Un avis non passionnel sur les Rovás ou ‘runes’ hongroises

par Yves Kodratoff 

 

Le sujet et même l'existence d'une écriture semblable au runique provenant de la Hongrie est souvent superbement ignorée par les runologistes, même quand ils discutent de l'origine possible des runes. Pire, il semble que l'Académie hongroise de Sciences ne veille même pas entendre parler de ce sujet. Ainsi, il est laissé à une poignée des hongrois fidèles qui essayent de montrer l'antiquité de leur écriture de Rovás. Ainsi, comme peu de personnes sont actives dans ce domaine, il ne peut que présenter de graves lacunes. Particulièrement quand un jeu de signes est trouvé, rien ne prouve qu'il représente des runes, des rovás, ou des lettres gothiques, etc. L'identification ne survient que lorsque quelques études archéologiques ont été exécutées, les formes bien reconnues pour appartenir à un alphabet donné, et qu’on peut donner une interprétation. Alors, un ensemble logique de connaissances se forme sur le sujet.

 

En opposition à ce que j'ai pu croire d'abord, les Hongrois avec qui j'ai correspondu m'ont montré que cet ensemble de connaissances existe, quelque chancelant qu'il puisse être, mais il n'est pas officiellement reconnu, ni même diffusé parce que le relativement petit nombre des gens capables de comprendre la langue hongroise ne permet pas une discussion générale des vieilles versions de cette langue.

 

Mes remerciements les plus chaleureux vont à Susan Tomory qui a en partie traduit certains des documents disponibles en Hongrois sur les rovás. Elle a aussi répondu avec gentillesse à mes nombreuses questions naïves, et moins naïves. Sans son aide, le travail présenté aurait ici été impensable.

 

Malgré ma gratitude pour Susan, cette présentation est faite avec un esprit critique, je n'essaye pas de cacher de possibles incohérences, je les indique plutôt. Ceci étant dit, une exposition simple, d'une façon objective et sans passion, sans être dérangé par des théories linguistiques ou par des hypothèses sur l'origine des peuples magyars, ne semble pas exister. C'est ce que j'ai essayé de présenter ici: ce qui est connu et inconnu sur les rovas, un point c'est tout.

 

Quelques lien www sur les rovás

 

1.     Journal of The Institute For Hungarian Studies à

http://www.acronet.net/~magyar/english/96-10/magyarad.htm

Susan Tomory est l’éditeure en chef de ce journal.

 

2. Un "alphabet" rovás à : http://<!--keytext-->www.imagesoft.net/hungary/hun101/fx010015.htm

 

3. Nombreuses rovás et des images, mais les textes sont en Hongrois, à http://www.inforum.hu/rovas/

 

 

 

 

Sur l'existence d'un alphabet rovás cohérent.

Les rovás et les alphabets runiques

 

Puisque beaucoup, comme moi il y a quelques années, ignorent tout des Rovás, il semble nécessaire de souligner combien cet alphabet est solidement établi. Antal Karoly Fisher, dans Hun-Magyar Iras (L'écriture des Huns-Magyars, Heisler J. Könyvnyomdaja, Budapest, 1889), compare les lettres et la valeur phonique de douze découvertes faites entre 1501 à 1753. La sons associés aux lettres ont été obtenus après déchiffrement de l'inscription, ou bien ils viennent directement d'un alphabet auquel les sons des lettres sont attachés.

Même les petites variations observées confirment la cohérence globale de l'alphabet des Rovás magyar. Par exemple, le son CZ peut être rendu par , qui est employé comme la forme de CZ canonique et les variations sont comme suit. La même forme quelque peu arrondie comme dans  ou avec une ligne centrale raccourcie comme dans  ou d'autres formes semblables d'une grande fantaisie comme . Même cette dernière ne peut pas être confondue avec une autre lettre. Les plus grandes variations que l'on peut observer sont l'étrange A montré ci-dessous dans la table 1 et la forme du son appelé ‘vég-K’ (‘K en fin de mot’, qui est placé à la fin des mots pour exprimer le pluriel) qui peut ressembler à un Z ou à un N.

 

Cela signifie que l'alphabet rovás est bien connu et bien fixé depuis le XVIème siècle.

 

Voici une version dans laquelle j'ai inclus les variations observées qui peuvent rendre perplexes un lecteur. Hélas, la plupart des publications présentent le ‘vrai’ alphabet rovás magyar sans en donner les variations possibles, ce qui diminue leur crédibilité.

 

Je saisirai l'occasion de montrer les détails de l'alphabet magyar pour mettre à côté de chaque caractère rovás la rune germanique qui semble la plus semblable, plus sa valeur sonore. Quand aucun équivalent runique n'est disponible, alors je donnerai quelques autres formes équivalentes dans les alphabets antiques. Mon but est de montrer là très clairement deux choses : d'une part les valeurs sonores des rovás et des runes n'ont rien de commun, d'autre part la plupart de leurs formes sont communes. Cette dernière déclaration est rejetée apparemment avec la même force par les spécialistes des rovás et par ceux de runes. Vous jugerez par vous mêmes combien ils se trompent.

 

ROVÁS

Valeur phonique suivie des formes possibles

 

 

Formes comme proposées par Fischer

RUNES

Forme de Futhark Germanique ressemblant au rovás à gauche, suivi par le son qui leur est associé.

Formes présentées par Bengt Odenstedt, Origin and early history of runic script, Almquist 1990

 

On donne d'autres formes équivalentes issues d'alphabets antiques quand il n'y a aucun équivalent runique :

 

A, Á:

: son W

B :

: son G

CS :

: son H

CZ :

: son T

D :

Et aussi (très rarement) : son N

E :

Aucune forme de rune équivalente, aucune forme équivalente dans un alphabet antique.

É :

Aucune forme de rune équivalente mais comme le latin ancien et l’étrusque C

F :

Aucune forme de rune équivalente mais rappelle le grec ancien, le phénicien, et l’étrusque theta:

G :

 : son U et

latin ancien et étrusque A:

GY :

: son A, et : son F

H :

: son G et : son O

I, Í :

et aussi (très rarement) : son N

J :

: son L et : son inconnu

Köz-K :

: son ng

Vég-K :

Forme runique: et évidemment le latin Z and N

L :

Aucune forme de rune exactement équivalente mais rappelle  : son U, le vieux latin et l’étrusque A:   

LY :

 

Aucune forme de rune équivalente

mais rappelle l’étrusque O:

M :

avec les variantes: son B

N :

Aucune forme de rune équivalente, mais latin ancien et étrusque C.

NY :

Aucune forme de rune équivalente mais latin D.

O, Ó :

Aucune forme de rune équivalente, rappelle le grec classique nu.

Ö :

: son G

P :

: son A

R :

: son H

S :

 : son U

SZ :

: son I

T :

: son K, vieux Grec ypsilon:  et étrusque U,Y:

TY :

Aucune forme de rune exactement équivalente

mais rappelle la G-rune:

U, Ú :

avec la variante rare: son D

Ü :

: son S

V :

: son M

Z :

: son H

ZS :

: son Z devenant R

 

Table 1 : Diverses formes de rovás et forme semblable de la rune ayant un son différent.

 

 

 

Il est facile de voir que tout les rovás ont une forme qui est quelque peu semblable à celle des runes (mais ne représentent pas le même son), sauf que les rovás utilisent une forme arrondie comme E et LY. Un peu plus loin nous montrerons quelques rovás "imparfaits " qui sont totalement absents des runes.

 

Inversement, quelques runes, comme

 

TH :   ,             P :   ,               J :  

 

n'existent pas parmi les formes des rovás. L'impression générale est cependant celle d'une grande parenté, avec quelques divergences. Les deux divergences principales sont donc les rovás "imparfaites" et les runes th, p, j.

 

Il doit être rappelé cependant, que la pratique habituelle de comparaison de deux alphabets est de comparer des formes rendant le même son, ce qui arrive souvent en grec, latin et dans les alphabets étrusques montrés ci-dessous dans la table 3. Puisqu'il peut être dit qu'aucun des sons des rovás ne correspond à un son des runes de la même forme, la pratique standard amène à conclure que les runes et les rovás sont des systèmes d'écriture complètement distincts. Autrement dit, il n'y a aucun moyen par lequel on pourrait prétendre que l'une a été à l'origine de l'autre, ou qu'elles ont un ancêtre commun.

 

 

Les Rovás et leurs liens avec les écritures antiques

 

La majorité de ce que je présenterai dans cette section vient de : Az Ékírástól a Rovásírásig ("De l'écriture cunéiforme aux rovás"), par Walter Anna Fehérné, publié par Magyar Öskutatas, Buenos Aires 1975.

 

Dans son livre bien documenté, W. A. Fehérné soutient l'idée que les formes des rovás d'aujourd'hui ont lentement apparu par une transformation progressive de formes très anciennes, qui peuvent être tracées d'après l'écriture cunéiforme datant d'environ 6000 AvJC. Pour vous donner une idée de ces toutes premières formes, voici les exemples de découvertes ultérieures, datant d'environ 2400 AvJC et faites dans les sites appelés Sitovo et Gradesnica, tous les deux situés dans ce qui est maintenant la Bulgarie.

 

 

 

Figure 1 : un échantillon de la sorte d'écriture trouvée à Sitovo

 

 

Figure 2 : une liste des signes trouvées sur les inscriptions de Gradesnica

 

Jovan Todorovic a réuni les signes d'une telle façon que des formes semblables puissent être comparées entre elles et avec les signes trouvés dans l'alphabet phénicien (il les appelle "Crétoises-Mésopotamiennes" mais ils suivent l'alphabet phénicien "Mesa" - l'utilisation de l'alphabet "Ahiram" de 1000 AvJC ne diminuerait  que légèrement la ressemblance). La similitude de forme est le seul critère de placement de chaque signe. Il est évident que quelques formes pourraient changer de place, comme les tables suivantes le montrent. Cependant, vous pouvez vérifier par vous-mêmes que même la critique la plus sévère ne changera pas considérablement la table de Todorovic.

 

Karanovo et Sitovo sont situés dans ce qui est maintenant la Bulgarie, Vinca est à la frontière de la Hongrie, de la Roumanie et de la Bulgarie, Tatárlak et Tordos sont en Roumanie.

 

Alphabet phénicien "Mesa" 850 AvJC.

Karanovo

 

Tatárlak

 

Sitovo

 

Vinca

 

Tordos

 Son "aspiré"  

 

 

son "b"

 

 

 

 

 

son "g"

 

 

son "d"

son "h"

 

son "w"

son "z"

 

 

son "kh"

 

 

son "th"

 

 

 

son "j"

 

 

 

 

son "k"

 

 

 

son "l"

son "m"

 

 

son "n"

 

son "ks"

 

 

 

 son "guttural"

 

 

 

son "p"

 

 

 

 

 

son "ts"

 

 

 

 

 

son "q"

 

 

son "r"

 

 

son "sj"

 

 

son "t"

 

 

 

Table 2 : Une comparaison des formes des lettres dans l'alphabet phénicien et ceux trouvés dans les premiers écrits des régions appelées de nos jours Bulgarie et  Roumanie.

 

 

 

Conclusion :

 

Cette comparaison est tout à fait intéressante et elle montre qu'il existe des liens forts entre ces systèmes de signes. Cela permet aussi de soupçonner quelque interaction avec l'alphabet phénicien. Fehérné est d'avis que l'hypothèse que les rovás proviennent de l'écriture cunéiforme est quelque peu exagérée. Une hypothèse plus simple – qui s'adapte aussi aux données expérimentales – est que les rovás proviennent du phénicien et le phénicien lui-même peut – peut-être – avoir quelques liens avec les écritures cunéiformes.

 

Voici maintenant une table qui compare, selon leur valeur phonique, quelques éléments de l'écriture des rovás avec les autres alphabets plus anciens. Les valeurs des signes donnés sont ici celles qui figurent dans le premier chapitre d'Erik Moltke, Runes and their Origin, Denmark and Elsewhere, le Musée National du Danemark, 1985, ISBN 87-480-0578-9.

 

Nous avons déjà montré l'alphabet phénicien "mesa" sur la figure 2. J'ai voulu montrer ici les lettres de ces alphabets qui sont les plus semblables d'une certaine façon à beaucoup d'alphabets dits étrusques.

 

Valeur phonique

groupe "turc"

groupe "méditerranéen"

phénicien

 

Magyar

Török

ancient

grec oriental (alphabet Samos)

latin

(ancien)

étrusque

 

a, á

 

 b

 cz

 

 

 cs

 

 

 

 

 d

 e, é

 

 f, j

 

 

 

 v, f

 

 

 g

comme C

comme C

 

 gy

 

 

 

 

 

 h

 

 

 i

 

 j

 

comme i

 

 

 

Table 3 : Comparaison entre quelques rovás et les sons correspondants écrits dans les langues antiques principales.

 

 

 

Cette table montre l'originalité du rapport du signe au son magyar. Sauf peut-être le son F qui dans d'autres écritures est quelque peu semblable au rovás, d'autres formes dans les autres alphabets sont associées à d'autres sons.

 

Une dernière particularité importante des rovás est leur capacité de former des formes complexes appelées des ligatures parce que l'on mélange des formes individuelles ; ce phénomène est aussi observable dans le domaine des runes "germano-vikings-anglaises" qui présentent aussi des runes-liées, mais cela prend ici une telle importance que cela vaut la peine de montrer quelques exemples de ligatures possibles.

 

La lettre individuelle A est , la lettre individuelle pour L est , la lettre individuelle pour B est , la lettre individuelle pour T est , il était ainsi possible de proposer pour le composé A+L+B+T,lire  ALBeT . D'autres cas pourraient être plus simples et semblables aux runes liées, telle la ligature VA, , simplement faite de V  et A .

 

Plus surprenantes sont les "ligatures insectoïdes" qui ont employé deux images de l'E se rencontrant, comme  E$

Elles conduisent ainsi à quelque chose comme un insecte quand le magyar E  est disposé comme suit :  amenant à des compositions complètement nouvelles qui ne sont pas logiquement liés à E, telles que :

 

Ü: , EMP , PTHRU , TPRU , tandis que le TPR plus simple se lit  et finalement NB .

 

 

 

Quelques échantillons du débat universitaire : "Est-il est possible de comprendre une écriture particulière en supposant qu'elles soit faite de rovás ?"

 

Les deux premiers exemples que je montrerai ici viennent du livre de Fischer cité ci-dessus. Tous les deux font partie de ce qu'on appelle le trésor de Nagyszentmiklós que l'on présentera dans une section spéciale ci-dessous. Cet exemple est extrêmement intéressant parce qu'il montre que l'interprétation des rovás mène à quelque succès partiel dans la lecture des formes et même plus que partiels dans le déchiffrement des textes obtenus. Cela signifie que, bien que les rovás constituent une clef très intéressante à la lecture de beaucoup d'inscriptions, il n'en reste pas moins  que beaucoup de travail est encore nécessaire.

 

Ce manque d'interprétation complète existe aussi quand les textes mélangent des caractères latins avec les runiques, et un phénomène semblable aurait bien pu arriver au rovás, rendant même l'inscription plus difficile à déchiffrer. En plus, comme Fischer le note, il y a aussi beaucoup d'inscriptions qui réunissent seulement les initiales de mots dont on a supposé qu'elles les évoquaient et nous avons perdu complètement leur signification. De la même façon, beaucoup d'inscriptions runiques sont des formules évidemment magiques dont la signification est perdue depuis longtemps, entre autre après le passage de l'Inquisition. Ainsi, nous ne devons pas être trop choqués de l'incapacité à déchiffrer toutes ces inscriptions.

 

Le troisième exemple est plus spéculatif, mais il montre aussi comment le chercheur peut essayer de trouver de nouvelles interprétations : dans le livre de Renate Rolle, The world of the Scythians  (Le monde des Scythes), B.J. Batsford LTD, Londres, 1980, p. 51, l'image 28 montre une inscription sur une boule d'argent et l'auteur dit qu'elle n'a pas encore été déchiffrée. Nous essayerons d'employer l'alphabet de la table 1 pour essayer de l'interpréter comme un jeu de rovás.

 

Exemple 1 : l'inscription de la coupe à boire.

 

 

Exemple 2 : la grande inscription sur une assiette

 

 

 

Exemple 3 : une inscription Scythe non déchiffrée

 

 

Figure 1 : Boule d'argent avec "une inscription mystérieuse" trouvée en Asie centrale, art scythe, datation inconnue.

 

En comparant avec l'alphabet rovás et ses variantes données dans la figure 1, nous pouvons dire que :

 

La forme 1 est peut-être deux fois O (?); la forme 2 peut être un B ou un H; la forme 3 est peut-être une ligature d'un J (?) avec un ZS (la forme de ZS est claire); la forme 4 peut être la ligature d'un R (?) ou un K avec un G ou un D (?); la forme 5 pourrait être un J ou un R; la forme 6, qui se répète dans 8, 22, 24 et peut-être dans une ligature de 13, peut être supposée être une forme spéciale de T (?) ou de J (?); la forme 9 peut être un vég-K; la forme 10 peut être un S; la forme 11 peut être la ligature de petit S et de Z plus grand; la forme 12 peut être de nouveau la ligature de petit S ensemble avec un T et un G (?) (afin de tenir compte des deux lignes fines au fond de la forme); la forme 13 peut être une ligature de S avec un T (?) ou un J (?); la forme 14 est un B; la forme 15 est la même que la forme 7; la forme 16 reproduit 10 avec une courbe supplémentaire à droite qui peut constituer un R (? ?); la forme 18 est un vég-K; la forme 19 peut être un T (?); La forme 20 est la même que 9, c'est-à-dire, une autre forme du vég-K différente de 7, 15, 18 et 21; les formes 21 et 22 ont déjà été vues; la forme 23 est ZS comme une partie de la  forme 3; on a déjà vu la forme 24; la forme 25 est un R.

 

Évidemment, c'est seulement une interprétation possible et les nombreux points d'interrogation montrent qu'il peut y avoir d'autres interprétations. Par exemple, la forme 12 ressemble à une ligature classique appelée "tprus" et elle peut être la correction de ‘tiprás’.

 

Exemple sur la difficulté à ‘lire’ un alphabet ou un autre

 

Comme exemple d'une inscription évidemment non-rovas, voici l'anneau d'or de Pietroassa (Roumanie). Il est daté de 300-400 et porte l'inscription "gutaniowihailag" si nous acceptons que cette inscription est en runes germaniques.

En fait, il se présente sous la forme d'une inscription runique qui, en utilisant les runes du Futhark ancien, se décripte en effet comme gutaniowihailag.

 

 g     u  t a   n  i  o  wi     h   ai l a  g

Cet ensemble de formes est donc tout à fait cohérent avec le Futhark germanique ancien et tous les experts admettent qu'il s'agit d'un texte en langue gothique.

L'interprétation de ce texte n’est cependant pas unique. Düwel  l'interprète comme: "Propriété des Goths sainte et inviolée" et  Antonsen: "Temple sacré  des guerrières ou des femmes Goths". Ces deux interprétations diffèrent, mais toutes les deux acceptent que le thème de l'inscription soit de quelque chose de sacré aux Goths.

Si on tente de lire cette inscription comme si elle était faite de rovás, on n’obtient pas de déchiffrage cohérent, ni de texte compréhensible, si bien que cette hypothèse a été évidemment abandonnée.

Ceci souligne que même les inscriptions les mieux connues pourraient être réinterprétées de façon nouvelle. Il est très difficile de décider si oui ou non une inscription isolée est issue d'un alphabet ou d'un autre. Chaque interprétation découle d'hypothèses, mais chaque ensemble d'hypothèses doit tendre à la cohérence, et c'est le plus cohérent des ensembles d'hypothèses qui est conservé. La rareté des inscriptions anciennes écrites en rovás fait que leur lecture est peu étayée, tout simplement à cause de la taille réduite de cet ensemble des hypothèses.

 

 

Rovás sur des haches de l'Âge du bronze

 

 

 

Nous présenterons deux haches, celle dite de Campana et celle trouvée à Radocsásany (Moldavie). Elles semblent très antiques, de l'Âge du bronze. Il est cependant possible d'interpréter leur écriture en employant l'alphabet rovás ‘bien connu’ Székely. Que l'inscription soit trouvée sur une hache de l’âge du bronze ne prouve pas qu'elle date de l'Âge de Bronze. C'est même une règle commune en runologie pour dissocier soigneusement la datation du support et de l'inscription, sauf quand il y a la preuve absolue qu'ils sont contemporains. La même règle de prudence doit s'appliquer aux rovás.

 

Les lettres sur la hache de Campana ressemblent à :

 

 

 

Évidemment, beaucoup d'interprétations sont possibles. Voici celle qui donne une phrase qui signifie quelque chose pour une hache :

 

 

L'inscription de Campana avec une lecture possible des ligatures et la translittération avec les lettres Székely

 

 

 

 

 

 

En employant quelques règles de la vieille langue Székely cela peut être lu comme "eGE SÉT ÉS ÜT ÉS RO ÉS" c'est-à-dire en hongrois moderne : « Ékesit est, üt est, ró is », ce qui signifie : « elle décore, elle frappe, elle écrit ».

 

Évidemment, le signe numéro 1 est interprété comme un GE et les signes numéro 2 et 3 contiennent un T, semble douteux pour un innocent lecteur comme moi. Cette déclaration prudente faite, cette inscription est très intéressante puisque même le lecteur naïf peut reconnaître la plupart des formes proposées comme étant l'alphabet Székely. On devrait toutefois entreprendre plus de recherches quant à sa datation exacte.

 

La hache de Radocsásany porte le dessin d'un animal dont la forme générale évoque un cerf, mais il a des oreilles de boeuf. En dessous, l'inscription suivante a été tracée :

 

 

L'inscription de Radocsásany, avec une interprétation possible

 

Le lecteur peut voir que le signe "barre verticale", en lisant comme un R sur Campana, est maintenant interprété comme un SZ et que le lambda inversé (deuxième signe depuis la droite) est maintenant lu comme un R. Le lambda (le deuxième signe à gauche) est lu G, comme si la barre diagonale supérieure avait été oubliée. De nouveau, mes critiques naïves ne détruisent pas le fait que la plupart des lettres sont faciles à attribuer à l'alphabet Székely, comme on le sait depuis des sources plus récentes.

 

La lecture a lieu, comme souvent dans les inscriptions rovás, de droite à gauche et donne : "DeReSZ eZ éSZ IG Á S," compris comme : "c'est gris et sous le joug" ce qui signifie quelque chose quant au dessin surmontant l'inscription. Quelques tentatives de datation, associée à l'attribution à un dialecte spécifique, placent cette inscription à la fin du 15ème siècle.

 

Le trésor de Nagyszentmiklós

(D’après l'annuaire du Musée d'Andras Josa, Nyiregyhaza, 1968)

 

Il a été trouvé en 1799 par des gens qui l'ont immédiatement vendu. Nous ignorons ainsi les circonstances de sa découverte et sa datation est très incertaine.

 

L'interprétation des inscriptions rovás sur les pièces de ce trésor a donné lieu à beaucoup de controverses. Nous présenterons ici seulement ce qui semble être admis par tous: la liste des signes trouvés et les noms des propriétaires probables. La dernière propriété a été établie d'une manière satisfaisante par certains des textes déchiffrés et l’histoire des familles, et des documents de la région. Quelques indications quant à la datation du trésor peuvent être trouvées à partir ces noms: entre le 9ème et le  11ème siècle semble être une bonne conjecture, comme nous le verrons.

 

Beaucoup de pièces du trésor portent le nom d'un clan, ou d'une ville. Il arrive que plusieurs de ces noms puissent être rapprochés de celui d'un clan, le clan Sunád qui a été ainsi nommé jusqu'en 1028, où il a reçu le nom Csanád. Puisque l'orthographe apparaissant dans deux inscriptions est incontestablement Sunád, cela montre que l'inscription précède 1028.

 

Un autre récipient porte l'inscription "nag-idis" qui peut être interprétée comme "la grande terre". Le point intéressant est que ce "nag-idis" est fréquent dans l'orthographe du 9ème siècle locale, ce qui nous ramène au 9ème siècle.

 

Finalement, la famille Sunád est prééminente durant le 9ème siècle, ce qui nous fournit une datation possible de la toute première de ces rovás.

 

 

Les rovás pendant la période 0 à 1200.

 

 

Pour des raisons politiques, il y a et il y aura toujours un manque d'inscriptions rovás de cette période qui ont d'abord été considérées comme païennes, puis comme exaltant la révolte anti-autrichienne, et furent ainsi systématiquement détruites. La Renaissance, au XIIIème siècle, a pris intérêt dans la  sauvegarde de beaucoup de rovás, mais il est très difficile de trouver une quelconque rovas précédant 1200, sauf sur quelques antiquités Scythes qui n'étaient pas et ne sont pas encore, officiellement reconnues comme étant des rovás. En plus, beaucoup de  trouvailles n'ont pas été correctement traitées et leur datation est inconnue.

 

Suivons ainsi à la trace le peu de restes avérés ou font seulement allusion à l'existence de rovás, pendant le premier millénaire.

 

1. Certains de ceux qui ont étudié le trésor de Nagyszentmiklós et qui n'y ont pas reconnu d'écritures rovás, ont néanmoins daté certaines des inscriptions entre le IIIème et le VIème siècle. Si ceux-ci sont vraiment des rovás et si la datation est exacte, cela fait indique  l'existence de rovás dans cette période.

 

2. Un porte-aiguille trouvé dans la tombe d'une femme à Szarvas en 1983 est attribué à la civilisation Avar et porte des inscriptions que l'on peut estimer comme étant des rovás.

Cela leur donnerait une datation autour du VIème siècle.

 

3. Un site souterrain du IXème siècle, à Pomáz en Hongrie, a commencé à être fouillé en 1941 mais, en raison de la guerre, il a été enterré de nouveau et semble toujours être actuellement en attente de reprise d'exploration. Les journaux du temps ont annoncé la découverte de quelques rovás sur les murs de site. Voici les signes donnés par les journaux, avec une interprétation possible des rovás.

 

 

La confirmation de la découverte, avec une explication complète de l'ensemble des rovás fournirait une preuve indiscutable de l'existence des rovás au IXème siècle.

 

4. Comme vu ci-dessus, quelques inscriptions du trésor de Nagyszentmiklós peuvent être datées entre le IXème et le XIème siècle.

 

6. Un récente trouvaille dans une fonderie du Xème siècle, en mars 1999, à Bodrog en Hongrie, est finalement la découverte de rovás indiscutables et les plus anciennes. Notez cependant combien est récente la découverte : il doit y avoir encore plus de confirmation des dates, et d'autres rovás devraient être trouvées sur le site. L'inscription est placée  sur le morceau brisé d'un chalumeau (souffleur) de faïence. Nous lisons : aP aP KANÓNya, dont la signification est : "à Papa de Mère." Il peut être vu simplement comme une inscription de vie de famille ou, de façon plus mystique, comme "la Mère" étant la Terre-Mère qui fournit le minerai et "le Papa" étant le fondeur qui apporte le charbon de bois au minerai pour fabriquer le fer. Indépendamment de sa signification, il apporte une sorte de continuité des rovás certifiées écrites du VIème siècle jusqu'au XIIIème.

 

 

 

Conclusion

 

Il me semble évident que les rovás sont un système très ancien d'écriture. La datation de leur origine est absolument impossible à faire actuellement, particulièrement à cause du grand intervalle de temps pendant lequel aucune rovás n'a été retrouvée. Ce manque de preuves n'est pas une preuve de non existence en raison de l'histoire politique de la Hongrie, mais nous avons un grand besoin de trouver plus d'inscriptions afin de construire un corpus cohérent d'interprétation des inscriptions de rovás entre, disons 500 Av. JC et 1300 Ap. JC.

 

Puisque je n'ai pas de réponse définitive à beaucoup de questions sensibles soulevées par la civilisation magyare, je préfère ne pas entrer dans ces problèmes maintenant. Cependant, si vous voulez discuter certaines de ces questions sensibles comme, par exemple :

Les rovás sont-elles à l'origine des runes germaniques ou les runes à l'origine des rovás ?

Les Huns avaient-t-il leur propre système d'écriture et non le latin ?

Les langues hongroises et finlandaises appartiennent-elles à la même famille ?

De toute façon, quelle est l'origine de la langue hongroise ?

Les hongrois sont-ils les descendants des Huns ? Quelle est leur origine ?

 

L'envoi de vos courriers électroniques à yvko « à robace» free« point » (en France = fr) seront les bienvenus. J'ai des avis plus ou moins bien fondés sur certains de ces points et je serais enchanté d'augmenter mes connaissances sur ce sujet. 

 

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