KULHWCH et OLWEN
Kilydd, fils du prince Kelyddon,
voulut une femme pour partager sa vie, et son choix tomba sur Goleuddydd (1), fille du prince Anllawdd (2). Quand ils furent sous le même toit, le pays se mit à prier
pour qu'ils eussent un héritier, et, grâce à ses prières,
un fils leur naquit.
(1) Goleuddydd, « jour
brillant; » cf. breton gouloudeiz.
Elle a été mise, par les hagiographes gallois, au nombre des saintes, et il y avait une église sous son nom à Llanysgin, en Gwent (Iolo mss., p. 120).
(2) Dans les Achau saint ynys Prydain
(Myv.,
p. 431, col. 2) ou Généalogies des
saints de l’île de Bretagne, Amlawdd
Wledic est donné comme le père de Tywanwedd ou Dwywanwedd, qui fut mère de
plusieurs saints, notamment de Tyvrydoc, honoré
à Llandyvrydocen Mon (Anglesey). Tyvrydoc a donné son nom, en Armorique, à Saint-Evarzec, arrondissement de Quimper, au XIIème siècle, Sent-Defridec, au XIVème Saint-Teffredeuc et Saint-Effredeuc. Le Brut Tysilio a fait
de Eigr, l'Igerna de Gaufrei de Montmouth, et d'après lui, la mère d'Arthur,
une fille d'Amlawd Wledic (Myv. arch., 2ème éd. p, 481, col. 1). Ce détail ne se trouve point
dans Gaufrei; il est reproduit par un manuscrit que
Mais
du moment où elle conçut, elle devint folle et fuit toute habitation. Quant
arriva le temps de la délivrance, son bon sens lui revint. Or il arriva qu'à
l'endroit où le porcher gardait un troupeau de porcs, par peur de ces animaux,
elle accoucha. Le porcher prit l'enfant et le porta à
la cour. On le baptisa et on lui donna le nom de Kulhwch (1) parce qu'on l'avait trouvé dans la bauge d'une
truie. L'enfant cependant était de noble souche et cousin d'Arthur (2).
(1) Kulhwch. C'est une de ces étymologies fantaisistes, comme on en
rencontre de temps en temps dans les Mabinogion, et, en général, au
moyen âge. L'auteur, décomposant le mot en kul et en hwch, a vu
dans kul le mot cil, «cachette, retraite, coin, ou cul étroit,»
et dans hwch le mot hwch, aujourd'hui truie, mais
autrefois porc en général (cf. arm.,
houch, «porc»). Le nom du Kulhwch est conservé dans Tref
Culhwch, près de Pencaer en Pembrokeshire (Eg. Phillimore, Owen's
Pembrok., 72. b. 322, note).
(2)
Arthur. Le nom d'Arthur n'est prononcé ni par Gildas, ni par Bède. Il figure
pour la première fois chez Nennius. Suivant l'auteur de l'Historia Britonum,
Arthur était chef des guerres contre les Saxons à la fin du Vème siècle; il
aurait remporté sur eux douze victoires. Dans un autre passage qui n'appartient
peut-être pas à l'œuvre primitive, il est fait mention d'une chasse au monstre
appelé porcum Troit, par lui et son chien Cavall. L'Historia, dans
ses parties originales, date du IXème siècle (Voir Arthur de
On l'envoya à la nourrice. A la suite de l'événement, la mère de l'enfant,
Goleuddydd, fille du prince Anllawdd, tomba malade. Elle fit venir son mari et
lui dit :
«Je mourrai de cette maladie, et tu voudras une autre femme. Or, les femmes
sont maintenant les arbitres des largesses. Ce serait cependant mal à toi que
de ruiner ton fils; aussi je te demande de ne pas te remarier que tu n'aies vu
une ronce à deux têtes sur ma tombe.»
Il le lui promit. Elle appela alors son précepteur (1) et lui demanda de nettoyer complètement sa tombe tous les ans de façon que rien ne pût croître dessus.
La reine mourut. Le roi envoya chaque jour un serviteur pour voir s'il
poussait quelque chose sur la tombe. Au bout de sept ans, le précepteur
négligea ce qu'il avait promis de faire. Un jour de chasse, le roi se rendit au
cimetière; il voulait voir la tombe lui-même parce qu'il songeait à se remarier
la ronce avait poussé dessus! Aussitôt, il tint conseil pour savoir où il
trouverait une femme. Un de ses conseillers lui dit :
(1) Athraw ou Athro. La coutume chez les anciens Gallois était
d'avoir un athraw pour la famille : « Il y a trois choses
qu'un Gallois, possesseur de terres, doit garder et entretenir : une femme
légitime, un homme armé, s'il ne peut lui-même porter les armes et un
professeur domestique » (Athraw leuluaidd. Ancient laws, II, p.
514, 31). Le bardd remplissait souvent ce rôle; c'était lui,
en particulier, qui tenait les généalogies. Athro
désigne peut-être ici le confesseur, ou plutôt un de ces clercs familiers qui,
en France au XIIIème, cumulaient, sous le nom de latiniers, les
fonctions d’interprète, de rédacteur et de chapelain (V. Lecoy de
«Je sais une femme qui te conviendrait bien : c'est celle du roi Doged (1).»
Ils décidèrent
d'aller la prendre. Ils tuèrent le roi, enlevèrent sa femme et sa fille unique
et s'emparèrent de ses Etats.
Un jour, la dame alla se promener. Elle se rendit à la ville chez une
vieille sorcière (2) à qui il ne restait plus une dent dans la bouche:
«Vieille,» lui dit-elle, «veux-tu me dire, au nom de Dieu, ce que je vais te demander ? Où sont les enfants de celui qui m'a enlevée par violence ?»
- «Il n'en a pas,» dit la vieille.
-»Que je suis malheureuse,» s'écria la reine, «d'être tombée entre les mains d'un homme sans enfants !»
- «Inutile de gémir,» repartit la vieille : «il est prédit qu'il aura un
héritier de toi, quand même il n'en aurait pas d'une autre. D'ailleurs,
console-toi : il a un fils.» La princesse retourna joyeuse à la maison, et dit
à son mari :
«Pourquoi caches-tu tes enfants de
moi ?»
- «Je ne le ferai pas plus longtemps, (3)» dit le roi. On envoya chercher le fils et on l'amena à la cour. Sa
belle-mère lui dit :
«Tu ferais bien de prendre une femme. J'ai
justement une fille qui conviendrait à n'importe quel noble au monde.»
(1)
D'après Rees, Welsh Saints, p.
209 (voy. Lady Guest, Mab., II,
p.320), il y aurait eu un roi Doged, fils de Cedig ab Ceredig ab Cunedda
Wledig, frère de l'évêque Avan, fondateur de Llan-Avan en Breconshire. Il a été
mis au nombre des saints, et a donné son nom à Llan-Ddoged, dans le
Denbighshire. Il aurait vécu de 500 à 542.
(2) Vieille sorcière dans le sens figuré du mot (cf. vieille fée). Le
mot breton groac'h a tous les sens du
gallois gwrach.
(3) Tout ce passage se trouve dans la version galloise des Sept
Sages de Rome des Selections from Hengwrt mss. II, p. 301,
v. J. Loth, Revue Celtique, XXIII, p. 349.
- «Je n'ai pas encore l'âge de me marier (1),» répondit-il. Alors elle s'écria :
«Je jure que tu auras cette destinée que ton flanc ne se choquera jamais à celui d'une femme que tu n'aies eu Olwen, la fille d'Yspaddaden Penkawr.» Le jeune homme rougit (2) et l'amour de la jeune fille le pénétra dans tous ses membres, quoiqu'il ne l'eût jamais vue.
«Mon fils,» lui dit son père, «pourquoi changes-tu de couleur ? Qu'est-ce
qui t'afflige ?»
- «Ma belle-mère m'a juré que je n'aurais de femme que si j'obtenais Olwen (3), la fille d'Yspaddaden Penkawr.»
- «C'est pour toi chose facile. Arthur est ton cousin. Va le trouver pour
qu'il arrange ta chevelure (4) : demande-le lui comme présent.»
(1)
D'après la plus ancienne rédaction des lois galloises,
(2)
Voir la note à honneur, à la page 127. [dans
le mab. de ‘Branwen, fille de Llyr’ note à wynebwarth ]
(3) Dafydd ab
Gwilym, chantant une femme, l'appelle fain Olwen « mince, svelte Olwen » (p. 162); on trouve une comparaison semblable, Iolo mss., p. 239.
(4) D'après
Le jeune homme partit sur un coursier à la tête gris-pommelée, vieux de
quatre hivers, aux cuisses puissamment articulées, au sabot brillant comme un
coquillage, une bride aux chaînons d'or articulés à la bouche, avec une selle
d'or d'un grand prix. Il portait deux javelots d'argent bien aiguisés, une
lance à pointe saillante (1), d'une bonne coudée jusqu'à la
pointe, en prenant pour mesure le coude d'un homme de forte corpulence, capable
d'atteindre le vent et de lui tirer du sang : elle était plus prompte que la
chute de la première goutte de rosée de la pointe du roseau sur le sol au
moment où elle est la plus abondante, au mois de juin.
A sa hanche pendait
une épée à poignée d'or, à lame d'or, à la garde formée d'une croix émaillée
d'or et de la couleur de l'éclair du ciel; dans la croix était une lanterne d'ivoire
(2). Devant lui s'ébattaient deux lévriers au poitrail blanc, à la peau
tachetée, portant chacun au cou un collier de rubis allant de la jointure de
l'épaule à l'oreille. Celui de gauche passait à droite, celui de droite à
gauche, jouant ainsi autour de lui comme deux hirondelles de mer. Les quatre
sabots de son coursier faisaient voler quatre mottes de gazon, comme quatre
hirondelles en l'air, par dessus sa tête, tantôt plus haut, tantôt plus bas. Il
avait autour de lui un manteau de pourpre à quatre angles, une pomme d'or à
chaque extrémité de la valeur de cent vaches chacune (3). Sur ses chausses et ses étriers, depuis le haut de la cuisse jusqu'au bout
de son orteil, il y avait de l'or pour une valeur de trois cents vaches.
(1)
Notes critiques. Le glaive au moyen âge, dans nos romans français, est
une lance. Le gleif gallois, qui lui est emprunté, a le même sens. Dans
le Brut Gr. ab Arthur (Myv. Arch., 532.2), Arthur
se ceint de son épée Caletvwlch; puis il prend en mains, un gleif du
nom de Ron uwchel. Or dans les Nod. correspondantes,
tirées d'un ms du XIIème-XIIIème siècle (Myv. arch., p. 589, n° 510), le mot gleif est remplacé par gwaew;
lance. De même dans le Brut Tysilio. (ibid., 463.1), la lance est
appelée Rongymyniat : dans Kulhwch (texte, p. 105) c’est Rongomiant.
(2) Le texte gallois porte lugorn
olifant yndi (et une lugorn
(3) Chez les anciens Bretons, comme chez les
Irlandais, la valeur commerciale était appréciée en têtes de bétail. C'est
encore la façon de compter, dans les lois d'Howel Da, rédigées au dixième
siècle, mais dont le plus ancien manuscrit remonte au douzième siècle. C'est un
souvenir de l'époque où la richesse consistait surtout en troupeaux.
Pas un brin d'herbe
ne pliait sous lui, si léger était le trot du coursier, qui le portait à la
cour d'Arthur.
Le jeune homme dit: « Y a-t-il un portier?»
- « Oui: et toi, que ta langue ne reste pas silencieuse pourquoi salues-tu … [(lacune)]? (1). Moi, je fais le portier pour Arthur tous
les premiers de l'an; tout le reste de l'année, ce sont mes lieutenants:
Huandaw (2), Gogigwc,
Llaeskenym, et Pennpingyon qui marche sur la tête pour épargner ses pieds, non
pas dans la direction du ciel ni de la terre, mais comme une pierre roulante
sur le sol de la cour. »
« Ouvre la porte ? »
- « Je ne l'ouvrirai pas. »
- « Pourquoi ? »
- « Le couteau est allé dans la viande, la boisson dans la corne (3). On s'ébat dans la salle d'Arthur.
(1) Voir Notes Critiques à la page du texte 103, lignes 6 et 7.
(2) Huandaw, « qui entend bien; » Gogigwc est probablement une faute du copiste pour Gogihwc, épithète
qu'on trouve dans le Gododin d'Aneurin (Skene, Four ancient books of Wales, p. 90, vers 13), mais dont le sens n'est pas
certain; Llaesgenym est peut-être altéré aussi; Pen. 4. Laes Kemyn
peut-être pour Llaes Kevyn; le premier terme, llaes, vient
du latin laxus; Owen Pughe donne à Pennpingion le sens de tête
branchue, en rapprochant pingion
de pingc.
(3) Le mot gallois indique que la corne à boire était faite
primitivement et ordinairement aussi, sans doute, de
corne de buffle ou bœuf sauvage. D'après les lois galloises, la corne à boire du roi, la corne
qu'il portait dans ses expéditions, et la corne du chef des chasseurs, devaient être de bœuf sauvage (Ancient laws, II p. 991).
On ne laisse entrer que les fils de roi d'un royaume reconnu ou l'artiste qui apporte son art (1). On donnera à manger à tes chiens et à tes chevaux; à toi on offrira des tranches de viandes cuites et poivrées (2), du vin à pleins bords et une musique agréable. On t'apportera la nourriture de trente hommes au logis des hôtes, là où mangent les gens de pays lointains et ceux qui n'auront pas réussi à entrer dans la cour d'Arthur. Tu ne seras pas plus mal là qu'avec Arthur lui-même. On t'offrira une femme pour coucher avec toi, et les plaisirs de la musique. Demain, dans la matinée, lorsque le portail s'ouvrira devant la compagnie qui est venue ici aujourd'hui, c'est devant toi le premier qu'elle s'ouvrira et tu pourras choisir ta place où tu voudras dans la cour d'Arthur du haut en bas.»
- «Je n'en ferai rien,» dit le jeune homme; « si tu ouvres
la porte, c'est bien;
(1) Le même trait de mœurs se retrouve chez les anciens Irlandais.
Quand Lug, fils d'Eithlenn, sorte de Mercure irlandais, se présente au palais royal de Tara, le portier refuse
de le laisser entrer à moins qu'il ne soit maître en quelque art ou profession (O'Curry, On the manners, III, p,
42).
(2) Le dystein ou intendant du roi devait fournir au
cuisinier certaines herbes; la seule qui soit spécifiée, c'est le poivre (Ancient laws, I, p. 48). Les viandes poivrées sont en honneur aussi dans nos romans de
chevalerie : « poons rostis, et bons cisnes
(cygnes) pevreis, » [viandes rôties et bons cygnes
poivrés] vers 1560, dans Raoul
de Cambrai, édition de
si tu ne l'ouvres pas, je répandrai honte à ton maître, à
toi déconsidération, et je pousserai trois cris (1) tels à cette
porte qu'il n'y en aura jamais eu de plus de mortels depuis Pengwaedd (2),
en Kernyw (3) (Cornouailles anglaise),
jusqu'au fond de Din Sol, dans le Nord (4), et à Esgeir Oervel (5), en Iwerddon (Irlande) : tout ce qu'il y a de femmes
enceintes dans cette île avortera; les autres seront accablées d'un tel malaise
que leur sein se retournera et qu'elles ne concevront jamais plus.»
(1) Le cri perçant (diaspad) était un moyen légal
de protestation d'après les lois. Il était encore en usage, d'après le code de
Gwynedd, dans le cas où un descendant au neuvième degré venait réclamer une
terre comme lui appartenant : on l'appelait diaspat uwch annwvyn ou cri
plus haut que l'abîme (Ancient laws I, 173,174.2).
D'après le code de Gwent, le diaspat egwan ou cri de détresse, était
légal au Gallois à qui on refusait l'aide de la loi dans la cour du roi ou
devant le juge, au sujet de son patrimoine, ou aux descendants au neuvième
degré, pour protester contre une déchéance de propriété (Ancient laws, I, p. 774, 1). Sur la
clameur chez les Français comme protestation contre un décret du souverain, v.
Paulin, Paris, Romans de
(2) Dans les Lois, 1, p. 184, donnent un Penryn Penwaed y Kernyw. Ce
serait, d'après l'éditeur, aujourd'hui Penwith en Cornwall, lieu de Pen
Blathaon yn y Gogled. Les Lois portent
Penryn Blathaon ym Prydyn, c'est-à-dire en Ecosse; on suppose que c’est
Caithness. D'après les Lois, Dyvynwal Moelmut aurait fait mesurer l'île
de Bretagne et aurait trouvé, de Penryn Blathaon à Penryn Penwaed, 900 milles,
et de Crygyll en Anglesey jusqu’à
(3) Kernyw est
le nom gallois de
(4) Dans les Mabinogion, le Nord est
le pays des Bretons du nord de l'Angleterre, depuis le
(5) Comme l'a fait
remarquer Kuno Meyer (Early relations between Gael and Brython, Society of
Cymmrodorion, 1896, p. 35), c'est une déformation de Sescenn Uairbhéoil en Leinster,
mentionné fréquemment comme séjour de héros.
Glewlwyt Gavaelvawr
(1) lui répondit :
« Tu auras beau crier
contre les lois de la cour d'Arthur, on ne te laissera pas entrer que je n'aie
tout d'abord été en parler à Arthur. »
Glewlwyt se
rendit à la salle :
« Y a-t-il du nouveau à la porte ? » dit Arthur.
- « Les
deux tiers de ma vie sont passés ainsi que les deux tiers de la tienne. J'ai
été à Kaer Se et Asse, à Sach et Salach, à Lotor et Fotor; j'ai été à la grande
Inde et à la petite; j'étais à la bataille des deux Ynyr (2)
quand les douze otages furent amenés de Llychlyn (de
Scandinavie); j'ai été en Europe (Egrop), en Afrique,
dans les îles de
« Si
tu es venu au pas, dit Arthur, retourne en courant. Que tous ceux qui voient la
lumière, qui ouvrent les yeux et les ferment, soient ses esclaves; que les uns
le servent avec des cornes montées en or, que les autres lui présentent des tranches
de viandes cuites et poivrées, en attendant que sa nourriture et sa boisson
soient prêtes. C'est pitié de laisser sous la pluie et le vent un homme comme
celui dont tu parles. »
(1) Glewlwyt à la forte étreinte. On le trouve déjà dans
le Livre noir, remplissant ses fonctions de portier, mais
non, à ce qu'il semble, celles de portier d'Arthur (Skene, II, p. 50, v. 24).
(2) La légende galloise distingue deux Ynyr :
Ynyr Gwent et Ynyr Llydaw ou Ynyr d'Armorique. Ynyr Gwent serait, d'après le Liber
Laudavensis, p. 111, le père d'un prince Idon, contemporain de saint Teliaw. L'Ynyr
armoricain serait fils du roi Alan, et neveu de Cadwaladr (Gaufrei de Monmouth, éd. San-Marte, XII, 19,
écrit Iny; Brut Tysilio, p. 475, col. 2). Taliesin célèbre les exploits d'un Ynyr (Skene, II, p. 167, v. 25; p. 168, v.8 et suivants; au vers 25 le poète parle des gwystlon ou
otages d'Ynyr).
(3) Au lieu de Kaer Oeth ac Anoeth, on trouve généralement
Carchar (prison) Oeth ac Anoeth. D'après les Iolo mss., p. 187, après la
destruction complète des envahisseurs romains par les Bretons gouvernés par
Caradawc ab Bran, Manawyddan, fils du roi Llyr, fit rassembler de toutes parts
leurs ossements, et en mêlant la chaux aux os, il fit une immense prison
destinée à enfermer les étrangers qui envahiraient l'île, et les traîtres à la
cause de la patrie. La prison était ronde; les os les plus gros étaient en
dehors; avec les plus petits, qui étaient en dedans, il ménagea différents
cachots; il y en eut aussi sous terre spécialement destinés aux traîtres. Le Livre noir fait mention de la famille d'Oeth et
Anoeth (Skene, 31, 8). D'après les Triades du Livre rouge (Mab., p. 300, 1; 306, 9), Arthur aurait été trois nuits dans
cette prison avec Llyr Lledyeith, Mabon, fils de Modron, et Geir, fils de
Geiryoed; il aurait été délivré par Goreu, fils de Kustennin, son cousin. Nous
retrouvons plusieurs de ces personnages dans notre mabinogi. Les noms
des prisonniers diffèrent, p. 306 (v. plus bas à propos
de Modron). Le sens de oeth et anoeth ici n'est pas
sûr. La terre oeth est une terre cultivée et boisée; la terre anoeth est
une terre inculte (Iolo mss., p.
189; cf. Silv. Evans, Welsh Dict.). Mais oeth a aussi le sens de richesses, joyaux, présents, ainsi qu'anoeth
: (cf. -oeth dans cyf-oeth, richesse, puissance; cf. irl., cumachte).
- « Par la main de mon ami, » s'écria Kei (1), « si on suivait mon conseil, on ne violerait pas les lois de la cour pour lui. »
- « Tu es dans le faux, cher Kei, dit Arthur; nous sommes des hommes de
marque à proportion qu'on a recours à nous; plus grande sera notre générosité,
plus grandes seront notre noblesse, notre gloire et notre considération.
Glewlwyt se rendit à l'entrée et ouvrit la porte au jeune homme. Quoique
tout le monde descendît à l'entrée sur le montoir de pierre, Kulhwch, lui, ne
mit pas pied à terre et entra à cheval.
« Salut ! s'écria-t-il, chef suprême de cette île; salut aussi bien en
haut qu'en bas de cette maison, à tes nobles, à ta suite, à tes capitaines; que
chacun reçoive ce salut aussi complet que je l'ai adressé à toi-même (2). Puissent ta prospérité, ta gloire et
ta considération être au comble par toute cette île. »
- « Salut aussi à toi, dit Arthur; assieds-toi entre deux de mes guerriers; on
t'offrira les distractions de la musique et tu seras traité comme un prince
royal, futur héritier d'un trône, tant que tu seras ici. Quand je partagerai
mes dons entre mes hôtes et les gens de loin, c'est par ta main que je
commencerai, dans cette cour. »
- « Je ne suis pas venu ici, dit le jeune homme, pour gaspiller nourriture et
boisson. Si j'obtiens le présent que je désire, je saurai le reconnaître et le
célébrer; sinon, je porterai ton déshonneur aussi loin qu'est allée ta
renommée, aux quatre extrémités du monde. »
- « Puisque tu ne veux pas séjourner ici, dit alors Arthur, tu auras le présent
qu'indiqueront ta tête et ta langue, aussi loin que sèche le vent, que mouille
la pluie, que tourne le soleil, qu'étreint la mer, que s'étend la terre,
(1) Kei est un des personnages les plus connus des
légendes galloises. Dans les mabinogion qui ont subi l'influence française et dans les romans français il est
brave, mais bavard, gabeur, et il n'est pas toujours heureux dans ses
luttes. Dans ce mabinogi il a ses véritables traits; il commence déjà cependant
à gaber. Le Livre noir le présente comme un compagnon
d'Arthur, et un terrible guerrier « quand il buvait, il
buvait contre quatre, quand il allait au combat, il se battait contre cent » (Skene, p. 50, XXXII; 52, v. 5, v. 17 et suiv.). D'après les Triades (Mab., 303, 3), c'est un des trois taleithawc ou chefs portant sur le casque une large couronne d'or,
avec Gweir, fils de Gwystyl, et Drystan, fils de Tallwch. Les poètes
gallois du moyen âge (Gogynveirdd), du XIIème
au XVème siècle, font de fréquentes allusions à Kei : Myv. arch.,
978, col. 2 : Mae yn gyveill grymus val Kei gwynn (il est un ami fort comme Kei béni); ibid., p. 328, col. 2: Wryd Cai (la vaillance
de Kei); ibid., p. 329, col. 1 :
Cai boneddigaidd (noble comme
Kei); ibid., p. 332, col. 1 :
Pwyll Cai (la raison, le sens de Kei); Davydd
ab Gwilym, p. 323 (éd. de 1873), contre Rhys Meigen : Nid gwrol Gai hir,
ce n'est pas un brave comme Cai le long; Llewis Glyn Cothi, p. 309, 15, cite aussi Kai hir (Kai le long).
Il est fils de Kynyr, mais il semble bien, d'après une phrase de notre mabinogi
et un poème des plus singuliers de
(2) Une formule de salut aussi développée et
analogue se retrouve dans un poème de
à l'exception de mon navire et de mon manteau,
de Kaledvwlch (1), mon épée, de Rongomyant, ma lance; de Gwyneb Gwrthucher, mon bouclier (2); de Karnwenhan (3), mon couteau, et de Gwenhwyvar (4), ma femme;
(1) Caledvwlch, de calet « dur, » et de bwlch «entaille, brèche » : dur à entailler? » ou « qui entaille durement. » Une épée célèbre dans l'épopée
irlandaise, l'épée de Leité, qui lui venait d'une demeure de fées, porte un nom
analogue, Calad-holg, qu'O'Curry traduit par « hard-bulging » (O'Curry, On the manners II, p. 320). - Rongomyant : ron
signifie lance; le second terme n'est pas clair. C'est Ron uwchel
et Rongoruchel dans le Brut Gr. ab Arthur (Myv. arch., p. 32,2 et Nod. 500), Rongymynyat ou Lance qui taille,
dans le Brut Tys. (ibid., p. 163-178.)
(2) Gwyneb Gwrthucher :
gwyneb, « visage, » gwrthucher « soir » (Cf. cornique gwrthuher: Vocab. cornique, Zeuss, Gr. Celt. app.).
(3) Karnwenhan; le premier terme, carn, signifie «manche; » gwenana, dans les dictionnaires, le sens de ampoule ou pustule
sous la peau; il est plus probable qu'on ait affaire ici à un diminutif de gwen
« blanche » : kyllell, « couteau, » est féminin : Karnwenhan « à manche blanc ou à peu près blanc. »
(4) Gwenhwyvar,
Gwenhwyvar merch Ogyrvan Gawr
Drwg yn vechan, waeth yn vawr.
«Gwenhwyvar, la
fille de Gogyrvan Gawr, mauvaise étant petite, pire devenue grande (Myv. arch., p 863, col. 1l. »
Gwenhwyvar (blanc fantôme ou blanche fée) est identique à
l'irlandais Finnabair : les deux mots sont composés de vindo- (fém. vindā, vendā), blanc et
de seimari ou seibari, fantôme, fée : cf. irl. mod.
siabhra; gaëlique siabhrach, a fairy; irl. moyen
Siabur = Seibaro.
j'en prends Dieu à témoin, je te le donnerai avec plaisir. Indique ce que tu voudras. »
- « Je veux que tu mettes en ordre ma chevelure. »
- « Je le ferai. » Arthur prit un peigne d'or, des
ciseaux aux anneaux d'argent, et lui peigna la tête. Il lui demanda ensuite qui
il était: « Je sens que mon cœur s'épanouit vis-à-vis de
toi; je sais que tu es de mon sang: dis-moi qui tu es. »
- « Je suis Kulhwch, répondit le jeune homme, le fils de Kilydd, fils du prince
Kelyddon, par Goleuddydd, ma mère, fille du prince Anllawdd.»
- « C'est donc vrai, tu es mon cousin. Indique tout ce que tu voudras et tu
l'auras; tout ce qu'indiqueront ta tête et ta langue, sur la justice de Dieu et
les droits de ton royaume, je te le donnerai volontiers. »
« Je demande que tu me fasse avoir Olwen, la fille d'Yspaddaden Penkawr, et
je la réclamerai aussi à tes guerriers.» Voici ceux à qui il réclama son présent: Kei; Bedwyr (1); Greidawl Galltovydd (2); Gwythyr, fils de Greidawl (3); Greit, fils d'Eri (4); Kynddelic Kyvarwydd (5); Tathal Tywyll Goleu (6); Maelwys, fils de Baeddan (7); Knychwr, fils de Nes (8); Kuhert, fils de Daere (9);
(1) Voir plus bas.
(2) Un des trois Gallovydd ou maître ès machines, de l'île
de
(3) V. Plus bas.
(4) V. plus bas.
(5) Dans le poèmes sur les tombes, Livre noir, éd. Skene, p. 32, la tombe d'un Kindilic, fils de Corknud, est mentionnée comme une tombe
d'alltud ou étranger. C'est aussi le nom d'un fils de Llywarch Hen (Livre noir, p. 48, 34; 61. 25).
(6) Tywyll Goleu, « sombre clair » V. notes critiques.
(7) L'auteur a vu un rapport entre le second terme wys, dans Maetwys,
et Baeddan : Gwys, cf.
breton gwes, « truie »; Baeddan,
diminutif de baedd, porc ou sanglier mâle.
(8) C'est le nom du célèbre roi d'Ulster Conchobar mac Nessa (Kuno Meyer, Early relations between Gael
and Brython, 1896, p. 35).
(9) Kubert est, sans doute, une faute du copiste ou
de plusieurs copistes successifs. Il y a un fils de Daere bien connu, c'est
Conroi ou Cúroi. Curoi, roi de West Munster, fut tué traîtreusement par
le plus grand héros de l'épopée irlandaise, Cuchulain, qui emmena Blanait, la
femme de Curoi, avec lui en Ulster. Le fidèle barde et harpiste de Curoi,
Fercoirtne, se rendit à la cour de Cuchulain, un jour où les chefs étaient
assemblés à Rinn Chin Bearraidhe, sur une colline à pic; il se rapprocha de
Blanait, en causant l'amena sur le bord du précipice, et, lui jetant les bras
autour du corps, il se précipita avec elle du haut de la colline. On trouve,
parmi les poèmes attribués à Taliesin, une élégie sur la mort de Conroi mab
Dayry; le nom de Cuchulain s'y trouve mentionné (Cocholyn). Le poème n'a pas été compris par Stephens, comme le fait
remarquer Skene, qui ne l'a pas d'ailleurs bien traduit non plus. Sur Conroi,
v. O'Curry, On the manners, II, p. 9, 10, 97, 199. 358; III, t5, 75, etc.
Percos, fils de Poch; Lluher Beuthach; Korvil Bervach; Gwynn, fils d'Esni; Gwynn, fils de Nwyvre (1); Gwynn, fils de Nudd (2); Edern, fils de Nudd (3); Garwy (4), fils de Gereint; le prince Flewddur Flam (5); Ruawn Pebyr, fils de Dorath (6); Bratwen, fils du prince Moren Mynawc;
(1) Nwyvre, firmament,
empyrée.
(2) V. plus bas.
(3) Edern, qui joue un rôle important dans le mabinogi
de Geraint ab Erbin, est devenu, comme beaucoup d'autres héros, un saint. Il a
donné son nom à Bod-Edern, en Anglesey, et à Lann-Edern, arrond. de Châteaulin, Finistère (v. Myv. arch., p. 424, col. 1). Il est fait mention de lui chez les poètes. Edern llit, « la colère d'Edern, » Myv. arch., p. 282, col. 1; Ochain
Edern « soupir comme celui d'Edern » (Myv. arch., p. 302, col XIII.-
XIVème s.).
(4) Le ms. porte Adwy : c'est une faute
pour Arvy, qui est lui-même pour Garwy. Garwy, fils de Geraint, est un des personnages les plus souvent
cités : Myv. arch., p. 411, col. 1, c'est un des trois chevaliers
amoureux et généreux de la cour d'Arthur, avec Gwalchmei et Cadeir, fils de
Seithin Saidi; un poète cite sa vaillance (Myv., p. 293, col. 2; 323.
col. 1), un autre sa générosité (Myv., p. 328, col. 2), cf. Llew-Glyn
Cothi, p. 161, v. 21 : Gwryd
Garwy, « la vaillance de Garwy; » Daf. ab Gwil., p. 191; c'est l'amant
de Creirwy : le poète Hywel ab Einiawn Llygliw (1330-1370) compare une femme à Creirwy la belle, qui l'a ensorcelé comme
Garwy (Myv. arch., p. 339, col. 1).
(5) Un des trois unbenn (prince, chef) de la cour d'Arthur, avec Goronwy, fils d'Echel, et
Kadyrieith (Triades Mab., 303, 13; cf. Triades, Skene,
II, p. 456); Pen-4 (L. Rh. 460) : Flewdwr Flam wledic : flam
est emprunté au latin flamma.
(6) Un des trois Gwyndeyrn (beaux rois ou rois bénis) de l'île de
Moren Mynawc lui-même; Dalldav, fils de Kimin
Cov(1);
[Run ou Dyvyr], fils d'Alun Dyved (2);
[Kas], fils de Saidi; [Kadwri], fils de Gwryon; Uchtrut Ardwyat Kat (3);
Kynwas Kurvagyl; Gwrhyr Gwarthegvras (4); Isperyr Ewingath (5);
Gallcoyt Govynyat; Duach, Grathach (6) et Nerthach, fils de
Gwawrddur Kyrvach : ils étaient originaires des abords de l'enfer;
(1)
Avec Ryhawt, fils de Morgant, et Drystan, fils de March c'est un des trois pairs de la cour d'Arthur (Myv. arch., p. 393, 89.) Son cheval, Fer-las (cheville bleue), est un des trois Gordderch varch (cheval d'amoureux) de l'île (Triades Mab., 307, 3). Au lieu de
Kimin, on trouve aussi Kunin.
(2)
Le texte ne porte que : fils d'Alun Dyvet. Livre noir, 30 26, 27 : Bet Run mab Alun Diwed, « la tombe de Run, fils
d'Alun Dyved; » la tombe d'Alun est également mentionnée comme celle d'un
vaillant guerrier. Il y a un Dyvyr, donné aussi comme fils d'Alun Dyved (Mab., 159, 30; 2-5, 17).
(3) Il est fait mention d'un Ychtryt vab Etwin dans le Brut y Tywysogyon, Myv. arch., p. 612,
col. 2; un canton de Carmarthenshire portait le nom
de Uchtryd; le texte porte ardywat;
il faut probablement lire ardwyat cat, « directeur, régulateur du combat. » (Confirmé par Pen, 4 (L. Rh. 460) : ardwyat).
(4) Gwarthegvras, au gros bétail.
(5) Il est mentionné dans les Chwedlau y Doethion. (Propos des sages) : ( As-tu entendu ce que
chante Ysperir s'entretenant avec Menw le
Long : l'ami véritable se reconnaît dans le danger. » (Iolo mss., p. 254, 49.) Ewingath signifie ongle de chat.
(6) Pen. 4 (L. Blanc) a Brathach qui paraît
préférable (Brath, piqûre, morsure).
Kilydd Kanhastyr; Kanhastyr Kanllaw(1); Kors Kantewin (2); Esgeir Culhwch Govynkawn; Drustwrn Hayarn; Glewlwyd
Gavaelvawr; Loch Lawwynnyawc (3); Annwas Adeinawc (4); Sinnoch, fils de Seithvet (5); Gwennwynwyn, fils
de Nav (6); Bedyw, fils de Seithvet;
(1) Kanllaw, « aide, support; » Kanhastyr ou Kanastr est
traduit par Owen Pughe, par « cent liaisons, cent recours; » le mot indique, en tout cas, quelque chose de
(2)
On trouve aussi Kwrs; Kors est préférable; on trouve un Kors, fils
d'Erbig, et un autre, fils de Gafran, dans le Liber Land., p. 466, 487. Kant ewin « aux cent ongles. »
(3) Il est fait mention de Lloch Llawwynnawc«à la main blanche, » dans le Livre noir, 51, 14, parmi les compagnons
d'Arthur (Lluch Llawynnauc). Lloch parait être
le Loth ou Lot des Romans de
(4) Mentionné à côté
de Llwch Llawwynnyawc dans le Livre noir (51, 15); adeinawc «l'ailé. » C'est probablement
le même personnage donné sous le nom d'Edenawc (Pen.
(5) On trouve aussi
Seitwet (Triades Mab., 302, 16), mais c'est peut-être un
personnage différent; seithvet
signifie septième.
(6) Texte, Naw, mais le L. Rouge reproduit un
manuscrit où le signe désignant w a aussi, parfois, la valeur v : Pen. 4 (L. Rh. 461) ajoute
après Naw : mab Seithvet; Gwennwynwyn est un des trois chefs de flotte
de Bretagne, avec Geraint ab Erbin et March ab Meirchion; chacun possédait cent
vingt navires, montés chacun par cent vingt hommes (Myv. arch., p. 407, 68). Un des
trois chefs d'œuvres de l'île est le
navire de Nefydd Nef Neifion, qui porta un mâle et une femelle de chaque espèce
d'animaux quand se rompit l'étang de Llion (Myv. arch., p. 409, col. 97).
Neifion serait venu, en nageant, de Troie à l'île d'Anglesey, d'après un
passage de Daf. ab Gwil, p. 73 : « Nofiad a wnaeth hen
Neifion o Droia vawr draws i Fon. » - II est fait allusion
à un Naf Eidin par un poète du XIIIème et XIVème siècle, Myv. arch., p. 290,
col. 2.
Gobrwy, fils de Echel Vorddwyt twll (1);
Echel Vorddwyt twll lui-même; Mael, fils de Roycol;
Dallweir Dallpenn (2); Garwyli, fils de
Gwythawc Gwyr; Gwythawc Gwyr lui-même; Gormant, fils de Ricca (3); Menw, fils de Teirgwaedd (4); Digon, fils de
Alar (5); Selyf, fils de Sinoit; Gusc, fils d'Atheu; Nerth, fils de
Kadarn (6); Drutwas, fils de Tryffin (7);
(1)
Echel est identifié par les poètes gallois avec le nom d'Achille. Morddwyt Twll (à la cuisse trouée).
(2)
Le texte porte Datweir, mais la forme Dallweir
se trouve plus loin et dans d'autres textes. Ce Dallweir Dallbenn avait pour
porcher un des trois grands porchers de l’île, Coll, fils de Collfrewi. Voir la
note sur Coll et les porcs de Dallweir à Twrch Trwyth, plus bas.
(3) Au lieu de Ricca, lire Rita : v. plus bas, et tome II, Triades. Ce nom est
représenté aujourd'hui encore dans la toponomatique
du Nord-Galles (J. Rhys, Celtic Folkl., II, pp. 477-80; 566-4.)
(4) Voir plus bas.
(5) Digon, assez,
Alar dégoût, satiété.
(6) Nerth, force,
Kadarn, fort.
(7) Drulwas ab Tryffin aurait reçu de sa femme trois oiseaux merveilleux connus sous le nom d'Adar
Llwch Gwin ou oiseaux de Lwch Gwin; ils faisaient tout ce que leur maître
voulait. II défie un jour Arthur. Il envoya avant lui ses oiseaux sur le lieu
du rendez-vous avec ordre de tuer le premier qui se présenterait. Il ne se
rendit au lieu du combat qu'assez tard après l'heure fixée, espérant bien
trouver Arthur mort. Mais celui-ci avait été retenu à dessein par la sœur de Drutwas, qui l'aimait. Drutwas, arrivé
le premier, fut mis en pièces par ses oiseaux (Iolo mess., p. 188). D'après une lettre
écrite par Robert Vaugban à Meredith Llwyd, le 24
juillet 1655, publiée par le Cambrian Register, III, p.
311, et reproduite par lady Guest, on jouait encore de
son temps, un air connu sous le nom de Caniad Adar
Llwch Gwin, le chant des oiseaux de Llwch Gwin. Une Triade donne Drudwas ab Tryphin comme un des
trois aurdafodogion ou hommes à la langue d'or, de la cour d'Arthur,
avec Gwalchmai et Madawc ab Uthur (Myv., p.
410, 121).
Twrch, fils de Perif; Twrch, fils d'Annwas;
Iona, roi de France; Sel, fils de Selgi; Teregut, fils de Iaen; Sulyen, fils de
Iaen; Bratwen, fils de Iaen; Morcn fils de Iaen; Siawn, fils de Iaen; Cradawc,
fils de Iaen : c'étaient des hommes de Kaer Dathal (1),
de la famille d'Arthur lui-même, du côté de son père; Dirmyc, fils de Kaw (2); Iustic, fils de Kaw; Etmyc, fils de Haw; Angawd, fils de
Kaw; Ovan, fils de Kaw; Kelin, fils de Kaw; Konnyn, fils de Kaw; Mabsant, fils
de Kaw; Gwyngat, fils de Kaw; Llwybyr, fils de Kaw; Koch, fils de Kaw : Meilic,
fils de Kaw; Kynwas, fils de Kaw; Ardwyat, fils de Kaw; Ergyryat, fils de Kaw;
Neb, fils de Kaw; Gilda, fils de Kaw;
(1) Kaer Dathl, voir p. 175, n° 4. [je recopie cette
note tirée du mabinogi de Math : « *Caer
Dathl, ou, avec une voyelle irrationnelle ou euphonique, Caer Dathyl et Dathal,
est encore un nom de lieu du Carnarvonshire. Le caer ou fort se trouvait sur
une éminence près de Llanrwst (Lady Guest, d'après le Cambro-Briton, II, p. 3). Il en est souvent
question dans les Mab. et ailleurs (Myv. arch., p. 151 col. 1; Llewis Glyn
Cothi, IV, 1, 7). » ]
(2)
Kaw de Prydyn (Ecosse), seigneur de Cwm Cawlwyd, aurait été
chassé de son pays par les Pictes et se serait réfugié
en Galles, où Arthur et Maelgwn lui auraient donné des terres. Certaines généalogies
lui donnent dix-sept enfants tous saints (Iolo mss, p. 109), d'autres vingt et un également saints (Iolo mss., p.
117). Il y a une intention satirique évidente dans Neb, fils de
Kaw, mot à mot, quelqu'un, n'importe qui,
fils de Kaw ! de même pour Dirmyc (mépris), Etmyc (respect). Mabsant (saint patron), Llwybyr
(sentier). Le plus connu des fils est Gildas, auquel une
généalogie attribue aussi quatre enfants, quatre saints. Les noms différent
beaucoup dans les différentes généalogies. Au lieu de Dirmyc on trouve généralement Dirinic;
au lieu de Iustic on a Ustic; Meilic est cité à côté de Nonn par Llewis Glyn Cothi, p. 108, vers 24.
Kalcas, fils de Kaw; Hueil (1), fils de Kaw, qui ne prêta jamais hommage à aucun seigneur;
Samson Vinsych (2), Teleessin Pennbeirdd (3); Manawyddan, fils de
Llyr (4); Llary (5), fils de Kasnar
Wledic; Ysperin, fils de Flergant (6), roi du Llydaw;
Saranhon, fils de Glythwyr; Llawr, fils d'Erw (7);
(1)
D'après une tradition mentionnée par Tegid (Llew. Glyn Cothi, p. 199, v. 21), Hueil aurait été décapité à Rhuthyn, dans le Denbighshire,
sur l'ordre d'Arthur. Lady Guest la rapporte tout au long d'après Jones, Welsh
Bards, p. 22. Hueil
aurait eu l'imprudence de courtiser la même femme qu'Arthur, d'où un duel dans
lequel Arthur fut grièvement blessé à la cuisse. Il guérit, mais resta très
légèrement boiteux. Arthur avait fait promettre à Hueil de ne jamais en
souffler mot sous peine de mort. Quelque temps après, Arthur devint amoureux
d'une dame de Rhuthyn. Il se déguisa en femme pour l'aller voir. Un jour qu'il
dansait avec elle et des amis, Hueil le surprit, le reconnut et s'écria :«La danse irait très bien, n'était la cuisse. » Arthur lui fit
trancher la tête sur une pierre qui porte le nom de Maen Hueil. Son nom
revient assez souvent chez les poètes (Myv. arch., p. 281,
col. 2),
(2)
Samson aux lèvres sèches.
(3) Taliessin pennbeird,
ou chef des bardes. Voy. plus haut Branwen.
(4) Voir
le mabinogi qui porte son nom.
(5) Llary, généreux.
(6) Voir p. 209, note. [aux trois familles déloyales dans le mabinogi de Math.]
(7) Llawr, « sol; » Erw, « sillon » .
Annyannawc, (1)
fils de Menw fils de Teirgwaedd; Gwynn, fils
de Nwyvre; Flam, fils de Nwyvre; Gereint, fils d'Erbin (2);
Ermit, fils d'Erbin;
Dyvel, fils d'Erbin; Gwynn, fils d'Ermit; Kyndrwyn, fils d'Ermit; Hyveidd
Unllenn (3); Eiddon Vawrvrydic (4); Reidwn Arwy;
Gormant, fils de Ricca, frère d'Arthur du côté de sa mère : Pennhynev Kernyw (5)
était son père; Llawnroddet Varvawc (6); Noddawl Varyv Twrch
(7); Berth,fils de Kado (8);
(1) Annyannawc, bien doué, Menw, intelligence.
(2)
Voir le mabinogi qui porte son nom.
(3) Hyveidd Unllen, « à un seul manteau.» Voir plus haut, p.
97, note 2. [Mabinogi de
Pwyll, note à Heveidd Hen.]
(4) Mawrvrydic, « magnanime. »
(5) Pennhynev, « le chef des
vieillards. » Il manque un nom propre. Il s'agit, sans doute, de Kadwr, comte de
Cornouailles. D'après des Triades (Skene, II, p.456), il
y a un pennhyneif dans chacune des
cours d'Arthur: à Mynyw, c'est Maelgwn Gwynedd; à Kelliwic, en Kernyw, c'est
Karadawc Vreichvras; à Pen Rionydd, dans le Nord, c'est Gwrthmwl Wledic.
(6) Ce personnage se
confond souvent avec un autre : Llawfrodedd, également
surnommé Varvawc, « le barbu » (Myv. arch., 166, col. 2; 148, col.
1; 303, col. 1). D'après une Triade, c'est un des trois bergers
de Bretagne; il garde les bœufs
de Nudd Hael (Myv. arch., p. 408, 85); il y avait, dans
ce troupeau, 20 001 vaches à lait. Dans la liste des treize merveilles de
Bretagne donnée par lady Guest, d'après un vieux manuscrit, dit-elle, son
couteau est au sixième rang; il servait à manger à vingt-quatre hommes à la
même table (Mab., III, p.
354). (Allusions à
Llawnroddet, Myv. arch., p. 297, col. 2; 299, col. 2, Llawrodded.) Dans le Songe de
Rhonabwy, p. 159, on
trouve un Llawroded Varyvawc.
(7) Baryv Twrch, « barbe de sanglier. »
(8) Plus bas, il est donné comme un puissant chef d'Ecosse. D'après les Triades, Kado est un des trois qui
eurent la sagesse d'Adam; les autres sont Beda et Sibli doeth, « sage » (Mab. 297, 6). Il n'est pas difficile de reconnaître dans celui-ci Cato, « le vieux Caton. » On l'appelle même Cado hen, « le vieux. » Le saint Kado
d'Armorique est différent même comme nom. On prononce, en vannetais, Kadaw ou
Kadew (=* Catavos). Berth
signifie riche.
Reidwn, fils de Beli; Iscovan Hael; Iscawin,
fils de Panon; Morvran (1),
fils de Tegit (personne ne le frappa de son arme à la
bataille de Kamlan (2), à cause de sa
laideur : tous voyaient en lui un démon auxiliaire; il était couvert de poils
semblables à ceux d'un cerf);
(1)
Morvran. « corbeau de mer. » D'après la vie de Taliesin, il serait fils de Tegid Voel, «le
Chauve, » et de Ceridwen.
C'est un des trois ysgymydd aereu
ou esgemydd aereu (esgemydd, d'après E. Lhwyd, avait le sens de banc; Cf. istomid dans le cart. de Redon, à corriger en iscomid = ysgymydd); les autres
étaient Gilbert, fils de Catgyffro et Gwynn Cleddyfrudd (Skene, II, p. 458; Triades Mab., 304, 25); ils ne
revenaient du combat que sur leurs civières, lorsqu'ils ne pouvaient remuer ni
doigt ni langue (Myv. arch, p. 404, 33). Le troisième,
échappé de Kamlan, est Glewlwyd Gavael Vawr. (Myv., p. 392. 85).
(2)
Les Annales Cambriae portent, à
l'année 537, la mention « Gueith Camlann, la bataille de Camlann, où Arthur et Medraut tombèrent; il y eut grande mortalité en
Sandde Bryd-angel (1): (personne ne le frappa de son arme à la bataille de Kamlan, à cause de sa
beauté : tous voyaient en lui un ange auxiliaire); Kynnwyl Sant (un des trois hommes qui s'échappèrent de la bataille de Camlan) : ce fut
lui qui se sépara le dernier d'Arthur sur son cheval Hengroen (2); Uchtryt fils d'Erim (3); Eus fils d'Erim;
Henwas (4) Adeinawc fils d'Erim, Henbeddestyr (5) fils d'Erim, Sgilti
Ysgawndroet fils d'Erim (ces trois hommes
avaient chacun une qualité caractéristique : Henbedestyr ne rencontra jamais
personne qui pût le suivre ni à cheval ni à pied; Henwas Adeinawc, jamais
quadrupède ne put l'accompagner la longueur d'un sillon et à plus forte raison
plus loin; Sgilti Ysgawndroet (6), quand il était
bien en train de marcher pour une mission de son seigneur,
(1) Pryd-angell, « au visage d'ange. »
(2) Hen-groen, « vieille peau » .
(3) Tire peut-être son
nom de l'Irlandais érimm,
course, coureur (Kuno Meyer, Gael and Brython, p.
35, note 5).
(4) Cf. plus haut Anwas adeinawc.
(5) Hen-beddestyr, « vieux piéton.»
(6) Ysgavndroet,«au pied léger. »
ne s'inquiétait jamais de savoir par où aller
: s'il était dans un bois, il marchait sur l'extrémité des branches des arbres (1); jamais, une fois dans sa vie, un brin d'herbe, je ne dis pas
ne cassa, mais même ne plia sous son pied, tellement il était léger); Teithi
Hen, le fils de Gwynhan dont les domaines furent submergés par la mer et qui,
ayant échappé lui-même à grand peine, se rendit auprès d'Arthur : son couteau
avait cette particularité depuis qu'il vint ici, qu'il ne supporta jamais aucun
manche, ce qui fit naître chez Teithi Hen un malaise et une langueur qui ne le
quittèrent plus et dont il mourut; Karnedyr fils de Govynyon Hen; Gwenwenwyn
fils de Nav Gyssevin (2),
champion d'Arthur; Llygatrudd Emys (3) et Gwrbothu Men,
oncles d'Arthur, frères de sa mère; Kulvanawyd (4) fils de Gwryon;
Llenlleawc (5) le Gwyddel (le Gaël)
(1) Pen. 4 (L. Rh. 463) ajoute : tant qu'il était sur une montagne, c'est sur le bout
des roseaux qu'il marchait.
(2) Nav Gyssevin, « Naf, le premier » ; on pourrait aussi
faire porter gyssevin dans rysswr: le premier guerrier ou champion. Voir la note p. 264, à Gwenwynwyn
[note 6 à Nav, en fait]. C'est le Noé gallois.
(3) Llygad-rudd, « œil rouge; » emys,«étalon. »
(4) Ce Kulvanawyd ou
Kulvynawyd (mynawyd, arm. menaoued, « alène; » cul, « étroit ») est le père des trois femmes impudiques de
(5) Ce nom est aussi écrit Llenvleawc; il parait altéré dans les
deux cas.
du promontoire de Gamon
(1); Dyvynwal Moel (2); Dunart (3) roi du Nord; Teirnon Twryv Bliant (4); Tecvan Gloff (5); Tegyr Talgellawc; Gwrdival fils d'Ebrei; Morgant Hael (6); Gwystyl (7) fils de Run fils de Nwython;
(1) Ganion est peut-être préférable. D'après le
Dictionnaire de Richards, il y aurait eu un promontoire de ce nom en Irlande.
John Rhys (Celtic Britain, p.
298) prétend que Ptolémée donne un promontoire des Gangani qu'il faudrait
placer dans le Carnarvonshire: Ganion
égalerait Gangnones. Or, la lecture
adoptée par Müller dans la nouvelle édition de Ptolémée donnée par Didot est le
promontoire des Ceangani (Ptol., III, § 2). Les
variantes sont diverses sur ce nom dans les mss., mais
la leçon Ceangani est certaine. On a trouvé à Chester et aux bouches de
(2) Plus connu sous le nom de Dyvynwal Moelmut. D'après les Triades, c'est
un des trois post-cenedl, « piliers de race » , de l'île de Bretagne,
et le grand législateur (Myv. arch., p 400, col. 2). Les lois donnent sur ce personnage plus ou moins
légendaire et son oeuvre de curieux détails (Ancient laws, I, p. 183-184). Gaufrei de Monmouth
l'appelle Dunvallo Molmutius et le fait fils de Cloten, roi de Cornouailles (II, p. 17), Dyvynwal ou Dyvnwal (arm. Dumnwal, et plus
tard, Donwal) est souvent cité comme législateur (Iolo mss.,
p. 263, 9).
(3) Peut-être Dyvnarth.
(4) V. plus haut, p.
22 et 108. [p. 22 : remarques sur l’orthographe
des Gallois ancien et moyen (celui des
Mabinogion). p 108 : bliant est « le nom d’une sorte de toile fine ou de batiste. » ]
(5) Cloff, « le boiteux. »
(6) Paraît le même que Morgan Mwynvawr. C'est un des trois Ruddvoawc (doublet ruddvaawc), qui font le sol rouge, avec Run,
fils de Beli et Llew Llawgyffes; rien ne poussait, ni herbe ni plante. là ou ils passaient, pendant une année; Arthur était plus
ruddvaawc qu'eux : rien ne poussait après lui pendant sept ans (Tr. Mab., p. 303, 5; cf. Myv.
arch., p. 405, col.
1).
(7) Son fils Gweir est
plus connu. C'est un des trois Taleithawc
(porte-bandeaux) de la cour d'Arthur (Tr. Mab., 303, 4); les poètes en parlent: « Estimé comme Gweir,
fils de Gwestyl» (Myv. arch, p. 233. col. 1; cf. ibid., 300,
col. 2; 294, col. 1).
Llwydeu fils de
Nwython; Gwydre fils de Llwydeu par Gwenabwy fille de Kaw, sa mère : Hueil, son
oncle, le frappa, et c'est à cause de cette blessure qu'il y eut inimitié entre
Hueil et Arthur; Drem (1) fils de Dremidyt,
qui voyait de Kelliwic en Kernyw jusqu'à Pen Blathaon en Prydyn (2) (Ecosse) le moucheron se lever avec le soleil;
(1) Drem, « vue, aspect » ; dremidydd, « celui qui voit.» Il
en est question dans les Englynion y Clyweid et chez un poète du XVème
siècle, Iolo Goch (Lady Guest, II, p.
341).
(2) Prydyn. C'est le nom donné à
l'Ecosse par les Bretons. Il répond à Cruithni, nom qui désignait les Pictes (le p breton répond à un ancien q vieux-celtique).
D'après un auteur irlandais, cité par Todd dans une note sur la version
irlandaise de Nennius, le mot viendrait de cruth
(gallois, pryd), « forme » . Cruithni indiquerait un peuple qui
peint sur sa figure et sur son corps des formes de bêtes, d'oiseaux et de
poissons (Rhys, Celt.
Brit., p. 240). C'est fort douteux: cf. Whitley Stokes, Urkelt. Sprachschatz, p. 63. On trouve
aussi Prydein au lieu de Prydyn; Prydein est usité surtout pour désigner la
partie de l'île représentant l'Angleterre actuelle,
Eidyol (1), fils de Ner; Glwyddyn Saer (2) qui fit Ehangwen (3) la salle d'Arthur; Kynyr Keinvarvawc (4) (Kei passait pour son fils; il avait dit à sa femme : « si ton fils,
jeune femme, tient de moi, toujours son coeur sera froid; jamais il n'y aura de
chaleur dans ses mains; il aura une autre particularité : si c'est mon fils, il
sera têtu (5); autre trait particulier: lorsqu'il
portera un fardeau, grand ou petit, on ne l'apercevra jamais ni par devant lui
ni par derrière; autre trait caractéristique : personne ne supportera l'eau et
le feu aussi longtemps que lui; autre chose encore: il n'y aura pas un
serviteur ni un officier comme lui. »
(1) Eidyol. Ce nom existe (V. Iolo mss., p. 161, le conte d'Eidiol
et d'Eidwyl). Pen.4 donne Eidoet qu'il fait
corriger en Eideol pour Eidiol;
cf. L. noir, éd. Evans (7). Eidoel également pour Eideol, Eidiol comme le prouve la rime; sur Eidoel, voir plus
bas, p. 312 [il est le cousin germain de Mabon et le seul à pouvoir le
retrouver]. Eidiol le fort tua, lors de la trahison de Caersallawg, six cent
soixante Saxons avec une quenouille de cormier (Myv. arch., p. 407, 60).
(2) Saer, ouvrier, travaillant la
(3) Ehangwen, « large et
blanche. »
(4) Voir la note à Kei. Un poète du XIVème siècle, Madawc Dwygraig, chantant
Gruffudd ab Madawc, dit que les hommes de la terre de Kynyrle pleurent. Or,
Madawc est de Ystrad Llechwedd, c'est-à-dire du pays entre Bangor et Conwy (Myv. arch., p. 21, col, 1). Certaines Triades donnent Kynyr Kynvarvawc (Skene, II, p. 458).
(5) Ce n'était pas cependant le plus têtu des Bretons. Les trois têtus dans
les Triades sont : Eiddilic Gorr,
Trystan ab Tallwch et Gweirwerydd Vawr. On ne pouvait jamais leur faire changer
de résolution (Myv. arch., p. 408, 78).
Henwas,
Henwyneb et Hen Gedymdeith (1) (serviteurs)
d'Arthur; Gwallgoyc, autre serviteur : (dans la ville où il
allait, aurait-elle eu cent maisons, s'il venait à lui manquer quelque chose,
il ne laissait pas, tant qu'il y était, le sommeil clore les paupières d'une
seule personne); Berwyn fils de Cerenhir (2); Paris,
roi de France, d'où le nom de Kaer Baris (la ville de
Paris); Osla Gyllellvawr (3) qui portait un poignard court et
large (quand Arthur et ses troupes arrivaient devant
un torrent, on cherchait un endroit resserré; on jetait par dessus le couteau
dans sa gaine, et on avait ainsi un pont suffisant pour l'armée des trois îles
de Bretagne, des trois îles adjacentes et leur butin); Gwyddawc, fils de
Menestyr, qui tua Kei et qu'Arthur tua ainsi que ses frères pour venger Kei;
Garanwyn, fils de Kei; Amren, fils de Bedwyr;
(1) Henwas,
« vieux serviteur»; cf. Anwas; Hen wyneb, «vieux visage»; Hen gedymdeith,
« vieux compagnon » .
(2) Le texte porte Gerenhir. D'après les Iolo mss.,
Berwyn serait le père de Ceraint Veddw, « l'ivrogne » . Ceraint est le
premier qui ait fait la bière convenablement. Il venait de faire bouillir le
malt avec des fleurs des champs et du miel quand survint un sanglier qui en but
et y laissa tomber son écume, ce qui fit fermenter la bière. Geraint s'adonna à
la boisson et en mourut.
(3) Osla, « au
grand couteau » . Dans le Songe de Ronabwy,
Arthur doit se battre avec lui à Kaer Vaddon. Son nom est aussi écrit une fois
Ossa, ce qui mènerait sans difficulté à Offa, nom bien connu des Gallois. Dans
le récit irlandais connu sous le nom de Bruighean Daderga, on voit figurer, à
la cour de Daderg, trois princes saxons dont l'un porte le nom d'Osalt (O'Curry, On the manners,
III, p. 146).
Ely; Myr (1);
Reu Rwydd Dyrys (2); Run Ruddwerri; Ely
et Trachmyr chefs chasseurs d'Arthur; Llwydeu, fils de Kelcoet (3); Hunabwy, fils de Gwryon; Gwynn Gotyvron (4); Gweir Dathar
Wennidawc; Gweir, fils de Kadellin Talaryant; Gweir Gwrhyt Ennwir, et Gweir (5) Baladyr Hir, oncles d'Arthur, frères de sa mère, fils de Llwch
Llawwynnyawc de l'autre côté de la mer Terwyn; Llenlleawc le Gwyddel, prince de
Prydein (6); Cas, fils de Saidi (7);
(1)
Peut-être une faute du copiste pour Ely et Trachmyr
dont il est question une ligne plus bas.
(2) Reu est probablement pour Rew, « gelée » ; rwydd,
«facile, libre » ; dyrys, «embarrassé ».
(3) Ce fils de Kelcoet
est appelé Llwyd par Dafydd ab Gwilym, p. 114.
(4) Gwynn Gotyvron
apparaît dans le Livre
noir, dans le dialogue entre Arthur et Glewlwyd
Gavaelvawr. Il est donné comme serviteur d'Arthur, p. 51, vers 4 : Guin Godybrion; il faut probablement lire
Godybron.
(5) Gweir, fils de
Gwestyl, est plus célèbre que ces Gweir. Voir la note
sur ce personnage plus haut, p. 272.
Il y a un autre Gweir, fils de Ruvawn, qui aurait composé un livre de lois (Ancient laws I, p. 218). Talaryant «front
d'argent»; paladyr hir,«à la longue lance » . Pour Llwch, voir
plus haut, à Lloch. Pen. 4 (L. Rh. 466.); Gweir
Gwrhyt Baladyr.
(6) Il est possible qu'Arderchawc
Prydein ne se rapporte pas à Llenlleawc et désigne un autre
personnage.
(7) Cas, « objet de haine, haïssable » ; c'est probablement
Seithynin, fils de Seithyn Saidi, roi de Dyvet, un des trois ivrognes endurcis
de l'île de Bretagne, qui, dans un jour d'ivresse, lâcha la mer sur le pays
appelé Cantrev y Gwaelod (Myv. arch., p.104, col. 2; cf.
Livre noir, p. 59). Llewei, fille de Seithwedd Saidi, est une des trois amazones (gwrvorwyn,«homme-femme » ) de Bretagne.
Gwrvan Gwallt Avwyn (1);
Gwillennhin, roi de France; Gwittard,fils d'Aedd (2),
roi d'Iwerddon; Garselit (3) le Gwyddel; Panawr
Penbagat; Flendor fils de Nav; Gwynnhyvar maire (4) de Kernyw et de
Dyvneint, un des neuf qui tramèrent la bataille de Kamlan; Keli et Kueli; Gilla
Goeshydd (5) (il sautait trois
sillons d'un bond : c'était le chef des sauteurs d'Iwerddon); Sol, Gwadyn Ossol
et Gwadyn Odyeith (6) (Sol pouvait se tenir
tout un jour sur le même pied; la montagne la plus haute du globe devenait sous
les pieds de Gwadyn Ossol une vallée unie; Gwadyn Odyeith faisait jaillir de la
plante de ses pieds autant d'étincelles que le métal chauffé à blanc quand on
le retire de la forge, lorsqu'il se heurtait à des corps durs; c'est lui qui
débarrassait la route de tout obstacle devant Arthur dans ses expéditions);
(1) Gwallt, « cheveux; » avwgn, « rênes, » du latin abêna
(habena).
(2, Le L. Rouge a Oed; j'adopte la leçon de Pen. 4, Aedd, parce
qu'il s'agit d'un roi d'Irlande.
(3) Garselit porte un
nom irlandais signifiant (l'homme) au court espace de temps (Kuno Meyer, Guel and Brython p. 35, note 5 : irl. Gearr-selut).
(4) Le maer était un personnage important; c'était lui qui avait la haute
surveillance des tenures serviles et qui procédait au partage des terres qui en
dépendaient. Maer vient du latin major.
Il y avait aussi à la cour un maer (Voir Ancient laws, I, passim. Pour
Kamlan, voir p. 269).
(5) Coes hydd, « à la jambe de cerf » : Gilla est
l'irlandais gilla, ir. mod. giolla, compagnon, page,
serviteur.
(6) Gwadyn ou gwadn, signifie «la
plante du pied » . Odyeith a le sens de «rare,
extraordinaire » . Pour sol, on attendrait plutôt sawdl, « talon» (breton-moyen, seuzl, auj. seul). Il est possible que le scribe ait eu sodl sous les
yeux ou reproduise une forme orale de l'irl. sál. Sol du latin solum a en breton, parfois, le
sens de semelle.
Hir Erwm et Hir Atrwm (1) (le jour où ils allaient loger quelque part, on faisait main-basse à leur intention sur trois cantrevs
: ils mangeaient jusqu'à nones et buvaient jusqu'à la nuit, jusqu'au moment où
ils allaient se coucher; alors la faim les poussait à dévorer la tête de la
vermine, comme s'ils n'avaient jamais rien mangé; ils ne laissaient chez leurs
hôtes rien après eux; ni épais ni mince, ni froid ni chaud, ni aigre ni doux,
ni frais ni salé, ni bouilli ni cru); Huarwar fils d'Avlawn (2) qui demanda à Arthur comme présent de lui donner son content (quand on le lui fournit, ce fut le troisième des fléaux intolérables de
Kernyw (3) : jamais on ne pouvait obtenir de lui un sourire de
satisfaction que quand il était plein); Gware Gwallt Euryn (4); les deux petits de Gast Rymi (5);
(1)
Ces deux singuliers personnages sont mentionnés ensemble dans un poème de
(2) Avlawn, « non plein » ; Huarwar, « facile à apaiser » .
(3) Pen.4 (L. Rh. 467) ajoute : et de Dyvneint (
(4) Probablement Gwri
Wallt Euryn, «Gwri aux cheveux d'or » , plus connu sous le nom de Pryderi. Voir le mabinogi de Pwyll, p. 110, 115, et celui de Math,
fils de Mathonwy, p. 179.
Dafydd ab Gwilym fait mention de Gwri Gwallt Euryn.
(5) Gast, « chienne » . Rymi : il y a un fleuve Rymni en Glamorgan, Iolo mss.,
p. 18. Rymi, écrit aussi Rymhi,
est pour Rymni.
Gwyddawc et Gwydneu Astrus (1); Sugyn, fils de Sucnedydd (2),
qui pompait un estuaire à contenir trois cents navires au point de n'y laisser
que du sable sec : il avait un estomac de pierre rouge; Kacymwri, serviteur
d'Arthur : on pouvait lui montrer la grange qu'on voulait, aurait-on pu y
manoeuvrer trente charrues, il vous la battait si bien avec un fléau de fer que
les poutres, les chevrons et les lattes n'étaient pas en meilleur état que les
menus grains d'avoine au fond du tas de blé sur le sol; Dygyvlwng; Anoeth
Veiddawc (3); Hir Eiddyl et Hir Amren (4), tous deux serviteurs d'Arthur; Gwevyl (5) fils de Gwestat :
quand il était triste, il laissait tomber une de ses lèvres jusqu'à son nombril
et l'autre lui faisait comme un capuchon sur la tête; Ychdryt Varyvdraws (6) qui projetait sa barbe rouge hérissée par dessus les quarante-huit
poutres (7) de la salle d'Arthur;
(1) Astrus, «enchevêtré » .
(2) Sugyn, « action de sucer » ; sugnedydd,«qui
suce, qui pompe » (Cf. sugno,«sucer,
téter; » armor., suno,
seuno ou cheuno).
(3) Beiddiawc, « hardi » .
(4) Hir, «.long » , eiddil, « mince » .
(5) Gwevyt ou Gwevl, « lèvre » . Au lieu de Gwestat,
Pen.
(6) Baryvdraws, barbe de
travers ou à
la barbe rude; traws a aussi
le sens de dur, violent. La maison royale, qui était en bois, n'avait,
d'après les Lois, que six colonnes. Il en était de même de celles des nobles et
même de celles des vilains (Ancient laws, I,
p. 292).
(7) Pen. 4 (L. Rh. 468) donne : cinquante
poutres.
Elidyr Gyvarwydd (1);
Yskyrdav et Yscudydd (2),
serviteurs de Gwenhwyvar, aux pieds aussi rapides que leurs pensées dans
l'accomplissement de leurs missions; Brys, fils de Bryssethach, de Tal y
Redynawc Du (3) de Prydein; Gruddlwyn Corr (4); Bwlch, Kyvwlch (5), Sevwlch,
petit-fils de Cleddyv Divwlch (d'une blancheur
éclatante était le blanc de leurs boucliers; c'étaient trois perceurs que les
pointes de leurs trois lances; trois trancheurs que les tranchants de leurs
trois épées;
(1) Kyvarwydd, « guide, celui qui renseigne et, aussi, habile » . Kyvarwyddon a quelquefois le sens
d'enchantements, sortilèges (V. Campeu Charlymaen
dans les Selections from Hengwrt mss., XVII; cf. dorguid, Gloses d'Orléans, gallois moyen derwydd
« devin, prophète » ).
(2) Yscudydd de ysgud,«rapide » ; ysgudo,«courir précipitamment»; ysgyrdaf, peut-être
pour ysgrydaf de ysgryd, frissonnement,
tremblement.
(3) Tal, « le bout, le front; » redynawc, de redyn, « fougère » , = armor., radenec, «fougeraie » , du « noir ».
(4) Corr, « nain » .
(5) Kyvwlch. Ce
nom apparaît dans l'extrait du Codex Lichf., (Th. Rovk of Llandav, éd. Rhys-Evans
XVI) : Arthan filius Cimulch.
Or, dans le Livre
noir, à propos de la tombe d'Eiddiwlch il semble qu'il y ait un jeu de mot sur ce nom : mab Arthan
gywlavan
gyvwlch. F. B. a. If, v. 22). Bwlch
signifie entaille, brèche,
Divwlch, sans entaille et
métaphoriquement sans défaut et continu; eyvwlch a le sens de complet,
parfait; Cleddyv, signifie épée.
Le texte porte : CledyvKyvwlch,
mais d'après un autre passage (v. plus bas, page
317) il faut lire Divwlch. Kyvwlch dans Bwlch Kyvwlch, Sevwlch est évidemment incorrect. Je proposerais en
conférant les deux passages : Bwlch, Hyvwlch (qui coupe, taille bien), Syvwlch, fils
de Kilydd Kyvwlch, petit-fils
de Cleddyv Divwlch.
Glas, Gleissic et Gleissat, étaient
leurs trois chiens (1); KalI, Kuall et Kavall (2)
leurs trois chevaux; Hwyrdyddwc, Drwcdyddwc
(3) et Llwyrdyddwc, leurs trois
femmes; Och, Garym et Diaspat
(4) leurs trois petits-fils; Lluchet,
Nevet et Eissiwet (5), leurs trois filles; Drwc, Gwaeth
et Gwaethav Oll (6), leurs trois servantes; Eheubryd, fille de
Kyvwlch, Gorascwrn, fille de Nerth, et Gwaeddan, fille de Kynvelyn Keudawt (7). ) Pwyll Hanner Dyn (8);
(1)
Lorsque le dieu Lug se présente au palais royal de Tara, entre autres talents
qu'il énumère afin d'y pénétrer, il indique celui de porte-coupe;
on lui répond qu'il y en a et on cite Glei,
Glan, Gleisi, noms
différents de ceux-ci, mais inventés d'après les mêmes procédés et probablement
altérés (O'Curry, On the manners,
III, p. 43). Glas signifie
verdâtre ou blanchâtre; gleissic, gleissat en sont
des dérivés.
(2) Kall, « fin » ; Kuall,«cruel, sauvage » ; Kavall
est le nom du chien d'Arthur, d'après Nennius et les Mab. (Nennius, éd. Petrie, Mon. Hist. brit., 79); pour Kavall, v. plus bas; il manque quelque chose au texte.
Cf. note 3.
(3) Dyddwc «qui porte » ; hwyr, « tard », llwyr, «complet » ; drwc, «mal, mauvais » . Il semble qu'il y
ait interversion dans le texte; Hwyrdyddwc,
Drwcdyddwc ou
Hwyrdyddwc seraient mieux appropriés comme
noms de chevaux; Och, Garym et Diaspat iraient bien comme noms de femme.
(4) Och, « exclamation de douleur, gémissement » ; garym ou garam,
avec une voyelle euphonique ou irrationnelle pour garm, « cri » ; diaspat,«cri
perçant » .
(5) Lluchet «éclair » , Eisiwed, « indigence » : peut-être Luddet, Nychet et Eisiwet.
(6) Drwc,«mauvais » , gwaeth, « pire » ; gwaethav oll, « le pire de tous » .
(7) Il est fort possible qu'il faille séparer Keudawt
de Kynvelin.
Le texte est altéré.
(8) Hanner dyn, « moitié d'homme » ; suivant Lady Guest, il existerait une fable galloise,
d'après laquelle Arthur aurait vu, un jour, venir à lui une sorte de lutin qui,
de loin, avait une forme indistincte, et en approchant paraissait se développer
peu à peu; arrivé près de lui, c'était un demi-homme.
Le demi-homme le provoque. Arthur remet la lutte par
mépris, si bien que le demi-homme grandit et
qu'Arthur, en fin de compte, a besoin de toutes ses forces pour venir à bout de
lui. Ce serait, d'après lady Guest, une allégorie destinée à montrer le pouvoir
de l'exercice et de l'habitude. Les Iolo
mss., p.
164. donnent cette fable; mais il est aisé
de voir qu'elle a été remaniée par un arrangeur maladroit.
Dwnn Diessic
Unbenn (1); Eiladyr, fils de Pen Llorcan (2); Kyvedyr Wyllt
(3), fils de Hettwn Talaryant; Sawyl Bennuchel (4); Gwalchmei, fils de Gwyar (5); Gwalhavet, fils de Gwyar;
Gwrhyr Gwalstawt Ieithoedd (6) : il savait toutes les langues; Kethtrwm Offeirat (le Prêtre); Klust, fils de Klustveinat (7) : l'enterrait-on cent coudées sous terre, il entendait à cinquante
milles de là la fourmi quitter son nid le matin;
(1) Unbenn, prince et même simplement seigneur, primitivement monarque.
(2)
Le texte porte Harcan; un autre passage donne un Pennlloran; il faut prob.
lire llorcan : pennllorcan,
« à la tête de pivert » . Llorcan est aussi le nom d'un roi de Munster (O'Curry, On the manners,
II, p. 98).
(3) Kyvedyr, ailleurs Kyledyr
et même Kynedyr; gwyllt,
« sauvage, fou » .
(4) Samuel à la tête
haute, un des trois orgueilleux de
(5) Voir p. 288. [six
pages further on]
(G) Voir p. 287. [five …]
(7) Clust, « oreille » ; Clustveinad,
« à l'oreille fine »; d'après Owen Pughe, « qui dresse l'oreille, qui écoute
attentivement ».
Medyr, fils de Methredydd, qui, de Kelliwic à Esgeir Oervel en Iwerddon,
traversait, en un clin d'œil,
les deux pattes du roitelet; Gwiawn Llygat Cath (1), qui, d'un coup, enlevait.une tache
de dessus l'exil du moucheron sans lui faire de mal; Ol, fils d'Olwydd (2) (sept années avant sa naissance, on avait enlevé les cochons de son père;
devenu homme, il retrouva leur piste et les ramena en sept troupeaux); Bedwini (3), l'évèque qui bénissait la nourriture et la boisson d'Arthur.
[Kulhwch fit en outre
sa demande] pour l'amour des femmes de cette île portant des colliers d'or : à
Gwenhwyvar, la reine des dames de Bretagne; Gwenhwyvach, sa sœur; Rathtyeu, fille
unique de Clememhill; Relemon,
fille de Kei; Tannwen, fille de Gweir Dathar
Wennidawc; Gwennalarch (4),
fille de Kynnwyl Kanhwch ;
(1) Llyyat cath,» à l'œil de chat » . Il y a un Gwiawn
qui ne porte pas ce surnom et qui est plus connu; il est qualifié de dewin, « devin » , par Gwilym Ddu, poète du treizième-quatorzième
siècle (Myv. arch., p.277, col. 1; cf.
Taliesin chez Skene, II, p. 130,
9 153, 23). Medyr
a ici le sens de habileté ou habile à viser; Methredydd (medrydydd) en est un dérivé:
cf. Drem fils de Dremhidydd.
(2) Ol, « trace,
action de suivre » ; Olwydd,
« qui suit les traces » .
(3) Dafydd ab Gwilym
fait allusion au manteau de Bedwini, p. 122. Les Triades
le font chef des évêques à la cour d'Arthur à Kelli Wic, en Kernyw (Triades, Skene, II, p. 455).
Il est aussi question de lui dans le Songe de Ronabwy.
(4) Gwenn, « blanche » ; alarch, « cygne. »
Eurneid, fille de Clydno Eiddin (1); Enevawc, fille de Bedwyr (2); Enrydrec, fille de TuTúathar; Gwennwledyr, fille de Gwaleddur Kyrvach (3); Erdutvul, fille de Tryffin; Eurolwen, fille de Gwiddolwyn Gorr; Teleri, fille de
Peul; Morvudd (4), fille d'Uryen Reget; Gwenllian Dec (5), la majestueuse jeune fille; Kreiddylat (6), fille de Lludd Llaw Ereint (7), la jeune fille la
plus brillante qu'il y ait eu dans l'île des Forts, et les trois îles
adjacentes: c'est à cause d'elle que Gwythyr, fils de Greidiawl et Gwynn, fils
de Nudd, se battent et se battront, chaque premier jour de mai, jusqu'au jour
du jugement;
(1)
Chef du Nord, probablement, d'après son surnom, du pays d'Edimbourg. D'après
les Lois, il serait venu dans le pays de Galles avec Nudd Hael et d'autres pour
venger la mort d'Elidyr le généreux, tué en Arvon; les Gallois avaient pour
chef Run, fils de Maelgwn (Ancient laws, 1, p.
104). La vaillance déployée par les hommes d'Arvon contre lui aurait
été l'origine de leurs privilèges, que les Lois énumèrent à cet endroit.
D'après les Triades sur la noblesse des Bretons du Nord, il serait fils
de Kynnwyd Kynnwydyon et de la grande tribu de Coel (Triades, Skene, II, p. 454). Les poètes gallois
parlent souvent de la gloire de Clydno, clot Clydno, épithète
amenée par l'allitération et la ressemblance des formes (Myn. arch., p. 246, col. 2; 290, col. 1;
293, col. 2).
(2) Voir p. 286.
(3) Pen, 4 (L. Rh. 569) Gwaredur; Il
faut lire Gwawrddur.
(4) C'était une des
trois femmes aimées par Arthur (Triades Mab., p. 302, 14). Son nom est synonyme de beauté chez les poètes (Daf. ab Gwil., p. 27; Iolo mss., p. 247).
(5) Tec, « belle » .
(6) On l'a identifiée
avec
(7) Llaw Ereint, à la main d'argent.
Ellylw, fille de Neol Kynn Kroc,
qui vécut trois âges d'homme; Essyllt Vinwen et Essyllt Vingul
(1); à elles toutes, Kulhwch réclama son
présent.
Arthur lui dit alors
: « Je n'ai jamais rien entendu au sujet de la jeune fille que tu dis, ni
au sujet de ses parents. J'enverrai volontiers des messagers à sa recherche :
donne-moi seulement du temps. »
- « Volontiers :
tu as un an à partir de ce soir, jour pour jour. »
Arthur envoya des messagers dans toutes les
directions, dans les limites de son empire, à la recherche de la jeune fille.
Au bout de l'année, les messagers revinrent sans plus de nouvelles, ni
d'indications au sujet d'Olwen que le premier jour. « Chacun, » dit' alors Kulhwch,
« a obtenu son présent, et moi, j'attends le mien encore. Je m'en irai
donc et j'emporterai ton honneur (2) avec moi. »
- « Prince, » s'écria Kei,
« c'est trop de propos blessants pour Arthur !
(1) Essyllt est le nom qui est devenu
Iseult dans les romans français. Min a le sens de lèvres. Essyllt Vinwen, fille de Kulvanawyt,
est une des trois femmes impudiques de l'île; c'est l'amante de Trystan (Myv. arch., p. 392,
col. 1; là son nom est Fyngwen, « crinière blanche » ). Il est aussi
curieux que Essyllt Vinwen soit
devenue Iseult aux blanches mains. Y aurait-il eu une fausse interprétation de min? Minwen, « lèvres blanches » ; mingul, « lèvres minces » . Caradawc Vreichvras,
ou Caradawc « aux grands bras » , est devenu de même,
dans nos romans français, Brie-bras. Sur
Essyllt, v. J. Loth,
Contributions à l'étude des romans de
(2)
Mot à mot, ton visage (dy wyneb). Voir p. 127, note 2.
Viens avec nous et, avant que tu ne
reconnaisses toi-même que la jeune fille ne se trouve nulle part au monde, ou
que nous ne l'ayons trouvée, nous ne nous séparerons pas de toi. » En disant ces mots,
Kei se leva.
Kei avait cette vigueur caractéristique qu'il
pouvait respirer neuf nuits et neuf jours sous l'eau; il restait neuf nuits et
neuf jours sans dormir; un coup de l'épée de Kei, aucun médecin ne pouvait le
guérir; c'était un homme précieux que Kei: quand il plaisait à Kei, il devenait
aussi grand que l'arbre le plus élevé de la forêt. Autre privilège : quand la
pluie tombait le plus dru, tout ce qu'il tenait à la main était sec au-dessus
et au-dessous, à la distance d'une palme, si grande était sa chaleur naturelle.
Elle servait même de combustible à ses compagnons pour faire du feu, quand ils
étaient le plus éprouvés par le froid. Arthur appela Bedwyr (1), qui n'hésita jamais à prendre part à une mission pour
laquelle partait Kei. Personne ne l'égalait à la course dans cette île, à
l'exception de Drych, fils de Kibddar
(2); quoiqu'il n'eût qu'une main, trois
combattants ne faisaient pas jaillir le sang plus vite que lui sur le champ de
bataille; autre vertu : sa lance produisait une blessure [en entrant], mais
neuf en se retirant (3). Arthur appela
Kynddelic le guide : « Va » , dit-il, « à
cette entreprise avec le prince. » Kynddelic n'était pas plus mauvais guide
dans un pays qu'il n'avait jamais vu que dans le sien propre. Arthur appela
Gwrhyr Gwalstawt Ieithoed (4), parce qu'il savait toutes les langues.
(1)
Une triade le met au-dessus des trois taleithiawc
ou porte diadèmes de l'île, c'est-à-dire de Drystan, Hueil, fils de
Kaw et Kei (Myv. arch., p. 389, col. 2; Triades Mab., p. 307, 16). Le Livre
noir met sa tombe à Allt Tryvan, dans le
Carnarvonshire (p. 51, 34); Arthur, dans
le même livre, célèbre sa valeur (p. 51, v. 37; 52, 11). Llewis
Glyn Cothi compare deux vaillants Gallois aux deux pouces de Bedwyr (Dwy vawd
Vedwyr oeddynt, p. 396, v. 25; cf. ibid., p. 345, v. 22).
(2) Drych, « vue, regard » ; Cibddar est, dans les Triades,
avec Coll, fils de Collvrewi, et Menw, un des trois prif Lledrithiawc ou premiers magiciens, habiles à se
transformer ou à se métamorphoser (Myv. arch., p. 390,33); une autre tradition
lui donne pour fils Elmur, qui est des trois tarw unbenn ou princes taureaux du combat (Myv. arch., 408, col. 1). Il est aussi question de Cibddar
dans les Iolo mss., p.
253 (a glyweist tichwedl
Cibddar.).
(3) Nous avons dû ici expliquer plutôt que traduire le texte; le texte dit que
la lance de Bedwyr avait un coup, une blessure, et neuf contre-coups
(gwrth-wan; gwan, « action de percer » ). Il semble qu'on soit
ici en présence d'une arme dans le genre du gae bulga
du héros irlandais Cuchulain. Le gae
bulga ou javelot du ventre faisait la
blessure d'un seul trait en entrant, et trente en se retirant; il portait,
échelonnées, une série de pointes disposées comme des hameçons. Pour le
retirer, on était souvent obligé d'ouvrir le corps. Cuchulain visait avec lui
ses ennemis au ventre (O'Curry, On the manners, II, p. 309). Des
lances avec des pointes (généralement cinq)
sont souvent mentionnées dans des épopées irlandaises, notamment dans le Táin Bó Cualgne.
(4) Gwrhyr, le
maître ou plutôt l'interprète des langues.Il est fait mention de lui dans le Songe de Ronabwy et le roman de Gereint ab Erbin. C'est de lui
probablement qu'il s'agit dans les Chwedlau des Iolo mss.: « As-tu entendu le propos de Gwrhyr, le
serviteur de Teilaw le barde au langage véridique? » (p. 255). Pour
le sens de gwalstawd ou gwalystawd, mot emprunté à l'anglais, v. Iolo mss., p. 257, strophe 119.
Il appela Gwalchmei, fils de Gwyar (1);
il ne revenait jamais d'une mission sans l'avoir remplie; c'était le meilleur
des piétons et le meilleur des cavaliers; il était neveu d'Arthur, fils de sa
soeur et son cousin. Arthur appela encore Menw, fils de Teirgwaedd : au cas où
ils seraient allés dans un pays payen, il pouvait
jeter sur eux charme et enchantement de façon à ce qu'ils ne fussent vus par
personne, tout en voyant tout le monde.
Ils marchèrent
jusqu'à une vaste plaine dans la quelle ils aperçurent un grand château fort,
le plus: beau du monde. Ils marchèrent jusqu'au soir et lorsqu'ils s'en
croyaient tout près, ils n'en étaient pas plus rapprochés que le matin. Ils
marchèrent deux jours, ils marchèrent trois jours, et c'est à peine s'ils
purent l'atteindre. Quand ils furent devant, ils aperçurent un troupeau de
moutons, grand, sans bornes ni sans fin. Du sommet d'un tertre, un berger vêtu
d'une casaque de peau les gardait; à côté de lui était un dogue aux poils
hérissés, plus grand qu'un étalon vieux de neuf hivers. Il avait cette habitude
qu'il ne laissait jamais se perdre un agneau et, à plus forte raison, une bête
plus grosse. Jamais compagnie ne passa à côté de lui sans blessure ou fâcheux
accident; tout ce qu'il y avait de bois sec et de buissons dans la plaine, son
haleine le brûlait jusqu'au sol même. « Gwrhyr Gwalstawt
Ieithoedd, » dit Kei, « va parler à cet homme
là-bas! »
- « Kei, » répondit-il,
« je n'ai promis d'aller que jusqu'où tu iras toi-même.»
- « Allons-y
ensemble, » dit Kei.
- « N'ayez aucune appréhension, » dit Menw (2), fils de Teirgwaedd; «j'enverrai un charme sur le chien, de
telle sorte qu'il ne fasse de mal à personne. »
(1) Gwalchmei : le premier terme, gwalch, signifie faucon mâle, gwyar signifie sang. Il n'est pas inutile de remarquer
que ce nom se retrouve très probablement dans le cartulaire de Redon; le même personnage y est appelé Waltmoe et Walcmoel; la forme qui
explique le mieux l'erreur est Walc-Moei. C'est
un des personnages les plus importants des Mabinogion, avec cette réserve qu'il
n'apparaît pas dans les Mabinogion où il n'est pas question d'Arthur. Il a le
même caractère dans les Triades que dans les Mabin. c'est un des trois eurdavodogion ou « gens à la langue
dorée » ; c'est un des
chevaliers de la cour d'Arthur les meilleurs pour les hôtes et les étrangers (Myv. arch., p. 393,
col. 1, col. 2; ibid., p.
407, col. 2). Il y a un intéressant dialogue en vers, dans
(2)
Menw,
« esprit,
intelligence » . La magie de Menw,
qu'il avait apprise d'Uthur Penndragon, la magie de
Math, fils de Mathonwy, qui l'enseigna à Gwydyon, fils de Don, et celle du
Rudlwm Gorr qui l'enseigna à Koll, fils de Kollvrewi, sont les trois principales magies de Bretagne (Triades Mab., p. 302, 23; cf. Myv. arch., p. 390, col. 1). D'après
un passage de Daf. ab. Gwilym, les trois
magiciens seraient Menw, Eiddilic Corr et Maeth (sic), p. 143 (Eiddilic Corr, Wyddel call, « le Gaël subtil»). Ce Menw joue un grand
rôle dans les rêveries de certains écrivains gallois contemporains. Un certain
Einigan Gawr aurait aperçu, un jour, trois rayons de lumière sur lesquels était
écrite toute science. Il prit trois baguettes de frêne sauvage, et y inscrivit
ce qu'il avait vu. Les hommes ayant déifié ces baguettes, Einigan, irrité, les
brisa et mourut. Menw vit trois baguettes poussant sur sa tombe; elles
sortaient de sa bouche. Il apprit ainsi toutes les sciences, et les enseigna, à
l'exception du nom de Dieu (Lady Guest, d'après un
travail publié par Tal. Williams, à Abergavenny,
1840, sur l'alphabet bardique). Sur ce personnage. de
Menw, cf. Iolo mss., p. 252.
Ils se rendirent
auprès du berger et lui dirent: « Es-tu riche, berger (1)?»
- « A Dieu ne
plaise, que vous soyez jamais plus riches que moi ! »
- « Par Dieu,
puisque tu es le maître. »
- « Je n'ai
d'autre défaut à me nuire que mon propre bien. »
- « A qui sont
les brebis que tu gardes, et ce château là-bas ? »
- « Vous êtes
vraiment sans intelligence : on sait dans tout l'univers que c'est le château
d'Yspaddaden Penkawr (2).»
- « Et toi, qui
es-tu ? »
- « Kustennin,
fils de Dyvnedic, et c'est à cause de me biens que
m'a ainsi réduit mon frère Yspaddaden Penkawr. Et vous-mêmes, qui -êtes-vous
?"
- « Des
messagers d'Arthur, venus ici pou demander Olwen, la fille d'Yspaddaden
Penkawr.:
- « Oh! hommes, Dieu vous protège ! Pour tout au monde, n'en
faites rien : personne n'est vent faire cette demande qui s'en soit retourné en
vie. » Comme le berger se
levait pour partir, Kulhwch lui donna une bague d'or. Il essaya de la mettre
mais, comme elle ne lui allait pas, il la plaça sur un doigt de son gant et
s'en alla à la maison. I1 donna le gant à sa femme à garder. Elle retira la
bague du gant et lorsqu'elle l'eut mise de côté, elle lui dit : «Homme d'où te
vient cette bague (3) ? Il ne t'arrive pas
souvent d'avoir bonne aubaine. »
- « J'étais
allé, » répondit-il,
« chercher nourriture de mer; lorsque tout d'un coup je vis un cadavre
venir avec les flots; jamais je n'en avais vu de plus beau : c'est sur son
doigt que j'ai pris cette bague. »
- « Comme la mer ne souffre pas chez
elle de joyau mort (4) montre-moi le cadavre. »
(1)
Tout ce dialogue est obscur. Il y a probablement un
jeu de mots sur berth,
et un autre sur priawt. Berth signifie beau, brillant. Il serait possible que ce fût une formule de
salut comme en français : Es-tu gaillard? Le berger prend le mot dans le
sens de richesses, comme semble le
prouver l'exclamation de son interlocuteur. Priawt signifie bien propre, et
s'applique aussi à la femme légitime. Son beau-frère Yspaddaden, comme la suite
du récit le montre, a tué tous ses enfants moins un, qui est caché, pour
s'emparer de ses biens. Le don d'un anneau d'or semble bien montrer que les
voyageurs ont l'intention d'acheter la complaisance du berger, et justifie le
sens que nous avons donné à berth. Le
texte semble ici encore avoir été remanié.
(2) Yspaddaden à la
tête de géant.
(3)
Pour la reconstitution du texte, v.
Notes critiques. [J. Loth
y explique, pour les experts en Gallois, comment il a reconstitué un texte à
partir de deux version galloises.]
(4) Cf. Anc. Laws. II, p. 258:
Kanys pabeth bynac a vo yn varw yn y mor tri llanw a thri tray y brenyn biev (quelque chose que ce soit resté à l'état de mort dans la mer pendant trois
flux et trois reflux, appartient au roi).
- « Femme, celui
à qui appartient ce cadavre, tu le verras ici bientôt (1). »
- « Qui est-ce ? »
- « Kulhwch,
fils de Kilydd, fils du prince Anllawdd; il est venu pour demander Olwen comme
femme » . Elle fut partagée
entre deux sentiments : elle était joyeuse à l'idée de l'arrivée de son neveu,
le fils de sa soeur; triste, en pensant qu'elle n'avait jamais vu revenir en
vie un seul de ceux qui étaient allés faire pareille demande.
Pour eux, ils se
dirigèrent vers la cour de Custennin le berger. Elle
les entendit venir et courut de joie à leur rencontre. Kei arracha une pièce de
bois au tas et, au moment où elle allait au-devant d'eux pour les embrasser, il
lui mit la bûche entre les mains. Elle la pressa si bien qu'elle ressemblait à
un rouleau de corde tordu (2).
« Ah ! femme, » s'écria Kei, « si tu m'avais serré
ainsi, personne n'eût été tenté de placer sur moi son amour : dangereux amour
que le tien ! » Ils entrèrent dans la maison et on les servit.
Au bout de quelque temps comme tout le monde
sortait pour jouer, la femme ouvrit un coffre de pierre qui était auprès de la
pierre de garde du feu (3),
et un jeune homme aux cheveux blonds frisés en sortit. « C'est pitié, » dit Gwrhyr Gwalstawt Ieithoedd, « de
cacher un pareil garçon; je suis bien sûr que ce ne sont pas ses propres
méfaits qu'on venge ainsi sur lui »
- « Celui-ci
n'est qu'un rebut, » dit la femme: « Yspaddaden Penkawr m'a tué vingt-trois
fils, et je n'ai pas plus d'espoir de conserver celui-ci que les autres. »
- « Qu'il me
tienne compagnie, » dit Kei, « et on ne le tuera qu'en même temps que moi. » Ils se mirent à
table. « Pour quelle affaire êtes-vous venus?» dit la femme.
- « Afin de
demander Olwen pour ce jeune homme. »
- « Pour Dieu,
comme personne ne vous a encore aperçus du château, retournez sur vos pas. »
- « Dieu sait
que nous ne nous en retournerons pas avant d'avoir vu la jeune fille. »
- « Vient-elle
ici, » dit Kei, « de
façon qu'on puisse la voir ? »
- « Elle vient
ici tous les samedis pour se laver la tête. Elle laisse toutes ses bagues dans
le vase où elle se lave, et elle ne vient jamais les reprendre pas plus qu'elle
n'envoie à leur sujet. »
(1)
Le récit a été ici délayé, sans doute, par un
maladroit arrangeur. J'imagine que le dialogue primitif devait être à peu près
ceci : « J'ai pris ce bijou
sur un cadavre, le plus beau que j'aie vu. » - « Quel cadavre ? » - « Tu vas le voir. c'est Kulhwch ton neveu. » Le berger considère Kulhwch comme un homme
mort. L'arrangeur ne l'aura pas compris, et aura essayé d'expliquer à sa façon
les paroles de Kustennin: Cependant, il peut y avoir simplement un défaut dans
l'expression; le sens est évident.
(2) V. notes
critiques.
(3)
La
-
« Viendra-t-elle ici, si on la mande? »
- « Dieu sait
que je ne veux pas ma propre mort, que je ne tromperai pas qui se fie à moi;
seulement, si vous me donnez votre foi que vous ne lui ferez aucun mal, je la
ferai venir. »
- « Nous la
donnons, » répondirent-ils.
Elle la fit mander.
La jeune fille vint. Elle était vêtue d'une chemise de soie rouge-flamme;
elle avait autour du cou un collier d'or rouge, rehaussé de pierres précieuses
et de rubis. Plus blonds étaient ses cheveux que la fleur du genêt; plus
blanche sa peau que l'écume de la vague, plus éclatants ses mains et ses doigts
que le rejeton du trèfle des eaux émergeant du petit bassin formé par une
fontaine jaillissante (1);
ni le regard du faucon après une mue, ni celui du tiercelet après trois mues (2) n'étaient plus clairs que le sien.
Son sein était plus
blanc que celui du cygne, ses joues plus rouges que la plus rouge des roses. On
ne pouvait la voir sans être entièrement pénétré de son amour. Quatre trèfles
blancs naissaient sous ses pas partout où elle allait c'est pourquoi on l'avait
appelée Olwen (3) (trace blanche).
Elle entra et alla
s'asseoir sur le principal banc à côté de Kulhwch. En la voyant, il devina que
c'était elle: « Jeune fille, » s'écria-il,» c'est bien toi que
j'aimais. Tu viendras avec moi pour nous épargner un péché à moi et à toi. Il y
a longtemps que je t'aime. »
-» Je ne le puis
en aucune façon, » répondit-elle: « mon père m'a fait donner ma foi, que je
ne m'en irais pas sans son aveu, car il ne doit vivre que jusqu'au moment où je
m'en irai avec un mari. Il y a cependant peut-être un conseil que je puis te
donner, si tu veux t'y prêter. Va me demander à mon père; tout ce qu'il te
signifiera de lui procurer, promets qu'il l'aura, et
tu m'auras moi-même. Si tu le contraries en quoi que ce soit, tu ne m'auras
jamais et tu pourras t'estimer heureux, si tu t'échappes la vie sauve. »
- « Je lui
promettrai tout et j'aurai tout. »
Elle s'en alla vers
sa demeure, et eux, ils se levèrent pour la suivre au château. Ils tuèrent les
neuf portiers gardant les neuf portes sans qu'un seul fit entendre une plainte,
les neuf dogues sans qu'aucun poussât un cri, et entrèrent tout droit dans la
salle. « Salut, » dirent-ils, « Yspaddaden Penkawr (4), au nom de Dieu et des hommes. »
- « Et vous,
pourquoi êtes-vous venus? »
- « Nous sommes
venus pour te demander Olwen, ta fille, pour Kulhwch, fils de Kilydd, fils du
prince Kelyddon. »
- « Où sont mes
serviteurs et mes vauriens de gens? Elevez les fourches sous mes deux sourcils
qui sont tombés sur mes yeux, pour que je voie mon futur gendre. » Cela fait, il leur
dit: « Venez ici demain, et vous aurez une réponse. »
(1)
La comparaison est aussi gracieuse que juste. La fleur
du ményanthe trifolié, ou trèfle, aquatique, est une des plus charmantes de nos
pays. Elle est d'une grande blancheur avec une très légère teinte purpurine;
elle aime les eaux de source. Au moment où les pédoncules sortent de l'eau, la
fleur qu'ils portent n'est pas encore étalée; elle ressemble à un calice à
trois angles (v. notes critiques).
(2)
D'après les lois galloises, le faucon qui a mué (qui a été levé de la mue, suivant l'expression propre de la fauconnerie) a
une plus grande valeur qu'avant, surtout s'il devient blanc (Ancient laws, I, p 282). La comparaison avec l'œil du faucon est fréquente: Myv. arch., p. 252,
col. 2. un guerrier est appelé trimud aer-walch; cf.
ibid., 221, col. 1; 257, col. 2). Le sens primitif de trimud est qui a trois mues; mais
à cause de sa ressemblance avec mut, « muet » , son sens a évolué, et trimut, termut,
a fini par signifier absolument
muet, comme le prouve le passage suivant de Llywarch ab Llewelyn, poète
du douzième et treizième siècle:
rei tra llwfyr tra llafar
eu son
ac ereill
taerlew termudion
« les uns très lâches,
très loquaces, les autres vaillants et fermes, tout à fait silencieux » (Myv. arch., p. 201,
col. 2). Gwalch doit être traduit par tiercelet ou
faucon mâle. Les lois (Ancient laws, II, p.
197) glosent (hebawc) wyedic ou faucon mâle par gwalch.
Il est d'un prix moins élevé que le hebawc
ou faucon sans épithète, c'est-à-dire le faucon femelle. Aneurin Owen, au t. I,
p. 788 des Lois, se
trompe donc en traduisant gwalch par buse. La mue profitait au faucon;
sa livrée n'était même complète qu'après trois mues. En parlant de la mue,
François de Saint-Aulaire (Fauconnerie, Paris,
1819) dit que « le faucon en devient plus beau et plus agréable comme une personne estant vestue à neuf. »
(3) L'auteur décompose
le mot en ol,
« trace » , et aven, « blanche » .
(4)
Yspaddaden à la tête de géant offre certains traits de ressemblance avec le Balór irlandais. Celui-ci sert même à expliquer certaines
bizarreries du récit évidemment mutilé que nous avons sous les yeux. Balór, dieu des Fomore, population fabuleuse d'Irlande, a
les paupières habituellement rabattues sur les yeux; lorsqu'il les relève, d'un
coup d'œil il tue son
adversaire. Il est tué par son petit-fils Lug, dieu des Túatha
Dé Danann. Yspaddaden, lui aussi, a les paupières
baissées; on ne voit pas qu'il ait le mauvais
oeil, mais c'est sans doute une lacune du récit. Il est tué par son neveu Goreu.
Lug tue Balor avec une pierre de fronde. Yspaddaden se sert aussi d'un javelot
de pierre et en est frappé à son tour. Ce llechwaew ou javelot de
pierre devient, une ligne après, une arme en fer; mais ces contradictions
ne montrent que mieux l'ancienneté de la légende : le mot llechwaew ne
se comprenait plus.
Ils se levèrent pour
sortir; Yspaddaden Penkawr saisit un des trois javelots (1) empoisonnés qui étaient à portée de sa main et le lança après eux.
Bedwyr le saisit au passage, lui renvoya le tout instantanément, et lui
traversa la rotule du genou: « Maudit, barbare gendre! Je m'en ressentirai
toute ma vie en marchant sur une pente. Ce fer empoisonné m'a fait souffrir
comme la morsure du taon. Maudit soit le forgeron qui l'a fabriqué et l'enclume
sur laquelle il a été forgé.»
Ils logèrent cette
nuit-là chez Custennin le berger. Le jour suivant, en
grand appareil, la chevelure soigneusement peignée (2),
ils se rendirent au château, entrèrent dans la salle et parlèrent ainsi : -
« Yspaddaden Penkawr, donne-nous ta fille. Nous te payerons ses agweddi et amobyr (3) à toi et à ses deux parentes. Si tu refuses, il t'en coûtera
la vie. »
- « Ses quatre
bisaïeules, » répondit-il, « et ses quatre bisaïeuls sont encore en vie; il faut
que je tienne conseil avec eux. »
- « Soit, allons
manger. » Comme ils partaient,
il saisit un des deux javelots qui étaient à portée de sa main et le lança
après eux.
Menw, fils de Teirgwaedd le saisit au
passage, le lui renvoya; le trait l'atteignit au milieu de la poitrine et
sortit à la chute des reins : « maudit, barbare gendre, » s'écria-t-il !
« cet acier est cuisant comme la morsure de la
grosse sangsue. Maudite soit la fournaise où il a été fondu, et le forgeron qui
l'a forgé ! Quand je voudrai gravir une colline, j'aurai désormais courte
haleine, maux d'estomac et fréquentes nausées. »
Ils allèrent manger. Le lendemain, troisième
jour, ils revinrent à la cour. « Ne nous lance plus de trait, Yspaddaden
Penkawr, dirent-ils, si tu ne veux ta propre mort. »
- « Où sont mes serviteurs, dit
Yspaddaden Penkawr ? Elevez les fourches sous mes sourcils qui sont tombés sur
les prunelles de mes yeux, pour que je voie mon futur gendre. » Ils se levèrent. A
ce moment Yspaddaden Penkawr saisit le troisième javelot empoisonné et le lança
après eux. Kulhwch le saisit, le lança de toutes ses forces, à souhait, si bien
que le trait lui traversa la prunelle de l'œil, et lui sortit par derrière la tête. « Maudit, barbare
gendre, » s'écria-t-il !
« tant que je resterai en vie, ma vue s'en ressentira;
quand j'irai contre le vent, mes yeux pleureront, j'aurai des maux de tête et
des étourdissements à chaque nouvelle lune. Maudite soit la fournaise où il a
été façonné ! La blessure de ce fer empoisonné a été aussi poignante pour
moi que la morsure d'un chien enragé. » Ils allèrent manger. Le lendemain ils
revinrent à la cour et dirent : « Ne nous lance plus de traits désormais;
il n'en est résulté pour toi que blessures, fâcheuses affaires, tortures; il
t'arrivera pis encore, si tu y tiens. Donne-nous ta fille, sinon tu mourras à
cause d'elle. »
- « Où est-il celui qui demande ma
fille? Viens ici que je fasse ta connaissance. » On fit asseoir Kulhwch sur un siège
face à face avec lui. « Est-ce toi, dit Yspaddaden Penkawr, qui demande ma
fille ? »
- « C'est moi, répondit Kulhwch. »
- « Donne-moi ta parole que tu ne feras
rien qui ne soit légal. Quand j'aurai eu tout ce que je t'indiquerai, tu auras
ma fille. »
- « Volontiers; indique ce que tu
désires. »
- « C'est ce que je vais faire: vois-tu
cette vaste colline là-bas ? »
- « Je la vois. »
- « Je veux que toutes les racines en
soient arrachées et brûlées à la surface du sol de façon à servir d'engrais,
qu'elle soit charruée et ensemencée en un jour, et qu'en un seul jour aussi le
grain en soit mûr. Du froment, je veux avoir de la nourriture et une liqueur
faite, pour le festin de tes noces avec ma fille. Que tout cela soit fait en un
jour. »
- « J'y arriverai facilement quoique tu
le croies difficile. »
- « Si tu y
arrives, il y a une chose à laquelle tu n'arriveras pas. Il n'y a d'autre
laboureur à pouvoir labourer et mettre en état cette terre qu'Amaethon (4), fils de Don, tellement elle est embroussaillée.
(1)
Le mot propre est llechwaew, qui est répété à
trois reprises. Il est difficile de supposer une erreur du scribe pour lluchwaew, « lance de jet,
javelot. » Llech signifie pierre plate. Or, tout justement, il existait en
Irlande une arme de ce genre, et portant à peu près le même nom : lia laimhe
ou pierre plate de main.
Elle est décrite dans un poème irlandais avec la plus grande précision: c'était
une pierre qui allait en se rétrécissant, plate et très aiguë; elle se cachait
souvent dans le creux du bouclier (O'Curry, On the manners, II, p. 287, 263, 261; I, p. 338, §456). Le souvenir de
cette arme préhistorique est conservé peut-être dans des noms propres
armoricains, en Maen, « pierre » : Maen-uuethen,
« qui combat avec la
pierre; Maen-finit, « qui lance la pierre; » Maen-uuoret, « qui défend avec la
pierre » ; Maen-uuolou, « pierre brillante » , etc., (Cart. de Redon). Quant aux armes empoisonnées, il en est
souvent fait mention dans les poèmes irlandais (O'Curry, On the manners, II1, p. 131). Le mot llechwaew se retrouve une seule fois en
dehors de Kulhwch et Olwen dans les Mabinogion, dans le roman de Peredur ab Evrawc.
(2)
Mot à mot : après avoir fait passer un peigne de valeur dans leurs cheveux.
Le peigne, au moyen âge, était un objet noble, souvent une véritable œuvre d'art. Dans Les Romans de
(3) D'après les lois de Gwynedd ou Nord-Galles, c'était à celui qui livrait
la jeune fille au mari, qu'il fût père ou tuteur, à payer l'amobyr (Ancient laws, 1, p. 88,
204). D'après d'autres textes, on payait l'amobyr
au père de la jeune fille ou au seigneur. Agweddi indique la dot
qu'apporte la jeune fille en se mariant, ou le don fait par le mari à sa femme
après la consommation du mariage : v. pour agweddi
dans ce dernier sens, Mab., p.
222, note 3. [c. à d. le ‘songe de Maxen’,
note au sujet du présent conjugal] Il semble bien ici que le prétendant veuille
faire acte de générosité; au lieu de demander amobyr et agweddi, il offre
d'en donner la valeur à Yspaddaden (v. sur agweddi, Ancient
laws, 1, p. 82, 88 et suiv.; amobyr,
ibid., p. 88, 204 et suiv.) La consultation que doit avoir Yspaddaden avec les ascendants
de la jeune fille, s'il n'en est pas question dans les Lois, est bien cependant
dans l'esprit de la législation galloise.
(4) Amaethon est le moins célèbre des enfants de Don. Ce qui l'a désigné
pour être grand agriculteur, c'est son nom qu'on a dérivé d'amaeth, « laboureur » = ambactos. D'après les Iolo mss., Don serait un roi de Scandinavie et de Dublin qui aurait amené les Gaëls
dans le nord du pays de Galles en 267 après Jésus-Christ. Ils y auraient
séjourné cent vingt-neuf ans. Ils auraient été chassés par les Bretons du nord,
sous la conduite de Cunedda et de ses enfants (Iolo mss., p.77, 78, 81). Dans la légende
irlandaise, Don est l'aîné des fils de Milet et amène les ancêtres des
Irlandais en Irlande (O'Curry, On the manners, p. 189). Les Iolo mss., dont l'autorité, quoi qu'on en ait
dit, est mince en matière historique, ne concordent pas avec les Mabinogion qui
ne présentent nullement Don et ses enfants comme des Gaëls. Amaethon est
mentionné par Taliessin avec Math et Gwydyon (Skene, Four ancient books,
II, p. 200, vers 2; cf., ibid., p. 158, 14, 26).
Amaethon figure aussi à la bataille de Goddeu, une des trois frivoles batailles
de l’île de Bretagne; elle eut lieu à cause d'un chevreuil et d'un vanneau; on
y tua soixante et onze mille hommes (Myv. arch., p. 405.
50). Une note à un fragment poétique de
Il ne viendra jamais avec toi de bon gré; l'y
contraindre, tu ne le pourrais pas. »
- « Si toi, tu
le crois difficile, pour moi, c'est chose facile. »
- « Si tu
l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : que Gevannon (1), fils de Don, vienne au bord des sillons pour débarrasser le
fer. Il ne travaille jamais volontairement que pour un roi véritable; le
contraindre, tu ne le pourrais pas. » - « C'est pour moi chose facile. »
- « Si tu
l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas: les deux bœufs de Gwlwlyd Wineu
(2), comme compagnons (3), pour charruer ensemble vaillamment cette terre
embroussaillée. Il ne les donnera pas de bon gré; l'y contraindre, tu ne le
pourrais pas. »
- « C'est pour
moi chose facile. »
- « Si tu
l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas: je veux avoir, formant paire, le bœuf Melyn Gwanwyn et
le bœuf Brych (4). »
- « C'est pour
moi chose facile. »
- « Si tu
l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendra pas: les deux bœufs cornus dont l'un est de l'autre côté de
cette montagne pointue et l'autre de ce côté-ci; il faut les amener sous le
même joug de la même charrue: ce sont Nynnyaw et Peibaw
(5), que Dieu a transformés en bœufs pour leur péchés. »
(1) Govannon, v. p. 192, note 2.
[Mabinogi de Math, note à Govannon].
(2)
Les trois principaux bœufs de l'île étaient:
Melyn Gwanwyn (var. Gwaynhwyn), Gwyneu, le bœuf de Gwlwlyd, et
le grand bœuf Brych « tacheté » (Myv. arch., p. 394,
10). Le texte ici est altéré. Gwineu, « brun, » est dans le Mab. une épithète
à Gwlwlyd, et, dans
(3)
Compagnons dans le sens étymologique, plus transparent dans le sg. compain.
Cyd-preiniawc
signifie proprement qui mange avec (preiniawc est dérivé de prein, du latin prandium: v,
notes critiques).
(4) Melyn, « jaune, blond; » gwanwyn, « printemps; » melyn y gwanwyn est
aussi le nom d'une plante: V. la note 2. Le bœuf Brych était sans doute bien connu dans la mythologie
galloise d'après ce passage de Taliesin: « ils ne connaissent pas, eux, le bœuf Brych qui a cent vingt nœuds (?) dans
son collier » (Skene, Four anc. books, 182. vers 13).
(5) Nynniaw et Pebiaw. Le Liber Landav., p. 75 et suiv., fait d'un Pepiau, roi d'Erchyng (Archenfield, dans le Herefordshire,
au sud-ouest de
- « C'est pour
moi chose facile. »
- « Si tu
l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas. Vois-tu là-bas cette terre rouge cultivée ? »
- « Je la vois. »
- « Lorsque je
me rencontrai pour la première fois avec la mère de cette jeune fille, on y
sema neuf setiers de graine de lin, et rien n'est encore sorti, ni blanc, ni
noir. J'ai encore la mesure. Cette graine de lin, je veux l'avoir pour la semer
dans cette terre neuve là-bas, de façon que le lin serve de guimpe blanche
autour de la tête de ma fille pour tes noces. »
- « Si toi, tu
le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
- « Si tu
l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : du miel qui soit neuf fois plus doux que le miel
du premier essaim (1), sans scories, ni
abeilles dedans, pour brasser (2)
la boisson du banquet. »
- « Si toi, tu
le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
- « Si tu
l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : le vase de Llwyr fils de
Llwyryon qui contient un penllad
(3); il n'y a pas au monde
d'autre vase à pouvoir contenir cette forte liqueur. Il ne te le donnera pas de
bon gré; l'y contraindre, tu ne le pourrais pas. »
- « Si toi, tu
le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
- « Si tu
l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : la corbeille de Gwyddneu
Garanhir (4); le monde entier se
présenterait par groupes de trois fois neuf hommes, que chacun y trouverait à
manger suivant sa fantaisie; je veux en manger la nuit où ma fille couchera avec
toi. Il ne te la donnera pas de bon gré; l'y contraindre, tu ne le pourrais
pas. »
- « Si toi, tu
le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
- « Si tu
l'obtiens, il y a une chose que tu n'obtiendras pas : la corrne de Gwlgawt Gogodin (5) pour nous verser à boire cette nuit-là. Il ne te la donnera
pas de bon gré; l'y contraindre, tu ne le pourrais pas. »
- « Si toi, tu
le crois difficile, pour moi c'est chose facile. »
- « Si tu l'obtiens, il y aune chose que tu n'obtiendras pas : la harpe de Teirtu (