AURAICEPT NA N-ÉCES

LE MANUEL DES LETTRÉS

CE SONT LES TEXTES DE LA PARTIE DÉCRIVANT LES OGHAMS

DANS LE LIVRE DE BALLYMOTE ET LE LIVRE JAUNE

DE LECAN, ET LES TEXTES DU TREFHOCUL CONTENUS

DANS LE LIVRE DE LEINSTER

ÉDITÉS À PARTIR DE

HUIT MANUSCRITS, AVEC UNE INTRODUCTION, UNE TRADUCTION

DU TEXTE DU BALLYMOTE, DES NOTES et DES INDEX

PAR

GEORGE CALDER, B.D.

Lecteur [‘maître de conférence’] en Celtique, Université de Glasgow

 

 

 

EDINBURGH: JOHN GRANT

31 GEORGE IV. BRIDGE

1917

 

[La préface a été omise ici, ainsi que le texte original en Irlandais, excepté les poèmes que je vous fournis avec un vocabulaire partiel afin que vous compreniez pourquoi ma traduction diffère de celle de Calder.

Les références donnant la place dans les manuscrits qui sont en tête du texte irlandais ont été conservées.]

 

[Pour mes commentaires sur les traductions de Calder, j’utilise principalement cinq ouvrages :

Rudolf Thurneysen, A Grammar of Old Irish, Dublin Institute for Advanced Studies, 2003.

MacBain, An Etymological Dictionary of the Gaelic Language, disponible en ligne à http://www.ceantar.org/Dicts/MB2/index.html. Il est dédié au gaélique écossais mais il contient de nombreuses formes irlandaises, galloises et bretonnes (et de nombreuses fautes d’orthographe dues à la digitalisation).

Dictionary of the Irish Language, E. G. Quin (Ed.), Royal Irish Academy, 2007. Se trouve en ligne sous le nom de ‘eDIL’ mais on ne peut alors le consulter que page à page. Ce dictionnaire est issu d’une lignée d’érudits irlandais qui lient le dictionnaire de O’Reilly (1868) à la version actuelle, encore en évolution, mais à peu près terminée en 1976. Il représente donc plus d’un siècle de travail collectif et Calder n’avait évidemment pas eu accès à toutes ces connaissances. Je le citerai sous le nom de ‘DIL’. Quand un mot de l’Auraicept n’existe pas dans cet immense dictionnaire, cela revient à dire qu’on ne lui connaît pas d’utilisation  par ailleurs. Seule l’interprétation de Calder est disponible et donc d’autres interprétations sont tout à fait possibles.

J. Vendryes, Lexique étymologique de l’Irlandais ancien, CNRS et Dublin Institute for Advanced Studies, 1974-1996 (disponible auprès de ce dernier). Très enrichissant mais ne fournit que les lettres : A, B, C, D, M, N, O, P, R, S, T, U. Je le citerai sous le nom de ‘Vendryes’.

Évidemment, j’utilise aussi l’Auraicept lui-même et, en particulier, le « glossarial index » que Calder a placé à la fin de sa traduction.]

 

[Notez que l’oeuvre de Calder comprend six parties.

son introduction que j’ai partiellement traduite.

la collation en Irlandais (principalement moyen mais aussi parfois ancien) et la traduction en Anglais de l’auraicept des versions du ‘Book of Ballymote’ contenus dans les manuscrits B et E. Il contient quatre version de l’auraicept : le « le premier manuel des Poètes’ », le « livre de Ferchertne », le « livre de Amairgein Glungeal », et le « livre de Fenius ». Ces quatre versions sont terminées par une sorte de résumé poétique : le Trefocal..

la collation en Irlandais de l’auraicept du ‘Yellow Book of Lecan’ et du ‘manuscrit Egerton’

la collation en Irlandais du Trefhocul contenu dans les manuscrits LL et HM

la collation du ‘De Duilib Feda’ contenu dans BB et LL

la collation et la traduction en Anglais du ‘Ogam’ contenu dans BB.]

 

 

 

 

 

AURAICEPT NA N-ÉCES

 

MSS. TRANSCRITS OU COLLATIONNÉS

 

      PREMIÈRE FAMILLE (Textes courts)

 

BB.   B. Livre de Ballymote (308 β 44-333) 14ème siècle, R.I.A. [Royal Irish Academy]

      E. MS. I., Advocates Library, Edinburgh.

      L. Livre de Lecan, R.I.A.

M.    HM. Livre de Hy Maine (Trefhocul, avec des exemples), R.I.A.

            B, E, L contiennent le poème mnémonique mais pas le Trefhocul.

 

      SECONDE FAMILLE (Textes longs)

 

YBL.  Yellow Livre de Lecan (219 α 23-241 β 13). T.C.D. [Trinity College Dublin]

Eg.   Egerton, 88 (63 1 β 26-761 α 41), British Museum.

            YBL, Eg. ne contiennent pas le poème mnémonique ni le Trefhocul.

T.    H.4.22 (pp. 159-207) T.C.D. Ce MS. est intermédiaire entre la première et la seconde famille. Il ne contient ni le Trefhocul ni le poème mnémonique, mais il présente un poème d’environ 200 strophes sur l’histoire biblique ancienne.

LL.   xii. siècle, T.C.D. Le Trefhocul avec des exemples.

Ed.   MS. vii. ii β 1-39, Advocates Library, le début d’un glossaire de l’Auraicept qui ressemble beaucoup au glossaire de Lecan.

 

[Mes commentaires sont entre crochets et en fonte Times 8 sauf les traductions depuis le Latin et l’Allemand qui sont en fonte 10. Les commentaires dans les commentaires sont en fonte 8 et italiques]

 

[Les parties dont la traduction a été remise à plus tard sont indiquées par un ***]

 

 

 

AUTORITÉS CITÉES OU AUXQUELLES IL EST FAIT RÉFÉRENCE

[Non transcrit ici]

 

INTRODUCTION [de Calder]

 

 

      LE Manuel des Lettrés, édité ici pour la première fois, pose de nombreuses questions.

      Éces est souvent un équivalent à fili. Le Filidecht comprenait l’ensemble de la poésie, le romanesque, l’histoire, la biographie, la géographie, la grammaire, les textes anciens et la législation. Les lignes 407,8 font probablement allusion au juriste-poète qui, de son siège, rendait des jugements en vers. L’Auraicept parle principalement de l’alphabet des Oghams et de la grammaire, mais si on y inclut le Trefhocul, il traite également de la poésie au sens strict.

[Les références aux lignes de l’Auraicept données par Calder, comme celle ci-dessus ‘407, 8’ ou les suivantes entre ( ) comme ci-dessous (2193), indiquent des lignes. Pour retrouver ces lignes, il vous faudra consulter l’original ou son .pdf qu’on trouve à : http://www.archive.org/details/auraicept00calduoft.]

 

      Les poètes, filid, étaient une confrérie, décrétant ses propres lois et disciplinant elle-même ses membres(2193). Ils demandaient et exerçaient le droit de d’être logés eux-mêmes et leur suite (2221) et ils exigeaient une somme fixée en paiement de leurs compositions poétiques.

 

 

      En général, ils étaient payés de bon cœur; la méthode pour forcer les mauvais payeurs à s’exécuter était la satire. L’usage de cette arme puissante était modéré par un règlement (1935), et certaines formes de satire, comme le tamall n-aire (1932), était interdit dans le Trefhocul; et bien que les poètes aient été interdits par la loi depuis plus d’un siècle, encore aujourd’hui et dans certains districts, la phrase, dheanamh aoir air, satiriser quelqu’un, n’est pas sans effet terrorisant.

 

      Les poètes formaient une société secrète au langage particulier et intelligible d’eux seuls. Selon leur tradition littéraire, Fenius, à leur demande, créa pour eux ce langage (195), son obscurité était primordiale (21). Le people se souleva souvent contre les poètes et tenta de rejeter leurs exigences. Un tel soulèvement prit place à Drumketta, en l’an 590 (1472). A cette époque ils étaient au nombre de 15000. Du fait de que St Columba, lui-même un fili, ait pris leur défense, on les autorisa à continuer, sous réserve de certaines restrictions.

 

      Les filid étaient une classe strictement professionnelle, subissant un entraînement rigoureux pour qu’ils puissant tenir leur place. Les bards, au contraire, étaient non professionnels et plus ou moins sans formation particulière mais ils pratiquaient un grand nombre de formes poétiques dans lesquelles les filid aussi devaient être bien entraînés.

      Les tables suivantes (ref. ce sujet dans Joyce, Social Hist., i. 430) montrent la place que l’Auraicept occupait dans leurs études.

 

      Le Fili, son rang, nom, et les compositions poétiques qu’il doit connaître, avec les récompenses associées, ainsi que sa suite(2219-2254).

 

[A = Aux Fêtes; V = En Voyage; B = Pour les Besoins ordinaires; C = aux fêtes poétiques ou aux Compétitions]

 

Rang

Nom

Type de poésie

Récompense

Suite du poète

A

V

B

C

I.

II.

III.

IV

V.

VI.

VII.

ollam

anrad

clí

cano

doss

macfuirmid

foclóc

anamain

nath

anair

emain

láid

setrad

dían

 

un chariot( = une servante)

cinq vaches

quatre vaches

un cheval ( = deux vaches)

une vache allaitant

une vache grosse d’un veau

une génisse de trois ans

24

12

8

6

4

3

1

8

6

5

3

2

1

1

12

5

4

2

1

1

1

10

8

6

4

 

3

2

1?

 

 

 

Les premières études du Fili

 

Chaque année comprend les études de l’année précédente..

[Notez que Calder introduit ici certaines conventions de l’Irlandais moyen : -i- = c. à d. ; 7 = et]

1

foclóc

1. oghum, en plus de l’oghum régulier; l’Auraicept incluant son prologue et ses variations;

1. drécht; vi. dían.       Ir. T. iii. 32.

2

macfuirmid

1. oghum, en plus de l’oghum régulier; vi. leçons détaillées du filidecht; xxx. drécht; x. setrada, senamain, and snaithe senamna.

             Ir. T. iii. 34, 9.

3

doss

oghum, en plus de ebadach nIlmain; vi. autres leçons détaillées du filidecht; xl. drécht; xvi. laid. Ir. T. iii. 34, 12.

4

cano

 

1. drécht; 1. bretha nemid; xx. emain.

             Ir. T. iii. 36, 18.

5

clí

 

1x. drécht; xxx. anair; xxx. iarmberla.

                    Ir. T. iii. 37, 21

6

anrad

 

Ixx. drécht; Ixxx. nath mór; Ixxx. nath becc 7 berla na. filed.

             Ir. T. iii. 38, 25.

7

ollam

 

brosnacha suad, c. à d., les formes bardiques que le poète devait connaître car ce sont les leçons de la septième année du poète; p. ex. I. les divisions des brosnacha, c. à d. dechnad mór, et deux sortes de dechnad mór sont citées ici, nommément, sned and trebrad.     

Ir. T. iii. 39, 32.

 

8

. . .

fiscomarca filed -i- dúidli berla 7 clethchor choem 7 reicne roscadach 7 láide -i- tenmláida 7 immas forosnai 7 dichetal do chennaib na titaithe 7 dinshenchus, et tous les contes principaux d’Irlande afin de les raconteur aux rois, lords, et gentilshommes. Car le fili n’est pas encore parfait. Ir. T. iii. 49, 91.

9,

10

. . .

xl. sennath -i-; xv. luasca 7 vii. ena; eochraid des Ix. mots avec les formes et xiv. srotha et vi. dúili feda.     Ir. T. iii. 54, 99.

 

11

. . .

1.anamain mór; 1. anamain becc. Ir. T. iii. 59,113.

12

. . .

cxx. rochetal; iiii.cerda, c. à d. cerd de Ladchend mic Bairchida (Ælt., pp. 17, 27), 7 cerd hi Chota, 7 cerd hui Bicni, 7 cerd Béci. Ir. T. iii. 60, 121.

 

 

 

      Il suffit d’une étude rapide de l’Auraicept pour se convaincre que sa source extérieure principale est celle des grammairiens latins. Certains sont même explicitement cités comme Priscian (450 Ap. JC), Donatus (350 Ap. JC), Pompeius, et Consentius.

      Si l’on veut prétendre que les citations de ces auteurs sont des additions tardives de l’Auraicept, en guise d’illustrations savantes, on répondra qu’en tous cas l’organisation générale des matières suit étroitement le style didactique des grammairiens comme les exemples suivants, qui sont rencontrés passim [ici et là] le montrent:

       

Quæstio     est, Gr. Lat. v. 537, 16, 29; 541, 20, 32.

            cest, Aur. 9, 57.

Quaesitum est, v. 228, 18

Qaeritur, v. 165, 27; 210, 38

De qua quaeritur, Origg, xvi. 10, 2

 

conagar, Aur. 1019, 1375

ut sciam, v. 195, 19.

ut scias, v. 121, 15, 18; 173, 18: co fesear, Aur. 1577.

ut sciamus, v. 10, 16.

sciendum est, v. 180, 32: is soigti Aur. 3508, is fisid 3523

scire debemus, v. 277, 30.

scire debes, v. 142, 15.

 

      Le sujet lui-même de l’Auraicept est largement identique à celui traité par les grammairiens latins dans leurs premiers chapitres – l’alphabet, la classification des lettres, les sons et les syllabes, les variations des consonnes et des voyelles, le genre et la déclinaison des noms, les comparaisons des adjectifs, les prépositions gouvernant les cas datif et accusatif, les accents, artificiels et naturels, les mots et les espèces et quelques autres points de détail. Les omissions sont presque également significatives. Il n’y a pas de classement des déclinaisons, pas de déclinaison des adjectifs laquelle est implicite dans celle des substantifs, rien sur les pronoms sauf lorsqu’ils marquent le genre (aurlonn, 585), ou s’ils sont soulignés par féin = met (726), et il manque toutes les flexions verbales. La similarité entre Latin et Gaélique se rompt sur ces points. Le paradigme du verbe est préliminaire et relatif au gaélique seulement (304, 653). Un effort est fait pour montrer que s’il y a bien une correspondance de sens entre les deux langages, le Gaélique est cependant le plus complet (1081).

      La langue [de l’auraicept] est l’Irlandais moyen [du Moyen-âge], mais le fonds d’où part tout le travail appartient à la période de l’Irlandais ancien.

 

 

      La composition consiste en un texte et un commentaire, ce dernier formant la plus grande part du travail; le commentaire, en partie aussi vieux que le texte, c’est constamment développé. Le texte, d’une écriture large dans la plupart des MSS., est imprimé au plomb. Le BB, que nous suivons ici, réduit le texte. Le ‘Livre de Lecan’ et ‘T.’ font une plus grande part au texte. La question de savoir ce qui est texte et ce qui est commentaire ne sera bien résolue que par une étude ultérieure, mais on peut remarquer que la plus grande part du matériel primaire est contenue dans l’argumentation de façon identique au commentaire de sorte qu’elle semble confondue avec le commentaire. Comme, de plus, le commentaire lui-même se réfère au texte en utilisant des expressions comme Cid am tuc-somh (97), Cid ara n-ebairt (378, 484, 512, 385), intan roraidh (421), ata acht lem (2973), amal asbert i curp in libuir (173, 241) où corp in libuir désigne toujours le texte du livre commenté.

 

***

 

      Le langage des commentaires eux-mêmes est fondé sur l’usage de l’Irlandais ancien. Il reconnaît explicitement trois genres aux substantifs et aux pronoms. En celui-ci airdíbdad (1264) signifie que les consonnes, f et s sont rendues silencieuses. Dans son usage tardif ce terme devient airdibad, urdubad (uirdhiughadh, O’Molloy, Gr. 61), et désigne ‘l’eclipse’, obnubilatio [disparition].

 

***

 

     

      L’Auraicept proprement dit est dû à quatre auteurs, Cenn Faelad, Ferchertne, Amergen, and Fenius.

      [1]Les extraits du Livre de Cenn Faelad traitent de:

Les origines du Gaélique (100).

Divisions de l’alphabet Latin (312), et de l’alphabet Irlandais (392).

Opposition entre le traitement des semi-voyelles en Latin et en Irlandais (445)-

Les genres en Irlandais (520).

Degrés de comparaison en Latin, et les distinctions qualitatives et quantitatives en Irlandais (639).

     

      [2] Les extraits du Livre de Ferchertne traitent de:

      Les sept éléments du discours en Irlandais (739), et la formation et les pouvoirs des lettres de l’Ogham (943).

 

      [3] Un long extrait du Livre de Amergen traite de: l’origine du Goedelg (1034). Ce passage est antérieur en date et par son langage à l’ensemble du document. En fait, c’est un autre prologue alternatif.

      [4] Les extraits du Livre de Fenius (1102) traitent de:

 

Les alphabets Hébreux, Grecs, et Latins (1129), d’où vient sans doute l’attribution à Fenius qui connaissait bien ces langages (160), et qui était contemporain de l’Exodus (i 104).

Les pieds des vers et le contenu syllabique des mots Irlandais (1213).

Variations des consonnes (1264).

Les cinq sortes d’Irlandais (1302).

Les vingt-cinq inflexions (1515).

Qu’est alt? (1577).

      La fin du texte de l’Auraicept est signalée (1636).

 

      En plus de ces quatre anciens livres que nous venons de citer, le Livre de Cenn Faelad, le Livre de Ferchertne (735), le Livre d’Amergen (1028), le Livre de Fenius, Iair mac Nema, et Gaedel mac Ethiuir (1102), deux autres sont cités, le Dúile Feda (5416), dont le document relatif à l’Ogham est peut-être un prolongement et le Cín Ollaman (1204, 4385) peut-être une forme ancienne du document sur la Métrique. Les citations des quatre premiers livres sont écrites comme d’habitude d’une écriture ample; il est cependant possible que certains passages les contenant soient compris dans le commentaire avec une écriture normale. En effet, partout où un passage du commentaire est ensuite expliqué en détail avec les étymologies artificielles habituelles, ceci est une indication que ce passage appartenait probablement à l’origine au texte ancien.

      Alors que l’attribution du Livre de Cenn Faelad est probablement véritable, on ne peut en dire de même des Livres de Ferchertne, Amergen, et Fenius. Les citations datent sans doute d’écrits rédigés approximativement au temps de Cenn Faelad, mais d’auteurs inconnus. Un commentateur (1019-1027) suppose que le travail de ces auteurs a été les étapes successives conduisant au grand achèvement, le Tréfhocul. La déclaration d’un autre commentateur disant que "ce qui est d’abord en accord avec le livre a été inventé en dernier, c’est à dire, le Livre de Cenn Faelad" (66) peut signifier que cet auteur a coordonné tout le matériel ancien, et l’a présenté sous sa forme actuelle. Ce point de vue est en accord avec un autre commentateur qui dit que Ferchertne a composé l’Auraicept mais que Cenn Faelad l’a réécrit, ou copié, avec la plus grande partie du texte (2638).

      Il ne semble pas y avoir de raison d’attribuer le "Livre de Cenn Faelad" à l’auteur portant ce nom. C’est une personne bien connue. Il est mort en 679 Ap. JC. Son pedigree est donné dans la généalogie du Cenél nEogain. Ses poèmes, traitant principalement des guerres de son clan, les Ui Néill du Nord, sont souvent cités dans les annales. La tradition curieuse relative son "cerveau d’oubli" (77) est certainement fondée sur un fait observé. Il est possible qu’il ait reçu une bonne éducation dans sa jeunesse mais qu’il ait développé un « cerveau d’oubli » ["brain of forgetfulness"] en passant du statut de lettré à celui de soldat. Il a certainement combattu à la bataille de Moira en 637, où il a été blessé. En revenant à la vie civile et à ses premières activités, « la poésie, les mots et la lecture » (78), il posa les fondements de la réputation qu’il a encore, celle d’être « Cenn Faelad, l’Instruit » O’C. Lect.). La période pendant laquelle il fut un lettré s’étend donc sur 42 ans, entre la bataille de Moira et sa mort, et sa production peut être mise au rang des plus anciens spécimens du langage. Mais il fait référence à des auteurs Irlandais encore plus anciens, augdair na nGaideal (79), qui écrivit au sujet de la grammaire irlandaise, ou des origines de l’Irlande. Il peut se référer à des œuvres comme la chronique irlandaise Eusebii (Ériu, vii. 62) ce qui nous amène à l’an 609, et dont la partie perdue au début peut tout à fait avoir contenu l’histoire de Fenius. Ecrivant en 603, S. Columbain fait reference aux antiqui philosophi Hiberniæ [les anciens philosophes de l’Irlande] comme des experts en chronographie. Ainsi, dès avant le 7ème siècle a existé un état des connaissances tenu en estime par les écrivains de ce siècle, ceci bien que les produits directs des ces anciennes connaissances ne nous soient pas parvenus. Si nous supposons que Cenn Faelad en est réellement l’auteur, et donc que l’Auraicept ait été commencé à peu près au milieu du 7ème siècle, comment se fait-il que les Irlandais aient profité des lumières de la connaissance alors que les autres nations étaient noyées dans l’ignorance? Zimmer (SPA., Dec. 1910, p. 1049) citant un passage de Aur. 1859-1876 souligne fortement ceci:

"Das sind die ‘Elemente der Kasus- und Numeruslehre’, wie man sie als Teil des über viele Jahre sich erstreckenden Studiums der irischen fili (Grammatiker, Metriker, Antiquare und professionsmässiger Dichter) in den nationalen Schulen Irlands traktierte, als Klemens der Ire an der Hofschule Karls des Grossen jungen Franken das abc beibrachte, als Dicuil in St Denis, Dungal in Pavia, Sedulius in Lüttich und Metz, Moengal in St Gallen, Johannes Scottus an der Hofschule Karls des Kahlen tätig waren; durch diesen Unterricht ist Cormac mac Cuilennain gegangen (gest. 908), der nebenbei ganz auständige Kenntnis im Latein, Griechisch, Hebräisch, Altnordisch, Angelsächsisch und Kymrisch besass."

[Ce sont les ‘éléments des leçon des cas et des nombres’ que l’on traitait dans les écoles nationales d’Irlande comme éléments des nombreuses années d’étude des fili irlandais (grammairien, versificateur, bibliothécaire des livres anciens et poète professionnel). Telle a été l’activité de Klemens der Ire [Clément l’irlandais] qui a enseigné l’abc aux jeunes Francs à l’école de la cour de Karl le Grand [Charlemagne] , Dicuil à St Denis, Dungal à Pavie, Sedulius à Lüttich et Metz, Moengal à St Gallen, Johannes Scottus [Jean l’écossais] à l’école de cour de Charles le Chauve; Cormac mac Cuilennain (mort en 908) est passé par cet enseignement, lui qui, en plus, possédait une connaissance remarquable du Latin, du Grec, de l’Hébreu, du Vieux Norrois, de l’Anglo-Saxon [‘Old English’ = Vieil Anglais] , et du Gallois.]

 

      La plus haute poussée de culture intellectuelle de l’Irlande ancienne a été sans aucun doute causée par l’afflux des lettrés venant du continent. Dans ses recherches, Zimmer est tombé sur le passage suivant:

Huni, qui ex nephario concubitu progeniti sunt, scilicet demonum, postquam praeheunte caterva viam invenerunt per Meotides paludes, invaserunt Cothos quos nimium terruerunt ex improviso monstro quod in illis erat. Et ab his depopulatio totius imperii exordium sumpsit, quae ab Unis et Guandelis, Gotis et Alanis peracta est, sub quorum vastatione omnes sapientes cismarini fugam ceperunt, et in transmarinis, videlicet in Hibernia, et quocunque [lire quocumque] se receperunt maximum profectum sapientiae incolis illarum regionum adhibuerunt.

[Les Huns, engendrés par un accouplement abominable, certainement le démon, après que leur troupe en marche eut trouvé le chemin par les marais Méotides, envahirent les Goths qu’ils épouvantèrent exagérément par leur monstruosité imprévue. Et ceci est à l’origine de la dépopulation de tout l’empire, qui s’est réalisée pour les ‘Unes’ [d’autres Huns, les Ubiens ?], les Guandales [les Vandales ?], les Goths et les Alains, tous les savants prirent la fuite au-delà des mers à la suite de cette dévastation et, en traversant la mer, bien entendu vers l’Irlande, et partout ils ramenèrent le plus grand progrès du savoir qu’ils apportaient aux habitants de cette région.]

 

      La première partie de la déclaration quant aux Huns est tirée de Jordanes qui a écrit vers 550, ce qui établit de façon approximative la date de la dépopulation de l’empire et la ruée des lettrés vers l’Irlande. Nous pouvons supposer que cette émigration datait d’un peu avant la date où elle est rapportée. Les relations entre Irlande et continent se sont certainement poursuivies.

 

***

 

      Examinons maintenant quelques extraits des travaux de deux auteurs Latins, Isidore et Maro.

 

ISIDORE OF SEVILLE, mort en 636.

 

      Ses Etymologiæ ou Origines en vingt tomes contiennent une telle quantité d’information de telle nature qu’il est impossible de résister à la conclusion que les compilateurs de l’Auraicept disposaient de ce document en face d’eux. A tout le moins, il est certain que Cenn Faelad et Isidore ont tiré leur matière d’une source commune, car les faits (ou les faits supposés) qu’ils rapportent sont les mêmes ainsi que leur phraséologie.

 

***

 

. Les citations suivantes tirées de divers tomes des Origines montrent ce que l’Auraicept devait à cette source aussi bien dans sa structure générales que dans les détails.

      Certaines références démontrent que les Irlandais et l’Irlande n’étaient pas inconnus d’Isidore, au moins en tant qu’écrivain:

Horrent et male tecti cum latratoribus linguis Scotti. Origg. xix. 23, 6.

[Traduction approximative. Je suppose que cela signifie que le langage des irlandais était considéré par Isidore comme grossier: « Les Écossais [ou les Irlandais] sans discrétion hérissent avec des langues aboyeuses » ]

Scotia idem et Hibernia proximae Brittianiae insula, spatio terrarum angustior [lire : augustior], sed situ fecundior. Haec ab Africo in Boream porrigitur. Cujus partes priores Hiberiam et Cantabricum Oceanum intendunt, unde et Hibernia dicta: Scotia autem, quod ab Scotorum gentibus colitur, appellata. Origg. xiv. 6, 6.

[L’Écosse et l’Irlande sont des îles proches de la Bretagne, éloignées des terres plus vénérables, mais un endroit plus fertile. Elles s’étendent au nord de l’Afrique. Leurs parties les plus avancées sont tournées vers l’Hibérie[l’Espagne] et l’océan Cantabre [le golfe de Gascogne et au-delà], d’où on dit: l’Hibernie [l’Irlande] est appelée l’Écosse, de ce qu’elle est peuplée de la race des écossais.]

 

 

***

 

 

      Les consonnes, les semi-voyelles, et les lettres silencieuses sont traitées de façon semblable dans les textes gaéliques et latins:

 

***

 

      Des titres de chapitres ou de sections des Origines apparaissent comme noms des Ogham:

De homine xi. I.             daenogam 5709.

De avibus xii. 7.            enogam 5692.

Oppida nobilia xv. I, 6.           dinnogam 5687.

De aedificiis sacris xv. 4. ceallogam 5702.

De navibus xix.I,I           ogam n-eathrach 6132.

De instrumentis rusticis xx.14.    ogam tírda 5724.

De coloribus xix. 17         dathogam 5697.

 

 

***

 

 

II VIRGILIUS MARO, GRAMMATICUS

 

      L’éditeur, Huemer, dans sa Praefatio, p. xi., après avoir fourni une liste des erreurs communes à tous les MSS. de Maro, conclut:

Atque archetypum illud litteris scotticis scriptum fuerit necesse est, cum a et u, c et t, r et s, s et f, p et f, saepe permutatae videntur.

[Mais il aurait été nécessaire de voir que le modèle de ces lettres écrites écossaises [ou irlandaises] échange souvent a et u, c et t, r et s, s et f, p et f]

      La conclusion est irrésistible [indiscutable ?]. Que ce soit le scribe lui-même qui ait commis ces erreurs, ou, comme le pense son éditeur, qu’il les ait copiées d’autres, les sources de Maro, dans ce qu’on connait de lui, sont irlandaises.

      Meyer (SPA July, December 1912) produit deux listes de 42 noms, tirées du document de Maro, qu’il considère être d’origine celtique.

Aemerius p. (22).   Lato-mius (123).

Andrianus (173).    Lugenicus (162).

Area rex (15).      Mart-ulis (92).

Asp-orius (5).      Mitterius (114).

Assianus (173).     Ninus (119).

Bi-entius (137).    Oss-ius (163).

Breg-andus (162).   Perrichius (163).

Don (15, 30).       Plastus (151).

Fassica f. (123).   Prass-ius (61).

Gabr-itius (126).   Regulus (?) (133).

Galb-arius (163).   Rigas f. Rigadis (122).

Galb-ungus(10,122,133). Rithea Nini regis uxor (119).

Gal-irius (146).    Sagillius Germanus (17).

Gall-ienus (129).   Samm-inius, Virgil’s uncle (28).

Gelb-idius (36).    Sarbon (122).

Gerg-esus (15).     Sarr-icius (123).

Glengus(i22, 133). Saur-inus (28).

Gurg-ilius (173).   Sedulus (138, 139).

luu-anus (54).      Senenus (138).

Lap-idus (19).      Sulpita (24).

Lassius (107).      Ursinus (90).

 

 

***

 

     

      L’influence de Maro est encore plus évidente dans le Trefhocul.

      Le nom Trefhocul n’est pas sans ressembler au titre du chapitre De trimodo dicendi genere, Orig. ii. 17 dont il peut être issu. De même, les 12 sujets composant le Trefhocul peuvent avoir été suggérés par les duodecim latinitates de Maro, p. 88, 22, p. ex.

 

***

 

OGHAM.

 

 

      L’alphabet Ogham n’était pas d’origine Irlandaise (388, 2771).

      "Vielleicht," dit Zimmer, "schon dem 2. Jahrhundert n. Chr. ist der Verkehr des keltisch-römischen Westgalliens mit seiner alten Kolonie, dem keltischen Irland, die Einführung des Ogamalphabets in Irland und die Sitte, dem Dahingeschiedenen aufrechtstehende Steinpfeiler zu errichten, zuzuschreiben" (SPA., 8th Dec. 1910, p. 1096).

[Peut-être déjà au 2ème siècle Ap. JC doit-on attribuer à la circulation des Gaulois de l’Est celto-romains avec leur ancienne colonie, l’Irlande celte, l’introduction de l’alphabet Ogam en Irlande et la coutume importée là-bas d’ériger des pilier de pierre verticaux [sic],]

 

      D’après MacNeill (p. 335) l’origine de l’alphabet Ogham doit être placée après la conquête de la Gaule par les Romains, parce qu’auparavant les Celtes de l’Ouest utilisaient l’alphabet Grec et l’Ogham est fondé sur l’alphabet Latin.

      Quant à notre connaissance du Gaélique écrit, les inscriptions Ogamiques bouchent l’horizon [comprendre : c’est surtout ce qu’on connaît], et, à quelques exceptions près, les symboles ogamiques sont identiques à ceux de la tradition des MS. plus tardifs.

 

Groupe B.

 

Les oghamistes sont d’accord que F, la troisème lettre de ce groupe, doit être lue comme un V sur les inscriptions.

 

[une coutume fantaisiste mais persistante [qui sera expliquée plus loin par une façon de parler de l’Auraceipt] veut que la troisième lettre de l’Ogam soit ‘Nion’. Voilà une première preuve de l’inanité de cette affirmation.]

 

Groupe H.

 

      Dans le Kilkenny Arch. Journal, July 1874, p. 231, Mr G. M. Atkinson a suggéré que ce groupe est nommé d’après les cinq premiers nombres gaéliques, haon, do, tri, ceathar, cuig. Cette suggestion, indépendamment du problème de l’origine du groupe H, est contredite par le fait que óen in O.I. [= Old Irish, Irlandais ancien] n’est utilisé qu’en composition avec un substantif; ceci étant, c’est un support mnémonique utile, et il indique une connexion possible entre ce groupe et les numerosa, No. IV. des duodecim latinitates de Maro, p. 89,9.

      La difficulté se trouve dans la lettre H, la première lettre de ce groupe. D’après Maro, H a deux ‘pouvoirs’, ad motationem [vers le mouvement fréquent] et ad fortitudinem [vers la force (ou la résistance)], distinctions qui correspondent aux valeurs dans le texte: (1) H non est litera sed nota aspirationis (767) [H n’est pas une lettre mais une note d’aspiration], et (2) B cum aspiratione pro p ponitur [B avec aspiration est placé pour p](433).

      Aucune instance démontrée de H n’est présente dans les inscriptions oghamiques, et ce signe peut avoir été créé à l’origine pour représenter une consonne devenue rare ou obsolète avant les inscriptions existantes; et cette première valeur de H a été attirée par, puis identifiée avec le symbole issu des sources latines.

      Un effort peut être entrepris pour établir la seconde valeur – sa valeur de l’Ogham – de H à partir des considérations suivantes.

 

***

 

Groupe M.

 

      Le fait que le troisième symbole ait l’effet des deux lettres ng ne prouve rien quant à cette combinaison (4925) [? … mais sic ].

      Dans les inscriptions oghamiques , les lettres, si elle appartiennent à des syllabes différentes, sont écrites séparées, Ir. Ep. i. 49.

      Le quatrième symbole est dit représenter sr ou str, et les exemples Stru 247, 2562, Streulæ 5690, Strannan 5795, semblent suffisants pour établir ce son. Les autres exemples désignent un son rare ou obsolète comme le z anglais, p. ex., stmólach 5695, sréghuindeacht 5801, súst 5727, srorca 5700.

      Aucune instance authentifiée de ce symbole n’a été trouvée dans les inscriptions.

 

Groupe A.

 

      Les voyelles simples ont le même ordre et valeur qu’en Latin.

      En épigraphie, aucune distinction des voyelles longues et courtes n’a jamais été observée.

 

Groupe Ea ou Diphtongues.

 

      Les premiers et derniers symboles ea et ae sont échangés.

      Le doublement de chaque lettre dans le texte explicatif (1143) montre que les symboles représentent des voyelles longues aussi bien que des diphtongues. Des exemples de ē et ō (2873) sont donnés, et de ē et e (1285).

      Le symbole pour ī (1369) et aussi utilisé pour p (Ir. Ep. ii. 83; ref. MacNeill, p. 335,6) et pour le y médian.

      Le symbole for æ (1365,70) est aussi utilisé pour x, qui est considéré comme un double c ([c inversé]c [le tout ressemble à un x manuscrit comme : ]).

      Le Prof. MacAlister (Ir. Ep. ii. 144-8) a signalé un excellent exemple - et peut-être deux - de Nathair im Ceann (5821). Partant de l’axiome que les Oghams ne sont pas des cryptogrammes (Ir. Ep. i. 66), il ne peut accepter que les groupes B et H puissent être consciemment échangés (ii. 26, 140). Mais cet échange est envisagé (Aur. p. 306, 42), et puisque l’étude des Oghams était un travail élémentaire prescrit aux étudiants juniors, il est miraculeux que tant des épigraphes soient en Ogham régulier [? …sic].

 

 

[Fin de l’introduction de Calder]

 

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