Hávamál 47-52

 

Sur l’hulanité

 

 

************** 47. **************

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

47.

Ungr var ek forðum,              Jeune fus-je autrefois,

fór ek einn saman:                  voyageais-je un ensemble: [seul avec moi-même]

þá varð ek villr vega; ainsi devins-je [j’ai pris] un mauvais chemin;

auðigr þóttumk,                      riche pensai-je moi-même [je me pensai riche, j’osai me croire riche]

er ek annan fann;                   (de ce) que je un autre trouvai;

Maðr er manns gaman.          L’humain est de l’humain le plaisir.

 

Traduction de Bellows

 

47. Je fus jeune autrefois  | et j’errais seul

Et je ne connaissais rien de la route ;

Riche je me sentis  | quand je trouvai un camarade,

Car l’homme est le délice de l’homme.

 

Commentaire:

Cette strophe est célèbre et dit bien ce qu’elle veut dire, après tout.

 

Commentaires de Evans:

47

          6 pourrait être un proverbe; on le trouve aussi dans les  poèmes runiques islandais …, bien que  ces poèmes datent du Moyen âge tardif et que l’interaction ait pu prendre place dans l’autre sens.

[Note YK : en tous cas, c’est devenu un proverbe]

 

************** 48. **************

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

Mildir, fræknir                        Doux [généreux], courageux [solides]

menn bazt lifa,                        humains le meilleur vivent,

sjaldan sút ala;                       rarement la peine [la douleur mentale] ils portent;

en ósnjallr maðr                     mais le non-courageux (ou non-excellent)  humain

uggir hotvetna,                       il craint tout et n’importe quoi

sýtir æ glöggr við gjöfum.      il gémit sans cesse intelligent [ici= pingre, chiche] avec les dons.

 

Traduction de Bellows

 

48. Les vies du brave | et du noble sont les meilleures,

Tristesse, rarement ils nourrissent;

Mais le lâche la peur  | de toute chose ressent,

Et le pingre donne sans joie.

 

Commentaire:

Il se trouve que les adjectifs mildr et frækn ont deux sens assez différents. Je suppose que le poète a utilisé volontairement ces mots, afin de cerner au plus près ceux qui ont la meilleure vie.  Leur stabilité d’esprit est aussi assurée, au contraire de celle des ‘non-excellents’ qui sont craintifs, geignards et pingres.

Le sens propre du mot glöggr est ‘celui qui a une bonne vue’ et c’est par métaphore qu’il signifie soit intelligent, aigu (l’esprit), soit pingre. Le commentaire de Evans me paraît donc absolument pertinent : il a une bonne vue et donc il peut voir la coût réel de recevoir un cadeau.

 

Commentaires de Evans:

48

          4 ósnjallr se trouve aussi dans 16. Ici, il est opposé à mildir, froeknir menn. ‘Lâche’ semble ce qui est impliqué, bien que certains traduisent par ‘insensé’ ; le positif snjallr peut signifier à la fois ‘fier’ et ‘sage'.

            6 est rendu par Bellows comme ‘Et le pingre donne sans joie’ … Ceci est probablement faux ; il est plus probable que cela signifie ‘le pingre craint les échanges de dons’, c'est-à-dire qu’il ne veut en recevoir de peur d’avoir à faire lui-même des dons en retour …

 

************** 49. **************

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

49.

Váðir mínar                Vêtements miens

gaf ek velli at                          donnai je ‘sur le champ’

tveim trémönnum;                  à deux faits_de_bois-humains ;

rekkar þat þóttusk,                  droits ceux-ci sentent-eux_mêmes

er þeir rift [ript] höfðu;           qui ‘à eux’ blouson possédèrent;

neiss er nökkviðr halr.            honteux est  le dénudé [nakinn-viðr = nu-arbre] homme.

 

Traduction de Bellows

 

49. Mes vêtements autrefois | dans un champ j’ai donné

A une paire de pieux gravés;

Héros semblaient-ils | quand ils eurent des vêtements,

Mais l’homme nu n’est rien du tout. 

 

 

Commentaire:

 

Comme dit Evans on ‘attend’ un á mais puisqu’il y a un at, c’est que le scalde n’a pas voulu dire simplement ‘dans le terrain’ mais rajouter l’idée spatiale de présence et l’idée temporelle de simultanéité. ‘Sur le champ’ en Français rend sans doute au mieux cette idée si on conserve dans sa tête ensemble le sens propre et le figuré.

Le nom rekkr et l’adjectif rakkr rendent l’idée de ‘se tenir droit’. On pourrait dire en Français : « avec bonne raison, droit dans ses bottes ». En langage familier, on dirait d’un rekkr, que c’est ‘un type bien’.

Je suis très étonné que personne n’ai glosé sur nökkviðr. Normalement, quand on met deux ‘k’ le mot nökkvi signifie ‘un tronc d’arbre évidé’ pour désigner une petite embarcation. C’est nakinn ou naktr qui signifie ‘nu’. Le mot viðr, même si cela est une étymologie fantaisiste évoque irrésistiblement un arbre. C’est pourquoi j’ai traduit plutôt par ‘dénudé’ pour évoquer aussi un arbre privé de feuilles. Nous disons « nu comme un ver » ce qui ne traduit pas du tout l’esprit Vieux Norrois. Le ‘ver’ c’est le dragon, le serpent furieux qui fait penser à Nidhöggr, pas à la nudité du tout. Le mot viðr est, en Vieux Norrois, quasiment un heiti (= mot utilisé à la place d’un autre) systématique pour ‘un humain’. L’image que ce mot évoque est donc bien celle de l’arbre privé de feuilles. «On pourrait traduire ce dernier vers par : « L’homme dévêtu semble honteux comme un arbre qui a perdu ses feuilles. »

 

Commentaires de Evans:

49

          2 velli at: si ceci signifie ‘dans un champ’, comme le pensent de nombreux éditeurs, nous pouvons citer hrafn at meiði Brót 5 comme un proche parallèle à l’utilisation de at, bien que nous devions attendre plutôt un  á, comme dans 38. M. Olsen 7,20, comparant st. 10-11 ci-dessus, argumente en faveur du  sens ‘traverser un endroit ouvert’.

          3 trémönnum - images d’hommes gravées dans le bois. CPB 460 suggère qu’il s’agissait de panneaux indicateurs, mais leur existence n’est pas attestée en  Scandinavie primitive. Ailleurs, trémaðr semble toujours une fonction cultuelle ou magique: dans Þorleifs þáttr jarlsskálds (IF IX 225ff.) Hákon jarl construit un trémmaðr dans lequel est inséré le cœur d’un cadavre récent, lequel fonctionne alors comme un robot, et dans Flat. I 403 Óláfr Tryggvason parle d’une idole de Freyr vénérée par les þroendir comme eigi kvikr maðr, heldr einn trémaðr – un des deux trémenn que, explique-t-il, les suédois avaient enterrés avec leur roi mort Freyr et qu’ils ensuite ont exhumé et vénéré.  Dans le dernier chapitre de Ragnars saga loðbrókar, nous apprenons comment Ögmundr arrive avec 5 bateaux à  Sámsey, et que quelques unes de ses hommes vont dans les bois où ils tombent sur einn trémann fornan, de 40 ‘ells’ [115 cm] de haut et couvert de mousse.  Ils se demandent qui a pu vénérer  þetta it mikla goð. Ok þá kveðr trémanðrinn, et suivent 3 strophes (voir aussi s. 50). Le voyageur arabe Ibn Fadlan, décrivant les Rus (vikings suédois) de la Volga moyenne qu’il rencontra en 921-2, dit comment ils se prosternent  en vénérant « un long morceau de bois vertical qui un visage humain … entouré de petites formes (idoles) », et en leur sacrifiant des moutons et du bétail …

          5 ript ‘tissu, vêtement’, seulement ici et dans une strophe de Ólafr hvítaskáld, qui utilise vinda ript comme kenning de ‘voile’ [‘le tissu du vent’]; c’est aussi le deuxième élément de valaript Sigsk. 66 et de lérept ‘toile de lin’ (< lín + ript). Une forme dérivée ripti se trouve quelques fois. Ce mot existe encore dans les  dialectes norvégiens modernes : ryft, rift, ryjte etc. … et a la même étymologie dans  le Vieil Anglais rift, rifte ‘manteau, rideau, voile’.

   6 neiss ici seulement en poésie, mais rencontré dans deux  passages en prose (voir  Fritzner 2 à hneiss); se rencontre aussi dans une des associations allitératives avec la nudité … [ceci veut simplement dire que l’idée de ‘honte’ est plusieurs fois associée à l’idée de nudité.]

Le sens général de la strophe rend l’idée de  ‘les vêtements font l’homme’ ….

 

************** 50. **************

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

50.

Hrörnar þöll                           Dépérit la jeune pousse de pin

er stendr þorpi á,               elle qui s’élève village dans [dans un village]

hlýr-at henni börkrbarr;   protège-non ‘à elle’ écorce ni aiguilles;

svá er maðr,                           ainsi est l’humain,

er manngi ann.                  celui qui personne (ne) soutient.

Hvat skal hann lengi lifa?       Comment [ou pourquoi] doit il longtemps vivre?

 

Traduction de Bellows

50. À flanc de triste colline | meurt le pin,

Toutes vaines ses épines et son écorce;

Il est comme un homme | que nul n’aime, -

Pourquoi devrait sa vie durer?

(original en Anglais:)

50. On the hillside drear | the fir-tree dies,

All bootless its needles and bark;

It is like a man | whom no one loves,--

Why should his life be long?

 

Traduction de Boyer

 

50. Dépérit le jeune pin

Qui se dresse en lieu sans abri

Ne l'abritent écorce ni aiguilles; Ainsi l'homme

Que n'aime personne

Pourquoi vivrait-il longtemps?

 

Commentaires:

 

En réalité, je ne fais que suivre la remarque de bon sens d’Evans (voir ci-dessous), qui inspire une traduction en partie opposée à celles des traductions classiques.

 

Sur þorp. Ce mot signifie toujours ‘village’ en Vieux Norrois. L’étymologie (de Vries) propose un deuxième sens tiré d’une autre étymologie que celle de ‘village’, mais aussi possible. Cette autre étymologie évoque l’idée de multitude, d’entassement ce qui s’accorde en effet à l’idée de village mais pas du tout à celle d’un ‘lieu sans abri’. Donc, toutes traductions qui voient le pin dans un endroit sauvage, sans abri, etc. n’imaginent pas un pin, un arbre, mais un humain qui lui, en effet, n’est pas adapté à la vie sauvage. C’est ce qu’on appelle de l’anthropomorphisme (= voir des humains partout sans raison) qui a conduit les traducteurs à suggérer que le pin vit dans un environnement rude pour les humains, ce à quoi, au contraire, un pin est bien adapté, protégé des climats runes par «écorce ET aiguilles». L’homme est bien adapté à vivre dans un environnement d’autres humains, un village par exemple. Comme le pin dépérit quand il est isolé au milieu des humains, l’humain dépérit quand il est, de fait, isolé au milieu des humains.

 

Sur anna. Le verbe  est un des ces verbes irréguliers qui fait ann à la 3ème personne du présent indicatif. Il ne signifie en rien ‘aimer’ mais ‘recevoir un support’ ou ‘être aidé’. Mais, dans la mesure où on fait un contre-sens sur þorp, alors on souligne la solitude du pin et donc on invente un sens qui colle mieux à la solitude, le ‘manque d’amour’.

 

Sur hvat. Ce mot a de nombreux sens, parmi lesquels, les plus probables ici sont ‘pourquoi’ ou ‘comment’. Toujours dans l’idée de ce pauvre pin sur une lande désolée, on se demande quelle raison (pourquoi ?) aurait-il de continuer à vivre. Si, au contraire, on voit une jeune pousse de pin maltraitée par son environnement, alors on ne se demande pas le pourquoi, mais comment a-t-elle bien pu survivre dans un tel environnement. Encore une fois, Evans a bien raison.

 

Le sens de cette strophe est bien celui que tout le monde comprend : l’homme isolé ne peut pas survivre. Mais l’image utilisée est l’inverse de celle qu’on ‘vue’ les traducteurs. Le jeune pin, privé des siens, privé de sa belle forêt sauvage où son écorce et ses épines le protègent depuis toujours des rigueurs du climat, ne peut se défendre contre l’agression des humains qui vivent dans le village. En somme, Ódhinn utilise ici une image écologique. Vu la mode écologique qui règne de nos jours, je suis certain que tout le monde va dire que j’ai découvert le fil à découper le beurre ! Avant de me juger ainsi, regardez combien les experts ont été désarçonnés par ce texte simple, y compris Boyer.

 

Commentaire sur mes commentaires :

 

Cet exemple est frappant de l’acharnement que les érudits mettent à faire passer leur propre vision du monde dans leurs traductions. Dans ce cas, il s’agit d’anthropomorphisme, dans de très nombreux autres cas, il s’agit de ‘rationalité chrétienne’ qui est incrustée dans notre civilisation: sa morale est fondamentalement chrétienne et elle est assoiffée de rationalité. Ni l’un ni l’autre ne sont critiquables en général, mais elles conduisent à mal traduire des textes qui ont été écrits par et pour des ‘païens irrationnels’. D’où mon essai de vous fournir une traduction ‘mot à mot’ quelque fois difficile à comprendre mais qui vous laisse libres de comprendre le Mot du Haut selon votre propre culture.

 

Commentaires de Evans (abrégés) :

 

50

 

Les sens suivants ont été proposés pour þorp ici:

(1) ‘colline rocheuse dénudée’ …

(2) ‘crête, côté rocheux d’une montagne’ …

  (3) ‘champ, zone dénudée et exposée’ …

  (4) 

  (5) ‘enclos, replis’.

  (6) ‘Habitation, ferme, village’. C’est le  sens usuel en Vieux Norrois.

L’image d’un pin solitaire sur une colline qui est évoquée par les 4 premiers sens s’oppose au bon sens botanique car les pins vivent très bien ainsi. Ils sont en mauvais état près d’une habitation quand les animaux piétinent et rongent leurs racines. …

  6 hvat probablement signifie ‘comment’, comme dans 110, plutôt que ‘pourquoi’.

Il faut remarquer que le  passage de la Ragnars saga  auquel 49 fait allusion est lié à la strophe 50 : tous deux font allusion à un homme en bois et tous deux contiennent le mot rare þorp

 

 

************** 51. **************

 

Hávamál strophe 51.

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

51.

Eldi heitari                             (Dans) un feu plus ardent

brennr með illum vinum         brûle avec les mauvais amis

friðr fimm daga,                     la paix [et, tout ensemble, la sécurité et l’amour] cinq jours,

en þá slokknar                        mais alors s’éteint

er inn sétti kemr                      cela dans le sixième (qui) vient

ok versnar allr vinskapr.        Et se dégrade toute l’amitié.

 

Traduction de Bellows

 

51. Plus chaude que feu | entre faux amis

L’amitié cinq jours brûle;

Quand le sixième jour arrive | le feu se refroidit,

Et en est fini de tout l’amour.

 

Commentaire:

Sur friðr. Ce mot signifie ‘paix’ et aucune étymologie sérieuse ne le relie à ‘amour’. Par contre, la paix, la confiance mutuelle et l’amour sont indiscutablement liés et le mot porte en effet tous ces sens à cause de son évolution linguistique, pas de son étymologie. Encore une fois, comme le poème se termine sur l’amitié (vinskapr), je suppose que les experts ont absolument voulu donner à ce mot un sens sentimental.

Sur  eldi heitari. Les traducteurs en font un nominatif alors que ces mots sont au datif. Le poète a donc pensé que la préposition ‘dans’, ou ‘par’, ou ‘avec’ était inutile ici.

Sur fimm  puis sétti. Evans est assez réservé sur cette semaine de 5 jours. Je ne sais pas si la semaine avait 5 jours ou pas, il est cependant évident qu’un laps de temps de cinq jours était de première importance dans la civilisation germanique ancienne. Ceci peut nous permettre de comprendre l’incompréhensible et célèbre chanson bretonne rapportée par la Villemarqué : « C’est nous les Duz de la nuit, aï aouta (4fois), lundi, mardi, mercredi et jeudi et vendredi. » (entendez-le en cliquant ici). Les Duz sont ce que nous appelons souvent des korrigans. Je suppose qu’elle est un reste cette de la semaine de 5 jours : si on en rajoute un, les Duz s’affolent – on les chante sur un jour qui n’existe pas pour eux.

 

Commentaires d’Evans

51

          La référence à cinq jours (comme dans 74) peut être liée au nombre important d’apparitions de cette expression dans la vieille loi norvégienne. Ceci a conduit certains à supposer que la semaine préchrétienne était de 5 jours; cf. Cl-Vig au mot  fimt. [Cl.Vig ne dit pas grand-chose de plus. Le mois était de 6 semaines. Les convocations judiciaires étaient faites ‘sous les 5 jours’ d’où le verbe fimta = convoquer.]

[Annonce: 90 dit: 1 friðr signifie ici clairement ‘amour’ comme probablement aussi  dans le Skírnismál 19 aussi dans 51. Ceci est le sens original de ce mot, cf. frjá ‘aimer’, friðill ‘amoureux’ and friðla (> frilla) ‘maîtresse’ (puis … ‘pute’, on n’arrête pas le progrès).]

 

 

************** 52. **************

 

Hávamál strophe 52.

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

52.

Mikit eitt                                 Beaucoup (à) un

skal-a manni gefa;                  doit-non un humain donner;

oft kaupir sér í litlu lof,           souvent achète à soi dans petit, la louange [ou la permission]

[souvent on achète la louange ou la permission avec peu,]

með halfum hleif                     avec une demi miche de pain

ok með höllu keri                    et avec un incliné récipient [un récipient incliné = il verse à boire à quelqu’un]

fékk ek mér félaga.                 fis je à moi un camarade.

 

[On ne doit pas donner beaucoup à l’homme, souvent on achète la louange ou la permission avec peu, je me suis  fait un companion avec une demi-miche de pain et en inclinant ma bouteille (dans son verre)]

 

Traduction de Bellows

 

52 Nulle grande chose a besoin | un homme de donner,

Souvent un peu permettra d’acquérir la louange;

Avec une demi miche de pain | et une coupe à demi pleine

Un ami entier me suis-je fait rapidement.

 

 

Commentaires

 

Sur lof. Dans la strophe 8 lof alterne avec líknstafi, d’où l’argument d’Evans. Rappelez-vous que je traduis líknstafi par « connaissance des runes » et qui n’a rien d’un sentiment si bien que cela s’accorde parfaitement à ‘louange’. Ici, c’est pire, lof alterne avec ‘camarade’, au sens de ‘camarade de luttes communes’ et le respect, la louange sont des sentiments typiques de cette camaraderie. Quant elle passe à l’amour, elle change de registre …

Sur höllu keri. J’avoue ne pas comprendre pourquoi ceci a posé un tel problème aux experts. Boyer, dans une note, dit même que ce terme est intraduisible. On pourrait dire aussi ‘en penchant la bouteille’. Nous n’avons pas d’expression pour dire ‘pencher la bouteille’ au lieu de ‘verser à boire’, mais ce serait tout à fait possible. Le glou glou du liquide qui coule constitue une sorte de signature de pacte entre le servi et le serveur. C’est ce que dit si bien le scalde.

Sur félagi. La citation de la pierre de Sjörup vous montre bien le sens de ‘compagnon d’un groupe luttant ensemble’ au mot félagi.

 

Commentaires d’Evans

52

            3 Pour la  suggestion que lof puisse ici signifier ‘amour’ means ‘love’ voir la st. 8 plus haut..

[Rappel : … ‘éloge’ et  ‘faveur, jugements amicaux’ - comme lof et líknstafi on les  traduit d'habitude - sont précisément des choses qu'on a annars brjóstum í. [dans sa propre poitrine]… et, pour lof,le sens de ‘amour, affection, estime’ est mieux adapté ici que  ‘éloge’. … líknstafir peut aussi signifier  ‘mots (magiquement) calculés pour gagner l'aide d’une autre  personne’, un sens qui ne s’accorde s’adapte qu’à une seule autre occurrence  ...]

          5 með höllu keri ‘avec un bol penché’. [Suit une longue discussion sur ce que cela signifie exactement, le recipient d’Ódhinn était-il plein ou à demi-plein etc. ]          

          6 On félagi as a word characteristic of the Viking Age see p. 19 above.

[p. 19, à ce sujet:  Au lieu d’une ætt [la famille], voici  apparaître le frændr, [le companion, le camarade de combat] ‘avec une demi miche de pain et un bol pence me suis-je fait un companion, fekk ek mér félaga’ dit la st. 52, en utilisant le mot qui est utilise régulièrement sur les monuments runiques , comme par exemple sur la pierre de Sjörup: ‘Saxi érigea cette pierre en mémoire de Ásbjörn son compagon, asbiurn sin filaga, fis de Tóki. Il n’a pas fui à  Uppsala, mais frappa tant qu’il eut une arme’.]