Hávamál 42-46
(sur les amis)
********* 42.
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Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
Hávamál
strophe 42
Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
42.
Vin sínum Ami à lui [De son ami]
skal maðr vinr vera doit l’humain ami être
ok gjalda gjöf við gjöf; et rendre don avec don ;
hlátr við hlátri rire avec rire
skyli hölðar taka doivent les ‘propriétaires-par-héritage’ saisir
en lausung við lygi. mais fausseté avec mensonge.
Traduction de Boyer :
42. De son ami
On doit être l'ami
Et rendre don pour don;
Entre les hommes,
Rire pour rire,
Mais fausseté pour fourbe.
Commentaire:
Le mot hlátr signifie exactement ‘le rire’. On l’utilise souvent avec le
sens de ‘rire légèrement agressif’.
Le mot höldr est un
terme de loi. Il désigne quelqu’un qui possède des terres héritées de ses
ancêtres.
Le verbe taka signifie ‘prendre’.
Il a cependant une connotation de rapidité comme dans ‘saisir’ ou ‘attraper’
Les deux, lausung et lygi signifient fausseté. Le second peut
aussi signifier ‘un mensonge’.
Le sens général, pour une fois, est évident.
Plusieurs autres strophes nous ont mis en garde conte les faux amis qui trompent facilement le ‘non sage’. Le “rendu” de la troisième ligne est une façon simple de montrer une amitié sincère. Cela nous dit: si quelqu’un que croyez un ami rechigne à vous “rendre un don”, acceptez d’avoir été idiot de l’avoir pris pour ami.
La seconde moitié passé de l’amitié à l’inimitié. Rire ensemble est une marque d’amitié et une compétition amicale de mots d’esprit est un délice. Mais une certaine hostilité se manifeste aussi par le rire. Hostile ou ironique, on répond au rire en surenchérissant sur l’ironie de son adversaire. Quand vous rencontrez une hostilité déclarée (de la fausseté), n’hésitez pas en surenchérir sur le mensonge de votre ennemi.
********* 37.
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Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
Bú er betra, Une habitation est mieux
þótt lítit sé, bien que petite soit
halr er heima hverr; homme est chez lui chacun; [chaque homme est dans son ‘home’]
blóðugt er hjarta saignant est le cœur
þeim er biðja skal de celui qui mendier doit
sér í mál hvert matar. pour soi en temps [aux temps où] quelqu’un il nourrit. [dans ces temps où il doit nourrir quelqu’un.]
Commentaire:
Le texte est clair sauf la dernière ligne toujours traduite de sorte qu’on comprenne que l’homme se nourrit lui-même alors que le texte, avec son hvert au neutre (nominatif ou accusatif – ce dernier ici) désigne clairement un sorte de ‘qui que ce soit’, lui-même et ses proches.
********* 43.
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Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
43.
Vin sínum Pour l’ami sien
skal maðr vinr vera,
doit l’humain l’ami être,
þeim ok þess vin;
à son et de son ami;
[Un humain
doit être un ami, (avoir
amitié) pour son ami, et (être
l’ami) de son ami. (Autrement dit le troisème vers exprime que: l’amitié doit aller aussi bien de l’un
vers l’autre que de l’autre vers l’un.)]
en óvinar
síns mais de non-ami son [son ennemi]
skyli engi maðr devrait non pas l’humain
vinar vinr vera. de l’ami l’ami être.
[Mais l’humain ne devrait pas être l’ami
de l’ami de son ennemi.]
Traduction de Boyer
43. De son ami
On doit être l'ami,
De lui et de ses amis;
Mais de son ennemi
Nul ne devrait
Être l'ami de l'ami.
Commentaire:
La virtuosité du style masque un peu la simplicité du message qui sera repris dans la strophe suivante : l’amitié ne peut être à sens unique, c’est un sentiment réciproque.
********* 44.
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Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
44.
Veiztu, ef þú vin átt, Sais-tu, si tu un ami possèdes
þann er þú vel trúir, celui-ci qui tu bien aies confiance
ok vilt þú af hánum gótt geta, et veux tu de lui du bon obtenir [‘du bien’ en général, pas ‘des biens matériels’]
geði skaltu við þann blanda en esprit dois-tu avec lui (te) mélanger
ok gjöfum skipta, et des cadeaux échanger
fara at finna oft. voyager pour le rencontrer souvent.
Traduction
de Boyer
44. Vois-tu, si tu as un ami
En qui tu aies bien confiance
Et veux qu'il te fasse du bien,
Tu dois avec lui mêler ton âme
Et échanger des cadeaux,
Aller le trouver souvent.
Commentaire:
Le sens prosaïque est évident. Le « mêler ton âme » de Boyer donne une dimension mystique à cette opération, qui n’est pas explicite dans le texte. Notez bien que ce ‘mélange’ est la condition à laquelle l’amitié nous fait « obtenir du bien ». C’est en effet une condition que nous n’envisageons pas dans le monde moderne.
Dans un contexte chamanique, ce ‘mélange des âmes’, ces ‘voyages pour se rencontrer’ n’ont plus rien de si extraordinaire. Il ne faut jamais oublier qu’ Ódhinn est un maître du seidhr et ses paroles en apparence anodines peuvent cacher un enseignement de cette technique chamanique.
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45. **************
Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
45.
Ef þú átt annan, Si tu traites (=tu dois traiter) avec un autre
þanns þú illa trúir, celui que tu mal ‘avoir confiance’ [celui en qui tu n’as pas confiance]
vildu af hánum þó gótt geta, veuilles-tu de lui cependant ‘du bon’ obtenir [comme dans 44 : ‘du bien’ en général, pas ‘des biens matériels’]
fagrt skaltu við þann mæla bellement vas-tu avec lui parler
en flátt hyggja mais ‘de façon béante’ penser [avoir une pensée à trappes]
ok gjalda lausung við lygi. et fournir (payer, rétribuer) fausseté avec un mensonge.
Traduction de Bellows
45.
S’il en est un autre | en qui tu n’as guère confiance
Cependant tu cherches à obtenir de lui ‘du bon’
Tu lui parleras bellement | mais penseras faussement
Et venge fraude par fourberie.
Ex-Traduction de Boyer
Mon but
n’est pas de vous fournir une copie gratuite du livre de Boyer sur l’Edda.
Achetez-le donc si le Hávamál vous intéresse vraiment. Je vous donnerai la
traduction (en Français par mes soins) de Bellows qui
est dans le domaine public et qui est excellente.
Dorénavant, je ne citerai Boyer que lorsque ma traduction sera très différente de la sienne, ici, par exemple : 45, vers 1 et 5 « Si tu en as un autre … Mais tiens-le pour faux … » Comme le traduit Bellows, le texte ne dit pas que c’est l’autre qui est ‘faux’ mais que c’est sa propre pensée qui doit être ‘pleine de trous’ (= pleine de trappes).
Commentaire:
On passe des amis aux faux-amis. La constante, on pourrait presque dire l’obsession c’est qu’il faut ‘ré-attribuer’ ce qu’on a reçu. Quand il s’agit de vrais amis, on rétribue sincèrement et quand c’est un faux ami, on le rétribue à la mesure de sa fausseté.
L’adjectif flár (ici sous sa forme neutre flátt) signifie ‘béant’. L’expression ‘penser de façon béante’, dans ce contexte, signifie clairement que ces ‘béances’ ne sont pas des zones de non pensée, mais des trappes dans lesquelles l’autre doit tomber. Tout compte fait, le texte veut dire que, face à des non amis, on doit parler en recherchant une forme attirante, mais que, pour le fond, on peut y mettre tous les pièges que l’on désire. En gros, cela décrit la parole des hommes politiques.
************** 46. **************
Texte et traduction mot à mot en
pseudo-français :
46.
Það er enn of þann Alors est encore de lui
er þú illa trúir que tu mal ‘avoir confiance’ [celui en qui tu n’as pas confiance]
ok þér er grunr at hans geði: et à toi est suspicion à son esprit :
hlæja skaltu við þeim rire vas-tu avec eux
ok um hug mæla; et au sujet de l’esprit parler ;
glík skulu gjöld gjöfum. imite (tu)
vas le remboursement aux dons. [le remboursement
va être à la mesure des donc (que tu as reçus)]
Traduction de Bellows
Ainsi en est-il avec lui | en qui tu n’as guère confiance
Et dont l’esprit peut t’être mal connu ;
Rire avec lui tu peux | mais ne lui ouvre pas ta pensée
Comme un don que tu lui fais.
Ex-Traduction de Boyer (2ème et dernière annonce)
Mon but
n’est pas de vous fournir une copie gratuite du livre de Boyer sur l’Edda.
Achetez-le donc si le Hávamál vous intéresse vraiment. Je vous donnerai la
traduction (en Français par mes soins) de Bellows qui
est dans le domaine public et qui est excellente.
Dorénavant,
je ne citerai Boyer que lorsque ma traduction sera très différente de la
sienne, ici, par exemple : s.46,
vers 5 et 6: « … mais ne lui
ouvre pas ta pensée; Tel don, telle
récompense. » Bellows et Boyer traduisent le
vers 5 par une recommandation à fermer sa pensée alors que le texte dit
clairement que, au contraire, on peut dire sa pensée. Dans le dernier vers, le
mot gjöld ne désigne pas un don mais un
remboursement. La traduction de Bellows déraille
aussi dans ce dernier vers : ouvrir sa pensée n’est pas un don.
En fait ce dernier vers reprend celui de 45 sous une forme différente.
Commentaire:
Il est assez frappant qu’Ódhinn recommande une forme d’hypocrisie avec ceux en qui on n’a pas confiance. Tu peux rire et discuter sans contrainte avec eux, pourvu que saches ‘rembourser’ leur mauvaise foi. Avec un vrai ami, on partage ses idées (strophe 44) avec un faux ami, on expose ses idées, si l’on veut.