Voici la version la plus exhaustive possible des charmes de Hildegarde de Bingen.

Ses nombreux laudateurs me semblent éviter soigneusement ce sujet gênant.

 

 

 

Les charmes de Hildegarde de Bingen

 

Hildegarde étant médecin, elle a classé les charmes selon la maladie à laquelle ils s’appliquent. Je vais respecter cette disposition, ce qui ne signifie pas que l’on doive automatiquement considérer les préceptes de la sainte femme comme associés à des diagnostics précis.

 

Commençons par un charme purement chrétien que je vous livre par souci d’exhaustivité.

 

Contre les maladies lunatiques

 

Si quelqu'un est atteint de paralysie et d'une de ces maladies changeantes qui augmentent ou diminuent selon la lune, comme c'est le cas pour les lunatiques, il faut rechercher un endroit où l'on tue un âne ou bien il meurt tout seul, ou encore il se roule sur le sol: on fera ensuite coucher le malade sur le sol pendant un petit moment, caché par une couverture; il dormira, s'il peut; puis on prendra sa main et on dira: « Lazare a dormi et s'est reposé, puis il s'est relevé; et, tout comme il a été arraché par le Christ à sa puanteur puante, toi aussi relève-toi de cette maladie dangereuse et de ces fièvres changeantes, toi qui te trouves dans la situation où le Christ s'est trouvé en s'asseyant sur un support de cette espèce[1], signifiant ainsi qu'il rachèterait l'homme de ses péchés et le redresserait ». Un petit moment après, recommence au même endroit, par trois fois; puis trois fois le lendemain ou le surlendemain; puis trois fois encore le lendemain ou le surlendemain, et il sera guéri.

 

Voici maintenant un charme destiné à se protéger contre les amoureux importuns.

 

Contre les amours incontrôlées

 

Et si même le diable pousse un homme à tomber amoureux d'une femme, à tel point que, sans pratique magiques et sans invocations aux démons, celui‑ci commence à devenir fou d'amour, et si cela est désagréable pour cette femme, que celle‑ci fasse couler par trois fois un peu de vin sur un saphir, en disant à chaque fois: «Je répands ce vin sur tes forces ardentes, afin que, tout comme Dieu t'a enlevé ton éclat quand l'ange a péché, tu enlèves de cet homme l'amour ardent qu'il éprouve pour moi». Si la femme ne veut pas le faire, un autre homme à qui cet amour porte ombrage pourra le faire à sa place: il fera boire du vin par l'autre, que celui‑ci soit à jeun ou non, en le lui disant ou non, et cela pendant trois jours de suite.

Et si c'est une femme qui brûle de passion pour un homme, et que, pour lui, cet amour est désagréable, il faut qu'avec du vin et un saphir il agisse sur la femme, comme je l'ai dit plus haut, et le feu de la passion s'éteindra.

 

 

Voici maintenant des charmes dont le contenu païen est partiellement reconnaissable, même s’il est dissimulé par l’histoire sainte des chrétiens.

 

Remèdes et incantations contre les envoûtements.

 

Si quelqu'un est envoûté par le diable ou par la magie prends de ce même bois qui est au centre de cet arbre [le cyprès], creuse-le avec une tarière et recueille dans un vase de terre l'eau d'une source vive en la faisant passer par ce trou du bois. En la versant dis : " Je te verse, eau, par ce trou et dans cette vertueuse vertu, pour que, grâce à la force qui est dans ta nature tu coules en cet homme dont les sens sont envoûtés, et pour que tu détruises toutes les contradictions qui sont en lui, et que tu le remettes dans la rectitude, le juste sens et le juste savoir où Dieu le plaça." Que cette eau lui soit donnée à boire, quand il est à jeun, neuf jours de suite, parce qu'il est tourmenté ou envoûté par le diable par des fantômes ou par la magie, et il ira mieux. Et ainsi, pendant neuf jours, on récitera cette formule de la même manière.

 

 

Un autre charme contre les envoûtements

 

Si quelqu'un est envoûté par des sortilèges ou par des formules magiques, au point qu'il en perd la raison, il faut prendre un pain de seigle chaud, fendre sa croûte à la partie supérieure en forme de croix, sans le partager complètement; glisser la pierre précieuse [l'hyacinthe] de haut en bas dans la fente ainsi faite et dire: «Que Dieu, qui a retiré au diable, quand celui‑ci a transgressé son commandement, tout l'éclat qu'il tirait des pierres précieuses, retire de toi, N..., tous les sortilèges et toutes les formules d'envoûtement, et qu'il te libère de la douleur de cette folie». Puis, en faisant glisser cette même pierre d'un côté à l'autre du pain, on ajoutera: «Tout comme le diable, à cause de son péché, s'est vu enlever l'éclat dont il resplendissait, de la même façon, que la folie qui tourmente N..., à cause de sortilèges et de formules magiques, lui soit enlevée par toi et disparaisse». Pour finir, on fera manger au malade la partie du pain qui est au long de la fente dans laquelle on a déplacé l'hyacinthe.

 

 

Pour guérir de la jaunisse

 

Quand les feuilles du hêtre n'apparaissent pas encore complètement, va près de cet arbre, saisis une branche de la main gauche, en tenant un petit couteau de la main droite et dis: «Je coupe ta verdeur, parce que tu purifies toutes les humeurs qui entraînent l'homme sur des chemins d'erreur et d'injustice; par le Verbe vivant qui a fait l'homme sans le regretter ».

Avec ta main gauche, serre une branche pendant que tu dis cela, puis coupe‑la avec une lame d'acier et garde cette branche tout au long de l'année; et fais cela chaque année. Si quelqu'un, dans l'année, souffre de jaunisse, coupe quelques brins de cette branche, mets‑les dans un petit vase, répands par trois fois un peu de vin par‑dessus, en disant à chaque fois ces paroles: « Par le ventre saint de la sainte Incarnation, grâce auquel Dieu s'est fait homme, écarte de cet homme la douleur de la jaunisse ». Fais alors chauffer du vin avec les petits rameaux que tu as arraches, dans une casserole ou un creuset et donne cette boisson au malade à jeun, pendant trois jours, et il sera guéri, à moins que Dieu ne le veuille pas.

La première phrase fait allusion au pouvoir des branches dont la verdeur, que Sainte Hildegarde appelle aussi souvent la “viridité”, c’est à dire la force qui fait monter la sève dans les branches.

 

Contre les fièvres

 

Si quelqu'un a des élancements, prends le fruit du hêtre quand il commence à pousser et mets‑le dans de l'eau pure en disant: « Par le ventre saint de la sainte Incarnation, grâce auquel Dieu s'est fait homme, vous, élancements, et vous, fièvres, atténuez et affaiblissez votre froid et votre chaleur en cet homme ». Donne‑lui alors de cette eau à boire. Tu feras cela pendant cinq jours: et s'il a une fièvre quotidienne ou quarte, il en sera vite délivré; ou alors, c'est que Dieu ne veut pas l'en délivrer.

 

 

Pour ramener à la vie un mourant

 

Repère une racine de hêtre qui affleure sous le sol, enlève l'écorce extérieure de cette racine et coupes‑en autant que tu pourras le faire en une seule fois et dis: « Par la première révélation dans laquelle Dieu vit un homme dans la racine de Mambré (Genèse, 18,1)[2], brise les flots du poison en cet homme et écarte‑le de la mort ». Coupes‑en à nouveau autant que tu le peux par un second coup en disant les mêmes paroles; de même, fais une troisième coupe dans cette même racine, pour qu'elle ne te fasse pas défaut au cours de l'année, et tu la garderas pendant toute l'année et tu feras ainsi chaque année. Et lorsque, au cours de l'année, quelqu'un aura des bouillonnements dans son corps, tu prendras un petit morceau de ces racines coupées et le mettras dans un vase. Tu verseras, par trois fois, un peu d'eau par dessus en disant chaque fois ces paroles: « Par la première manifestation au cours de laquelle Dieu a été baptisé dans le Jourdain (Marc, 1) écarte la mort de cet homme, grâce à ce remède, et enlève toute cette apparente souillure, tout comme a été pure la vie de Jésus ». Tu donneras l'eau à boire au malade, à jeun pendant trois jours, et tu la prépareras chaque fois comme il est dit: il sera ainsi libéré de ces bouillonnements, à moins que Dieu ne l’empêche.

 

 

Contre la mélancolie

 

Et si quelqu'un est, par tempérament, toujours triste et toujours dans le chagrin et a toujours le coeur dans la peine et la douleur, qu'il recueille de la mandragore quand on l'arrache; qu'il la mette dans une fontaine comme nous l'avons dit, un jour et une nuit. Une fois qu'elle est sortie de l'eau, qu'il la mette dans son lit à côté de lui, qu'il se réchauffe de la sueur de cette plante et qu'il dise: «Dieu, toi qui as créé l'homme avec le limon de la terre sans mettre en lui de la douleur, voici que je place à côté de moi cette terre, qui n'a jamais péché, pour que la terre dont je suis composé connaisse l'état de paix qui est en elle, et dans laquelle tu l'as créée.»

Et si tu n'as pas de mandragore, prends les premières pousses d'un hêtre, car elles ont les mêmes heureuses vertus dans ce cas. Arrache‑les aux branches sans les briser, en les conservant entières; place‑les dans ton lit près de toi pour qu'elles te réchauffent et qu'elles absorbent la sueur de ton corps. Prononce la formule indiquée plus haut: tu trouveras la joie, et, dans ton coeur, tu sentiras l'apaisement. Si peux faire la même chose avec du cèdre et du tremble, et tu t'en trouveras bien.

 

 

 

 

Contre l’apathie

 

Si quelqu'un est écrasé de torpeur et a une sorte de paralysie, il faut qu'un autre homme prenne un peu de cette terre [l’argile verte] pour la mettre à droite et à gauche de la place de la tête du malade, dans le lit, et, de la même manière, de part et d'autre du pied droit et du pied gauche; quand il creuse pour l'extraire, qu'il dise: «Toi, terre, tu dors dans cet homme N...» Puis, après avoir enlevé la terre de part et d'autre de la tête, il la mettra sous la tête de l'homme, jusqu'à ce qu'elle en soit réchauffée; de la même manière il placera de la terre sous ses pieds afin qu'elle en reçoive la chaleur: et, au moment où il place cette terre sous la tête et sous les pieds, que celui qui la met en place dise: «Toi, terre, développe‑toi en cet homme et sois utile pour lui, afin qu'il reçoive ta verdeur, au nom du Père, du Fils et du Saint‑Esprit, qui est Dieu tout‑puissant et vivant». Et il fera ainsi trois jours de suite.

 

La seconde incantation de Hildegarde est presqu’une plaisanterie sur le mot “vert” puisque ce n’est pas la couleur verte de la terre qu’elle désire communiquer au malade, mais bien entendu sa verdeur, sa viridité, ce qui correspond bien mieux, encore une fois, à une branche d’arbre.

 

Contre les possessions

 

Si un homme est possédé d'un esprit malin, qu'un autre homme fasse tomber un saphir sur de la terre, puis mette un peu de cette terre dans une bourse de cuir, qu'il suspende au cou du malade en disant: «O toi, esprit immonde, éloigne‑toi immédiatement de cet homme, tout comme, lors de ta première chute, l'éclat de ta splendeur s'en est au plus vite allé loin de toi». Cet esprit malin sera violemment torturé et s'éloignera de cet homme (à moins qu'il ne s'agisse d'un esprit très agressif et très méchant) et le malade ira mieux.

 

 

 

Si quelqu'un est possédé par le diable, répands un peu d'eau sur une chrysoprase et dis: «Eau, je te répands sur cette pierre avec la puissance par laquelle Dieu a fait le soleil ainsi que la lune vagabonde». Puis tu donneras cette eau à boire au possédé, comme tu le pourras, car il ne la boit que si on le force. Et toute la journée le diable se débattra en lui et s'y affaiblira; il ne manifestera plus ses forces en lui comme auparavant. Tu feras cela pendant cinq jours. Le cinquième jour, avec cette eau, prépare une sorte de pain que tu lui donneras à manger, comme tu le pourras. Et, s'il ne s'agit pas d'un démon acharné, il quittera cet homme.

 

 

 

Contre les migraines

 

Si on souffre, dans sa tête, de plusieurs maladies et faiblesses, au point de devenir comme fou, il faut mettre une sardoine sur sa nuque, dans son bonnet, avec un linge ou une bourse de cuir; puis il faut dire: «De même que Dieu a rejeté le premier ange dans l'abîme, que de même il écarte de toi, N..., cette folie, et qu'il te redonne une bonne connaissance». Et on sera guéri.

 

 

 

Pour favoriser l’accouchement

 

Si une femme enceinte, accablée par les douleurs, ne parvient pas à accoucher, il faut lui frotter les cuisses avec une sardoine et dire: “De même que toi, pierre de sardoine, tu as brillé sur le premier ange par ordre de Dieu, de même toi, enfant, viens briller comme un homme qui demeure en Dieu». Ensuite, elle présentera cette même sardoine à la sortie du bébé, c'est‑à‑dire à la sortie de son sexe, et elle dira: «Ouvrez-vous, voies et portes, comme pour l'apparition par laquelle le Christ, Dieu et homme, est apparu et a ouvert les portes de l'enfer; et toi, bébé, franchis cette porte sans mourir ni faire mourir ta mère». A ce moment, il faut placer cette pierre dans une ceinture que l'on mettra autour d'elle, et elle sera soulagée.

 

Contre la folie

 

Si quelqu'un est pris de folie, ou est en proie de quelque manière à des fantasmes, il faut frotter un aimant avec de la salive, et, avec la pierre, frotter sa nuque puis son front en disant: «Folie mauvaise, cède à cette puissance par laquelle Dieu a transformé en bienfait pour l'homme la puissance du diable précipité du haut du ciel». Et le malade retrouvera ses esprits.

 

 

Contre les obsessions

 

Si une personne est dérangée par des pensées démoniaques de nuit et de jour, éveillé ou endormi, il doit utiliser une ceinture faite de la peau d’un élan, et une autre de la peau d’un daim, les lier ensemble de quatre petites pointes d’acier, de sorte qu’une des ceintures soit sur l’estomac, une sur le dos, et chacune sur un des côtés. Quand il les réunit de la pointe qui se trouve sur l’estomac, il doit dire :”Par le pouvoir du Dieu Tout-Puissant, je te jure à ma protection.” Quand il met en place la pointe dans son dos, il doit dire :”Par le pouvoir du Dieu Tout-Puissant, je te bénis à ma protection.” Quand il met en place a pointe qui sera sur son côté droit, il doit dire :”Par le pouvoir du Dieu Tout-Puissant, je t’ordonne à ma protection.” Quand finalement il met en place la pointe qui sera sur son côté gauche, il doit dire :”Par le pouvoir du Dieu Tout-Puissant, je t’attache à ma protection.”

 

 

 

 Les charmes du Kalevala

 

 

Contrairement à Hildegarde, le Kalevala ne donne pas de charmes associés à des maladies spécifiques mais plutôt à l’expulsion de démons et à la demande d’aides des Esprits ou des Dieux. Les deux charmes suivants, destinés à faciliter les accouchements difficiles, sont de bons exemples de cette attitude pleine d’humilité que doit montrer le/la thérapeute.

 

Charmes pour faciliter les accouchements

 

Un accouchement se passe dans un sauna, et, comme nous assistons aux couches difficiles d’une horrible fille de la reine du Nord, Louhi, cette dernière dissimule sa fille.

 

Louhi, maîtresse des pays du Nord,

La vieillarde édentée du Nord

L'amena secrètement au sauna,

En cachette à la maisonnette aux bains,

Non remarquée par les voisins;

Pas un mot n’atteint le village.

Elle chauffa secrètement le sauna,

L'installa en vitesse;

Elle appliqua de la bière sur les portes,

Mouilla les gongs avec de la cervoise

De sorte que les portes ne craquèrent pas,

Ni les gongs ne crièrent.

Alors elle mit ceci en mots,

Déclara, parla ainsi :

 

Invocation à la mère-nature

 

Oh Dame, fille de la nature,

Femme en or, beauté

Qui est la plus ancienne des épouses,

La première des matrones:

Cours jusqu’à mouiller tes genoux dans la mer

La vague jusqu’à ta ceinture,

Prends la bave du turbot,

Le gluant de la perche,

Pour l'appliquer entre les os,

Pour en frotter les flans,

Libérer une fille d'une tension

Une femme de sa souffrance utérale,

De cette pénible douleur,

De ce travail difficile dans son ventre!

 

Invocation au Dieu principal

 

Oh Vieux, premier des Dieux,

Viens ici quand tu es nécessaire,

Prends cette voie quand on t'appelle.

Il y a ici une fille en mauvaise posture,

Une femme soumise aux affres de son ventre,

Au milieu de la fumée dans le sauna,

La maisonnette à bains du village.

Prends un bâton

Doré dans ta main droite

Et avec mets en pièces les barres,

Et brise les montants des portes,

Défais les verrous du Créateur,

Et détends les verrouillages internes,

Que le grand passe, que le petit passe,

Que le minuscule s'en aille!

 

 

De nombreux invocations et charmes sont donnés dans le Kalevala, alors que Väinämöinen s’aventure, à la recherche de ses connaissances, dans la bouche et le ventre du géant Antero Vipunen, dont il est dit qu'il gît comme une colline, couverte d'arbres:

Le peuplier croissait sur ses épaules, le bouleau sur ses tempes, l’aulne sur ses joues, le saule sur sa barbe, le sapin sur son front, le pin sauvage entre ses dents.

Voici quelques uns des charmes que Väinämöinen apprend à l’occasion.

 

Charme général d’expulsion d'esprits mauvais dont on connaît la Genèse

 

Spectre vas-t'en ton chemin,

Démon de la terre, bouge de là,

Avant que je ne trouve ta mère,

Que je ne convoque tes honorables parents!

Je dirai à ta mère, parlerai,

Te dénoncerai à tes parents.

Le travail de la mère s'alourdit,

Les parents sont troublés

Quand leur fils se comporte à tort,

Leur enfant agit mal.

 

Ce “bouge de là” un peu familier est aussi pour moi une façon de souligner que le ‘rap’ est fortement incantatoire, ce qui est peut-être la raison cachée de son succès populaire. Dans le contexte du Kalevala, connaître la genèse du mal, en effet, permet d’effectuer un traitement.

 

Imprécations quand on ignore l’Origine du mal

 

Je n’ai aucune idée

Je ne peux deviner ta Genèse,

Hiisi, qui t’a libéré.

Démon, d’où peux-tu venir

Pour mordiller et mordre,

Pour manger, pour mâcher.

Es-tu maladie issue du Créateur,

Fléau de Jumala,

Ou bien d’origine humaine,

Façonnée et apportée par quelqu’un,

Mis en place contre rétribution,

Élevé par l’argent?

Si tu es d’origine humaine,

Causé par un autre homme,

Sois assuré que je connaîtrai ta famille

Que je trouverai où tu es né!

 

Cette imprécation est donc très spéciale puisqu’elle sert plus à menacer les démons qu’à les exorciser réellement. Ce genre de “vantardise” n’est pas rare dans le comportement primitif, on le constate encore tous les jours. Sans répéter mot pour mot ce poème, on peut l’adapter à notre vision de la magie. Supposons qu’un traitement par magie ait échoué, il n’est pas bon d’en rester là. Il vaut mieux en effet défier le mal et lui promettre de ne jamais le laisser tranquille dans le patient.

 

Charme d’expulsion d’Esprits mauvais

 

Du calme, chien de Hiisi,

Adoucis-toi, dogue de Manala [Manala = Tuonela, pays des morts]

Quitte mon giron, scélérat,

Crasse de la terre, mon foie,

Cesse de mordre le coeur de mon coeur,

D’égratigner ma rate,

De remplir mon ventre,

De tordre mes poumons,

De mâcher mon ombilic,

De saisir mes intestins,

D’écraser mes vertèbres,

De me fouetter les flans.

 

 

Charme pour demander l’aide de la terre

 

J’invoque du sol les matrones de terre,

Du champ les premiers maîtres,

De la terre tous les guerriers,

Du sable tous les cavaliers,

Qu’ils soient ma force et mon pouvoir,

Mon soutien et mon refuge

En ce dur travail,

En cette douleur cruelle.

 

Il n’y a rien à changer à ce poème parfaitement païen.

 

 

Charme pour demander l’aide de la forêt

 

Lève-toi, Oh forêt, toi et tes gens

Genévriers, toi et ton peuple

Pins, toi et ta maisonnée,

Oh mares tranquilles, toi et tes enfants,

Toi et mille gars d’acier,

Pour user ce démon,

Pour froisser ce Troll.

 

 

Charme pour demander l’aide des eaux

 

Ce charme ne nécessite pas de modification.

 

Lève-toi des eaux, maîtresse

Des eaux, que les vagues chapeautent en bleu,

Couverte d’unE fine couche de boue,

Face lavée de sa vase

Pour devenir la force d’un petit gars,

La virilité d’un petit homme,

Que je ne sois mangé sans cause,

Tué sans maladie!

 

 

Charme pour demander l’aide de Dame-Nature

 

Oh Dame, fille de la nature,

Femme en or, beauté

Qui est la plus ancienne des épouses,

La première des matrones,

Viens maintenant calmer les douleurs

Rejeter les mauvais jours,

T’occuper de ce marché,

Repousser cette attaque!

 

Charme pour demander l’aide du Dieu principal

 

Ukko, nombril du ciel

Aux bord des nuages d’orage,

Viens ici quand tu es nécessaire,

Prends cette voie quand on t'appelle

Pour défaire les misérables actes,

Chasser les malheurs,

Avec une épée à la lame fière,

D’un tison étincelant.

 

 

Charme de bannissement

 

Là-bas je te bannis,

Là-bas, misérable, je te force - dans

La maison du vieux Brunet, [autre nom de l’ours]

La ferme de la vieille ourse

Aux trous marécageux,

Aux marais encore gelés,

Dans les sources vives,

Dans les mares

Sans poisson, sans perches.

 

 

Incantation au Vieux

 

Le Kalevala décrit un traitement effectué par Väinämöinen :

Alors le vieux Väinämöinen,

L’homme éternel,

S’en alla recouvrir les maux

Et traiter ces blessures

Avec neuf baumes

Et les huit remèdes;

Il complète ce traitement par une invocation au “Vieux”, le premier des Dieux, qui évidemment suggère fortement Ódhinn.

Salut le Vieux, premier des Dieux,

Ancien des cieux

Élève un nuage de l’Est

Lève un rideau du Nord-ouest

Et envoie un souffle de l’Ouest :

Que pleuve le miel, que pleuve l’eau

Qui seront baumes pour les douleurs,

Remèdes aux blessures!

Donne-moi une fière

Épée, un tison étincelant

Pour retenir les maux

Éloigner pour toujours le mal

Les douleurs dans les routes du vent

Les souffrances dans les larges clairières

Là-bas je conduis les souffrances,

Là-bas je bannis les douleurs -

Dans les caves de pierre

Et les monts de fer

À faire souffrir le roc,

À mettre en douleur les rochers :

Aucun roc ne pleure de douleur

Aucun rocher se plaint de ses malheurs

Autant qu’on leur en entasse dessus,

Autant qu’on en déverse dessus.

 

Appel à la servante de la Mort

 

Fille des douleurs, servante de Tuoni

Assise sur les rocher aux douleurs

Où trois rivières courent,

Où trois rivières se séparent

Tournant le moulin à douleurs,

Faisant tourner le mont aux souffrances :

Vas et rassemble les douleurs

Dans les mâchoires du rocher bleu,

Ou bien roule-les dans l’eau,

Jette-les au fond de la mer

Où le vent ne les trouvera pas

Ni le soleil ne les illuminera!

 

Ce dernier poème est difficile à interpréter, mais sa sauvage beauté le rend indispensable. À chacun de lui associer un galdr!

 



[1] L'âne de l'entrée à Jérusalem, avant la résurrection de Lazare

[2] Du moins, Hildegarde l’affirme-t-elle.