Les noms de lettres de l’Ogam, leurs équivalents végétaux et leurs équivalents poétiques (‘kennings’)

dans l’Auraicept et le Traité de l’Ogam

édités par Calder et McManus à partir des textes irlandais anciens et du Moyen âge.

 

En fait, ce tableau vous explique comment on peut reconstituer l’Ogam tel que les anciens les connaissaient, dans l’orthographe qu’ils utilisaient et avec le sens qu’ils lui donnaient. Chaque fois que j’ouvre un livre sur l’Ogam, je vois des attributions fantaisistes, des orthographes inventées, le tout affirmé avec une arrogance tranquille. Lisez ce tableau, vous verrez que les anciens cherchaient à justifier leurs affirmations, eux, mais n’avaient pas une seule opinion sur les lettres ogamiques. Par exemple, que la deuxième lettre, Luis, soit associée au sorbier des oiseleurs et à la flamme (à cause de la splendeur de ses baies) ou à l’orme (du fait de l’abondance de ses chatons), ou aux deux (ce que je crois), je ne saurais vous dire qui a raison. Mais quand vous choisissez l’une de ces trois solutions, sachez que l’avis des anciens différait sur ce point, et prenez ce fait en compte.

Ma présentation est inspirée par les traductions depuis l’Irlandais Moyen de Calder et de McManus. Il est normal qu’un traducteur fournisse la version qui lui semble la meilleure sans faire part de ses hésitations ni des interprétations alternatives. Ce n’est pas les critiquer de vous présenter, comme je fais, plusieurs des interprétations possibles du texte en Irlandais. Ma traduction depuis l’Irlandais est placée entre (« »). Elle essaie toujours de suivre celle de Calder, mais elle peut quand même en différer fortement et je vous renvoie aux textes complets de la traduction que je vous présente ailleurs pour trouver les raisons de cette différence.

Les noms de ces lettres ont été décrits six fois : 1. au début de l’Auraicept (en abrégé ‘DebAur’) comme des noms de personnes, 2. par Fenius (en abrégé ‘Fen’), 3. par Ogma (‘Ogm’), 4. par Morann Mac Main (‘Mor’), 5. par Mac ind Oic (‘Mac’), 6. (publié par McManus et non par Calder, voir ci-dessous) par Cú Chulainn (‘CC’), avec la traduction en Anglais de McManus (‘MM’).

Il arrive que le nom de la lettre soit exactement le même qu’un nom d’arbre mais ce n’est pas toujours le cas. Les noms des lettres ont souvent plusieurs sens (c’est classique, on dit qu’ils sont ‘polysémiques’ en linguistique) c’est pourquoi je vous donne la liste des sens principaux du mot désignant une lettre de l’Ogam.

Certains textes fournissent en plus du nom de la lettre et de l’arbre qui lui est associé, une métaphore pour le décrire. Je suis l’usage de McManus qui appelle ces métaphores des ‘kennings’ (en fait, le nominatif pluriel Vieux Norrois est ‘kenningar’ mais je préfère franciser ce mot).

McManus (dans son article de 1988 dans la revue Ériu et p. 42 de A Guide to Ogam) présente des kennings issus de ‘Mor’ et de ‘Mac’ qu’il a édités et qu’on trouve dans l’Auraicept. Vous trouverez ici exactement ce que dit l’Auraicept qui est souvent un peu plus prolixe que ne le présente McManus. Il fournit aussi une troisième version à laquelle je n’ai pas eu accès : les Ogam-mots de Cú Chulainn. Je vous donne ce dont je dispose qui est donc l’édition de McManus. If you directly refer to McManus’ work, note that he calls ‘A’ what I call ‘Mor’, ‘B’ what I call ‘Mac’, and ‘C’ what I call ‘CC’.

Les sens que je vous fournis viennent en partie de Calder et de McManus comme je vous l’ai dit. Néanmoins, j’ai vérifié le sens de chaque mot soit dans Vendryes soit surtout dans le monumental ‘DIL’ (les références complètes sont données au début de la traduction de l’Auraicept). Enfin, lorsque McManus donne une traduction sensiblement différente de celle de Calder ou de la mienne, je rajoute son interprétation de ces mots entre parenthèses comme ceci : (MM : Irl. : ‘version irlandaise’ ; Eng. ‘version anglaise’ ; Fr. ‘traduction française’)

 

 

Groupe B

 

B

beith

ou

beithe

DebAur: Babel

 

Fen: LETTRE et ARBRE : bethi (sens : lettre ‘B’ ou bouleau). KENNING : Feocos foltchain in beithi (feocos = ayant un tronc flétri ; foltchain = folt-cain, belle chevelure)

 

Ogm: LETTRE et ARBRE : beithi, bethi DÉFINITION : Beithi immorro o bethi na cailli forsin cetna fid for set na aipgitri in ogaim. (« De plus, beithe est [nommé] d’après le bouleau de la forêt comme première lettre sur le chemin de l’alphabet Ogam. »)

 

Mor: LETTRE et ARBRE : beithi. KENNING : Feocus foltchain ar son bethi, ar at e sin da egosc in bethi («Tronc flétri et belle chevelure pour bethi car ce sont les deux aspects du bouleau»).

 

Mac: Ogm: LETTRE et ARBRE : beithi, bethi. KENNING : Glaisium cnis -i- beithi sin in ogaim o bethi na cailli (« Le plus argenté de peau, c. à d. le bouleau de l’Ogam d’après le bouleau de la forêt »). (MM : Irl. : ‘Glaisium cnis’; Eng. ‘Greyest of skin’ ; Fr. ‘Celui qui a la peau la plus grise’).

 

CC: Maise malach (MM : Beauty of the eyebrow = beauté des sourcils). Notes sur la traduction de McManus : maise = beauté dans son apparence ; mala = sourcil. Mot à mot : «ayant de beaux sourcils. »

L

luis

DebAur: Lot

 

Fen: LETTRE : luis (sens : lettre ‘L’ ou sorbier), ARBRE :cairtheand (sorbier), Vieil Irlandais caerthaind. KENNING : Li sula luis -i- caertheand ar ailleacht a caer (li = beauté, délice; sula vient de sell = pupille, œil, regard ; « Délice de l’œil est le luis, c. à d. le sorbier du fait de la beauté de ses baies »)

 

Ogm: LETTRE : luis ARBRE : lemh (lem = orme). DÉFINITION : Luis -i- lemh sin isna cailltib (Luis c. à d. l’orme dans les forêts).

 

Mor: LETTRE et ARBRE : luis. KENNING : Li sula -i- luis sin -i- in luisiu (luisiu vient de loise, luise, luisne = flamme, brillance. «Délice de l’œil, c. à d. le sorbier [sans doute : le sorbier des oiseleurs], à savoir, la flamme»). (MM : Irl. : ‘Li súla’; Eng. ‘Lustre of the eye’; Fr. ‘Brillance de l’œil ’).

 

Mac: Cara ceathra (-i- lem). Cara -i- dil lasna ceathra in lem ar a blath 7 ar canach. Tucad uad-side for luis in ogaim, ar is uad tuccad luis fair. («Ami du bétail (c. à d. orme). Ami, c. à d. cher au bétail est l’orme pour sa floraison et ses chatons. La cause de l’usage poétique correct de luis dans les Ogams, c’est la place de luis dans l’inspiration poétique. »)

 

CC: Lúth cethrae (MM : Sustenance of cattle = nourriture du bétail). Notes sur la traduction de McManus : lúth = pouvoir de mouvement, vigueur ; cethrae = pluriel signifiant ‘les quadrupèdes, le bétail’. Mot à mot : «vigueur du bétail. »

F

fern

DebAur: Pharaoh

 

Fen: LETTRE et ARBRE : fernd (= fernn) (sens : lettre ‘F’ ou aulne ; aussi un bouclier, un bâton, un homme (en poésie), l’adjectif ‘bon’. KENNING : Airenach Fiann -i- fernd, air is di na sgeith («L’avant-garde de la bande-guerrière, c. à d. l’aulne, car on en fait des boucliers»)

 

Ogm: LETTRE et ARBRE : fern ou fearn. DÉFINITION : Fern -i- fearn sin isin caill («Fern c. à d. aulne dans la forêt»)

 

Mor: LETTRE : fern. ARBRE : fern et KENNING : Airinach Fian -i- sciath ar fern aigiseom sin ar a ndergi ar aenrian: no air is i in fern adbur in sceith tucad o fernae forsin fid ogaim rogab ainm uaidhi. Airenach Fian -i- sciath fern sin aigisium (« Avant-garde du groupe de guerriers c. à d. bouclier pour l’aulne ‘avec lui célèbre’ [= du fait de] sa couleur rougeâtre [ou rougi par le sang] sur la même voie [de la même façon] : ou parce que l’aulne, le matériel avec lequel on fait un bouclier a été donné à la lettre de l’Ogam qui a pris son nom à partir de fernae [autre forme de fern = aulne]. Avant-garde du groupe de guerriers, c. à d. bouclier du fait de l’aulne. »)

 

Mac: LETTRE : fernn. ARBRE : fern. KENNING : Comet lachta -i- ferrn in ogaim sin o fern na caill, ar is i coimetas in lacht, ar is di doniter lestair imon lacht. (« La garde du lait, à savoir l’aulne de l’Ogam d’après l’aulne des forêts, car c’est ce qui garde le lait car les récipients contenant le lait sont faits de lui. »)

 

CC: Dín cridi (MM : Protection of the heart = protection du cœur). Notes sur la traduction de McManus : dín = protection défense et acte de protéger ; cride = le cœur (émotions), la partie centrale, l’amour, la valeur (courage). Autre traduction possible : «protecteur de ce qui vous est central. »

S

sail

DebAur: Saliath

 

Fen: LETTRE et ARBRE : sail (sens : lettre ‘S’ ou saule). KENNING : Li ambi i- nemli lais -i- ar cosmaillius a datha fri marb («La couleur de celui qui est sans vie, c. à d. il n’a pas de couleur, c. à d. du fait de la ressemblance de sa teinte avec un mort.»)

 

Ogm: LETTRE et ARBRE : Sail (saule). DÉFINITION : Sail in ogaim -i- sail dono sin isin caill Sail [saule] de l’Ogam, c. à d. le saule, encore, dans la forêt.»)

 

Mor: : LETTRE et ARBRE : saule. KENNING : Li n-aimbi -i- li mairb -i- am fo diultad conach beo acht is marb. Li n-ambi dono -i- sail aigiseom sin, 7 tugad uaidisium forsin fid n-ogaim. (« Teinte de l’absence de vie, c. à d. teinte d’un mort, à savoir, am pour un démenti, de sorte qu’il n’est pas vivant mais mort. Teinte de l’absence de vie, encore, à savoir, le saule avec lui, et c’est ainsi qu’il a été mis pour la lettre de l’Ogam)

 

Mac: LETTRE et ARBRE : saule. KENNING : Lut[h] bech -i- sail sin ara blath 7 ar a canach. Tucad uad-side ara fid coibhnesa in ogaim. («Activité des abeilles, à savoir, c. à d. le saule pour ses fleurs et ses chatons. Ainsi, il est mis pour la lettre correspondante de l’Ogam)

 

CC: Tosach mela (MM : Beginning of honey = début du miel). Notes sur la traduction de McManus : Tosach = début, principe, partie en avant; mil (génitif mela) = miel. Autre traduction possible : « le principe du miel » (c'est-à-dire, la douceur ou l’onctuosité ou encore les abeilles?). J’insiste sur le génitif de mil car méla signifie : la honte.

 

[Commentaire sur les “fleurs et les chatons”. Regardez les textes en Irlandais: Mac ind Oic dit bien « ara blath 7 ar a canach » pour décrire Luis et « ar a blath 7 ar canach » pour décrire Sail.]

N

nin

DebAur: Nebuchadnezzar

 

Fen: LETTRE : nin (sens : lettre ‘N’ ou le frêne ; aussi : toute lettre de l’Ogam (voir la note ci-dessous), une partie du métier d’un tisseur, une vague, un nuage ?). ARBRE : uindsind, uinnius, uindis (sens : le frêne, la hampe de lance). KENNING : cosdad sida nin -i- uinnius, ar is di doniter craind gae triasa coscairther in sidh no cosdudh sidha uindis. («Un frein à la paix est nin, c. à d. le frêne, car on fait avec lui les hampes des lances par lesquelles la paix est rompue ou un frein à la paix est uindis») Nin -i- ginol garmna dognither do uindsind -i- isin aimsir sidha togaibter garmna. («Nin, c. à d. une mâchoire de la barre du tisserand qui est faite en frêne, c. à d. en temps de paix les barres des tisseurs sont utilisées.») [Commentaire : Fenius dit simplement ici que le frêne peut servir à la guerre ET à la paix, selon l’usage qu’on en fait.]

 

Ogm: LETTRE et ARBRE : nin (frêne). HERBE : une ortie, les orties (nenaid) . DÉFINITION : Nin in ogaim –i- ginol garmna no nenaid isna feadaib. (« Nin de l’Ogam, c. à d. une mâchoire de la barre du tisserand ou les orties dans la forêt. »)

 

Mor: LETTRE et ARBRE : nin (frêne). KENNING : Cosdad sida -i- nin sen: ginol garmna fri fid e : airde sida sin. Cosdad sida aigi sin o nin na garmna. (« Vérification de la paix, c’est à dire ce nin : c’est la mâchoire de la barre du tisseur appliquée à l’arbre: c’est un signe de paix. Une vérification de la paix avec lui est celle du frêne de la barre du tisserand. »)

 

Mac: LETTRE et ARBRE : nin (frêne). KENNING : Bag ban -i- nin garmna -i- ginol garmna. Uad-side fora fid coibnesa. (« Pure menace (ou: combat non sanglant), à savoir, nin de la barre du tisserand, c. à d. mâchoire de la barre du tisserand. Ainsi pour sa lettre correspondante. ») (MM : Irl. : ‘Bág ban’; Eng. ‘Boast of women’; Fr. ‘Vantardise des femmes’, la même traduction que Calder. En tant que préfixe, ‘ban*’ signifie en effet ‘féminin*’. Cependant, les combats de vantardises, normalement sans effusion de sang, ne sont pas inconnus dans le monde celtique).

 

CC: Bág maise (MM : Boast of beauty = fanfaronnade de beauté). Notes sur la traduction de McManus : Bág = fanfaronade, promesse, menace ; et aussi : combat, qualités guerrières; maise = ‘de belle apparence’. Autre traduction possible : «belle promesse ou menace de toute beauté. » Comparez au « combat non sanglant» de Mac ind Oic.

 

Note sur le sens de Nin : le texte le plus ancien sur l’Ogam, l’Auraicept, le désigne souvent par : le ‘beith luis nin de l’Ogam’ (beithi luis nin in ogaim) ce qui a fait croire à de nombreuses personnes (y compris un grand linguiste français, Vendryes!) qu’il s’agit des trois premières lettres de l’Ogam. Par contre, l’Auraicept présente les lettres de l’Ogam dans un ordre immuable, celui que je reproduis ici (pas de contradictions, pour une fois, y compris avec la graphie des lettres. Vous verrez la seule petite déviation à cette règle absolue avec la lettre Getal.) et place toujours Nin en cinquième. Cette apparente contradiction est levée par le sens de ‘lettre en général’ de Nin : on traduit alors beithi luis nin in ogaim par ‘beith luis lettres de l’Ogam’.

Groupe H

 

H

úath

ou

huath

DebAur: Herod

 

Fen: LETTRE : úath ou huath (sens : lettre ‘H’ ou aubépine, aussi : terreur, terrible, ‘nom d’une couleur’, un petit nombre, la terre (matière), l’argile). ARBRE : úath ou scé (aubépine). KENNING : comdal cuan huath -i- sce: no ar is uathmar hi ara deilghibh. («une assemblée de chiens est huath, c. à d. l’aubépine: ou parce que c’est terrifiant à cause de la piqure des épines »)

 

Ogm: LETTRE : Uath. ARBRE : crand fir (arbre test) ou sce (aubépine). DÉFINITION : Uath in ogaim crand fir no sce ar a delgaighe insin («Uath de l’Ogam, c. à d. arbre test ou aubépine, du fait de ses épines»).

 

Mor: Conal cuan -i- uath sin, ar is uath la nech conal chon alladh. Conal cuan do rad re huath in ogaim ar coibnius in anma, ar uath iat ar aenrian. («Meute de loups, c. à d. uath [la terreur], car une meute de loups terrifie tout le monde. Meute de loup est dit de [la lettre de] l’Ogam huath du fait de l’affinité des mots, car elles sont la terreur, de la même façon.»)

 

Mac: Banadh gnuisi -i- uath, ar is ban gnuis in duine in tan doberar uat[h] no uamun uimi. Uad-side for fid in ogaim ar aentaid anma aturu fen -i- uath cechtar de. (« Face exsangue (ou pâle), c'est-à-dire terreur, car exsangue est la face de celui qui est confronté à la terreur ou à la peur de la tombe (uamun uimi). D’où pour la lettre de l’Ogam du fait de l’identité des noms entre eux, c. à d. la terreur est en place pour les deux. »)

 

CC: Ansam aidche (MM : Most difficult at night = le plus difficile la nuit) Notes sur la traduction de McManus : Ansam = (issu de ansae) le plus difficile, le plus pénible; mais la forme superlative ansam prend aussi le sens de ‘bien-aimé’. aidche =. ‘pendant la nuit’ . Autre traduction possible : « Le plus pénible pendant la nuit ». [Note : Sans doute : « le cauchemar est la terreur de la nuit la plus difficile à supporter ». Le sens ‘le plus aimé’ paraîtrait donc bizarre à côté des autres définitions.]

 

D

duir

DebAur: David

 

Fen: LETTRE et ARBRE : duir, dair, daur (sens : lettre ‘D’ ou chêne ou bois de chêne). KENNING : airde dossaib duir («un signe des arbres est le chêne»)

 

Ogm: LETTRE : Dur. ARBRE : Dair (chêne). DÉFINITION : Dur in ogaim dair dono isin caill. («Dur de l’Ogam, le chêne, encore dans la forêt»).

 

Mor: Ardam dossaibh -i- dur sin a dualus a feda isin caill. (« Le plus aérien des arbres luxuriants, c. à d. le chêne d’après cet arbre dans la forêt. »)

 

Mac: Gres saír -i- daír. Tucad uad-side fora fidh coibnesa in ogaim. (« Œuvre d’art faite avec métier, c. à d. le chêne. C’est pourquoi il a été choisi pour désigner la lettre de l’Ogam de même sens. ») [Note : Calder traduit gres saír par ‘œuvre de charpentier’ alors que les mots grés et sairse (ou soíre) signifient tous les deux ‘connaissance d’un métier’ (Eng. : craftmanship) avec un aspect artistique et même spécifiquement féminin pour grés.] (MM : Irl. : ‘Grés soír’; Eng. ‘Handicraft of an artificer’; Fr. ‘L’art du faiseur d’artifices’).

 

 

CC: Slechtam soíre (MM : Most carved of craftsmanship = le plus sculpté venant de la connaissance d’un métier). Notes sur la traduction de McManus : slecht = coupure; slechtam = le plus tailladé, le plus ouvragé; Autre traduction possible : « Belle ouvrage faite avec métier »

 

T

tinne

DebAur: Talamon

 

Fen: LETTRE : tinne (sens : lettre ‘T’ ou le houx ; aussi : une barre de métal, une masse de métal fondu, le métal, le porc salé, un instrument de musique). ARBRE : cuileand (cuilenn = le houx). KENNING : trian roith tindi [lire: tinni]-i- ar is cuileand in tres fidh roith in carbait. («Le tiers d’une roue est du houx car le houx est un des trois bois dont une roue est faite.»)

 

Ogm: LETTRE : Tinne. ARBRE : quulend (houx) ou trom (sureau). DÉFINITION : Tinne in ogaim -i- quulend no trom isin caill. (Tinne de l’Ogam, à savoir, houx ou sureau dans la forêt.)

 

Mor: Trian -i- aill inde sin aniu. (« Un tiers c. à d. autre chose ayant ce sens maintenant »). Note : trian = un tiers, au pluriel signifie aussi « la triple fête » avec une connotation sacrée associé au mot triple. (MM : Irl. : ‘Trian roith’; Eng. ‘One of the three parts of a wheel’; Fr. ‘Un tiers d’une roue’). Note: visiblement, McManus attribue ici le texte de Fenius à Morann Mac Main.

 

Mac: Smir guailí -i- cuillenn sen. Uad-side fora fidh coibnesa in ogaim -i- tinne secundum alios; ar is ainm tindi do cuillenn, ut alii dicunt. [Notes: smér = la mûre (fruit) ou le feu (sens trouvé seulement dans les dictionnaires) ; smir = ‘la moëlle osseuse’, au figuré : la vitalité ; gúal = charbon » d’où Calder : « les feux du charbon »]. («La force vitale du charbon c. à d. le houx. Ainsi pour la lettre correspondante de l’Ogam, c. à d. tinne (le houx) d’après les autres; car tindi est un nom pour le houx, comme d’autres disent ».) Note : C. à d. que le houx est vu comme un os vivant dans lequel se trouve une « moelle » qui donnera le charbon de bois de la meilleure qualité. Note (d’auto-satisfaction) : McManus lit ‘smiur gúaile’ et le traduit en effet par ‘la moelle du charbon (de bois)’.

 

CC: Trian n-airm (MM : One of three parts of a weapon = Une des trois parties d’une arme). Notes sur la traduction de McManus : arm = arme, n-airm = d’une arme. Autre traduction possible [Voir les commentaires associés au texte ‘Mor’]: « Le tiers d’une arme » ou « la triple fête de l’arme ».

C

coll

DebAur: Cae

 

Fen: LETTRE et ARBRE : coll (sens : lettre ‘C’ ou noisetier ; aussi : destruction, un défenseur). KENNING : cainfidh -i- coll -i- each ac ithi a chno. («Bel arbre, c. à d. chacun mange ses noisettes»)

 

Ogm: LETTRE et ARBRE : Coll (noisetier). DÉFINITION : Coll in ogaim -i- coll isin caill. (Coll de l’Ogam, à savoir, le noisetier dans la forêt).

 

Mor: Cainiu fedaib -i- coll sin ar a chaini a fedaibh. (Le plus beau des arbres, c. à d. noisetier du fait de sa beauté dans les bois.)

 

Mac: Cara bloisc -i- [coll]. Uad-side fora fidh coibnesa in

ogaim. (« Ami du craquement (le bruit) c. à d. le noisetier. Ainsi pour la lettre correspondante de l’Ogam »). Note : sans doute, « ami du bruit fait quand on craque les noisettes ». (MM : Irl. : ‘Carae blóesc’; Eng. ‘Friend of nutshells’; Fr. ‘Ami des coquilles de noisettes’).

 

CC: Milsem fedo (MM : Sweetest tree = l’arbre le plus doux ). Notes sur la traduction de McManus : milis = ‘ayant un agréable goût’; fid = arbre, bosquet d’arbre, lettre de l’Ogam. Autre traduction possible : « l’arbre au goût le plus plaisant ».

Q

quert ou queirt

DebAur: Kaliap

 

Fen: LETTRE : queirt, l’orthographe moderne est ceirt (sens : lettre ‘Q’ ou pommier ou encore un chiffon, une vêtement en loques). ARBRE : queirt et abhull (pomme, pommier). KENNING : Queirt dano, is o chrand rohainmnighead -i- abhull ut dicitur: clithar boaiscille -i- elit gelt quert -i- aball. («Queirt aussi est nommé par un arbre , c. à d. un pommier comme on dit: abri d’un animal sauvage, c. à d. une biche broutant est à sa place, c. à d. un pommier. » [= une biche broutant sous un pommier est à sa bonne place]. N. B. La traduction de Calder dit que “une biche folle de terreur est un pommier” (“a wild hind is queirt, i.e. an apple tree”).)

 

Ogm: LETTRE : Quert. ARBRE : quulend (houx) ou cairthend (cáerthann = sorbier des oiseleurs) ou crithach (le tremble). DÉFINITION : Quert in ogaim quulend isin caill no cairthend no crithach. (Quert de l’Ogam est le houx dans la forêt ou le sorbier des oiseleurs ou le peuplier tremble.

 

Mor: Clithar mbaiscaill -i- buaili -i- boscell -i- gelt -i- basceall is and tic a ciall do in tan degas a bas. Clithar boiscell dono -i- quert sin: no boscell -i- elti -i- edruma iat. Clithar boiscell dono -i- gelti no elti: quert a dualus a feda. (« Abri d’une biche sauvage, c. à d. une guérison (Calder : « un repli (fold) »): à savoir, boscell (ici, sans doute, une personne un peu folle), c. à d. bas-ceall, signification de la mort, c’est que son intelligence lui vient quand il approche sa mort. Abri de l’animal sauvage, encore, c. à d. un pommier: ou boscell, c. à d. des biches, à savoir, elles sont edruma (Calder : « claires », je suggère l’hypothèse : « dans leur espace approprié »). Clithar boiscell, encore, c. à d. sauvages ou biches: quert (un pommier) en rapport avec sa lettre. ») [Note : entre le ‘fold’ et le ‘light’ de Calder, je trouve ce commentaire incompréhensible. Ma traduction, si elle n’est pas elle-même complètement boscell, a au moins l’avantage de présenter Quert comme associé à la guérison d’une forme de folie agitée (‘sauvage’) que l’on guérit soit en comprenant le sens de la vie et de la mort, soit en se mettant ‘à sa bonne place’ qui est sous un pommier pour la biche.] (MM : Irl. : ‘Clithar baiscill’; Eng. ‘Shelter of a (?) lunatic’; Fr. ‘Abri d’un (?) lunatique’).

 

 

Mac: Brigh annum [Calder lit: an duine à la place de annum. C. à d. que le ‘nn’ est souvent équivalent à ‘nd’ et que me ‘m’ est souvent écrit de façon peu lisible et peut être confondu avec un ‘in’.]-i- quert. Uad-side fora fidh coibnesa. (« Force d’un homme, à savoir, quert (pommier). Ainsi pour sa lettre correspondante. ») (MM : Irl. : ‘’Brig anduini; Eng. ‘Substance of an insignificant person’; Fr. ‘Substance d’une personne insignifiante’). Note : il est assez clair que l’hypothèse de McManus, c. à d. annum = anduin est très raisonnable. Mais anduine signifie ‘personne de statut inférieur, personne mauvaise’ et brig ou brigh exprime une force, une valeur positive. Donc ce serait plutôt : ‘force d’un humble’ ou ‘force d’un méchant’.

 

CC: Dígu fethail (MM: Dregs of clothing = loques de vêtements). Notes sur la traduction de McManus : Dígu = ‘ce dont on ne veut pas’ (Eng. : refuse); fethail = j’ai été incapable de trouver un mot signifiant ‘vêtement’ et ressemblant même vaguement à fethail. Le mot fethal signifie un emblème. Autre traduction possible, mais peu compréhensible : « La partie rejetée des emblèmes»

Groupe M

 

M

muin

DebAur: Muiriath

 

Fen: Muin dono -i- finemhain, ut dicitur, airdi masi muiri -i- iarsinni fhasas a n-airde -i- finemhain. (« Muin, encore, c. à d. la richesse de la vigne, comme on dit: la plus haute en beauté muin, c. à d. parce qu’elle croît en hauteur, c. à d. la richesse de la vigne. »)

 

Ogm: LETTRE : Muin. ARBRE : muin (vigne) ou midiu (vigne). DÉFINITION : Muin -i- midiu. (Muin c’est à dire la vigne)

 

Mor: Tresim fedma -i- muin les-sium -i- ar rentaidh anma fri muin duine no daim, ar is iat is tresi feidm ann. (« Combat vigoureux, c. à d. muin, la vigne avec lui, c. à d. du fait de l’identité du nom avec muin, le dos d’un homme ou d’un bœuf [muin veut aussi dire : ‘partie supérieure du dos’], car ils sont les plus vigoureux qui existent pour ce qui est du combat. »)

 

Mac: Aruusc n-arrligh -i- muin duine. Uad-side fora fidh comainmnig[th]ech. [Calder lit Arusc n-airlig à la place de Aruusc n-arrligh] («Condition du (ou paroles de) massacre, à savoir, le haut du dos d’un homme. Ainsi pour sa lettre synonyme. »)

 

CC: Conar gotha (MM: Path of voice = chemin de la voix). Notes sur la traduction de McManus : Conar = le chemin, la route; goth = javeline, lance ; guth = voix. Autre traduction possible : « la voie du javelot. »

G

gort

DebAur: Gotli

 

Fen: Gort dono -i- edeand. Glaisiu geltaibh gort -i- edind. (Gort, c. à d. le lierre. Plus vert que les pâturages est gort, c. à d. le lierre)

 

Ogm: LETTRE : Gort. ARBRE : gort (champ arable ou lierre) ou gius (sapin). DÉFINITION : Gort -i- gius (champ arable ou lierre, c’est à dire le sapin).

 

Mor: Millsiu feraib -i- gort leis-sium sin ar aentaidh [in]

anma frisin gort arba. In tan (quum) bis ina fuachonn, is millsi na gach fer in fer sin -i- in gort arba. Uad-side forsin fid ut i n-ogam ar comaentaidh in anma atura. (« La plus douce des herbes, c. à d. gort, [le lierre] avec lui du fait de l’identité du nom avec le champ de blé. Quand c’est dans la pousse d’herbe [= sous forme d’une jeune pousse], plus douce que toute herbe est cette herbe, à savoir, le champ de blé. D’où cette lettre dans l’Ogam du fait de l’identité complète de nom entre eux.»)

           

Mac: Mednercc, -i- gort. Uad-side fora fidh comainm-nigthech. («[Mednercc à savoir, le lierre. Ainsi pour sa lettre synonyme. ») Note : Pour une fois, Calder ne traduit pas ‘mednercc’. DIL cite ce kenning sans le traduire. med = balance, poids à peser, nercc = ?. McManus résout ce mystère en proposant : med -> ined -> inde -> inne = ‘la partie la plus centrale d’un lieu’, c. à d. au figuré : 1. ‘la valeur réelle’, 2. la signification, et, au sens physique : 3. le milieu, 4. le cœur, 5. la richesse; nercc -> erc = 1. les cieux, 2. tacheté , 3. poisson tacheté (saumon ou truite) , 4. vache tachetée ou aux oreilles rouges , 5. un lézard , 6. une abeille , 7. une tromperie. Il propose de traduire par : « un endroit convenable pour les vaches ». Bien entendu, ‘le cœur de la ruche’ ou ‘le centre des cieux’ etc. sont aussi possibles.]

 

CC: Sásad ile (MM : Sating of multitudes = la satiété des multitudes). Notes sur la traduction de McManus : Sásad = ‘acte de satisfaire’, nourriture; ile = ‘matière originelle de l’univers’ ; uile = l’ensemble, le tout. Autre traduction possible : « Celui qui satisfait l’ensemble. »

NG ou GG

getal

ou cath

DebAur: Gomers

 

Fen: Ngetal dono -i- gilcach no raith ut dicitur : luth lega getal -i- cilcach no raith. (« Ngetal, encore, c. à d. genêt ou fougère, comme on dit: la vigueur du médecin est getal, à savoir, genêt ou fougère. »)

 

Ogm: LETTRE :Getal. ARBRE :getal (genêt) ou gilcach (genêt). DÉFINITION : Getal -i- gilcach.

 

Mor: Luth legha getal sen -i- ar is luth lasna leigib, 7 coibnius etir cath 7 getal. (« La vigueur du médecin, le genêt et la lettre ‘ng’ en sont le signe, c’est, dit-on, la vigueur accompagnant les médecins, et il existe une forte affinité entre le combat et le genêt »).

 

(NOTE : Voilà donc la seule infraction à l’absolu de la règle de l’unicité de l’ordre des lettres chez tous les auteurs. En effet, une autre définition a été ajoutée entre le ‘o’ et le ‘u’ de Morann Mac Main)

 

Etiud midach -i- cath. Tucad ua-side for getal. (« Le vêtement des médecins, à savoir, cath, combat. C’est pourquoi il a été mis pour getal, genêt»). [McManus, à la place du mot ‘vêtement’, utilise raiment, c. à d. ‘les atours’.]

 

Mac: pas de définition, sans doute rajoutée entre le ‘o’ et le ‘u’ de Morann Mac Main par un scribe qui voulait corriger un oubli et qui a mis cette définition là où il avait de la place.

 

CC: Tosach n-échto (MM : Beginning of slaying). Notes sur la traduction de McManus : Tosach = début, principe, ‘partie en avant’; écht = massacre, deuil, exploit. Autre traduction possible : « Le principe des exploits (guerriers, c. à d. des massacres) ».

S

straif (str)

DebAur: Stru

 

Fen: Straiph dono -i- draighen, ut dicitur: aire srabha sraibh -i- draighin. (« (La lettre) straiph, encore, c. à d. le prunellier, comme on dit : la haie d’un troupeau est sraibh [le prunellier servant de haie], c. à d. draighin [le prunellier en buissons]. » Note : le mot sráb a de nombreux sens et le texte peut désigner la haie d’un(e) … 1. ruisseau, 2. multitude, armée, troupeau.

 

Ogm: LETTRE : Straif ARBRE : straif (prunellier) ou saildrong (bosquet de prunellier). DÉFINITION : Straif saildrong isin caill. («Prunellier ou bosquet de prunelliers dans la forêt. »)

 

 

Mor: Tresim ruamna -i- straif leis-sium sin i n-ogam. Straif iar raet ; ar isin straif is tresiu ruamna ic dathadh na raet, ar is i dogni in airget ngeal conad gorm ic denum airgit decht de. Is i berbthar tresin fual isin or mban co ndene derg de. Tresim ruamna in straif ia[r] raet. Tugad uaid-side isin fid dianad ainm straif ar aentaid anma aturu -i- straif ainm cechtar de. (« Le plus fort (colorant) rouge, à savoir, c. à d. straif (prunellier) avec lui dans l’Ogam. Le prunellier, en accord avec les faits; car le rouge pour teindre les choses est plus fort dans le prunellier, car c’est ce qui fait l’argent pâle devenir azur, en faisant ainsi de l’argent raffiné. C’est ce qui est bouilli avec de l’urine dans l’or blanc afin de le rendre rouge. Le plus fort colorant rouge est le prunellier en accord avec les faits. C’est pourquoi il a été placé dans la lettre nommée straif, du fait de l’identité de nom entre eux, c. à d. straif est le nom de chacun d’eux. ») Note : Cette insistance sur « l’accord avec les faits » peut vous sembler étrange. L’Auraicept, dans sa partie grammaticale, insiste beaucoup sur la différence entre la « langue de la nature » et la « langue de l’artificiel ». Straiph appartient donc aux deux genres à la fois : en tant que lettre c’est la langue de l’artificiel, en tant que prunellier, celle du naturel.

 

Mac: Moridrun -i- straif. Tucad uad-side fora fidh comainm-nightech. Morad run (accroissement des secrets), c. à d. prunellier. Ainsi il a été mis pour sa lettre synonyme. »)

 

CC: Saigid nél (MM : Seeking of clouds = à la recherche des nuages). Notes sur la traduction de McManus : Saigid = 1. ‘il recherche’, ‘il atteint’, ‘cela s’applique à’, ‘il attaque en justice’, ‘il réclame’ ; 2. avançant, attaquant, cherchant; nél = 1. nuages ; 2. évanouissement, ‘perte de connaissance’. Autre traduction possible : « À la recherche des nuées, à la découverte de l’évanouissement, etc. »

R ruis

 

DebAur: Ruben

 

Fen: Ruis dono -i- trom, ut dicitur, ruamna ruice ruis -i- trom.[trom = le sureau, la baie de sureau, le foie, lourdeur, masse, sévérité, peine, censure] (« Ruis, encore, c. à d. le sureau, comme on dit: La couleur de la honte est ruis, c. à d. le sureau. [ou bien … voir la liste des sens du mot trom] »)

 

Ogm: LETTRE absente.

 

Mor: Tinnem ruccae ruis sin -i- on ruidiudh no on ruis iar ret, ar is tre ruis scribthair, 7 is ruidhiud fasas a n-aigid in duine tri sug in lossa do cuimilt faethi. Tindi rucae dono do rad frisin ruis o rus no on ruided, ar is tri ruis scribtair-side fen.(« Tinnem ruccæ, la plus massive des rougeurs, c. à d. le sureau (ou la baie de sureau) à savoir, de part la rougeur de la honte selon les faits (‘selon la matière’), car par ruis on l’écrit et c’est une rougeur qui est écrite, et c’est une rougeur qui s’installe sur la figure de l’homme quand du jus de cette herbe est frottée dessus. Une masse de rougeur, encore, est dite de ruis, le sureau, de honte ou de coloration, car c’est par ruis qu’il est lui-même écrit. ») Note : La baie du sureau des montagnes est rouge et non noire.

 

Mac: Ruamna dreach [drech = face, attitude]-i- sug in rois doní ruamna na ndrech co mbi ruidead intib. Ruamna drech dano do rad fri ruis in ogaim on ruidead no on rus, ar is tri ruis scribthar side fen. (« Rougeur des visages, à savoir, sug in rois [Calder : la sève de la rose ; peut être aussi : ‘la vigueur de la bonne santé’] qui cause la rougeur des visages, de sorte que la rougeur [de la honte ou de l’embarras] soit en eux. Rougeur des visages, encore, dit de ruis de l’Ogam, de la rougeur de honte ou non, car c’est par le sureau qu’elle est écrite. »)

 

CC: Bruth fergae (MM : Glow of anger = Lueur de colère). Notes sur la traduction de McManus : bruth = lueur, violent, ‘le plus violent’; fergae = la colère, le héros. Autres traductions possibles : «’La plus violente des colères’ ou ‘la lueur du héros’ [il est souvent dit du héros celtique qu’une lueur sort de son front quand il entre en transe guerrière] »

Groupe A

 

A

ailm

 

DebAur: Achab

 

Fen: Ailm dono -i- crand giuis -i- ochtach. (« Ailm [lettre ‘a’ et le pin], encore, c. à d. giuis [giús = pin, sapin], à savoir, ochtach [= un pin ou un sapin]. »)

 

Ogm: LETTRE absente.

 

Mor: Ardam iactadh -i- mactad -i- ailm aigisium sin; ar is

ailm (no a) adber in duine ac iachtad i ngalar, no ic machtad -i- ag ingantugud secip raeta. (« Ardam iachtadh, le plus bruyant des gémissements, c. à d. l’étonnement, à savoir, ailm (le pin) avec lui; car c’est ailm (ou a) qu’un homme dit en grognant dans sa maladie ou en s’étonnant, c. à d. en s’émerveillant d’une quelconque chose. »)

 

Mac: Tosach fregra -i- ailm sin ; ar is i cetlabra gach duine iarna genemain a. (« Début d’une réponse, c. à d. le pin; car la première expression de chaque humain après sa naissance est a.»)

 

CC: Tosach garmae (MM : Beginning of calling = début de l’appel). Notes sur la traduction de McManus : Tosach = début, principe, le front (de la bataille); gáir = un cri ; gair = ‘un manque’ (en quantité, en espace), un mot, un ordre. Autre traduction possible : «Début ou principe du cri »

O

onn

DebAur: Oise

 

Fen: Onn -i- aiten (« Onn, c. à d. le ‘genêt épineux’. ») [Note: ici, je suis le sens donné par Vendryes. Onn signifie plus classiquement les ajoncs. Il existe en effet une telle espèce de plante, appelée en Latin Genista anglica mais il n’a rine à voir avec les ajoncs.]

 

Ogm: LETTRE : Onn (le pin, les cônes du pin, ou encore le ‘furze-bush’ = genêt épineux, le buisson d’ajoncs). ARBRE : Onn, aiten (le genêt épineux – les ajoncs ) ou uinius (le frêne, la hampe en frêne d’une lance). DÉFINITION : Onn -i- aiten no uinius. Note : L’apparente confusion des attributions désigne clairement un arbre pouvant être piquant, tranchant, quel qu’il soit : le pin par ses aiguilles, le frêne par l’usage qu’on en fait, le genêt épineux par ses épines.

 

Mor: Congnamaigh echraide -i- onnaid in carpait -i- na roith -i- onn leis-sium sin, ar is tri onn scribthar onnaid in carbait. Aliter comguinidech -i- aiten. Tucad uad-side forsin fid ut dianad ainm onn ar aetaid ataru ar is ainm onn do cechtar de; 7 is on aitenn tucad int ainm is onn frisin fidh n-ogaim secundum alios. (« Celui qui perce (blesse) les chevaux attelés à des chariots, c. à d. le déplacement du chariot, c. à d. la mise en mouvement, c. à d. onn avec lui, car c’est par onn (la lettre O) que la mise en route d’un chariot est écrite. Autrement dit, com-guinidech, celui qui blesse fortement, c. à d. les ajoncs. Ainsi a-t-il été mis pour cette lettre nommée onn du fait de l’identité entre eux, onn est le nom de chacun d’eux; et c’est des ajoncs que le nom de onn a été mis pour la lettre de l’Ogam, d’après d’autres. ») Note : Calder voit le congnam dans congnamaigh, c. à d. une aide et non pas un congnaid (celui qui blesse) comme McManus. Le contexte donne évidemment raison à McManus.

 

Mac: Fethim saire no fedem -i- onn -i- o. (« Le plus facile des artisanats ou fedem (la contemplation) c. à d. onn c. à d. o. ») Note : Le mot fedem n’est pas compris, Calder suggère ‘la pierre’, DIL suggère une « vox nihili », un mot vide de sens. Je suggère de comprendre fethem : ‘le fait de regarder’ ce qui constitue un jeu de mot avec le fethim du début de la phrase et qui est bien un travail facile.

 

CC: Lúth fían (MM : Sustaining (equipment) of hunting/warrior bands = soutien (équipement) d’un groupe de chasseurs/guerriers). Notes sur la traduction de McManus : Lúth = mouvement ; capacité à bouger ; joie; fían = bande de guerriers, de chasseurs, de mercenaires. Autre traduction possible : « mouvement d’une troupe de guerriers. » Note : Ma traduction s’accorde parfaitement avec les commentaires de Morann Mac Main (et respecte le sens donné par DIL).

U

ur ou uir

DebAur: Urith

 

Fen: Ur i- fraech. (« Ur c. à d. la bruyère. »)

 

Ogm: LETTRE : úr (= 1. frais, nouveau, ‘vert’ ; 2. (des endroits) beau ; 3. (des blessures) récent ; 4. la bruyère et la lettre ‘u’), úir (= la terre (matière)) ARBRE : draighen (draigen = prunelier). DÉFINITION Ur -i- draighen. (« Ur c. à d. le prunellier. »)

 

Mor:    Uaraib [úar = 1. froid, 2. (des endroits) inamical; 3. non profitable. Donc ‘froid’ aussi au sens figuré] adbaib -i- ur aigisium sin ar is do uir in talman is ainm uaraib adbaib. Tucad uada-side forsin fidh dianad ainm ur in ogaim, ar aentaid anma aturu -i- ur cechtar de, 7 tre ur scribthair. («Dans les demeures désagréablement froides, c. à d. ur [sans doute ici avec le sens ‘frais’], avec lui, car de uir la matière terre a le nom de demeure désagréablement froide. Ainsi, il était mis pour la lettre nommée ur dans l’Ogam, du fait de l’identité de nom entre eux, à savoir, chacun d’eux est ur, et elle est écrite par ur. »)

 

Mac: Siladh clann, ur les-[s]ium sin, ar is i uir in talman dogni silad na clann cuirtir inti. Silad clann dono do rad o uir in talman do radh frisin fid n-ogaim rogab comainm fria -i- ur cechtar de. (« La multiplication des plantes, c. à d. ur avec elle, car c’est uir, le ‘sol de la terre’ qui cause la reproduction des plantes qu’on y met dessus. Multiplication des plantes, encore est dit du sol de la terre est aussi dit de la lettre de l’Ogam qui a pris le même nom, à savoir, chacun d’entre eux est ur. »)

 

CC: Forbbaid ambi (MM : Shroud of a lifeless one = linceul d’un mort). Notes sur la traduction de McManus : Forbbaid = ‘ce qui couvre une autre chose’; ambi = génitif de ambéo = cadavre, sans vie. Autre traduction possible : « ce qui recouvre un cadavre ». Note : la traduction de McManus ne met pas l’accent sur l’interprétation simple que la terre (úir) recouvre les cadavres.

 

Note personnelle : le message chrétien « Croissez et multipliez » adressé aux humains est ici adressé aux plantes. Cela me paraît hautement parlant de la pensée druidique.

E

edad

DebAur: Essu

 

Fen: Edhadh -i- ed uath -i- crand fir no crithach. (« Edhadh, c. à d. ed uath, horrible peine (ou horrible frayeur), c. à d. ‘arbre véridique’ ou peuplier tremble »)

 

Ogm: LETTRE : Edad. ARBRE : Edad (peut-être le tremble) ou eu (éo = l’if). DÉFINITION : Edad -i- eu.

 

Mor: Ergnaid fid -i- edad aigisium sin, ar is don crunn crit[h]aig is ainm ergnaid fid. Tucad uada-side forsin fidh ogaim dianad ainm edhadh, ar is uad tucad edad fair. (« L’arbre sagace (ou perspicace) c. à d. le tremble avec lui, car l’arbre sagace est un nom pour l’arbre qui tremble. C’est pourquoi il a été mis pour la lettre de l’Ogam nommée edhadh, tremble, ainsi edad a été mis pour lui. »)

 

Mac: Comainm carat -i- edadh isin caill. Uad-side fora fidh comainmnigthech i n-ogam. (« Du même nom qu’un ami, à savoir, le tremble dans la forêt. Ainsi pour sa lettre synonyme de l’Ogam. »)

 

CC: Bráthair bethi ( ?) (MM : Brother of birch ( ?) = frère du bouleau). Notes sur la traduction de McManus : Bráthair = frère, de la même famille; Autre traduction possible : « de la même famille que le bouleau.» Note : en effet le bouleau et le (peuplier) tremble se ressemblent : ils ont des feuilles de même forme globale mais la feuille du bouleau est dentelée avec des ‘dents’ pointues alors que celles du tremble sont arrondies.

I

ida ou idad

DebAur: Iachim

 

Fen: Idho -i- ibhar. (« Idho c. à d. l’if »)

 

Ogm: LETTRE : Ida. ARBRE : ida (nom d’un arbre, peut-être l’if) ou ibhar (ibrach = riche en if, ou fait en if.) DÉFINITION : Ida -i- ibhar.

 

Mor: Siniu fedhaib -i- idad aigiseom sin ; ar is do ibar as ainm siniu fedaib. Tucad uad-side forsin fid ut i n-ogam dianad ainm idad, ar is uad tucad int ainm is idad fair; ar is do ibar is ainm idad. («Siniu fedaib, le plus vieux des bois, à savoir, c. à d. idad (un arbre, sans doute l’if) avec lui; car siniu fedaib est un nom de cet arbre. Ainsi il a été donné à cette lettre de l’Ogam nommée idad et depuis le nom idad lui a été attribué; car ibar (l’if) est un nom pour idad. »)

 

Mac: Crinem feada no claidem -i- ibar. Uad-side forin fidh n-ogaim, rogab ainm aile uadh -i- idadh. (« Crinem feda, le plus ratatiné des arbres ou une épée, c. à d. l’if. Ainsi pour la lettre de l’Ogam, qui a pris un autre nom, c. à d. l’if. ») (MM : Irl. : ‘Caínem sen’ ; Eng. ‘Fairest of the ancients’ ; Fr. ‘le plus beau des anciens (ceux qui durent longtemps)’)

 

CC: Lúth lobair ( ?) (MM : Energy of an infirm person ( ?)). Notes sur la traduction de McManus : Lúth = mouvement ; capacité à bouger ; joie. McManus marque d’un ‘ ?’ le mot lobair qui est rare. Le dictionnaire DIL ne suggère pour ce mot rien qui soit lié à l’infirmité, mais plutôt à la trahison. Autre traduction possible : « énergie de la trahison ». À cause des autres définitions, je suppose que le mot que McManus a déchiffré comme « lobair ( ?) » réfère plutôt à la longévité de l’if qui est « infirme » à cause de son grand âge.

Groupe des diphtongues

 

EA

ebad

DebAur: Ethrocius

 

Fen: Ebhadh -i- crithach. (« Ebhadh, c. à d. le tremble. »)

 

Ogm: LETTRE : Ebad. ARBRE : ebad (1. le tremble; 2. une fleur: l’aunée) ou elend (nom d’un arbre, peut-être le tremble). DÉFINITION : Ebad -i- elend.

 

Mor: Snamchain fheda -i- ebad les-ium sin, ar snamchaim fid -i- don bran mor is ainm sen. Tucad uad-side forsin fid dianid ainm ebad in ogaim, ar is ainm do bratan é 7 is tri ebad scribt[h]ar side amal aipgitir in betha -i- tre seg (-i- os), eo (-i-) tre eonasc (-i- lon). (« Le bois qui flotte le mieux, c. à d. le tremble avec lui, car ce bois flotte bien c. à d. un nom pour le grand corbeau. C’est pourquoi, il a été mis pour la lettre de l’Ogam nommée ebad, car é est un nom du saumon et elle est écrite ebad dans l’alphabet de la faune c. à d. par le cerf [seg] (c. à d. le cerf [oss]), eo (c. à d.) par le merle (eonasc) (c. à d. le merle (lon) ). ») Note : Bien entendu, le grand corbeau « flotte le mieux » dans les airs.

           

Mac: Cosc lobair -i- elenn for in fid in ogaim, rogab ainm uad -i- ebad. (« Réprimande (ou châtiment) de la faiblesse, c. à d. ‘un arbre peut-être le tremble’ pour la lettre de l’Ogam, qui a pris un nom autre, c. à d. le tremble. »)

 

CC: Caínem éco (MM : Fairest fish = le plus beau des poissons). Notes sur la traduction de McManus : Caínem = superlatif de caín = beau; éco = ? Je ne suis par sûr de comprendre pourquoi McManus a visiblement choisi de lire : íasc = le poisson. Je suppose qu’il s’est appuyé sur la racine proto-celtique du mot íasc: *eisko. J’avoue préférer une solution beaucoup plus simple. Le mot ecor = un arrangement, une décoration. Autre traduction possible : « Le plus beau des décors ».

OI

oir

DebAur: Uimelicus

 

Fen: Oir -i- feorus no edind (« Oir, c. à d. fusain ou lierre. » [eidenn = lierre])

 

Ogm: LETTRE : Oir. ARBRE : Oir (fusain ou peut-être : lierre.) ou feorus (fusain). DÉFINITION : Oir -i- feorus.

 

Mor: Sruitem aicdi -i- or iar ret. Tucad uad-side forsin fid ar aentaid in anma fil aturu -i- or ainm cechtar de. (« La plus vénérable des substances, c. à d. or, le fusain, en accord avec les faits. C’est pourquoi il a été mis pour la lettre du fait de l’identité des noms, c. à d. entre eux, à savoir, or est le nom de chacun d’eux »)

 

Mac: Lí crotha -i- or. Uad-side fora fid comainmnigthech or in ogaim. (« Beauté de forme, c. à d. la bruyère. Ainsi pour sa lettre synonyme de l’Ogam ‘or’. »)

 

CC: LETTRE absente.

UI

uilleann

DebAur: Iudonius

 

Fen: Uilleand -i- edleand. (« Uilleand, c. à d. chèvrefeuille. »)

 

Ogm: LETTRE : Uilleann. ARBRE : uilleann (uillenn = chèvrefeuille) ou edlend (chèvrefeuille ou toute plante grimpante). DÉFINITION : Uilleann -i- edlend.

 

Mor: Tutmur fid uilleann -i- uilleann leis-[s]ium sin, ar is do edlenn is ainm. Tucadh uad-sidhe forsin ogam dianad ainm uilleann, ar is uadh tucad uilleann fair, ar is do edlinn is ainm. (« L’arbre odorant est le chèvrefeuille (uilleann) c. à d. chèvrefeuille (edlenn) avec lui, car c’est un nom pour le chèvrefeuille (uilleann) c’est pourquoi il a été mis pour la lettre de l’Ogam nommée chèvrefeuille (uilleann), depuis le nom de uilleann (chèvrefeuille) lui a été donné, car c’est un nom pour edlinn (chèvrefeuille). »)

 

Mac: Cubat n-oll -i- uilleann -i- edlenn. Uad-side forsin fid

in ogaim rogab uaide -i- uilleann. (« Également grand, c. à d. le chèvrefeuille (uilleann),, c. à d. chèvrefeuille (edlenn). Ainsi pour la lettre de l’Ogam qui a pris de celui-ci, c. à d. chèvrefeuille (uilleann). »)

 

CC: LETTRE absente.

IO

pin ou ifin ou iphin

DebAur: Affrim

 

Fen: Iphin -i- spinan no ispin 7rl (« Iphin, c. à d. groseiller à maquereau ou épine, etc. »)

.

 

Ogm: LETTRE : Pin (1. Nom d’un arbre aux baies comestibles; 2. le pin) ARBRE : pin, caera pinne (le ‘pin à baies’), ifin (groseillier à maquereau) DÉFINITION : Pin in ogaim, pin dano isin caill De atbertar caera pinne ; ifin dano secundum alios ainm in feda sin. (« Pin dans l’Ogam, le ‘pin’ dans la forêt. D’où le nom de “pin à baies”; groseillier à maquereau, enfin, d’après d’autres, est le nom de cette lettre.)

 

Mor: Millsim feda -i- pin sin aigisium, ar is don chrunn dianid ainm pin is ainm millsium feda. De atbertar caera pinne. Tucad uad-side forsin fid dianad ainm pin, ar is uadh tucad pin no ifin air. (« Arbre le plus agréable, c. à d. le groseillier à maquereau avec lui, car un nom pour l’arbre appelé pin est milsem feda. Les groseilliers à maquereau sont ainsi depuis nommés. Ainsi il était mis pour la lettre nommée pin, car depuis pin ou ifin a été mis pour lui. »)

 

Mac: Amram blais -i- pin no ifin. Uad-side forsin fidh rogab ainm uaid -i- pin no iphin. (« Le plus merveilleux des goûts, c. à d. pin ou ifin (la groseille à maquereau). Ainsi pour la lettre qui a pris son nom d’elle, à savoir, pin ou iphin. »)

 

CC: LETTRE absente.

AE ou CS

emancoll

DebAur: Ordines

 

Fen: LETTRE absente.

 

Ogm: LETTRE :. ARBRE :. DÉFINITION : Emancoll dono -i- coll emnaide iar ret no iar fuath -i- coll dar coll ina fuath. (« Le noisetier jumeau [peut aussi signifier : « le triple noisetier » et, ici, aussi le ‘c jumeau’] encore, à savoir, c doublé en accord avec le fait et avec la forme, à savoir, c croisant c dans sa forme [c’est à dire ]. ») Note: emancoll = emoncholl. emon = jumeau. coll signifie ‘noisetier’, mais d’après le contexte, les trois ‘coll’ de la définition désignent la lettre et non l’arbre.

 

Mor: Luad saethaig -i- ach no uch, emancoll leis-[s]ium sin, ar gabair emuncoll ar ach gia gabar ar araill. (« Expression de celui qui souffre (ou est déprimé), c. à d. ach, ah! uch, hélas! c. à d. emancoll avec lui, car emancoll est pris pour ach, bien qu’on puisse le prendre pour autre chose. »)

Mac: LETTRE absente.

 

CC: LETTRE absente.