Hávamál 36-41
(Sur la possession de biens matériels)
********* 36.
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Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
Bú er betra, Une habitation est mieux
þótt lítit sé, bien que petite soit
halr er heima hverr; homme est chez lui chacun; [chaque homme est dans son ‘home’]
þótt tvær geitr eigi bien que deux chèvres il ait
ok taugreftan sal, et cordage-couverte demeure, [une demeure au toit fait de cordes]
þat er þó betra en bæn. cela est néanmoins mieux qu’une prière [mendier].
Commentaire:
Du moment qu’aucune émendation n’est satisfaisante (voir Evans), il vaut mieux garder le texte, même s’il semble ne pas obéir aux règles de la poésie scaldique.
Si humble qu’il soit, mon chez moi, c’est chez moi.
Commentaires de Evans
2 n’a pas
d’allitération. .. (Par conséquent) la supposition que 1-2 sont un vieux proverbe incorporé sans
changement dans la poésie et… suggère que lítit présente une sens si parfait
(ce qui est assez vrai) que le poète a décidé pour une fois de se passer d'allitération. Mais le manque de parallèles rend ceci invraisemblable. Aucune correction
complètement convaincante, cependant, n'a été encore avancée. Parmi les substitutions
suggérées pour lítit , il y a :
búkot …, borlítit …, bjarglítit (…trouvé seulement en islandais moderne) , búð … þόt séi bragðlítit , Bú, þόtt sé lítit,
betra er, … en biðja
sé, (ce qui réécrit plutôt que de modifier) …
5 taugreptan (seulement ici) se rapporte évidemment à une maison dont raptar les combles 'sont de taug, cordes … au lieu de bois. Pour la caractérisation du type le plus bas de maison, comparez avec Rígsþula, là où þræll et þír élèvent des porcs et des chèvres (12) tandis que le fermier Karl est dépeint comme élevant des bœufs et construisant des bâtiments de bois (22).
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Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
Bú er betra, Une habitation est mieux
þótt lítit sé, bien que petite soit
halr er heima hverr; homme est chez lui chacun; [chaque homme est dans son ‘home’]
blóðugt er hjarta saignant est le cœur
þeim er biðja skal de celui qui mendier doit
sér í mál hvert matar. pour soi en temps [aux temps où] quelqu’un il nourrit. [dans ces temps où il doit nourrir quelqu’un.]
Commentaire:
Le texte est clair sauf la dernière ligne toujours traduite de sorte qu’on comprenne que l’homme se nourrit lui-même alors que le texte, avec son hvert au neutre (nominatif ou accusatif – ce dernier ici) désigne clairement un sorte de ‘qui que ce soit’, lui-même et ses proches.
********* 38.
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Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
38.
Vápnum sínum Des armes siennes
skal-a maðr velli á doit-non l’humain le terrain sur [sur le terrain; velli = dat. of völlr]
feti ganga framar, un pied aller plus loin,
því at óvíst er at vita parce que ‘à’ non-certain [ou non-sage] est ‘à’ connaître
nær verðr á vegum úti près de devient sur les voies au-dehors [sur les ‘grands chemins’]
geirs um þörf guma. de la lance au sujet du besoin de l’homme.
[(1ère moitié) De ses armes, l’humain ne doit pas, sur le terrain, s’éloigner d’un pied, (2ème moitié) parce qu’il n’est pas certain de connaître combien proche, sur les grands chemins, est le besoin de l’homme d’une lance.]
Commentaire:
Nous vivons dans un monde dangereux.
Commentaires de Evans
38
2 velli
á
probablement ne signifie rien de plus que ‘au dehors’ (surement pas ‘sur le
champ de bataille’ comme suggère Holtsmark 4, 147).
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Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
La notation [OU : x, y, z] signifie que selon le manuscrit (comme donné par Gering, 1904) on peut lire x ou y ou z. Ce n’est pas une question d’éditeur qui choisit de lire ceci ou cela, comme Evans le signale si souvent ! C’est ce qu’il nous reste, et il nous faut faire avec.
39.
Fannk-a ek mildan mann J’ai trouvé-non je le doux [ou magnanime ] humain
eða svá matar góðan, ou ainsi il nourrit (un autre, un malade) (peut-être : en voulant afficher sa) bonté
at [OU: væri-t væria, væri] þiggja þegit, à fût (OU : -non) [imparfait du subj.] recevoir [ou accepter] il se tait [il ‘se tait’ à accepter = il accepte sans discuter. Le vers entier : il n’est pas à se taire pour accepter = il dit sa reconnaissance pour accepter (OU il dit son refus d’accepter), OU encore (si la négation –t est absente : il est à se taire pour accepter = il est silencieux quand il accepte]
eða síns féar ou de sienne richesse
svági [OU: gjöflan, glöggvan, örvan], pas tellement [OU : généreux, radin, ouvert à]
at leið sé laun, ef þægi. à la voie soit récompenses [il est ‘en chemin pour’ = ouvert à ], s’il reçût [ou acceptât, imparfait du subj.].
[Je
n’ai jamais trouvé personne qui soit magnanime – ou qui nourrisse
‘charitablement’ les autres – et qui remercie (ou refuse, OU se taise) s’il
reçoit quelque chose, ou qui soit beaucoup, de (sa) richesse, (OU radin,
généreux, ouvert à) en matière de récompenses.]
Commentaire:
Les diverses versions existantes de cette strophe se contredisent plus ou moins, il est évidemment difficile d’en tirer une conclusion.
Les traducteurs n’insistent pas sur la subtilité du sens de l’adjectif góðr. Bien entendu, il signifie ‘bon, riche’ mais il peut être aussi légèrement ironique. Par exemple, góðr matar a le sens de « il est un bon hôte qui nourrit bien ses invités » mais sous-entend aussi que l’hôte tient à être considéré comme bon (il aime à se monter un bon hôte).
Mon interprétation du Hávamál est toujours un peu sévère, si bien que j’ai tendance à croire que la strophe critique de bout en bout l’homme généreux : il frime à jouer l’hôte bienveillant. Certes, il remercie quand il reçoit quelque chose, mais il est radin en matière de récompenses.
Commentaires de Evans
39
1-2
… (On) note des expressions similaires sur les épitaphes runiques
suédoises: …
quatre fils ont dressé une Pierre en la mémoire de leur père Dómara, mildan orða ok matar góðan, et … mildan við sinna ok matar góðan. Ces deux inscriptions sont en vers.
3 La plupart des universitaires
prennent ce vers comme présentant l’idée que ‘il n’acceptera pas un don qui lui
serait offert’ ... Mais ce n’est guère la conséquence de 1-2 (car ils ne dénigrent pas la of a générosité d’un home
qui est aussi capable d’accepter un don) et … il est dur comment un tel sens peut se
déduire du texte. 1-3 devraient plutôt
signifier: ‘Je n’ai jamais rencontré un homme si généreux ou tellement prêt à distribuer de la
nourriture que þiggja ne soit pas
þegit, qu’accepter
ne soit pas (reconnu comme)
accepté, c. à d. que l’acceptation (de son hospitalité) ne soit pas (à ses yeux) un don (et donc exigeant
paiement)’.
5 … le sens général de 4-5 doit être quelque chose comme ‘ou si
généreux de son argent’. La plupart des éditeurs insèrent gjöflan,
d’autres örvan, mais ils laissent ou
non le –gi [YK : suffixe négatif]
…
********* 40.
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Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
40.
Féar síns De sa richesse
er fengit hefr que ‘pour obtenir’ [forme gram. = supin] il élève
skyli-t maðr þörf þola; ne devrait pas l’humain le besoin endurer;
[Le besoin de ses richesses qu’il/elle a bâties pour les obtenir, l’humain ne devrait pas endurer (ou supporter)]
oft sparir leiðum souvent il/elle économise pour le déplaisant
þats hefr ljúfum hugat; ce qu’il/elle élève pour le chéri (était) pensé.
[Souvent ce qu’on pensait épargner pour le chéri (va au) déplaisant;]
margt gengr verr en varir. beaucoup va pire que l’on (en est) conscient.
Commentaire:
Vous verrez que ma compréhension de la première moitié de cette strophe est très proche de celle d’Evans.
Féars sins est un génitif évident (un complément de nom) le nom qu’il complémente ne peut être que maðr ou þörf. Un ‘homme de sa richesse’ ne fait guère sens, alors qu’un ‘besoin de sa richesse’ est évident.
Dans la ligne 3, fengit ne peut être un neutre puisqu’il n’y a pas d’autre mot neutre auquel il peut être associé, donc la forme du supin est certaine. Ma traduction suit évidemment de ces deux remarques et personne ne peut comprendre autre chose que « Celui qui acquis une grande richesse ne doit pas se laisser dévorer par elle. »
Boyer dit “De son argent / Et de ce qu'on a reçu, / On ne devrait pas se refuser de jouir, » ce qui signifie « le riche doit profiter de sa richesse ». La traduction classique de Bellows dit : « If wealth a man | has won for himself, / Let him never suffer in need; (Si richesse un homme a gagné pour soi / qu’il ne souffre jamais du besoin).» Ceci signifie : « Celui qui a gagné une fortune ne doit manquer de rien. »
Il est remarquable que tous les deux ne comprennent pas cette première
moitié de la strophe.
Commentaires de Evans
40
Von See 2, 11-12 croit que le sens de 1-3 est ‘Soit généreux
(envers les autres)’. Mais ‘on ne devrait pas
supporter d’avoir besoin de son argent, celui qu’on a acquis’ serait une
façon très tortueuse, même impossible, d’exprimer cette notion simple, et il
est inexact, comme il le prétend, que 4-5 impose cette interprétation. Le sens
est plutôt ‘N’hésitez pas à utiliser votre argent; car, après tout, si vous
l’économisez, il peut tomber entre les mains de quelqu’un que vous n’auriez pas
choisi’.
********* 41.
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Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
Vápnum ok váðum Armes et vêtements [si váð; ou dangers si váði les deux donnent váðum]
skulu vinir gleðjask; doivent amis se réjouir;
þat er á sjálfum sýnst; qu’est sur soi-même le plus visible.
viðurgefendr ok endrgefendr ‘en-retour’-donnants et re-donnants
erusk lengst vinir, sont eux-mêmes les plus longs amis
ef þat bíðr at verða vel. Si cela mendie d’être bien.
Commentaire:
Le mot sýnn signifie ‘visible, évident’ (comme le traduit Boyer) mais Cleasby-Vigfusson croit nécessaire de proposer le sens de ‘sightly’ (agréable à regarder) juste pour ce vers. Pour une fois, cela me paraît une pure invention faite pour donner ‘du charme’ à un vers qui n’en n’a pas besoin.
La discussion de Evans autour de viðurgefendr ok endrgefendr me paraît déplacée. Ce qui donne de la noblesse à cette expression, c’est le Hávamál et non pas un proverbe qui en est visiblement tiré. Le sens de cette expression est d’ailleurs clair : il décrit ceux qui ‘donnent en retour’ et qui n’ont pas peur de re-donner encore (au lieu de ce considérer comme quittes par leur premier don en retour).
L’expression ‘si cela se mendie d’être bien’ me
paraît mal traduite par Boyer (« Si
le temps leur en est laissé ») alors que Bellows
qui traduit : « If fair their
fates may be (‘Si convenables leurs destins peuvent être’) ».
Cela rend mieux la majesté de cette expression qui dit que l’on mendie son
temps convenable et qui fait donc une allusion aux Nornes
auprès de qui on peut « mendier du temps. » Pour reprendre Boyer, on
dirait au moins « Si un temps convenable leur est accordé » bien que
l’humilité associée à la mendicité soit encore oubliée.
Commentaires de Evans
41
3 ‘Ceci est le plus visible sur
soi-même ou ’.
. . sur eux- mêmes (sjálfum peut être sg. ou pl.). Que cela signifie-t-il? Richert
8-9 l’a compris comme ‘On connaît mieux au travers de sa propre expérience’, et ceci a été largement suivi
… Ceci vient de Sveinbjorn
Egilsson : ‘hæc (arma vestesque) in ipsis
sunt maxime conspicua’,
et est beaucoup plus plausible; … compare Haraldskvaeði:
á gerðum sér þeira / ok á gullbaugum / at þeir eru í kunnleikum
við konung ‘On voit par leur accoutrement et
leurs anneaux d’or qu’ils sont en
familiers termes familiers avec le roi … Þat
réfère au contenu total de 1-2: l’idée
est que des cadeaux réciproquement
échangés qu’ils portent sur leurs corps produit le témoignage la plus manifeste
de leur générosité mutuelle.
4-5 … ont éliminé ok endrgefendr
comme tautologique … Mais Matras a attiré l’attention sur un proverbe des
Faeroe recueilli par Svabo (1746-1824): Endigjeer o viigjeer eru laangstir Vinir,
ce que Matras rend en ‘forme norroise normalisée’ comme endrgerð ok vibrgerð eru lengstir
vinir. Svabo avait
traduit le proverbe comme ‘… officia redintegrata amicitiam diutissime conservant’.