Sagan af Friðþjófi

 

 

 

La Saga de Friðþjófr (Paix-voleur) est très spéciale puisqu'on la connaît surtout pour ses sorcières changeuses de forme (non ! des ‘projeteuses’ de forme) chevauchant des baleines. Certains croient même qu'elles se sont changées en baleines, ce qui est faux comme nous le verrons. Il a deux versions, une longue et une courte qui portent le même nom. Seule la version courte est accessible en Vieux Norrois sur la toile, et seule la longue est traduite en anglais. J'ai acquis récemment la traduction de Ben Waggoner qui donne les deux versions (ainsi que deux sagas associées - elle vaut les quelques dollars qu'elle coûte !) et Susan Granquist m’a trouvé version pdf de Google de la longue version en Vieux Norrois. J'ai transcrit une partie de cette longue version, et je l’ai traduite. Quand je n'ai vu aucune raison de critiquer la traduction académiquement canonique de Waggonner, je l'ai simplement copiée. ¶Si vous consultezSSi vous consultez la version de Waggoner, vous verrez combien le choix des mots peut modifier notre compréhension des fils cachés du thème religieux de l'histoire.

La saga plus classique de Víglundr a employé la même intrigue, celle ¶Le même de deux frères s'opposant à l'amant de leur sœur  d’abord par des moyens magiques, puis en la mariant à un homme puissant. Là, la partie magique est seulement sous-entendue comme vous le verrez.

La Saga de Friðþjófr appartient évidemment (pour moi) à type peu décrit, celui du ‘conte chrétien de transition’. Je veux dire par ceci qu'il ne vante pas explicitement le christianisme et ne critique pas explicitement la paganisme. Il montre simplement combien les rapports entre personnes ont été brutaux dans la période païenne et qu’il était possible d'offenser les Dieux païens sans punition. Friðþjófr est ‘rapide’ à profaner un temple de Baldr, à interrompre un blót aux Dísir, à incendier (certes non volontairement) leur temple. Néanmoins, il fait montre d’un comportement doux et hypocrite typiquement chrétien (à son époque), devient riche dans un bon comportement typiquement protestant, et il obtient finalement sa récompense en se mariant à son amour sans combat.

Voici d’abord un résumé de ce que ces sagas nous enseignent sur la religion et la magie des païens islandais. Plus loin, tout ce que j'ai transcrit et traduit.

 

[Entre crochets mes commentaires, (entre ( ) quelques précisions sur le sens)]

SUR LA RELIGION

 

Sagan af Friðþjófi inum frœkna (version longue)

 

 [Le héros est Friðþjófr, sa bien-aimée est Ingibjörg, ses adversaires principaux sont deux frères, le plus mauvais d’entre eux est appelé Helgi. Le chapitre 1 contient une description d’un sanctuaire dédié à Baldr et aux Dises.]

 

 

Là le rivage s’en allait légèrement au-dessus du fjord occidental. Il y avait un grand village. Ce village s'appelait le pâturage de Baldr. [J’ai gardé le sens propre de hagi qui n’est pas une prairie, mais bien un pâturage, un enclos pour les animaux. Baldr est présenté comme un fermier qui s’occupe de son bétail.] C’était¶C’étaitC un lieu de trêve (un sanctuaire) et un grand temple et entouré d'une grande barrière en bois. Il y avait une grande quantité de *dieux* [goð en Vieux Norrois], bien que Baldr ait été la plupart de ‘tenu’ (soutenu, vénéré)  de tous …

Les païens étaient d’une telle avidité dans leur zèle qu’en cet endroit  rien de mal ne devait arriver, ni au **bétail** (ou aux richesses) [ en Vieux Norrois] ni aux humains. Aucun rapport ne devrait ici prendre place avec des femmes …

[*  Note sur goð le mot *goð *, est un pluriel, maintenant masculin mais neutre dans le Nord antique. Il n’a oas d’autre sens que Dieu (depuis la chrétienté) ou les Dieux. Il  n’a pas du tout le sens de  ‘idole’ comme le traduit Waggoner. Il en effet doit signifier ‘idoles des dieux païens` pour un chrétien, mais le texte parle comme si les dieux païens avaient été présents.]

[** Note sur  : Cleasby-V. donne la seule signification des bétail pour   l'étymologie mène à accepter également le sens de ‘propriété, argent’ (de Vries).]

 

Helgi Belason (fils de Beli, ancien roi) a tôt réussit à devenir  un grand ‘homme de blót’ (un croyant célébrant les cérémonies religieuses) … Personne n’avait d’amitié pour les deux frères. [Il est inconcevable dans la société ancienne qu’un prêtre païen, célébrant des blots à Baldr et aux Dises soit impopulaire à tous.]

 

[Dans le chapitre 4, il y un exemple de l’impiété de Friðþjófr qui rejoint son amoureuse dans le village dédié aux Dieux – ce détail, cependant peut être une invention chrétienne, mais son impiété se manifestera de façon plus violente dans la suite.].

 

Friðþjófr dit, « Allons … au pâturage de Baldr et nous amuser  avec Ingibjörg » … « Risquons-le car je me soucie plus de la faveur d'Ingibjörg que d’un Baldr en colère. » …

 

[Le chapitre 5 parle explicitement du ‘fermier Baldr’]

 

il a dit à la fille du roi :"tu nous as bienvenus en beauté, et le *fermier Baldr* n'a pas été tracassé par nous. Mais dès que tu constateras que les rois (ses frères) sont arrivés, étends tes fins vêtements en haut du hall des Dísir, parce qu'il dépasse la clôture. Nous les verrons depuis notre domaine. "

 

[Le chapitre 9, pour insister sur l’impiété de Friðþjófr, nous offre une description un peu précise dont les Dieux étaient honorés.]

 

Là, ils ont entendu que les rois étaient au pâturage de Baldr à honorer d’un blót les Dísir [dísablót en Vieux Norrois] … Alors Friðþjófr est entré et a vu du monde dans le hall des Dísir. Les rois étaient en train d’honorer les Dísir par un blót et s’étaient assis pour boire. Un feu était sur le sol et leurs épouses étaient assises près du feu et elles **‘ornaient’** [bókuðu dans le texte] le Dieu avec le feu, et d’autres les ont oint et les ont frottés avec du tissu . . . . (il voit) l'épouse de Helgi en train de cuire (= chauffer) Baldr avec le feu… (il la saisit) alors le Dieu tombe dans le feu, celui qu'elle était en train de ‘cuire’. Les deux dieux tombent alors dans le feu mais comme ils avaient été déjà oints, l’édifice entier prit flamme…

 

[*Note sur le dísablót. On  ¶On peutOnpeut voir que le blót est ici réduit à son composant de sumbl. ¶Il n’y a pas d’allusion à  Il n’y a pas d’allusion ici à sa composante spirituelle.]

[**Note sur  bókuðu. Waggoner traduit bókuðu par « elles réchauffaient », en utilisant le contexte comme si ce mot était équivalent au bakaðu (et, comme on le trouve juste avant goðin encore traduit par « les idoles »). Le mot bókuðu est évidemment une troisième personne du pluriel, prétérit du verbe  bóka. Ce verbe signifie soit ‘prêter serment sur le livre’ ou ‘broder’. La première signification semble tellement comme chrétienne que je préfère comprendre  ` ‘orner’: les épouses ornaient le Dieu (Baldr), semble-t-il en l’enduisant d’un mélange huileux.]

 

[Inversement au chapitre 9, le chapitre 10 insiste sur le fait que ce ‘méchant’ Helgi est un dévot de Baldr.]

 

Ce qui a fait souffrir le roi Helgi le plus était que les dieux avaient été brûlés. Il fut très coûteux de reconstruire le pâturage de Baldr comme il était avant.

Friðþjófi Saga ins frœkna (version courte)

[Les héros ont les mêmes noms que dans la longue version - cependant ils n’ont pas exactement le même rôle social. Nous allons rencontrer dans cette version  les mêmes informations mais elles seront moins détaillées. Le chapitre 2 donne aussi une description du temple aux Dieux.]

… il y a un grand temple et des blót en l’honneur des dieux et une barrière en bois autour du temple, et aucun couple (amoureux) ne devait venir là …

[Ce chapitre contient aussi une illustration de l’impiété de Friðþjófr.]

La fille du roi [ Ingibjörg ] dit :¶Rapidement  « Tu t’avances rapidement, Friðþjófr, toi qui veut apporter un groupe de quatorze hommes dans le pâturage de Baldr ». Il répondit  « Je ne me soucie ni de  Baldr ni de votre blót. J’aime te parler que ce soit ici ou à la maison. »

[Le chapitre 4 rappelle le fait que les rois faisaient un blót (semble-t-il à Baldr cette fois)]

¶Il Il demanda où les rois étaient, et on lui répondit qu'ils étaient dans le pâturage de Baldr et faisaient un blót à leur dieu.

Víglundar saga

Elle ne contient aucun détail de nature religieuse.

SUR LA MAGIE

 

Sagan af Friðþjófi inum frœkna (long)

 

[Le héros est Friðþjófr, sa bien-aimée est Ingibjörg, ses adversaires principaux sont deux frères, le plus mauvais est appelé Helgi.  La magie commence à la fin du chapitre 5 et elle est concentrée dans le chapitre 6]

 

Puis ils (les frères) contactent deux magiciennes du seiðr et lui donnent des biens pour qu’elles envoient un mauvais temps si féroce à Friðþjólfr et à ses hommes qu'ils se perdent  en mer. Elles¶Elels ont travaillé leur seiðr et se sont hissées sur une plateforme tout en effectuant des  *galdrar* (chants/hurlements) et (des actions de) *sorcellerie* …

 

[Au chapitre 6, Friðþjófr part en mer mais une tempête se déchaîne.]

 

Alors Friðþjófr est monté en haut du mât et a déclaré à ses camarades quand il est redescendu :« J'ai vu un spectacle des plus merveilleux. ¶DeDeDe De grandes baleines nagent en rond autour du bateau, et je me doute que nous devons approcher de la terre ferme, et elles veulent nous empêcher de la rejoindre …

 

 «  Je vois deux femmes sur le dos des baleines, et elles doivent avoir causé cette tempête non-amicale avec le pire de leur seiðr et galdrar. Maintenant nous allons vérifier ce qui est plus fort de ma hamingja ou de leur forme de troll (= leur ‘trollité’). Tu dois gouverner le bateau le plus droit possible et moi, je battrai ces ‘non-témoins’ avec une trique. » Et il a dit une vísa :

Je vois des troll-femmes

deux sur les vagues ;

elles Helgi ont eu

ici envoyées.

Elles, nous tranchera

Ouvertes¶ouveretsouvpar leur milieu

La quille d'Elliði,

Pendant que,¶alors hors de la mer, nous glissons.

 

Il est dit qu’ils [on ne dit pas qui] ont ajouté des mots (des ¶¶charmes) au bateau Elliði de telle sorte qu'il ait pris connaissance de la compréhension de la parole humaine … Friðþjófr a saisi un bâton, sauta sur la proue et dit une vísa:

Salut à toi Elliði !

Saute sur la vague !

Brise dans les femmes-troll

Canines et front

Mâchoires

De ces femmes difficiles,

Un pied ou tous les deux

De ces démones !

Immédiatement, il a frappé d’un bâton une des [hamhleypunni] *projeteuses de forme*, et la quille d'Elliði (a frappé) le dos de l’autre et toutes deux (en furent) dos-brisées.

 

[*Note sur les hamhleypunni [= hamr-hleypunni]. La forme habituelle pour parler de changer de forme utilise le verbe skipa (diviser, changer) alors que le verbe utilisé ici est hleypa (sauter, se ruer, projeter). Les sorcières ne sont donc pas décrites comme effectuant un changement de forme (ou de ‘peau’ : hamr signifie ‘peau, forme’) mais comme projetant leur peau ou leur forme. Le contexte d’ailleurs les décrit comme chevauchant les baleines ‘dans leur propre peau’ qu’elles ont donc projetée vers le bateau de Friðþjófr.]

 

[Le chapitre 8 fait le lien entre la ‘réalité ordinaire’ et ce qui arrive au chapitre 6.]

 

Les frères ont fait complètement brûler la ferme à Framess. [Immédiatemnt après, comme une remarque faite en passant :]  Mais pendant qu'elles étaient à leur seiðr, elles sont tombées de  la plateforme de seiðr, et les deux (en furent) dos-brisées.

 

Friðþjófi Saga ins frœkna (version courte)

[Les héros ont les mêmes noms que dans la longue version - cependant ils n’ont pas exactement le même rôle social. Nous allons rencontrer dans cette version  les mêmes informations mais elles seront moins détaillées. Le chapitre 3 donne d’autres détails sur la façon dont les sorcières travaillent.]

 

Ils [ les frères ] ont alors brûlé la ferme à Framness. Ensuite ils ont acheté de très-savantes (sorcières) femmes afin qu'elles invoquent un vent furieux contre Friðþjófr et ses hommes….

 

Alors Friðþjófr est monté en haut du mât et en redescendant, il dit : « Je vois maintenant un spectacle très étrange. « Une baleine nage en rond autour de nous, et je me doute que nous devions approcher de la terre ferme, et elles veulent nous empêcher de la rejoindre car il y a deux femmes que je vois sur le dos des baleines, elles bloquent notre voie. Maintenant nous verrons qui sera le meilleur, ma chance ou leur ‘trollité’, et nous nous dirigerons droit sur elles. »… "

(même poème que dans la version de longue :  «  ek tröllkonur etc. »

 

Immédiatement il  encouragea ses hommes, et il arriva que, par sa valeur, ils cassèrent l'épine dorsale et les jambes de ces projeteuses de forme à cheval sur les baleines. La mer se calma immédiatement … [Le texte ne fait plus allusion à la magie utilisée par Friðþjófr.]

[Le chapitre 4 décrit l’échec des sorcières]

Maintenant il y a lieu de dire de que le Roi Hringr [le futur mari d'Ingibjörg ] est venu à la fête et qu’il vint sa fête de mariage, et on a signalé que ces femmes très-savantes (sorcières) étaient

Víglundar saga

 

[Maintenant le héros est Víglundr, sa bien-aimée est Ketilríð, ses adversaires principaux sont deux frères et leur mère qui est une amie de la sorcière Kjölvör. La magie se trouve au chapitre 12.]

 

Une femme vivant à Hraunskarðr s’appelait Kjölvör. Elle était très-savante (sorcière) et totalement adonnée au mal, elle était considérée ‘non-amicalement’ par chacun.

Eux, la mère et les fils tous ensemble, Þorbjörg, Jökull et Einar ont acheté Kjölvör et lui ont donné cent pièces en argent pour détruire les frères Víglundr et Trausti par les moyens qui lui puissent lui plaire ……

 

Il est arrivé en automne que ses deux matelots fussent malades à cause du galdr de KjölvörKjölvör a su tout ceci et est montée en haut sur la maison et a secoué son capuchon en direction de l'est et d'un seul coup le temps est devenu mauvais…

Víglundr… a ramé si vigoureusement qu'ils ont atteint la terre…  [notez que dans cette saga, le héros s’en sort sans employer sa propre magie].

 

TRANSCRIPTION DU TEXTE VIEUX NORROIS ET TRADUCTIONS

 

 

Sagan af Friðþjófi inum frœkna (long)

 

Chap. 1.

 

Þar gekk strönd nökkur fyrir verstan fjörðin. Þa var bœr stórr. bœr var kallaðr í Baldrshaga. Þa var griðastaðr ok hof mikit ok skíðgarðr mikill um. Þa váru mörg *goð*, þó var af Baldr mest haldit. Þar var svá mikit vandlæti gert af heiðnum monnum, at þar skyldi engu grand gera, hvártki **** né monnum. Engi viðskipti skyldu við konur eiga þar.

 

 

Là le rivage s’en allait légèrement au-dessus du fjord occidental. Il y avait un grand village. Ce village s'appelait le pâturage de Baldr. C’était¶C’étaitC un lieu de trêve (un sanctuaire) et un grand temple et entouré d'une grande barrière en bois. Il y avait une grande quantité de *dieux*, bien que Baldr ait été la plupart de ‘tenu’ (soutenu, vénéré)  de tous …

Les païens étaient d’une telle avidité dans leur zèle qu’en cet endroit  rien de mal ne devait arriver, ni au **bétail** ni aux humains. Aucun rapport ne devrait ici prendre place avec des femmes …

[*  Note sur goðle mot *goð *, est un pluriel, maintenant masculin mais neutre dans le Nord antique. Il ne signifie que Dieu (depuis la chrétienté) ou les Dieux. L n’a poas du tout le sens de  ‘idole’ comme le traduit Waggoner. Il en effet doit signifier ‘idoles des dieux païens` pour un chrétien, mais le texte parle comme si les dieux païens avaient été présents.]

[** Note sur  : Cleasby-V. donne la seule signification des bétail pour    l'étymologie mène à accepter également le sens de ‘propriété, argent’ (de Vries).]

 

Helgi Belason gerðiz snemma blótmaðr mikill. Ekki váru þeir brœðr vinsælir.

 

Helgi Belason (fils de Beli, ancien roi) a tôt réussit à devenir  un grand ‘homme de blót’ (un croyant célébrant les cérémonies religieuses) … Personne n’avait d’amitié pour les deux frères.

 

Chap. 4.

 

… “Til Baldrshaga ok skemta sér við Ingibjörgu. ” …

Þat skal á hætta, enda virði ek meria hylli Ingibjargar en reði Baldrs

 

Fridhthjof dit, « Allons … au pâturage de Baldr et nous amuser  avec Ingibjörg » … « Risquons-le car je me soucie plus de la faveur d'Ingibjörg que d’un Baldr en colère. » …

 

Chap. 5.

 

mælti hann [Friðþjófr] við konungsdóttur: “Vel hafi þér oss veitt ok fagrliga. Hefir *Baldr bóndi* ekki við oss ýfz. En near þér vituð konunga heim komna, þá breiðið blæjur yðrar á dísarsalinn, því hann er hæstr hér á garðinum. Munum vér sjá þeta af várum.

 

il a dit à la fille du roi :"tu nous as bienvenus en beauté, et le *fermier Baldr* n'a pas été tracassé par nous. Mais dès que tu constateras que les rois (ses frères) sont arrivés, étends tes fins vêtements en haut du hall des Dísir, parce qu'il dépasse la clôture. Nous les verrons depuis notre domaine. "

 

Siðan sendu þeir eptir seiðkonum tveim, Heidi ok Hamglámu, ok gáfu þeim til, at þær sendi veðr svá stórt at Friðþjólfi ok mönnun hans, at þeir týndiz allir í hafi. Þær efldu seiðin ok fœrðuz á hjallinn með *göldrum* of *gerningum*.

 

Puis ils (les frères) contactent deux magiciennes du seiðr et lui donnent des biens pour qu’elles envoient un mauvais temps si féroce à Friðþjólfr et à ses hommes qu'ils se perdent  en mer. Elles¶Elels ont travaillé leur seiðr et se sont hissées sur une plateforme tout en effectuant des  *galdrar* (chants/hurlements) et (des actions de) *sorcellerie* …

 

 

Chap. 6

 

Þá fór Friðþjófr í tré upp ok sagði félögum sínum, er hann kom ofan : “Ek leit mjök undarliga syn. Stórhveli lagðiz í hring um skipit, ok er mér grunr, ar vér komnir nærri landi einhverju, ok mun hann vilja banna oss landit …

 

Alors Friðþjófr est monté en haut du mât et a déclaré à ses camarades quand il est redescendu :« J'ai vu un spectacle des plus merveilleux. ¶DeDeDe De grandes baleines nagent en rond autour du bateau, et je me doute que nous devons approcher de la terre ferme, et elles veulent nous empêcher de la rejoindre …

 

Konur ek II á baki hvalnum, ok munu þær valda þessum úfriðarstormi með sínum versta *seið ok göldrum*. skulu vér til reyna, hvárt meira **hamingja** vár eða ***trollskapr*** þeirra. Ok skulu þit stýra at sem beinast, en ek skal með lurkum lemja þessa úvætti. ” Ok kvað vísu:

 

 «  Je vois deux femmes sur le dos des baleines, et elles doivent avoir causé cette tempête non-amicale avec le pire de leur *seiðr et galdrar*. Maintenant nous allons vérifier ce qui est plus fort de ma **hamingja** ou de leur ***forme de troll (= leur ‘trollité)***. Tu dois gouverner le bateau le plus droit possible et moi, je battrai ces ‘non-témoins’ avec une trique. » Et il a dit une vísa :

 

ek trollkonur
tvær á baru ;
þær hefir Helgi
hingat sendar.
Þeim skal sníða
sundr í miðju
hrygg Elliði,
áðr af hafi skríðr.

 

Je vois des troll-femmes

deux sur les vagues ;

elles Helgi ont eu

ici envoyées.

Elles, nous tranchera

Ouvertes¶ouveretsouvpar leur milieu

La quille d'Elliði,

Pendant que,¶alors hors de la mer, nous glissons.

 

Svá er sagt, at þau atkvæði hafi fylgt skipinu Elliða, at þat hefði kunnat at skilja mannz málFriðþjófr greip fork einn ok hljóp í framstafninn ok kvað vísu:

 

Il est dit qu’ils [on ne dit pas qui] ont ajouté des mots (des ¶¶charmes) au bateau Elliði de telle sorte qu'il ait pris connaissance de la compréhension de la parole humaine … Friðþjófr a saisi un bâton, sauta sur la proue et dit une vísa:

 

Heill Elliði!
Hlaup á báru!
brjóttu í trollkonum
tennr ok enni,
kinnr ok kjálka
í konu vándri,
fót eða báða
í flagði þessu!

Siðan hann forkinum at annari hamhleypunni, en barð Elliða kom á htygg annari ok brotnaði hryggrinn í báðum.

 

Salut à toi Elliði !

Saute sur la vague !

Brise dans les femmes-troll

Canines et front

Mâchoires

Dans les femmes difficiles,

Un pied ou tous les deux

Dans ces démones !

Immédiatement, il a frappé d’un bâton une des *projeteuses de forme*, et la quille d'Elliði (a frappé) le dos de l’autre et toutes deux (en furent) dos-brisées.

 

[*Note sur les hamhleypunni [= hamr-hleypunni]. La forme habituelle pour parler de changer de forme utilise le verbe skipa (diviser, changer) alors que le verbe utilisé ici est hleypa (sauter, se ruer, projeter). Les sorcières ne sont donc pas décrites comme effectuant un changement de forme (ou de ‘peau’ : hamr signifie ‘peau, forme’) mais comme projetant leur peau ou leur forme. Le contexte d’ailleurs les décrit comme chevauchant les baleines ‘dans leur propre peau’ (puisque Friðþjófr  déclare avoir vu deux femmes) qu’elles ont donc projetée vers le bateau de Friðþjófr.]

 

Chap 8.

 

Létu tteir brœðr brenna allan bœinn á Framnesi. En er þær váru at seiðnum, duttu þær ofan af seiðhjallinum, ok brotnaði hryggrinn í báðum.

 

Les frères ont fait complètement brûler la ferme à Framess. [Immédiatemnt après, comme une remarque faite en passant :]  Mais pendant qu'elles étaient à leur seiðr, elles sont tombées de  la plateforme de seiðr, et les deux (en furent) dos-brisées.

 

Chap. 9

 

Þá spyrja þeir þat, at konnungar væri í Baldrshaga at dísablóti. …

Siðan gekk Friðþjófr inn ok , at fátt fólk var í dísarsalnum. Váru konungar at *dísablóti* ok sátu at drykkju. Eldr var á gólfinu, ok sátu konur þeirra við eldinn ok **bókuðu** goðin, en sumar smurðu ok þerðu með dúkum. … (he sees) konu Helga, er hon bakaði Baldr við eldinn … (he clutches her) Fell þá þat goðit út á eldinn, sem hon hafði bakat. Lýstr eldinum í bæði goðin, en váru áðr smurð, svá at logaði húsit.

 

Là, ils ont entendu que les rois étaient au pâturage de Baldr à honorer d’un blót les Dísir … Alors Friðþjófr est entré et a vu du monde dans le hall des Dísir. Les rois étaient en train d’honorer les Dísir par un blót et s’étaient assis pour boire. Un feu était sur le sol et leurs épouses étaient assises près du feu et elles **‘ornaient’** le Dieu avec le feu, et d’autres les ont oint et les ont frottés avec du tissu . . . . (il voit) l'épouse de Helgi en train de cuire (= chauffer) Baldr avec le feu… (il la saisit ) alors le Dieu tombe dans le feu, celui qu'elle était en train de ‘cuire’. Les deux dieux tombent alors dans le feu mais comme ils avaient été déjà oints, l’édifice entier prit flamme…

 

[*Note sur le dísablót. Tu peus voir que le blót est ici réduit à son composant de sumbl. ¶Il n’y a pas d’allusion à  Il n’y a pas d’allusion ici à sa composante spirituelle.]

[**Note sur  bókuðu. Waggoner traduit bókuðu par « elles réchauffaient », en utilisant le contexte comme ce mot était équivalent au bakaðu (et, comme on le trouve juste avant goðin encore traduit par « les idoles »). Le mot bókuðu est évidemment une troisième personne du pluriel, prétérit du verbe  bóka. Ce verbe signifie soit ‘prêter serment sur le livre’ ou ‘broder’. La première signification semble tellement comme chrétienne que je préfère comprendre  ` ‘orner’: les épouses ornaient le Dieu (Baldr), semble-t-il en l’enduisant d’un mélange huileux.]

 

Chap 10

 

Þat fell Helga konnungi verst, at goðin váru upp brend. Varð mikill kostnaðr, áðr Baldrshagi varð upp byggrðr til fulls jafnt ok áðr.

 

Ce qui a fait souffrir le roi Helgi le plus était que les dieux avaient été brûlés. Il fut très coûteux de reconstruire le pâturage de Baldr comme il était avant.

FRIÐÞJÓFS SAGA INS FRÆKNA (version courte)

 

Chap. 2

 því at þar var hof mikit ok goðablót ok skíðgarðr um hofit, ok skyldi þar ekki saman koma konur ok karlar.

… il y a un grand temple et des blót en l’honneur des dieux et une barrière en bois autour du temple, et aucun couple (amoureux) ne devait venir là …

Konungsdóttir [Ingibjörg] mælti: "Fast sækir þú, Friðþjófr, er þú vilt halda hér fjórtánmenning í Baldrshaga." Hann [Friðþjófr] svarar: "Ekki hirði ek um Baldr eða blót yður. Jafngóðir eru mér þínir málsendar hér sem heima."

La fille du roi [ Ingibjörg ] a dit :¶Rapidement  « Tu t’avances rapidement, Friðþjófr, toi qui veut apporter un groupe de quatorze hommes dans le pâturage de Baldr ». Il répondit  « Je ne me soucie ni de  Baldr ni de votre blót. J’aime te parler que ce soit ici ou à la maison. »

 Chap. 3

 

Síðan brenndu þeir bæinn á Framnesi. Eptir þat keyptu þeir at fjölkunnigum konum, at þær gerði æðiveðr at þeim Friðþjófi ok mönnum hans.

 

Ils [les frères ] ont alors brûlé la ferme à Framness. Ensuite ils ont acheté de très-savantes (sorcières) femmes afin qu'elles invoquent un vent furieux contre Friðþjófr et ses hommes….

 

Síðan fór Friðþjófr upp í tré ok kom ofan aptr ok mælti: " ek mjök kynliga sýn. Hvalr einn liggr í hring um skip várt, ok vér eigum landa ván nær oss, ok get ek hann vilji banna oss landit, . Tvær konur ek á baki hvalnum gera oss fararbann. munu vér til hætta, hvárt meira gifta vár eða trölldómr þeira, ok stýrum at þeim. " Ok þá kvað hann vísu:

 

Alors Friðþjófr est monté en haut du mât et en redescendant, il dit : « Je vois maintenant un spectacle très étrange. « Une baleine nage en rond autour de nous, et je me doute que nous devions approcher de la terre ferme, et elles veulent nous empêcher de la rejoindre car il y a deux femmes que je vois sur le dos des baleines, elles bloquent notre voie. Maintenant nous verrons qui sera le meilleur, ma chance ou leur ‘trollité’, et nous nous dirigerons droit sur elles. »… "

(même stanza que dans la version de longue :)  " ek tröllkonur etc.

 

Síðan eggjaði hann fast sína menn, ok kóm svá at með frækleik hans, at þeir brutu hrygg ok leggi í hvárritveggi hamhleypunni. Síðan kyrrði sjóinn

 

Immédiatement il  encouragea ses hommes, et il arriva que, par sa valeur, ils cassèrent l'épine dorsale et les jambes de ces projeteuses de forme à cheval sur les baleines. La mer se calma immédiatement … [Notez que dans cette saga, on ne parle pas de la magie du héros pour expliquer qu’il s’en soit sorti.]

 

Chap. 4

er at segja frá því, at Hringr konungr kom til veizlunnar ok gekk at brúðhlaupi sínu, en þat hafði orðit til tíðenda, at inar fjölkunnigu konur höfðu fallit ofan at seiðhjalli sínum.

Maintenant il y a lieu de dire de que le Roi Hringr [le futur mari d'Ingibjörg ] est venu à la fête et qu’il vint sa fête de mariage, et on a signalé que ces femmes très-savantes (sorcières) étaient tombées de leur plateforme de seiðr.

Hann spurði þá at, hvar konungarnir váru, en honum var sagt, at þeir væri í Baldrshaga ok blótuðu goð sín.

¶Il Il demanda où les rois étaient, et on lui répondit qu'ils étaient dans le pâturage de Baldr et faisaient un blót à leur dieu.

 

Víglundar saga

 

Chap. 12

 

Kjölvör hét kona er bjó í Hraunskarði. Hún var fjölkunnig mjög og öllu illa fallin, harðla óvinsæl við alþýðu manna

Þau mæðgin öll saman, Þorbjörg, Jökull og Einar, keyptu Kjölvöru og gáfu henni til hundrað silfurs hún skyldi fyrirkoma þeim bræðrum Víglundi og Trausta með einhverjum gerningum eftir því sem hún sæi ráð

 

Une femme vivant à Hraunskarðr s’appelait Kjölvör. Elle était très-savante (sorcière) et totalement adonnée au mal, elle était considérée ‘non-amicalement’ par chacun.

Eux, la mère et les fils tous ensemble, Þorbjörg, Jökull et Einar ont acheté Kjölvör et lui ont donné cent pièces en argent pour détruire les frères Víglundr et Trausti par les moyens qui lui puissent lui plaire ……

 

 Það bar til liðsmenn hans báðir sýktust um haustið af göldrum KjölvararAllt vissi Kjölvör þetta og fór upp á hús og veifði kofra sínum í austurætt og þykknaði skjótt veðrið.

 

Il est arrivé en automne que ses deux matelots fussent malades à cause du galdr de KjölvörKjölvör a su tout ceci et est montée en haut sur la maison et a secoué son capuchon en direction de l'est et d'un seul coup le temps est devenu mauvais…

 

Víglundrrær svo sterklega hann nær landi

Víglundr… a ramé si vigoureusement qu'ils ont atteint la terre…  [notez que dans cette saga, il est spécifié que le héros s’en sort sans employer sa propre magie].