La foi dans les Ases et les Vanes :
la religion de l’Anneau Asatru
Yves
Kodratoff
L’Asatru (normalement orthographié Ásatrú – et donc prononcé à peu près : oassatrou, le premier ‘o’
est très faiblement prononcé, c’est presqu’un ‘e’ muet, et non
pas ‘azatrou’) est une religion qui honore tous les Dieux (et, toujours
sous-entendu : les Déesses qui sont en nombre égal aux dieux masculins) de
la Scandinavie, et aussi ceux des autres peuples appelés
« germaniques » par les linguistes, avant qu’ils aient été
christianisés. En fait, ces Dieux ont laissé de nombreuses traces dans notre
inconscient collectif, malgré les efforts des Eglises chrétiennes pour les
éradiquer. Dans notre inconscient, nous portons encore Óðinn (souvent écrit
« Odin », et aussi appelé Wodan), le Dieu borgne itinérant qui
apparaît brusquement pour humilier les grands de ce monde, ou qui accompagne
Frigg pour mener la chasse sauvage des tempêtes ravageant tout sur leur
passage. Nous portons encore en nous Þórr (« Tor », ou « Thor »), le Dieu tonnant, l’ami des humbles, qui
sanctifie d’un coup de son marteau les décisions prises. Nous portons encore en
nous Frigg ou Nerthus, la Déesse mère qui contrôle nos vies et nos morts, qui
apparaît dans les ciels d’hiver pour couvrir la terre de neige. De façon plus
dissimulée, nous portons même en nous Loki, le Dieu à la sexualité ambiguë,
magicien et malin, toujours prêt à rouler son monde. Malgré les couches de
honte et de ridicule apportées par les religions chrétiennes, les couches de
physiologique et de fonctionnel issues du rationalisme moderne, nous sentons
tous au fond de nous que l’acte sexuel est aussi un acte sacré qui ne doit pas
être rendu honteux ni ordinaire. C’est peut-être quelque trace encore présente
en nous du Dieu masculin de l’amour, Freyr, et de la Déesse féminine de
l’amour, Freya. Tous les deux sont à la fois symboles de fertilité et de
plaisir sexuel, et le sexuel et le mystique sont intimement liés comme on ne
peut guère plus le concevoir de nos jours.
Notre foi
s'exerce souvent dans des temples où des représentations des Dieux sont
normales, mais elle s'exerce également dans la Nature, et les notions de bosquet,
colline, source ou pierre sacrés sont aussi très importantes. Ainsi, nous
respectons à la fois le regroupement des humains dans un lieu sacré, et les
miracles de la nature qui ne doivent être souillés à aucun prix par la paresse
ou l'avidité des humains.
L’Asatru
respecte et honore encore beaucoup d’autres Dieux dont chacun parle plus ou
moins puissamment à une part de l’inconscient de chacun, et le rend
incroyablement familier. La découverte de cette parole divine ressemble plus à
une découverte de soi-même qu’à un catéchisme !
Bien entendu, nous « reconstruisons » cette religion
dont peu de traces écrites sont disponibles, à part celles relatives aux Ases.
Ces trop rares traces nous sont fournies par les poèmes scaldiques, l’Edda
poétique, et dans une moindre mesure par le poème anglo-saxon Beowulf et la
saga allemande de la Nibelungenlied, par les descriptions laissés par les
historiens du monde nordique des 12 et 13ème siècles, par les historiens du
monde germanique (au sens large) pré chrétien, et par quelques sagas
islandaises.
Cette reconstruction peut se faire dans un esprit d’exclusion,
ou dans un esprit fraternel. Pour notre part, nous la faisons dans un esprit de
fraternité avec tous, et nous nous sentons proches de tous ceux qui désirent
aussi retrouver leurs racines ancestrales. De plus, tous ceux désirent
participer à notre quête sont les bienvenus, quelque soit leur origine sociale
et ethnique, ou leur façon de vivre. Par contre, nous repoussons fermement ceux
qui veulent nous imposer l’idée d’une supériorité/infériorité ethnique
particulière, ou d’un mode particulier de vie privée ou sociale.
Du strict point de vue religieux, nous sentons une profonde
parenté avec les religions du monde celtique païen. Au contraire, nos Dieux
sont tellement différents des Dieux des religions révélées, malgré quelques
ressemblances superficielles, que nous n’avons pas d’autre intérêt pour eux que
celui d’une comparaison de nature ethnologique, tout comme pour toutes les
autres religions répandues sur la terre. En quelque sorte, nous sommes ouverts
à toute forme de comparaison, mais fermés à toute espèce d’assimilation de nos
Dieux à d’autres Dieux.
Notre foi s’appuie sur cinq piliers fondamentaux qui s'ajoutent
au respect de la nature :
une série de mythes décrivant
les Dieux,
quelques qualités fondamentales
par lesquelles nous établissons une sorte d’échelle des valeurs humaines,
des cérémonies
religieuses dont les principales sont le blot et le sumbel,
une cérémonie civile au cours
de laquelle chacun est consulté : le althing,
la magie runique.
Les mythes.
Ils décrivent la création de l’univers, les actions et les
diverses aventures des Dieux. Il est intéressant et toujours d'actualité de
discuter leur signification d’un point de vue historique (qu’est ce que l’homme
nordique pré chrétien pouvait penser de ces mythes ?) et de leur
signification à l’heure actuelle (quelle ligne de conduite pouvons-nous en
tirer ?).
Les qualités fondamentales.
Elles sont implicites dans les mythes, et l’importance de
chacune mérite une discussion approfondie.
Dans le renouveau américain de la foi Asatru proposé par
McNallen, on rencontre ce qu’il a appelé les neuf nobles Vertus: courage face
au danger, amour de la vérité, honneur, loyauté, hospitalité, courage au
travail, persévérance, autodiscipline, sens des responsabilités. A partir des
ces qualités, c'est à chacun de décider de son comportement, en fonction des
circonstances, pour faire honneur à soi-même, à sa famille, à sa communauté, et
à ses Dieux.
Les cérémonies religieuses.
Le Blot est un sacrifice vu sous son aspect à la fois religieux
et festif : on tuait un animal en honneur aux Dieux, mais pour en partager
ensuite la viande entre les participants. Une communauté paysanne pourrait
reconstituer assez exactement cette cérémonie, mais elle s’adapte mal à nos
préjugés de gens des villes. Une incongruité de plus vient de ce que notre civilisation
imprégnée de christianisme a pris l’habitude de dissocier la rigolade et le
mystique, fermement associées aussi bien dans le Blot que dans le Sumbel.
Le Sumbel est une sorte de toast rituel qui comporte trois
tours. Un verre (ou un cor en corne, si on veut être plus près du folklore,
pourquoi pas?) circule dans l’assemblée et chacun à son tour le lève en honneur
du Dieu qu’il a choisi. On peut prononcer un petit discours pour expliquer
pourquoi cette déité a été choisie. L’assemblée entière salue alors la divinité
choisie.
L’althing.
C’est une assemblée générale où les divers problèmes de la
communauté sont discutés.
La magie runique.
Notre foi présente encore une composante qui s’impose à presque
chaque asatru, il s’agit de la croyance en la magie. Cette magie peut concerner
des aspects différents de la vie selon les personnes, elle peut être très
prosaïque ou très mystique, mais elle a un trait commun à tous les asatru :
elle s’exprime par l’usage des runes et/ou par la pratique d’une forme de
chamanisme nordique appelé le seidhr. Même ceux des asatru qui ne s’intéressent
pas à la magie ont en général une certaine connaissance de l’écriture runique
qui est citée très souvent dans les Eddas. Plusieurs poèmes splendides sont
dédiés aux runes et leur signification. Les Nornes, les trois géantes
détentrices de la Connaissance, gravent en runes le destin des humains et des
Dieux. Óðinn a subi
une « mort chamanique » en restant suspendu neuf jours à l’arbre du
monde pour acquérir la connaissance des runes. C’est pourquoi la magie runique
infuse discrètement notre foi.
La
connaissance des runes et la pratique du seidhr, sans être du tout
obligatoires, aident à mieux se connaître, et à devenir familier avec nos
Dieux.
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"Mon" Asatru en questions
réponses
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Sur l'expérience religieuse
Je suis un incroyant rationaliste de base. J'ai découvert un
sentiment de type religieux au travers de mon expérience chamanique où j'ai,
tout surpris, "rencontré" ces esprits de la nature que les américains
appellent "power animals" ou "power spirits" - mais sans
jamais ressentir la "power". C'est à dire que je ressentais seulement
une sorte de contact intime ahurissant (pour un rationaliste) avec des objets
de la nature qui me pénétraient et que je pénétrais.
Cette expérience m'a aussi conduit à reconsidérer mes priorités.
Dans notre société profondément humaniste, l'humain est ce qu'il y a de plus
important. Mon paganisme consiste à prendre en compte aussi "les
esprits" des choses. La société moderne devient alors un monstre dédié à
la reproduction de l'humain à toute force. Mon opposition à la société moderne
n'est pas basée sur un catastrophisme du type: cette société mène l'humanité à
sa perte. Elle se fonde plutôt sur une remise en question des priorités :
l'homme n'est pas plus (ni moins!) important que la nature, la terre, les
arbres, les fleurs et les petits oiseaux.
Les règles de vie dans une
société moderne
J'insiste sur le fait que "mon" Asatru est une
reconstitution, il ne prétend pas descendre d'une tradition authentique ou non.
Il reprend et il adapte, un peu en effet à la façon des Wiccans.
Si cette reconstitution avait lieu dans une société tribale, et
comme la tribu se forme autour d'un ensemble de règles permettant la vie en
commun, la différence entre "loi" et "éthique" est très
faible. Celui qui enfreint les lois doit être exclu, c'est une question de
survie de la tribu.
Si cette reconstitution a lieu dans une société non tribale, la
création de telles lois éthiques est désignée par "sectaire" et on
cherche à créer des sectes, sujet sensible s'il en est!
Le fait de n'aimer ni les sectes ni le sectarisme n'empêche pas
d'énoncer des principes fondamentaux au nom desquels nous analysons le
comportement des autres et aussi le notre. Si je ne respecte pas un des
principes que j'ai énoncés, il ne faut pas m'exclure mais me faire voir que je
n'ai pas respecté un principe. On peut vivre avec, quand même!
Les neuf vertus cardinales sont un idéal (discutable, en plus)
qui nous montre la voie, pas une loi pour nous juger et surtout pas pour nous
exclure. Elles s'opposent cependant à d'autres principes éthiques. Par exemple,
les chrétiens ont pour principe (je crois) que l'amour du Christ domine tout,
ensuite il y a le principe de la primauté de l'esprit sur le corps, celui de la
primauté du spirituel sur l'intellectuel, etc. Ces principes sont
fondamentalement différents de ceux de l'Asatru.
C'est cette différence avec les autres mystiques qui me paraît
importante, et non pas son rôle normalisateur.
Ceci étant, une personne qui ne respecte aucun des principes
éthiques de base et surtout qui s'en n'y accorde aucune importance s'exclut de
lui ou elle-même de l'anneau Asatru.
L'Asatru est-elle une religion
naturelle?
La première chose que je me demande c'est qu'est une religion
naturelle par rapport à une qui ne le serait pas? Il existe en effet des
religions qui sont plus intégrées à la "Nature" que d'autres, je veux
dire qu'elles respectent ou honorent ou déifient la nature, ou la terre mère
etc.
Que l'on fasse du respect de la Nature un principe fondamental
ou non n'est pas une discussion aimable, c'est un problème capital. On est
obligé choisir entre la primauté de la nature et la primauté de l'humain, sinon
l'humain détruit la nature.
La magie
Admettre l'existence de la magie, sa réalité, ne signifie que
l'on soit prêt à accepter n'importe quelle affirmation. Le problème de fond est
de savoir si les phénomènes magiques ont un effet "réel" sur les
humains, ou bien si tout "se passe dans leur tête".
La magie se manifeste aujourd'hui essentiellement sous trois
formes populaires:
- La magie à la
Harry Potter a l'action réelle de nous faire rêver.
- La magie de
type astrologie a l'effet réel de modifier notre comportement (ou, au moins, de
nous donner des conseils de bon sens, pour ceux qui n'y croient pas).
- La magie de
type homéopathie a pour action réelle de guérir dans certaines proportions.
Dans ces trois cas, le support rationnel est à peu près
inexistant, et donc on ne sait pas si "tout est dans notre tête" ou
bien s'il existe une action extérieure à nous.
Ces trois sortes de magie me semblent l'aboutissement de
l'évolution de la magie dans la civilisation occidentale. A l'origine, la magie
- par exemple la magie chamanique - est un appel aux Dieux ou aux Esprits afin
de modifier la réalité présente. De nos jours, le conteur, l'astrologue ou
l'homéopathe ne font plus appel à des "puissances supérieures" à eux,
ils imaginent (les conteurs), ils observent (les astrologues), ou ils
fabriquent (les homéopathes) eux-mêmes leurs ingrédients magiques.
Le lien
entre magie et "puissances supérieures" est rompu dans notre
civilisation moderne. A nous d'essayer de le rétablir.