Vocabulaire de la « comparaison généreuse »

 

 

Ces questions de vocabulaire sont un peu ennuyeuses mais elles conditionnent un « aller vers l’autre » effectif. Sinon, chacun s’accroche à ses propres définitions et les discussions tournent à vide. J’ai choisi, comme ressource de base, d’utiliser les définitions du dictionnaire « Trésor de la langue française (TLF) » car il est gratuitement accessible à tous, en ligne à http://atilf.atilf.fr/ . Voici donc les définitions que je désire utiliser dans la suite.

 

 

Pour commencer, voyons ce qu’il dit de la générosité. Il donne d’abord une définition littéraire « Vertu d'une âme bien née qui a le sentiment de l'honneur » qui est bien intéressante mais tellement vague qu’elle pourrait être utilisée dans une conclusion grandiloquente mais non au début de la discussion. Nous passons donc tout de suite à la définition effective :« Grandeur d'âme, oubli de soi, qualité de celui (celle) qui est enclin(e) à s'occuper des autres sans préoccupation d'intérêt personnel. Antonyme : égoïsme ». La partie en fonte grasse définit de façon un peu trop générale ce que nous appellerons « comparaison généreuse » et nous aurons donc besoin d’une définition plus précise dans la suite, en particulier sur la façon de « s’occuper des autres ». Remarquez en attendant combien cette définition se rapporte à une façon d’être et non une façon de paraître, c’est aussi pourquoi nous allons l’utiliser. La troisième et dernière définition du mot est la suivante :« Disposition à donner largement, avec libéralité. Antonyme : avarice ». Nous n’utiliserons pas du tout cette précision qui correspond en grande partie à un paraître social.

La générosité est essentiellement une attitude conduisant à des actions (le généreux est « enclin à s’occuper des autres… »), plutôt qu’un sentiment. Si on parle de ‘disposition’ à la générosité’ alors cela peut être une « disposition à la bienveillance, à la bonté, au pardon ». Cependant, la générosité est essentiellement active et exceptionnellement sentimentale.

Voyons maintenant la définition du mot comparaison. Les définitions données par le TLF se résument ainsi : « Acte intuitif intellectuel (j’ajoute : ou sentimental) consistant à rapprocher deux êtres ou objets de même nature pour mettre en évidence leurs ressemblances et leurs différences ou pour les éclairer l’un par rapport à l’autre ». Le sens du mot est aussi illustré par le proverbe : « Comparaison n'est pas raison » qui souligne qu’une comparaison ne prouve rien du tout mais cherche simplement à souligner des « ressemblances et des différences ».

Il est clair que nous allons recommander de nous placer face à l’autre en attitude de « comparaison généreuse ». Mais avant, il faut préciser quelques termes très utilisés pour définir le comportement face à un autre humain.

Tout d’abord, notre ‘comparaison’ n’est certainement pas un jugement. En effet, ce dernier est prononcé par une « autorité reconnue », c’est-à-dire des individus en position de pouvoir (dans la vie courante, nombreux sont ceux qui s’adjugent de façon arbitraire un tel pouvoir) qui comparent un autre individu à des critères qu’ils sont ou se croient chargés d’appliquer. Elle n’est même pas une « évaluation » qui permet d’apprécier un être, une idée ou une chose au moyen d’une échelle de valeurs c’est-à-dire qu’elle s’applique à « une quantité, une sensation mesurable ».

Voici quatre mots porteurs de confusion et qui sont couramment utilisés pour qualifier un comportement recommandable vis-à-vis d’un autre individu. Ils sont (dans leur sens philosophique et non dans leur sens religieux) :

   - « Charité : Principe de lien spirituel ou moral qui pousse à aimer de manière désintéressée ». La charité est donc présentée comme un sentiment d’amour et c’est l’exercice de la charité qui se nomme ‘charité’ dans le langage moderne.

    « Pitié : Sentiment d'affliction que l'on éprouve pour les maux et les souffrances d'autrui, et qui porte à les (voir) soulager. Synonyme de compassion… »

  « Compassion : sentiment qui incline à partager les maux et les souffrances d'autrui. Synonyme de pitié… ». Il semble donc que dans la définition classique des mots, la pitié conduit à des actions alors que la compassion est seulement un sentiment. Il est clair que dans le monde actuel c’est la pitié qui est considérée comme un sentiment impuissant alors que la compassion porterait à l’action.

En accord avec ce dernier point, Wikipédia (à ‘compassion’) affirme qu’ « Il existe souvent une confusion entre pitié (sentiment) et compassion (vertu) ». Cette ‘confusion’ est tout simplement une inversion du sens des mots – du moins en Français.

  Le mot ‘empathie’ n’est pas une entrée du TLF. Il existe en Français comme un ajout récent associé à l’anglais empathy. (Wikipédia fournit une origine plus complexe qu’il est inutile de rapporter ici). Voici une traduction en Français de la définition donnée par le dictionnaire Webster of American English car le mot nous est certainement arrivé depuis les USA. « 1. projection de sa propre personnalité dans celle d’un autre afin de mieux comprendre cette personne ; capacité à partager les émotions, pensées ou sentiments d’un autre 2. projection de sa propre personnalité dans un objet, en attribuant à cet objet ses propres émotions, réponses etc. » Notez bien que cette projection dans un autre n’est pas spécialement ‘sympathique’ dans la mesure où la définition n’exclut pas un possible sadisme de la part de « l’empathisant » qui prend alors plaisir à « mieux comprendre cette personne » qui souffre, c’est-à-dire à jouir de la souffrance d’autrui. L’usage courant actuel du mot empathie oublie ce ‘détail’ qui caractérise en effet les comportements plus ou moins teintés de sadisme de l’empathie et tend maintenant à prendre le sens d’une empathie charitable : nous ferons donc une différence entre ‘empathie’ et ‘empathie charitable’.

 

Nous voici donc armés pour discuter de la ‘comparaison généreuse’ sans tomber dans des disputes sur le sens des mots.