Cosmogonie germanique : le conte de la création de l'univers

 

Le début du début : Avant les Dieux.

 

Au tout début, il y avait … hum ! , désolé… il n’y avait ni début ni fin, le Temps lui-même n’existait pas encore pour pouvoir parler d’un début ! Pas d’espace, pas de Temps, pas de Lumière et évidemment nul Dieux. Ce premier conte explique comment les Dieux et notre Univers sont venus à l’existence. Vous vous doutez bien qu’il n’est pas facile de comprendre comment notre immense univers a été créé et, en lui, notre minuscule monde, la planète que nous appelons Terre. Je vais essayer de mon mieux de rendre simple tout ça, écoutez-moi bien.

Il existait quand même quatre forces primordiales. Commençons par les deux premières. La première est une chaleur immense, appelée Muspell, Mal-à-Terre ou Fin-du-Monde, la deuxième est un froid immense, Niflhel, Sombre-Brume. Vous pouvez imaginer que Mal-à-Terre est la force qui a détruit l'univers ‘d’avant’ et c'est pourquoi elle s'appelle également Fin-du-Monde. Vous pouvez imaginer que Sombre-Brume est ce qui reste de l'univers ‘d’avant’. Une certaine quantité de brume existait encore dans Sombre-Brume, mais si fortement gelée qu'elle y restait fixée. Cependant, ces deux forces dépassent tout ce que nous pouvons imaginer, et je ne peux pas vous dire d'où elles sont issues. Un autre, mieux informé que moi, pourrait peut-être vous conter la naissance des forces primordiales, j’en suis incapable. Je peux seulement raconter comment l'Espace, le Temps, la Lumière, la Vie et les Dieux en sont venus à exister.

La troisième force primordiale est encore plus mystérieuse, nous devons essayer d’imaginer que Mal-à-Terre et Sombre-Brume étaient, pour ainsi dire, en train de flotter au sein de cette troisième force primordiale, c’est à dire le vide, appelé Ginnunga-gap, Immense-Faille. Je n’ai aucun mot pour décrire sa taille et sa forme, mais son contenu était le vide. Vous pouvez la comprendre comme une force toujours prête qui attend passivement que quelque chose se produise, et qui saisira n'importe quelle occasion pour disparaître en devenant ce quelque chose.

La quatrième force primordiale de notre univers, nous croyons la connaître un peu en l’appelant la destinée. En fait, la Destinée de notre univers est encore plus mystérieuse que nos petites destinées personnelles. Elle gouverne toutes les forces, les créations et les créatures de l’univers, y compris nos Dieux. La Destinée décrète que rien ne peut rester éternellement stable et, à un moment ou un autre, tout change et évolue pour le meilleur ou pour le pire.

Pendant plus qu'une éternité d’éternités, tout resta, à la fois dans le passé, le présent et le futur, tel que je viens de le dire. Trois des forces primordiales de notre univers, celles de la chaleur, du froid et du vide semblaient s’accommoder fort bien de cet état des choses. La quatrième, la Destinée, semblait comme endormie mais la Destinée elle-même ne peut pas échapper à sa destinée.

            C’est ainsi que deux événements prodigieux et fortement improbables ont mis en marche ce moteur colossal que nous appelons notre univers. Tous les deux ont été provoqués par une interaction entre Mal-à-Terre et Sombre-Brume.

            Le premier prodige est que l'eau et le temps en sont venus à exister. Qui fut le premier, Temps ou Eau, nous ne le savons pas. Une partie de la glace congelée de Sombre-Brume est devenue de l'eau liquide et tout a été changé : un avant et un après à cet événement capital s’est mis à exister. Et le Temps fut. Avec le Temps, un ‘bébé espace’ commença aussi à exister puisque cette eau avait rempli un petit volume d’Immense-Faille. Néanmoins, on était très loin de l'espace comme nous le connaissons.

Et voici comment l'espace, notre espace, s’est construit. Une partie de l'eau qui était plus proche de Mal-à-Terre devint une brume gazeuse au dehors de Sombre-Brume. Ainsi une première couche de brume gelée qu’on appelle du givre, s’est formée dans Immense-Faille. Cette première couche a été le fondement de l'espace. Les couches de givre suivantes, posées les unes sur les autres, ont commencé à s’empiler. Après une autre éternité, les couches de givre successives ont empli la totalité d'Immense-Faille et l'espace est devenu semblable à celui que nous connaissons maintenant. Cependant, il n’existait toujours pas ni droite ni gauche, ni haut, ni bas !

            Le deuxième prodige est que la lumière et la vie ont existé quand de l'eau liquide a coulé sur et dedans le givre glacé. Quelques étincelles ont volé hors de Mal-à-Terre et ont fait à fondre une partie de la surface gelée du givre. Ces gouttes d’eau étaient vraiment chaudes et coulèrent rapidement sur le givre et rapidement elles se sont enfoncées dans les couches de givre. La lumière est née de l'eau courant sur la surface du givre, et la vie a été créée par les gouttes qui sont allées à l'intérieur des couches de givre. Dans la langue antique parlée par nos Dieux, le mot ‘rapide’ (cwic ou kvik) signifie ‘vivant’. Vous voyez ? La langue des Dieux dit que vie et rapidité sont intimement liées.

« Vous, jeunes gens qui m’écoutez, regardez comme vous êtes rapides, regardez combien le vieil homme disant ce conte vous semble lent! C'est parce que la vie quitte lentement mon corps et mon âme se prépare à retourner aux eaux glacées d’où elle vient.

Au printemps, la lumière revient et vous pouvez voir la vie gicler hors de l'écorce foncée d'arbres sous forme de feuilles délicatement vertes et de fleurs de toutes couleurs. »

Cette lumière très primitive, nous l'appelons Audhumla, la vache primordiale. Cela peut sembler ridicule à ceux qui ont toujours vécu en ville, mais il faut penser que la lumière lèche la surface de la glace quand elle la fait fondre, elle ‘se nourrit’ de la glace. Elle nous apporte la nourriture. Les textes antiques nous disent exactement la même chose d'Audhumla, la vache/lumière primordiale. Elle s’alimente en léchant le givre glacé avec sa langue chaude et rugueuse, et son lait a nourri tous les premiers êtres vivants. C'est pourquoi beaucoup l’appellent Aube, la toute première lumière.

« Quand j'étais un jeune garçon, j'avais l'habitude pousser le gros ventre des vaches de l’épaule pour faire place à mon tabouret et mon seau, et faire jaillir en jets puissants le lait chaud de leurs trayons gonflés. C'est peut-être pourquoi j'aime tellement l'image d'une Aube/Lumière primitive qui aurait été une vache. J'ai été aussi habitué à leur odeur, qui est devenue de nos jours si dégoûtante parce qu'elles ne vivent plus dans les prés et des étables propres mais dans de répugnantes usines à vaches. »

De toute façon, que ce soit une vache ou une aube, cette lumière était encore très différente de celle dans laquelle nous vivons. Elle était plutôt semblable à ce que nous appelons maintenant ‘lumière crépusculaire’ et, puisque ni étoiles ni soleil n'existaient encore, imaginez cette lumière comme celle de la faible lumière de l'hiver polaire.

Maintenant, que dire de la vie ?

L'eau coulant goutte à goutte à l'intérieur du givre s’est refroidie de plus en plus en se propageant dans le givre et c’est là que la vie a commencé. Cette eau froide dégoulinante créa d’abord un énorme être, appelé un Géant, et ensuite un plus petit, appelé la « créature divine primordiale ». Le premier géant était assez grand pour qu’une partie de lui reste hors du givre. Il s'est étiré et s’est rendu par lui-même à la surface du givre. La première créature divine, trop petite pour cela, est restée enterrée à l'intérieur du givre. Ainsi, le premier géant, appelé Ymir, Vieux-Géant, est devenu vivant avant la première créature divine. Parlons donc d'abord des Géants.

Ymir s’est alimenté du lait d'Audhumla. Seul, il a donné naissance à la famille des géants. On dit de lui

« Sous les aisselles du Géant du givre, ont été ensemble formés un garçon et une fille. Une de ses jambes a fait un fils à six têtes à l'autre jambe. »

Vous voyez qu’Ymir n'était pas vraiment un être purement masculin, ‘il’ contenait le pouvoir des deux sexes. La descendance d’Ymir, les Géants du Givre, depuis lors ont toujours appartenu à trois sortes : des monstres des deux sexes, souvent appelés Trolls et Femmes-Trolls, des Géants de grande taille, d'aspect humain et de grande intelligence, et des Géantes fortes et belles. Laissez-moi vous dire un peu à l’avance que ces belles Géantes ont beaucoup intéressé nos Dieux à venir. Quoiqu'ils aient évidemment été de ‘race’ différente, nos Dieux ne sont pas racistes, c'est-à-dire qu’ils ont certes eu beaucoup d’admiration et de convoitise pour les belles Géantes, mais également un profond respect.

Ceci étant, Audhumla a continué à lécher le givre. Autrement dit, la lumière a continué à le fondre. Au bout d’un long moment, elle en avait léché assez pour délivrer la créature divine la plus primordiale qui était restée coincée dans le givre. Elle est si antique que nous ne sommes même pas sûrs de son nom exact. On peut l’appeler Buri, Chef ou Porteur, mais aussi Búri, Habitant ou Prêt-à-Faire ou encore simplement Père de Burr, car il a eu un fils appelé Burr, Fils, avec une des Géantes issues d’Ymir. Burr, à son tour, s’est marié à une Géante appelée Bestla et ils sont les parents de nos premiers Dieux. Nos Dieux sont donc les petits-enfants des créatures vivantes primordiales. Bestla signifie « celle qui engendre la partie intérieure de l’écorce », le liber qui est la région où coule la sève porteuse de vie. Elle est le seul être primordial portant un nom lié aux arbres auxquels elle donne la vie. Les anciens ne nous ont pas dit ce qui est arrivé à Burr et à Bestla. Je vous dirai bientôt que leurs enfants, les tous premiers de nos Dieux, donneront forme et structure à notre monde. C’est ainsi que Bestla et Burr sont devenus notre arbre du monde, un if immense appelé « askr Yggdrasill », le frêne Cheval de Terreur. Il a également un autre nom, Irminsúl, Immense-Colonne. Vous pouvez penser qu’appeler « frêne » un if est absurde. Et non, les anciens n'aimaient pas appeler les êtres importants par leur nom ordinaire parce que cela aurait dilué la déférence due à ces êtres. Cela semble drôle maintenant, mais ils appelaient « cheval de la mer » un célèbre de bateau et « bateau de la terre », un cheval célèbre. Quand nous parlons de notre Dieu Ódhinn, nous disons maintenant : « Óðinn » ou même « Odin », ce qui aurait été considéré comme très familier dans les temps anciens, et c'est pourquoi Ódhinn a tant de noms, mais ceci est une autre histoire. Revenons à Yggdrasil. Ainsi, cet arbre énorme a grandi dans la période de Burr et de Bestla. En grandissant, il est devenu l'axe de l'univers. Alors, les Géants et les Dieux ont su ce qui était le haut et le bas. Du coup, ils ont commencé à être conscients de leur poids : la croissance d’Yggdrasill a créé ce que nous appelons de nos jours la pesanteur. Maintenant que l'Univers a un axe, on appelle Sud l'endroit où se trouve Mal-à-Terre et Sombre-Brume est le Nord. De cette façon, l'Est et l'Ouest ont également pris existence. Et les deux directions, Zénith et Nadir, et les quatre horizons furent. Ainsi l'Espace a fini pour prendre sa forme, exactement celle que nous connaissons aujourd'hui.

Dans cet Espace adulte, nos Dieux pourraient se mettre à exister. Et c'est la deuxième partie de notre conte.

Le début de notre monde: Les hauts-faits des Dieux

(ou Qu’est-ce qu’un humain d’humanité ?)

 

Ainsi, les tous premiers géants et créatures divines ont commencé à exister quand la vie et la lumière ont été créés par le givre fondu qui se déplaçait à toute vitesse. Bestla, la fille du tout premier géant, s’est mariée à Burr, fils de la première créature divine.

Burr et Bestla eurent trois fils, les premiers êtres que nous avons vraiment appelés des Dieux. Ils s’appelaient Óðinn (que j’écrirai ‘Ódhinn’), Vili et Vé qui sont donc les petits-fils d’Ymir et de Buri. Leurs noms nous disent quels sont leurs pouvoirs. Le mot óðinn signifie ‘le poète délirant’ où ce délire désigne une incontrôlable inspiration poétique. Le mot vili signifie ‘combattant’ et le mot signifie ‘temple’ et ‘habitation’. Par leurs noms, nous savons donc qu’Ódhinn est le Dieu de l’esprit créatif, Vili le Dieu du courage nécessaire à la survie, et Vé, celui de l’habileté nécessaire à la construction des temples et des maisons.

Les trois Dieux examinèrent le ciel et la terre et observèrent ce qui se passait dans l’univers. Audhumla, la divine lumière, continuait à ‘lécher’ le givre qui disparut lentement pour être remplacé par les étoiles, dont notre soleil (‘la’ soleil car elle est pour nous une Déesse qui nous apporte sa chaleur maternelle). Toutes ces lumières se déplaçaient sans qu’une loi ne contrôle leur mouvement.

« La soleil ne savait où était sa demeure, et les étoiles étaient sans but. »

 

La Destinée joua alors son rôle : ni le chaos ni l’ordre ne sont destinés à durer éternellement. Vous souvenez-vous que je vous ai dit que Burr et Bestla se sont transformés pour devenir l’arbre du monde? Le vieux géant, Ymir, eut à subir une transformation semblable. Il devint le matériau avec lequel notre monde est construit. Telle était sa destinée, et trois Dieux, Ódhinn, Vili et Vé ont été chargés d’effectuer ce travail nécessaire. Vous pouvez penser qu’ils ont ‘tué’ puis ‘démembré’ Ymir comme s’ils en avaient été les bourreaux. Je les conçois plutôt comme d’habiles chirurgiens qui ont aidé Ymir à passer à une nouvelle étape de son existence. C’est pourquoi, lorsque vous foulez le sol souple sous vos pieds, c’est que vous marchez sur la chair encore vivante d’Ymir. Lorsque vous vous blessez sur un rocher, c’est un os d’Ymir qui vous déchire. Lorsque vous voguez sur le vaste océan, vous naviguez sur son sang ou sa sueur. Lorsque vous regardez les nuages menaçants, c’est le cerveau d’Ymir que vous voyez. Comme dit le poète:

« De la chair d’Ymir fut formée la Terre, puis de sa sueur, l’océan ; les falaises rocheuses de ses os ; les arbres fleuris de ses cheveux ; de son crâne, le ciel ; puis, de ses sourcils, firent les gracieuses puissances Jardin-du-Milieu (Miðgarð) pour les fils de l’homme ; alors, de son cerveau furent formés les nuages ‘durement offensants’. »

Midhgardh est le nom de notre ‘jardin’, aussi appelé ‘le monde du milieu’, fait pour que les humains y vivent, fait avec les sourcils osseux et broussailleux d’Ymir. C’est pourquoi le jardin du milieu a d’abord été couvert de montagnes et de forêts. De fait, notre univers comprend neuf immenses domaines, mais nous ne connaissons bien que quatre d’entre eux. Le domaine des Dieux est appelé Ásgarð, le jardin de nos Dieux, les Æsir (les Ases). Il se trouve quelque part à la base de l’arbre Yggdrasill. Trois autres domaines sont sous chacune des immenses racines. Comme l’a dit un sage géant:

« Trois racines se dirigent vers trois directions sous l’arbre Yggdrasill; Hel est le domaine situé sous l’une; sous la deuxième, celui des Géants-du-Givre, sous la troisième celui des humains d’humanité. »

Le domaine des Géants-du-Givre est aussi appelé le pays des géants. Le domaine de Hel est celui des morts, excepté ceux qui rejoignent Freyja en sa résidence, Folkvangr, et ceux qui rejoignent Ódhinn en sa résidence, Valhöll, comme je vous le raconterai bien plus tard. Et lorsque je vous aurai raconté comment les Dieux ont créé l’humanité, vous saurez ce qu’est un ‘humain d’humanité’.

Ainsi, les étoiles et le soleil erraient dans le vaste univers, comme autant de feux follets. Les Dieux ne furent pas contents de ce désordre, si bien qu’ils décidèrent des lois qui gouvernent le mouvement des corps célestes. Bon … je pourrais seulement vous dire que, puisqu’ils disposaient de la gravité (vous vous souvenez de Bestla et de l’arbre de l’univers?), ils créèrent les lois de la gravité qui  pose encore tant de problèmes à nos physiciens modernes, mais serez-vous d’accord avec moi que c’est un peu sec, comme explication ? Voici donc le mythe qui vous dit la même chose, mais avec plus de poésie, et qui vous raconte comment les trajectoires du soleil et de la lune furent fixées par nos Dieux.

D’abord, il y eut une géante nommée Nótt (Nuit). Elle était sombre comme tous ceux de sa famille. Son second mari était nommé Dellingr (Brillant) et il était de la famille des Dieux. Leur fils, Dagr (Jour), était brillant et beau comme son père. Alors Ódhinn saisit Nótt et son fils Dagr et leur donna deux chevaux et deux chariots et les envoya dans le ciel pour qu’ils chevauchent autour de la terre toutes les vingt-quatre heures. Nuit chevauche la première un cheval appelé Crinière-Givrée et, tous les matins, l’écume de ses mors s’écoule sur les plantes, c’est ce que nous appelons la rosée. Le cheval de Jour est appelé Crinière-Lustrée et la terre et le ciel sont illuminés de son éclat. Comme tout le monde sait, le parcours du soleil s’accorde bien à celui de Jour et de Nuit. Comment cela est-il possible ? C’est parce que ces astres sont eux aussi conduits par deux êtres célestes appelés Soleil et Lune. L’histoire nous dit qu’un jour naquirent sur terre deux enfants d’une incroyable beauté. Leurs parents en furent si fiers qu’ils les nommèrent selon ‘la’ soleil et ‘le’ lune. La fille fut ainsi nommée Soleil, et le garçon, Lune. Les Dieux s’offensèrent de l’outrecuidance de ces parents qui osent appeler leurs enfants de nom célestes (ah ah ! faites bien attention à la façon dont vous nommez vos enfants ou vous-mêmes, afin de ne pas offenser les Dieux !). Alors, ils attrapèrent sœur et frère et les installèrent au ciel. Soleil est la dame qui conduit les chariots qui tirent ‘la’ soleil. Elle le dirige dans le ciel et contrôle sa température. Lune dirige ‘le’ lune et il contrôle ses phases.

Alors, Soleil commença à se lever à l’Est lorsque Nuit s’éloigne, laissant à terre la rosée tombant des mors de son cheval. Jour peut alors venir pour apporter sa lumière à la terre, tandis que Soleil apporte sa chaleur féminine.

Les plantes commencèrent à pousser et la première d’entre elles est cette herbe vigoureuse qui vous coupe la peau quand vous la saisissez sans précaution. D’autres herbes pleines de vie poussèrent aussi, par exemple les algues dans la mer. Mais, parmi les premières, furent aussi les plants du poireau sauvage qui, avec leurs tiges fines et fortes, surplombent toutes les autres herbes, tout comme notre héros Sigurdhr dominait les autres enfants dès son plus jeune âge (Pardon … les contes sur Sigurdhr ne viendront que bien plus tard).

Les Dieux construisirent leur demeure, Ásgarð, au-dessus des trois racines et furent ensemble, heureux et tranquilles quelque temps.

« Ils élevèrent leurs lieux sacrés et leur ferme, construisirent une forge pour façonner des bijoux. Ils firent des pinces et fabriquèrent des outils. Ils jouaient au tafl dans la haie, plein de joie, ils ne manquaient pas d’or. »

Le jeu de tafl se joue sur une sorte d’échiquier. Ses règles sont semblables à celles du jeu de go chinois, mais il comporte moins de cases. On y jouait encore couramment il y a moins de mille ans et quelques vieux entêtés, comme moi, aiment encore à y jouer.

Mais les runes de la destinée dirigent le mouvement l’univers qui doit sans cesse changer. Le changement qui s’abattit sur nos Dieux fut que, des graines de leur bonheur tranquille, poussèrent les bourgeons de leurs futurs troubles et de leur chute finale. Trois géantes très-instruites, appelées les Nornes, vinrent depuis le domaine des Géants-du-Givre et elles prirent en charge le Destin du monde. Elles font connaître leurs décisions en gravant des runes, et nul ne peut discuter leurs runes, même ceux qui pensent qu’elles ont été gravées à tort. Elles sont l’image des exigences primordiales de l’univers, inéluctables, indifférentes qu’elles sont à nos espoirs et nos misères.

Sans doute par décision des Nornes, c’est à dire à cause des exigences de l’univers, les Dieux ressentirent la nécessité de créer l’humanité. Ils demandèrent aux Nains de construire des formes semblables à des humains. Cependant, ces formes étaient incapables d’exécuter des tâches et surtout, elles n’avaient pas de destinée. Ainsi, trois des puissants Dieux pleins d’amour descendirent sur la terre afin de créer l’humanité. Ils sont nommés Ódhinn, Hænir et Lothur. Vous vous souvenez des noms des Dieux qui ont construit le monde à partir du corps d’Ymir ? Vous connaissez déjà Ódhinn. Nous ne savons pas exactement ce que signifie le nom de Hænir « aux pieds rapides », celui qui a auparavant été appelé Vili. Vé est maintenant appelé Lothur, et le mot lóð signifie ‘récolte’. Vous voyez que Vé est le Dieu de ceux qui construisent des maisons et que Lothur est celui de ceux qui produisent les récoltes, c’est à dire qu’ils sont les Dieux de ceux qui assurent la vie quotidienne. Les trois Dieux descendirent à Midhgardh et trouvèrent deux formes sur le sol. Une forme était celle d’un homme, appelé Ask, l’autre celle d’une femme appelée Embla. Ódhinn leur donna le souffle nécessaire à l’expression de l’esprit inventif. Hænir leur donna le bon sens et la clarté d’esprit empêchant le courage de tourner à la témérité. Lothur leur donna sang et couleur de vie nécessaires à l’endurance de ceux qui pratiquent leur métier. En recevant ces trois dons, ils reçurent aussi le moyen d’être actifs et de remplir leur destinée.

Ce conte s’arrête ici. Les trois dons des Dieux, souffle, couleur de vie et bon sens, et les deux exigences de l’univers, action et destin, réalisent un « humain d’humanité ». Faites de votre mieux pour en être un ou en devenir un !

 

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