot de rougeur, encore, est dit de ruis, le sureau des montagnes, de honte ou de coloriage, car c’est par r qu’il est lui-même écrit.

      Ardam iachtadh, le plus bruyant des gémissements, c. à d. étonné, à savoir, ailm, le pin, a, avec lui; car c’est ailm ou a qu’un homme dit en gémissant dans sa maladie ou en s’étonnant, c. à d., en s’émerveillant d’une quelconque chose.

      Congnamaid echraide, celui qui aide les chevaux [congnamaid peut être vu comme issu de con-gní (il aide) et de congnam (fait d’aider) ou bien de con-goin (il perce, il blesse) et de congnaid  (celui qui perce, blesse). Calder a clairement utilisé la première dérivation alors que McManus lit directement congnaid. Le contexte donne évidemment raison à McManus], à savoir, les onnaid du chariot, c. à d. les roues [Calder voit en onnaid le nom. plur. de onn et le traduit alors par ‘les roues’. DIL renvoie à fonnaid : il bouge, il se déplace, d’où ‘le déplacement’], à savoir, onn, les ajoncs, avec lui, car c’est par onn, o, que les roues d’un chariot sont écrites. Aliter, comguinidech, également blessant, c. à d. les ajoncs [Calder dit whin = les ajoncs. Le texte irlandais dit : ‘aiten = aitten’, les ajoncs (DIL), dans lequel Vendryes voit un genêt épineux (sans doute genista anglica, le genêt d’Angleterre, le plus épineux des genêts) ]. Ainsi a-t-il été mis pour cette lettre nommée onn, o, du fait de l’identité entre eux, onn est le nom de chacun d’eux; et c’est du houx que le nom de onn a été mis pour la lettre de l’Ogham secundum alios [d’après les autres].

 

BB. 309 β 47 OGAM

 

      Etiud midach, robe des médecins, à savoir, cath, panacée (?). C’est pourquoi il a été mis pour getal, genêt, ng.

      Uaraib adbaib, dans les habitations froides, à savoir, ur, frais, avec lui, car de uir, la matière terre a le nom uaraib adbaib. Ainsi, il était mis pour la lettre nommée ur, bruyère, dans l’Ogham, du fait de l’identité de nom entre eux, à savoir, chacun d’eux est ur, et elle est écrite par u.

      Ergnaid fid, le bois distingué [le sens exact est : ‘l’arbre sagace ou judicieux ou perspicace’] ou , à savoir, le tremble avec lui, car ergnaid fid est un nom pour l’arbre qui tremble. C’est pourquoi il a été mis pour la lettre de l’Ogham nommée edad, tremble, ainsi edad, e, a été mis pour lui.

      Siniu fedaib, le plus vieux des bois, à savoir, idad, l’if, avec lui; car siniu fedaib est un nom du service-tree. Ainsi il a été donné à cette lettre de l’Ogham nommée idad, if, i, et depuis le nom  idad lui a été attribué; car idad, if, est un nom pour ibur, service-tree. [Calder appelle l’if ‘service tree’. Mais idad est « un arbre, peut être l’if » et  ibar est « l’if, le bois d’if, les objets en bois d’if ». Je vous propose donc d’inverser la traduction de Calder : « Siniu fedaib, le plus vieux des bois, à savoir, idad (un arbre, sans doute l’if) avec lui; car siniu fedaib est un nom de cet arbre. Ainsi il a été donné à cette lettre de l’Ogam nommée idad et depuis le nom idad lui a été attribué; car ibar (l’if) est un nom pour idad. »]

      Snamchain feda, le bois qui flotte le mieux, à savoir, ebad, le tremble [aspen] avec lui, car ce bois nage bien: à savoir, un nom pour le grand corbeau. C’est pourquoi, il a été mis pour la lettre de l’Ogham nommée ebad, car é est un nom du saumon, et elle est écrite par ea dans l’alphabet de la faune: c. à d., par le cerf, eo par le merle.

      Sruitem aicdi, la plus vénérable des structures, c. à d., oir, oi, le fusain, en accord avec les faits. C’est pourquoi il a été mis pour la lettre du fait de l’identité des noms, c. à d. entre eux, à savoir, oir est le nom de chacun d’eux.

      Tutmur fid uilleann, l’arbre juteux est le chèvrefeuille [Calder : woodbine], c. à d. chèvrefeuille avec lui, car c’est un nom pour le chèvrefeuille. C’est pourquoi il a été mis pour la lettre de l’Ogham nommée chèvrefeuille ui; depuis le nom de chèvrefeuille lui a été donné, car c’est un nom pour le chèvrefeuille.

      Millsem feda, le plus doux des bois, c. à d. le groseillier à maquereau avec lui, car un nom pour l’arbre appelé pin est milsem feda. Les groseilliers à maquereau sont ainsi depuis nommés. Ainsi il était mis pour la lettre nommée pin, car depuis pin, ou ifin, io, a été mis pour lui.

 

BB-310 α 19 OGAM

 

 

      Luad sæthaig, expression de celui qui est fatigué, c. à d., ach, ah! uch, hélas! c. à d. emancoll, ae, avec lui, car emancoll est pris pour ach, bien qu’on puisse le prendre pour autre chose.

Finit l’Ogham-Mot de Morann.

 

*** L’Ogam (« briathairogam ») de Mac ind Oic ***

 

      Alphabet des Ogham-Mots de Mac ind Oic ci-dessous.

      Glaisium cnis, le plus argenté de peau, à savoir, le bouleau de l’Ogham d’après le bouleau de la forêt car ainsi bouleau, b, a été mis pour lui; sic in reliquis sequentibus.

      Cara ceathra, ami du bétail, à savoir, orme. Cara, à savoir, cher au bétail est l’orme pour sa floraison pour en-bas  [sic Calder: ‘down’?. Mais Irlandais canach = catkin (les chatons issus de la floraison d’un arbre), for down devrait être lu for its catkins (pour ses chatons)]. C’est pourquoi il a été mis pour la lettre de l’Ogham luis, le sorbier des oiseleurs, 1, le sorbier des oiseleurs a été depuis, 1, mis pour lui. [Irlandais : « Tucad uad-side for luis in ogaim, ar is uad tuccad luis fair. » Vous voyez que Calder traduit chaque fois le ‘nom de lettre’, luis, par le nom de l’arbre au lieu de laisser le nom de la lettre comme le texte irlandais le permet : cela évite de faire dire à Ogma que « l’orme est un sorbier » ce qui est évidemment absurde. Voici les mots à connaître : side introduit un renforcement du mot qu’il qualifie; fóir, fáirune place d’habitation’ (le sens exact dépend du contexte ; tuccad, tucait, la cause ; puis aui = inspiration poétique, génitif écrit comme uadh dans l’auraicept. Visiblement, Calder a choisi de voir en uadhla conjonction = à cause de, mais ce sens ne subit pas la modification uadh et cela introduit un « à cause de la cause » qui serait ridicule. Voici donc ma traduction : « La cause de l’usage poétique correct de luis dans les Ogams, c’est la place de luis dans l’inspiration poétique. »]

      Comet lachta, la garde du lait, à savoir, l’aulne de l’Ogham, f, d’après l’aulne des forêts, car c’est ce qui garde le lait car les récipients contenant le lait sont faits de lui.

      Luth bech, activité des abeilles, à savoir, saule, s, car ses fleurs et ses chatons. Ainsi, il est mis pour la lettre correspondante de l’Ogham.

      Bag ban , combat de femmes bág = fanfaronade, promesse, menace ; et aussi : combat, qualités guerrières; bán = pur, blanc, pâle ; d’un combat : non sanglant. Je propose donc : ‘combat non sanglant’ ou ‘pure menace’], à savoir, frêne, n, de la barre du tisserand, c. à d. mâchoire de la barre du tisserand [ginol garmna]. Ainsi pour sa lettre correspondante.

      Banadh gnuisi, visage blanchi, à savoir, peur, huath, h, car blanchi est le visage de l’homme confronté à la crainte et la terreur. Ainsi pour la lettre de l’Ogham du fait de l’identité de nom entre ces deux-là, à savoir, uath est en place pour chacun d’eux.

      Gres sair, travail de charpentier, à savoir, le chêne, d. Ainsi, il a été mis pour luis lettre correspondante de l’Ogham.

      Smir guaili, feux du charbon [smér = la mûre (fruit) ou le feu, les braises (sens trouvé seulement dans les dictionnaires); smir = ‘la moëlle osseuse’, au figuré : la vitalité ; gúal = charbon » d’où Calder : « les feux du charbon »]., à savoir, le houx. Ainsi pour sa lettre correspondante de l’Ogham, c. à d., tinne, t, secundum alios; car tindi est un nom pour le houx, ut alii dicunt.

 

BB. 310 α 36 OGAM

 

      Cara bloisc, ami du craquement (le bruit), à savoir, coll, le noisetier, c. Ainsi pour sa lettre correspondante de l’Ogham.

      Brigh an duine, force d’un homme, à savoir, queirt, q, pommier. Ainsi pour sa lettre correspondante.

      Arusc n-airlig, [árosc = maxime, stipulation (terme juridique); airlech = acte d’abattre, massacre] condition du massacre, à savoir, le dos d’un homme, m. lettre synonyme.

      Med nercc [Pour une fois, Calder ne traduit pas ‘mednercc’. DIL cite ce kenning sans le traduire. med = balance, poids à peser, nercc = ?. McManus résout ce mystère en proposant : med -> ined -> inde -> inne = ‘la partie la plus centrale d’un lieu’, c. à d., au figuré : 1. ‘la valeur réelle’, 2. la signification, et, au sens physique : 1. le milieu, 2. le cœur, 3. la richesse; nercc -> erc = 1. les cieux, 2. tacheté ; 3. poisson tacheté (saumon ou truite) ; 4. vache tachetée ; 5. un lézard ; 6. une abeille ; 7. une tromperie. Il propose de traduire par : « un endroit convenable pour les vaches ». Bien entendu, ‘le cœur de la ruche’ ou ‘le centre des cieux’ etc. sont aussi possibles..], à savoir, le lierre, g. Ainsi pour sa lettre synonyme.

      Morad run, accroissement des secrets, à savoir, prunellier, str. Ainsi il a été mis pour sa lettre synonyme.

      Ruamna dreach, rougeurs des visages, à savoir, sève des roses [sug = jus, sève, vigueur; rós = ‘une colline boisée’, ‘une petite graine’, ‘une plante aquatique’, ‘en bonne santé’, la rose.]  qui cause la rougeur des visages, de sorte que la rougeur [de la honte ou de l’embarras] soit en eux. Ruamna dreach, encore, dit de l’Ogham ruis, sureau, r, de la rougeur de honte ou non, car c’est par le sureau, r, qu’elle est écrite.

      Tosach fregra, début d’une réponse, à savoir, le pin, a; car la première expression de chaque humain après sa naissance est a.

      Fethim saire, le plus doux à travailler, ou fedem, à savoir, onn, pierre, o.

      Silad clann, croissance des plantes, c. à d. ur, bruyère, u avec lui, car c’est uir, le sol de la terre qui cause la croissance des plantes qu’on y met dessus. Croissance des plantes, encore est dit du sol de la terre est aussi dit de la lettre de l’Ogham qui a pris le même nom, à savoir, chacun d’entre eux est ur.

      Comainm carat, synonyme pour un ami, à savoir, le tremble, e, dans la forêt. Ainsi pour sa lettre synonyme de l’Ogham.

      Crinem feda, le plus ratatiné des arbres, ou une épée, à savoir, ‘service tree’ [ici, l’if], i. Ainsi pour la lettre de l’Ogham, qui a pris un nom autre, à savoir, idad, l’if.

      Cosc lobair, correctif pour un malade, à savoir, ‘woodbine’ [normalement, woodbine désigne toute plante grimpante comme le chèvrefeuille]  pour la lettre de l’Ogham, qui a pris un nom autre, à savoir, ebad, tremble, ea.

 

BB. 310 β 1 OGAM

 

      Li crotha, beauté de forme, à savoir, la bruyère. Ainsi pour sa lettre synonyme, à savoir, l’Ogham oi.

      Cubat n-oll, grand d’égale longueur, à savoir, chèvrefeuille c. à d., chèvrefeuille. Ainsi pour la lettre de l’Ogham qui a pris de celui-ci, à savoir, chèvrefeuille ui.

      Amram blais, le plus merveilleux des goûts, à savoir, pin ou ifin, groseille à maquereau. Ainsi pour la lettre qui a pris son nom d’elle, à savoir, pin ou iphin, io.