Berkanan

 

Mots étymologiquement apparentés: Anglais, birch (bouleau); Allemand, Birke (bouleau). L’étymologie le relie également au sens de lumière.

 

Berkanan se rattache au mot bouleau. Sa forme usuelle est berkanan. Les formes berkanan et berkanan2 sont les seules rencontrées entre 175 et 400. Après 400 apparaît aussi la forme berkanan3, aussi bien en Scandinavie que sur le continent. Sur le continent la forme berkanan3 dominera alors nettement. En Angleterre, les deux formes berkanan et berkanan3 se rencontrent avec la même fréquence.

 

Les experts s’accordent à affirmer que le bouleau, l’arbre à feuilles le plus courant dans les forêts nordiques, étant le premier à verdir au printemps, joue un rôle important dans les rites de fertilité germaniques. Pour comprendre la tendance générale à attribuer un rôle de fertilité au bouleau, replaçons nous à la fin d’une période de glaciation. Les humains ont l’habitude de vivre dans une sorte de steppe. Imaginez-les, observant les jeunes bouleaux se mettant à pousser en rangs serrés (un peu comme le montre le dessin ci-dessous). Ils savent donc que la température s’élève et donc que les temps de famine sont en train de se terminer. Vous pouvez comprendre alors pourquoi ils peuvent associer la pousse des bouleaux à l’annonce d’une fertilité à venir. Cette notion de fertilité à venir va nous permettre de mieux comprendre pourquoi le poème runique anglo-saxon insiste sur le fait que le bouleau ne porte pas de fruits.

 

Poème runique norvégien :

 

bjarkan er lavfgrǿnstr lima;

 

 

Loki bar flærðar tíma.

bjarkan est le plus vert feuillage des fagots [ou des feuillages, ou des branchages]; [traduction de Wimmer: La branche de bouleau est la branchette à la plus verte feuille.]

Loki porta le temps [ou le temps opportun] des impostures [ou des faussetés]. [traductions classiques, à peu près : Loki a bien réussi à tromper son monde.]

 

  Vous constatez que les traductions que je juge possibles s’opposent aux traductions classiques, c’est pourquoi je dois vous les expliquer un peu longuement.

 

   Commentaires sur le premier vers

 

  Le mot lima peut être le génitif pluriel de lim ou de limr qui tous deux, pour les arbres, désignent une branche (mais non pas une branchette). Le mot lim peut aussi signifier ‘partie feuillue d’un arbre’ ou les ‘fagots de branches’. Le mot lauf désigne une feuille, un feuillage. Une traduction tout à fait possible est donc que

bjarkan (le bouleau) est le plus vert feuillage des feuillages.

  Les experts semblent détester cette sorte de répétition que nous avons déjà rencontrée avec la rune Ansuz. Avant de mépriser comme eux cette interprétation, allez vous promener au printemps en moyenne montagne. Vous verrez de vos yeux que la forêt est loin d’être uniformément verte et qu’on y remarque que certains feuillages sont ‘plus verts’ que d’autres feuillages. Ce spectacle est d’ailleurs d’une rare beauté et il n’est pas étonnant que des hommes daignant jeter parfois un regard sur la nature en aient été frappés. Ceci me semble donc l’interprétation la plus évidente de ce premier vers. De plus, le ‘feuillage des feuillages’, comme chaque fois qu’un mot est ainsi répété, est une façon emphatique de désigner un objet particulièrement important, et donc ici, sacré. Ce vers serait alors une allusion au fait que le bouleau soit un arbre sacré, ce qui n’est pas étonnant, simplement déjà dans la mesure où une rune lui est consacrée.

  Je propose aussi de ne pas oublier le sous-entendu à un faisceau de branches, souligné par le possible ‘des fagots’ pour lima. De toute façon, et même si l’on préfère l’autre version, le branchage du bouleau ne s’étale pas largement et évoque donc un groupe aux liens très resserrés (autour de son tronc), comme dans le cas d’un clan autour de son chef ou de son chaman. La place de Berkanan dans le Futhark serait ainsi liée au fait qu’elle évoque certes la beauté du feuillage, mais aussi les liens unissant les branches du bouleau. Les feuilles du bouleau annoncent la fin de l’hiver, la fin des temps de famine pendant lesquels chacun survit comme il peut. Au printemps, la prospérité revient et les liens qui unissent le groupe peuvent se renforcer dans la joie et non plus dans la contrainte. Les autres poèmes, comme nous le verrons, insistent aussi sur cet aspect.

  Ce premier vers fait de Berkanan la croissance de la communauté dans un développement à la fois très beau et très heureux. Tout cela est un peu utopique, bien entendu, mais les runes ne sont pas là, à mon sens, pour nous donner des conseils avisés, mais pour alimenter nos sentiments religieux, notre soif d’idéal. De plus, le second vers va tempérer immédiatement ce bel enthousiasme.

 

   Commentaires sur le second vers

 

Le mot tíma a trois sens possibles, celui de ‘temps’ en général, celui de ‘temps opportun’ et celui de ‘temps heureux’. Je ne pense pas que ce troisième sens soit primordial quoiqu’il ne faille jamais oublier sa présence. Les ‘temps’ peuvent avoir une résonance négative, alors que, clairement, tíma a une résonance positive. Inversement, Loki est considéré comme une sorte d’être diabolique par de nombreuses personnes. L’ethnologie tend à le rapprocher des ‘décepteurs’ dont on trouve un assez grand nombre d’exemples dans les sociétés primitives. Ces décepteurs ne sont pas des ‘Dieux mauvais’ ennemis de l’humanité, comme ceux des Kamchadales, par exemple, mais ils sont plutôt imprévisibles et intelligents. Leur rôle est de bousculer les habitudes des hommes et des Dieux sans trop se soucier, au moins en apparence, des conséquences de leurs actes. Loki est absolument typique en ceci, chaque bourde qu’il commet est réparée en temps utile (sauf, bien entendu, le meurtre de Baldr), souvent avec l’aide de Loki lui-même. Il est en quelque sorte une image inversée de Týr qui est celui sur lequel on peut compter pour se sacrifier dans l’intérêt général. Loki est celui sur lequel on peut compter pour secouer une société qui commence à tourner sur elle-même. En passant, rappelons quand même une sorte de point commun qu’il a eu avec Týr : quand lorsqu’il a fallu faire rire Skadhi, et dans la mesure où c’était une clownerie, Loki n’a pas hésité sinon à se sacrifier mais au moins à payer de sa personne [Note 1].

Enfin, pour revenir au texte, la traduction possible :

Loki porta le temps des impostures,

ne me paraît pas en accord avec la mythologie nordique. Ou bien on comprend que les ‘impostures’ sont les diverses mauvaises blagues de Loki et, comme elles sont occasionnelles, on ne peut pas parler de leur ‘temps’. Ou bien, on comprend que

Loki (ap)porta le temps des impostures (= du ragnarök),

ce qui est inexact en ce sens qu’il n’est qu’un des éléments, un pion, dans l’inévitable destinée des Dieux.

C’est pourquoi il me semble nécessaire d’accorder au scalde plus de profondeur qu’on ne le fait d’habitude et de traduire :

Loki porta le temps (opportun) des impostures.

Le scalde signale alors que Loki, comme les autres Dieux, est soumis à sa destinée de décepteur, et que chacune de ses grosses ou petites bêtises s’est produite exactement quand elle était nécessaire. Loki interdit la stagnation, il oblige les Dieux au progrès qui est vu ici comme un mal nécessaire (« opportun »), ce qui me paraît une vue bien plus intéressante que la croyance béate de nos élites actuelles dans l’indiscutable valeur positive du progrès. Loki était déjà en avance sur son temps et il reste encore de nos jours. Rares sont les gens qui aiment ceux qui sont en avance sur leur temps. Loki porte les dérangements dus au progrès, vus comme des impostures par une majorité de gens, mais ce deuxième vers signale que ce mal est nécessaire, sinon la société pourrit sur place, comme toutes les sociétés sclérosées. Ainsi, malgré la réprobation générale dont ils jouissent, et grâce aux sous-entendus positifs associés au mot tíma, ce second vers souligne le fait que les Loki de tout poil sont eux aussi nécessaires au maintien de la cohésion de la société.

 

   Commentaires sur le lien entre le premier et le  second vers

 

Le premier vers souligne donc sur la beauté du feuillage du bouleau. Le second vers paraît un total coq à l’âne puisqu’on passe à Loki et à ses roueries. Cependant, la beauté du bouleau n’est pas du tout opposée à Loki dont l’Edda dit qu’il était d’un aspect très beau. Enfin, le bouleau et Loki illustrent deux façons opposées dont le changement se produit dans une société. Il y a les changements réguliers associés aux saisons dont le bouleau est le symbole, et les changements irréguliers associés aux catastrophes naturelles dont Loki est le symbole. Le clan resserre ses liens aussi bien pour profiter de la fécondité de la terre que pour lutter contre l’adversité des éléments.

Enfin, par sa beauté et son élégance, il n’est pas rare qu’on voie dans le bouleau un symbole de féminité. Par exemple, plusieurs images complexes, les kennings,  associent femme et bouleau. Bien sûr, d’autres arbres, surtout le pin, le tilleul et le chêne, sont associés à la femme, mais une femme est ‘le bouleau du flot de la flamme’ ou ‘le bouleau de la prairie du cygne des feux’, ‘les bouleaux du creux de la patte d’ours’ ou encore ‘le bouleau de la falaise du faucon des Dieux’. Cette sorte de féminité, associée à une beauté élégante, n’est certainement pas réservée aux femmes, elle fait appel à une conception sexuellement ambiguë de la beauté. Loki est très exactement un symbole de ce type de beauté. Selon l’insulte que Njördhr adresse à Loki dans la Lokasenna, Loki est ‘l’Ase argr’, ce qui est confirmé par Ódhinn qui lui rappelle que, pendant huit hivers, il a trait les vaches et enfanté, deux comportements dont l’un est physiologiquement et l’autre socialement, dans cette civilisation, typiquement féminins. L’Edda en prose nous explique de quels ‘enfants’ il s’agit : sous la forme d’une jument et à la suite de ses relations sexuelles avec un étalon, Loki a porté Sleipnir, le cheval d’Ódhinn, dans son ventre. Le sens exact de l’état ergi et du qualificatif argr ont fait l’objet de maintes discussions. Il est clair qu’ils font allusion au fait d’être, comme une femme, pénétré par un sexe d’homme, ce que les universitaires appellent joliment une ‘homosexualité passive’. Dans une longue analyse des textes utilisant ces mots au sujet de la pratique du seidhr, Dillman arrive à montrer que la honte associée à cet état peut être certes liée à l’homosexualité, mais que l’insulte ergi, dans le cas de la sorcellerie, indique toute forme de féminisation, sexuelle ou non, toutes également honteuses [Note 2]. Ainsi, l’insulte de Njördhr peut tout à fait signifier qu’il traite Loki d’Ase féminisé ou efféminé. Ceci s’accorde d’ailleurs fort bien à la Lokasenna dans laquelle Loki se vante d’avoir eu des relations sexuelles avec toutes les Déesses, une prétention qui serait peu crédible venant d’un « homosexuel passif ».

 

Poème runique islandais :

bjarkan est une branche qui exhibe des feuilles,

Et un petit arbre,

Et une forêt de jeunes pousses réunies.

 

abies. (sapin [ou vaisseau ou lance]) buðlungr. (celui qui sélectionne, le roi)

 

Le mot latin abies dans le sens de ‘sapin’ est tout à fait malvenu mais, dans le sens de ‘lance’, il évoque la minceur du bouleau. Ce que j’ai traduit par ‘jeunes pousses réunies’ vient du mot vieux norrois ungsamligr que je décompose en ung- (jeune) sam- (un préfixe signifiant ‘ensemble’) ligr (une forme substantivée de liggja, ‘être posé’). Le troisième vers de ce poème, en utilisant le préfixe sam- insiste donc sur l’aspect de cohésion de la forêt de bouleau et qui confirme mon interprétation de la rune Berkanan comme une rune symbolisant la cohésion d’une société.

 

Les commentaires latins du Þrideilur Rúna rappellent la couleur des feuilles de bouleau, mais insistent aussi sur la pousse des jeunes bouleaux :

Biarkan Betúla (bouleau),

viridæ frondes (feuillage vert), Arbor germinans (arbre en bourgeon), lignum súccrescens (bois qui est en train de pousser)

L’idée de jeunes pousses composant un groupe est maintenant devenue implicite. Notez toutefois que tous les arbres forment évidemment au début un lignum súccrescens, ou sont germinans. Ou bien il s’agit d’une banalité, ou bien cela s’applique spécifiquement au bouleau, et on retrouve l’idée de jeunes bouleaux poussant les uns à côté des autres, en rangs serrés.

 

Poème runique vieil anglais :

beorc (bouleau) n’a pas de surgeons;

de fait il porte des branches sans fruits;

des rameaux radieux, il porte haut sa couronne,

chargé de feuilles, il s’élève au ciel.

 

Le poème anglais insiste donc sur la radieuse beauté du bouleau. Le fait qu’il n’ait pas de surgeons (au contraire des ifs) n’évoque pas une forme de stérilité mais un jaillissement sans hésitation vers le ciel. De même, ce n’est pas un arbre fruitier, ce qui pourrait aussi être vu comme une allusion à une forme de stérilité, alors que j’y vois plutôt encore un détachement de la terre. Le bouleau n’a pas les pieds sur terre, mais il n’est pas stérile. Ainsi, et au contraire des poèmes norrois qui soulignaient la fertilité du bouleau par la foule de ses pousses, le poème anglo-saxon souligne que le bouleau n’est pas fertile en lui-même, en temps qu’individu. Ceci l’oppose encore à l’if, arbre lourd, à la vie longue, sur lequel on peut s’appuyer et à la fertilité bourgeonnante. Le bouleau est lui élancé, de courte vie, et sa durée de vie ne se mesure pas à celle d’un individu, mais à celle d’une forêt d’individus.

 

Bjarkan est la treizième rune du poème viking, et selon notre système, nous lui associons la treizième strophe du Ljóðatal. Nous verrons avec la rune Laukaz que, en fait, cette strophe s’applique aussi bien à Berkanan qu’à la quinzième rune du Futhark viking, Lögr (l’eau, la mer).

Treizième strophe du Ljóðatal :

 

Þat kann ek it þrettánda

ef ek skal þegn ungan

 

verpa vatni á,

mun-at hann falla,

þótt hann í folk komi:

hnígr-a sá halr fyr hjörum.

J’en sais un treizième :

si je vais le jeune serviteur libre [l’enfant d’un homme libre, le jeune homme]

arroser par l’eau

il ne désire pas tomber,

bien qu’il vienne au travers de l’armée:

cet homme ne faillit pas face aux épées.

 

Le mot ungan ne désigne pas un bébé mais un jeune homme. Cette strophe ne réfère donc pas directement à la coutume de lustration (une aspersion par de l’eau qui ressemble au baptême des chrétiens) des enfants. Après cette lustration, ils étaient reconnus comme appartenant à la communauté et ils étaient alors protégés par les lois. Les rares traces de magie par l’eau que nous verrons avec la rune Laukaz permettent de penser que Ódhinn utilise une forme de magie aquatique dont les détails nous sont inconnus. Par contre, cette magie nous est restée connue sous forme de la lustration dont nous venons de parler. La lustration se fait avec une eau sacrée avec laquelle les enfants des anciennes civilisations germaniques sont arrosés à leur naissance, garçons et filles, afin de leur apporter chance et protection, comme le montrent bien les textes cités au chapitre 2. Ainsi, après Fehu, rune de la douceur féminine et de la magie nordique, après Pertho symbole de la fête religieuse réservée aux femmes et de l’accouchement, et surtout après Uruz, rune de la force féminine aussi bien que masculine, nous rencontrons Berkanan, une rune qui évoque une femme dont la beauté est associée à une grande minceur, une fragilité et une absence de fertilité.

Nous avons été tellement habitués à une sorte de nécessité intellectuelle des trilogies dans les civilisations indo-européennes, qu’il est presque choquant de constater que les poèmes runiques évoquent un quatrième aspect de la femme, celui de son premier âge, d’un être encore en germination (‘germinans’), comme dit le Þrideilur Rúna, celui de la fillette et de la jeune adolescente. Fehu est celui de la femme amoureuse découvrant sa sexualité et ses premiers enfants, Uruz celui de la vieillarde affirmant sa primauté et sa totale indépendance au sein de la société, Pertho celui de la femme mûre qui organise le pouvoir féminin, et enfin Berkanan celui de la frêle fillette qui a encore besoin de protection pour pouvoir pousser harmonieusement.

 

Le bouleau est l’arbre du monde pour les sibériens, et le poème anglais le montre se grandissant « jusqu’à toucher le ciel ». Berkanan étant associée à la féminité, comme Ihwaz est associé à une certaine masculinité, je suis porté à croire que Berkanan représente l’arbre du monde des chamanes, alors qu’Ihwaz représente celui des chamans. Yggdrasil comporterait donc simultanément les deux aspects féminin et masculin; aussi Ihwaz, l’if, et Berkanan, le bouleau, en seraient-ils deux instances plus proches de l’un et l’autre sexe.

 

Conclusion

 

Berkanan, comme son nom l’indique est bien entendu la rune du bouleau. Reste à voir quels symboles s’attachaient, le plus vraisemblablement possible, au bouleau.

C’est un symbole de fertilité qui a été classiquement associé à la féminité. Cependant, l’étude des poèmes runiques nous a montré que la rune Berkanan symbolise plutôt une fertilité à venir qu’une fertilité accomplie : si on ne considère que la féminité, elle représente alors la beauté élégante et fine, la fragilité gracieuse de la petite fille dans laquelle la fertilité est encore en devenir. Rien dans les poèmes runiques ne permet de croire que seules les petites filles soient concernées, ils font ainsi de Berkanan la rune de l’enfance, gracile mais déjà résistante, et surtout porteuse de l’espoir de la génération à venir.

berka.jpg

bjarkaner lavfgrǿnstr lima

La fertilité évoquée s’oppose à celle de l’if dont les multiples surgeons, la robustesse, le solide enracinement en font un symbole de fertilité massive, associée à la terre, une fertilité chtonienne en quelque sorte. La fertilité évoquée par le bouleau est de toute autre sorte. C’est celle du foisonnement des multiples pousses. Chaque pousse est distincte de ses compagnes, et leur force est dans l’effet de foule qu’elles produisent. Chaque pousse est fine et s’élève vers le ciel, évoquant une fertilité associée au ciel qui oublie un peu ses racines.

La treizième strophe du Ljóðatal nous décrit hélas trop brièvement comment la magie de Berkanan pouvait être utilisée pour aider un jeune guerrier. Il est jeune (c’est un ungan), il est encore un peu fragile et risque de se lancer imprudemment sur l’ennemi. Il a donc besoin de protection. La magie de protection recommandée par Ódhinn est celle de l’eau, certainement différente de la lustration effectuée sur le bébé, mais dont nous ne connaissons plus ni les principes ni les détails d’exécution.

Le rôle de Berkanan dans la cohésion du clan est celui de la jeunesse porteuse des espoirs du clan, mais porteuse aussi de toutes les transformations, certaines pouvant être douloureuses, nécessaires à la survie du clan.

 

Notes

 

[Note 1] L’histoire est célèbre mais certains peuvent l’ignorer. Skadhi s’est rendue chez les Ases afin de venger la mort de son père. Une des deux conditions à laquelle elle va renoncer à sa vengeance est qu’on la fasse rire. C’est alors Loki qui sauve la situation. Il lie d’une corde ses testicules à la barbe d’un bouc, et le spectacle des deux tirant chacun de leur côté en gémissant fait éclater de rire Skadhi.

 

[Note 2] Je vous rappelle son remarquable ouvrage : Les magiciens dans l’Islande ancienne, distribué par De Boccard, 11 rue de Médicis, Paris. A mon sens, ce qui ressort le plus clairement des nombreuses citations présentées par Dillman, mais qu’il ne dit jamais explicitement, c’est que nous apportons une importance démesurée au comportement sexuel des individus. Pour nos ancêtres nordiques, en particulier, le problème n’était pas de savoir si le magicien se féminisait en portant une robe ou en se faisant sodomiser, le problème était de se féminiser ou pas. La honte était attachée, dans cette civilisation, à la féminisation d’un individu de sexe mâle et non pas à tel ou tel comportement sexuel précis. Ainsi, le traducteur est pris dans un dilemme : ou bien il traduit argr par ce que ce que le mot signifie réellement dans la civilisation norroise, c’est à dire ‘efféminé’, mais l’insulte « efféminé ! » est bien molle, ou bien il le traduit par un équivalent moderne, une insulte sexuelle comme ‘enculé !’