KULHWCH et OLWEN
Kilydd, fils du prince Kelyddon,
voulut une femme pour partager sa vie, et son choix tomba sur Goleuddydd (1), fille du prince Anllawdd (2). Quand ils furent sous le même toit, le pays se mit à prier
pour qu'ils eussent un héritier, et, grâce à ses prières,
un fils leur naquit.
(1) Goleuddydd, « jour
brillant; » cf. breton gouloudeiz.
Elle a été mise, par les hagiographes gallois, au nombre des saintes, et il y avait une église sous son nom à Llanysgin, en Gwent (Iolo mss., p. 120).
(2) Dans les Achau saint ynys Prydain
(Myv.,
p. 431, col. 2) ou Généalogies des
saints de l’île de Bretagne, Amlawdd
Wledic est donné comme le père de Tywanwedd ou Dwywanwedd, qui fut mère de
plusieurs saints, notamment de Tyvrydoc, honoré
à Llandyvrydocen Mon (Anglesey). Tyvrydoc a donné son nom, en Armorique, à Saint-Evarzec, arrondissement de Quimper, au XIIème siècle, Sent-Defridec, au XIVème Saint-Teffredeuc et Saint-Effredeuc. Le Brut Tysilio a fait
de Eigr, l'Igerna de Gaufrei de Montmouth, et d'après lui, la mère d'Arthur,
une fille d'Amlawd Wledic (Myv. arch., 2ème éd. p, 481, col. 1). Ce détail ne se trouve point
dans Gaufrei; il est reproduit par un manuscrit que
Mais
du moment où elle conçut, elle devint folle et fuit toute habitation. Quant
arriva le temps de la délivrance, son bon sens lui revint. Or il arriva qu'à
l'endroit où le porcher gardait un troupeau de porcs, par peur de ces animaux,
elle accoucha. Le porcher prit l'enfant et le porta à
la cour. On le baptisa et on lui donna le nom de Kulhwch (1) parce qu'on l'avait trouvé dans la bauge d'une
truie. L'enfant cependant était de noble souche et cousin d'Arthur (2).
(1) Kulhwch. C'est une de ces étymologies fantaisistes, comme on en
rencontre de temps en temps dans les Mabinogion, et, en général, au
moyen âge. L'auteur, décomposant le mot en kul et en hwch, a vu
dans kul le mot cil, «cachette, retraite, coin, ou cul étroit,»
et dans hwch le mot hwch, aujourd'hui truie, mais
autrefois porc en général (cf. arm.,
houch, «porc»). Le nom du Kulhwch est conservé dans Tref
Culhwch, près de Pencaer en Pembrokeshire (Eg. Phillimore, Owen's
Pembrok., 72. b. 322, note).
(2)
Arthur. Le nom d'Arthur n'est prononcé ni par Gildas, ni par Bède. Il figure
pour la première fois chez Nennius. Suivant l'auteur de l'Historia Britonum,
Arthur était chef des guerres contre les Saxons à la fin du Vème siècle; il
aurait remporté sur eux douze victoires. Dans un autre passage qui n'appartient
peut-être pas à l'œuvre primitive, il est fait mention d'une chasse au monstre
appelé porcum Troit, par lui et son chien Cavall. L'Historia, dans
ses parties originales, date du IXème siècle (Voir Arthur de
On l'envoya à la nourrice. A la suite de l'événement, la mère de l'enfant,
Goleuddydd, fille du prince Anllawdd, tomba malade. Elle fit venir son mari et
lui dit :
«Je mourrai de cette maladie, et tu voudras une autre femme. Or, les femmes
sont maintenant les arbitres des largesses. Ce serait cependant mal à toi que
de ruiner ton fils; aussi je te demande de ne pas te remarier que tu n'aies vu
une ronce à deux têtes sur ma tombe.»
Il le lui promit. Elle appela alors son précepteur (1) et lui demanda de nettoyer complètement sa tombe tous les ans de façon que rien ne pût croître dessus.
La reine mourut. Le roi envoya chaque jour un serviteur pour voir s'il
poussait quelque chose sur la tombe. Au bout de sept ans, le précepteur
négligea ce qu'il avait promis de faire. Un jour de chasse, le roi se rendit au
cimetière; il voulait voir la tombe lui-même parce qu'il songeait à se remarier
la ronce avait poussé dessus! Aussitôt, il tint conseil pour savoir où il
trouverait une femme. Un de ses conseillers lui dit :
(1) Athraw ou Athro. La coutume chez les anciens Gallois était
d'avoir un athraw pour la famille : « Il y a trois choses
qu'un Gallois, possesseur de terres, doit garder et entretenir : une femme
légitime, un homme armé, s'il ne peut lui-même porter les armes et un
professeur domestique » (Athraw leuluaidd. Ancient laws, II, p.
514, 31). Le bardd remplissait souvent ce rôle; c'était lui,
en particulier, qui tenait les généalogies. Athro
désigne peut-être ici le confesseur, ou plutôt un de ces clercs familiers qui,
en France au XIIIème, cumulaient, sous le nom de latiniers, les
fonctions d’interprète, de rédacteur et de chapelain (V. Lecoy de
«Je sais une femme qui te conviendrait bien : c'est celle du roi Doged (1).»
Ils décidèrent
d'aller la prendre. Ils tuèrent le roi, enlevèrent sa femme et sa fille unique
et s'emparèrent de ses Etats.
Un jour, la dame alla se promener. Elle se rendit à la ville chez une
vieille sorcière (2) à qui il ne restait plus une dent dans la bouche:
«Vieille,» lui dit-elle, «veux-tu me dire, au nom de Dieu, ce que je vais te demander ? Où sont les enfants de celui qui m'a enlevée par violence ?»
- «Il n'en a pas,» dit la vieille.
-»Que je suis malheureuse,» s'écria la reine, «d'être tombée entre les mains d'un homme sans enfants !»
- «Inutile de gémir,» repartit la vieille : «il est prédit qu'il aura un
héritier de toi, quand même il n'en aurait pas d'une autre. D'ailleurs,
console-toi : il a un fils.» La princesse retourna joyeuse à la maison, et dit
à son mari :
«Pourquoi caches-tu tes enfants de
moi ?»
- «Je ne le ferai pas plus longtemps, (3)» dit le roi. On envoya chercher le fils et on l'amena à la cour. Sa
belle-mère lui dit :
«Tu ferais bien de prendre une femme. J'ai
justement une fille qui conviendrait à n'importe quel noble au monde.»
(1)
D'après Rees, Welsh Saints, p.
209 (voy. Lady Guest, Mab., II,
p.320), il y aurait eu un roi Doged, fils de Cedig ab Ceredig ab Cunedda
Wledig, frère de l'évêque Avan, fondateur de Llan-Avan en Breconshire. Il a été
mis au nombre des saints, et a donné son nom à Llan-Ddoged, dans le
Denbighshire. Il aurait vécu de 500 à 542.
(2) Vieille sorcière dans le sens figuré du mot (cf. vieille fée). Le
mot breton groac'h a tous les sens du
gallois gwrach.
(3) Tout ce passage se trouve dans la version galloise des Sept
Sages de Rome des Selections from Hengwrt mss. II, p. 301,
v. J. Loth, Revue Celtique, XXIII, p. 349.
- «Je n'ai pas encore l'âge de me marier (1),» répondit-il. Alors elle s'écria :
«Je jure que tu auras cette destinée que ton flanc ne se choquera jamais à celui d'une femme que tu n'aies eu Olwen, la fille d'Yspaddaden Penkawr.» Le jeune homme rougit (2) et l'amour de la jeune fille le pénétra dans tous ses membres, quoiqu'il ne l'eût jamais vue.
«Mon fils,» lui dit son père, «pourquoi changes-tu de couleur ? Qu'est-ce
qui t'afflige ?»
- «Ma belle-mère m'a juré que je n'aurais de femme que si j'obtenais Olwen (3), la fille d'Yspaddaden Penkawr.»
- «C'est pour toi chose facile. Arthur est ton cousin. Va le trouver pour
qu'il arrange ta chevelure (4) : demande-le lui comme présent.»
(1)
D'après la plus ancienne rédaction des lois galloises,
(2)
Voir la note à honneur, à la page 127. [dans
le mab. de ‘Branwen, fille de Llyr’ note à wynebwarth ]
(3) Dafydd ab
Gwilym, chantant une femme, l'appelle fain Olwen « mince, svelte Olwen » (p. 162); on trouve une comparaison semblable, Iolo mss., p. 239.
(4) D'après
Le jeune homme partit sur un coursier à la tête gris-pommelée, vieux de
quatre hivers, aux cuisses puissamment articulées, au sabot brillant comme un
coquillage, une bride aux chaînons d'or articulés à la bouche, avec une selle
d'or d'un grand prix. Il portait deux javelots d'argent bien aiguisés, une
lance à pointe saillante (1), d'une bonne coudée jusqu'à la
pointe, en prenant pour mesure le coude d'un homme de forte corpulence, capable
d'atteindre le vent et de lui tirer du sang : elle était plus prompte que la
chute de la première goutte de rosée de la pointe du roseau sur le sol au
moment où elle est la plus abondante, au mois de juin.
A sa hanche pendait
une épée à poignée d'or, à lame d'or, à la garde formée d'une croix émaillée
d'or et de la couleur de l'éclair du ciel; dans la croix était une lanterne d'ivoire
(2). Devant lui s'ébattaient deux lévriers au poitrail blanc, à la peau
tachetée, portant chacun au cou un collier de rubis allant de la jointure de
l'épaule à l'oreille. Celui de gauche passait à droite, celui de droite à
gauche, jouant ainsi autour de lui comme deux hirondelles de mer. Les quatre
sabots de son coursier faisaient voler quatre mottes de gazon, comme quatre
hirondelles en l'air, par dessus sa tête, tantôt plus haut, tantôt plus bas. Il
avait autour de lui un manteau de pourpre à quatre angles, une pomme d'or à
chaque extrémité de la valeur de cent vaches chacune (3). Sur ses chausses et ses étriers, depuis le haut de la cuisse jusqu'au bout
de son orteil, il y avait de l'or pour une valeur de trois cents vaches.
(1)
Notes critiques. Le glaive au moyen âge, dans nos romans français, est
une lance. Le gleif gallois, qui lui est emprunté, a le même sens. Dans
le Brut Gr. ab Arthur (Myv. Arch., 532.2), Arthur
se ceint de son épée Caletvwlch; puis il prend en mains, un gleif du
nom de Ron uwchel. Or dans les Nod. correspondantes,
tirées d'un ms du XIIème-XIIIème siècle (Myv. arch., p. 589, n° 510), le mot gleif est remplacé par gwaew;
lance. De même dans le Brut Tysilio. (ibid., 463.1), la lance est
appelée Rongymyniat : dans Kulhwch (texte, p. 105) c’est Rongomiant.
(2) Le texte gallois porte lugorn
olifant yndi (et une lugorn
(3) Chez les anciens Bretons, comme chez les
Irlandais, la valeur commerciale était appréciée en têtes de bétail. C'est
encore la façon de compter, dans les lois d'Howel Da, rédigées au dixième
siècle, mais dont le plus ancien manuscrit remonte au douzième siècle. C'est un
souvenir de l'époque où la richesse consistait surtout en troupeaux.
Pas un brin d'herbe
ne pliait sous lui, si léger était le trot du coursier, qui le portait à la
cour d'Arthur.
Le jeune homme dit: « Y a-t-il un portier?»
- « Oui: et toi, que ta langue ne reste pas silencieuse pourquoi salues-tu … [(lacune)]? (1). Moi, je fais le portier pour Arthur tous
les premiers de l'an; tout le reste de l'année, ce sont mes lieutenants:
Huandaw (2), Gogigwc,
Llaeskenym, et Pennpingyon qui marche sur la tête pour épargner ses pieds, non
pas dans la direction du ciel ni de la terre, mais comme une pierre roulante
sur le sol de la cour. »
« Ouvre la porte ? »
- « Je ne l'ouvrirai pas. »
- « Pourquoi ? »
- « Le couteau est allé dans la viande, la boisson dans la corne (3). On s'ébat dans la salle d'Arthur.
(1) Voir Notes Critiques à la page du texte 103, lignes 6 et 7.
(2) Huandaw, « qui entend bien; » Gogigwc est probablement une faute du copiste pour Gogihwc, épithète
qu'on trouve dans le Gododin d'Aneurin (Skene, Four ancient books of Wales, p. 90, vers 13), mais dont le sens n'est pas
certain; Llaesgenym est peut-être altéré aussi; Pen. 4. Laes Kemyn
peut-être pour Llaes Kevyn; le premier terme, llaes, vient
du latin laxus; Owen Pughe donne à Pennpingion le sens de tête
branchue, en rapprochant pingion
de pingc.
(3) Le mot gallois indique que la corne à boire était faite
primitivement et ordinairement aussi, sans doute, de
corne de buffle ou bœuf sauvage. D'après les lois galloises, la corne à boire du roi, la corne
qu'il portait dans ses expéditions, et la corne du chef des chasseurs, devaient être de bœuf sauvage (Ancient laws, II p. 991).
On ne laisse entrer que les fils de roi d'un royaume reconnu ou l'artiste qui apporte son art (1). On donnera à manger à tes chiens et à tes chevaux; à toi on offrira des tranches de viandes cuites et poivrées (2), du vin à pleins bords et une musique agréable. On t'apportera la nourriture de trente hommes au logis des hôtes, là où mangent les gens de pays lointains et ceux qui n'auront pas réussi à entrer dans la cour d'Arthur. Tu ne seras pas plus mal là qu'avec Arthur lui-même. On t'offrira une femme pour coucher avec toi, et les plaisirs de la musique. Demain, dans la matinée, lorsque le portail s'ouvrira devant la compagnie qui est venue ici aujourd'hui, c'est devant toi le premier qu'elle s'ouvrira et tu pourras choisir ta place où tu voudras dans la cour d'Arthur du haut en bas.»
- «Je n'en ferai rien,» dit le jeune homme; « si tu ouvres
la porte, c'est bien;
(1) Le même trait de mœurs se retrouve chez les anciens Irlandais.
Quand Lug, fils d'Eithlenn, sorte de Mercure irlandais, se présente au palais royal de Tara, le portier refuse
de le laisser entrer à moins qu'il ne soit maître en quelque art ou profession (O'Curry, On the manners, III, p,
42).
(2) Le dystein ou intendant du roi devait fournir au
cuisinier certaines herbes; la seule qui soit spécifiée, c'est le poivre (Ancient laws, I, p. 48). Les viandes poivrées sont en honneur aussi dans nos romans de
chevalerie : « poons rostis, et bons cisnes
(cygnes) pevreis, » [viandes rôties et bons cygnes
poivrés] vers 1560, dans Raoul
de Cambrai, édition de
si tu ne l'ouvres pas, je répandrai honte à ton maître, à
toi déconsidération, et je pousserai trois cris (1) tels à cette
porte qu'il n'y en aura jamais eu de plus de mortels depuis Pengwaedd (2),
en Kernyw (3) (Cornouailles anglaise),
jusqu'au fond de Din Sol, dans le Nord (4), et à Esgeir Oervel (5), en Iwerddon (Irlande) : tout ce qu'il y a de femmes
enceintes dans cette île avortera; les autres seront accablées d'un tel malaise
que leur sein se retournera et qu'elles ne concevront jamais plus.»
(1) Le cri perçant (diaspad) était un moyen légal
de protestation d'après les lois. Il était encore en usage, d'après le code de
Gwynedd, dans le cas où un descendant au neuvième degré venait réclamer une
terre comme lui appartenant : on l'appelait diaspat uwch annwvyn ou cri
plus haut que l'abîme (Ancient laws I, 173,174.2).
D'après le code de Gwent, le diaspat egwan ou cri de détresse, était
légal au Gallois à qui on refusait l'aide de la loi dans la cour du roi ou
devant le juge, au sujet de son patrimoine, ou aux descendants au neuvième
degré, pour protester contre une déchéance de propriété (Ancient laws, I, p. 774, 1). Sur la
clameur chez les Français comme protestation contre un décret du souverain, v.
Paulin, Paris, Romans de
(2) Dans les Lois, 1, p. 184, donnent un Penryn Penwaed y Kernyw. Ce
serait, d'après l'éditeur, aujourd'hui Penwith en Cornwall, lieu de Pen
Blathaon yn y Gogled. Les Lois portent
Penryn Blathaon ym Prydyn, c'est-à-dire en Ecosse; on suppose que c’est
Caithness. D'après les Lois, Dyvynwal Moelmut aurait fait mesurer l'île
de Bretagne et aurait trouvé, de Penryn Blathaon à Penryn Penwaed, 900 milles,
et de Crygyll en Anglesey jusqu’à
(3) Kernyw est
le nom gallois de
(4) Dans les Mabinogion, le Nord est
le pays des Bretons du nord de l'Angleterre, depuis le
(5) Comme l'a fait
remarquer Kuno Meyer (Early relations between Gael and Brython, Society of
Cymmrodorion, 1896, p. 35), c'est une déformation de Sescenn Uairbhéoil en Leinster,
mentionné fréquemment comme séjour de héros.
Glewlwyt Gavaelvawr
(1) lui répondit :
« Tu auras beau crier
contre les lois de la cour d'Arthur, on ne te laissera pas entrer que je n'aie
tout d'abord été en parler à Arthur. »
Glewlwyt se
rendit à la salle :
« Y a-t-il du nouveau à la porte ? » dit Arthur.
- « Les
deux tiers de ma vie sont passés ainsi que les deux tiers de la tienne. J'ai
été à Kaer Se et Asse, à Sach et Salach, à Lotor et Fotor; j'ai été à la grande
Inde et à la petite; j'étais à la bataille des deux Ynyr (2)
quand les douze otages furent amenés de Llychlyn (de
Scandinavie); j'ai été en Europe (Egrop), en Afrique,
dans les îles de
« Si
tu es venu au pas, dit Arthur, retourne en courant. Que tous ceux qui voient la
lumière, qui ouvrent les yeux et les ferment, soient ses esclaves; que les uns
le servent avec des cornes montées en or, que les autres lui présentent des tranches
de viandes cuites et poivrées, en attendant que sa nourriture et sa boisson
soient prêtes. C'est pitié de laisser sous la pluie et le vent un homme comme
celui dont tu parles. »
(1) Glewlwyt à la forte étreinte. On le trouve déjà dans
le Livre noir, remplissant ses fonctions de portier, mais
non, à ce qu'il semble, celles de portier d'Arthur (Skene, II, p. 50, v. 24).
(2) La légende galloise distingue deux Ynyr :
Ynyr Gwent et Ynyr Llydaw ou Ynyr d'Armorique. Ynyr Gwent serait, d'après le Liber
Laudavensis, p. 111, le père d'un prince Idon, contemporain de saint Teliaw. L'Ynyr
armoricain serait fils du roi Alan, et neveu de Cadwaladr (Gaufrei de Monmouth, éd. San-Marte, XII, 19,
écrit Iny; Brut Tysilio, p. 475, col. 2). Taliesin célèbre les exploits d'un Ynyr (Skene, II, p. 167, v. 25; p. 168, v.8 et suivants; au vers 25 le poète parle des gwystlon ou
otages d'Ynyr).
(3) Au lieu de Kaer Oeth ac Anoeth, on trouve généralement
Carchar (prison) Oeth ac Anoeth. D'après les Iolo mss., p. 187, après la
destruction complète des envahisseurs romains par les Bretons gouvernés par
Caradawc ab Bran, Manawyddan, fils du roi Llyr, fit rassembler de toutes parts
leurs ossements, et en mêlant la chaux aux os, il fit une immense prison
destinée à enfermer les étrangers qui envahiraient l'île, et les traîtres à la
cause de la patrie. La prison était ronde; les os les plus gros étaient en
dehors; avec les plus petits, qui étaient en dedans, il ménagea différents
cachots; il y en eut aussi sous terre spécialement destinés aux traîtres. Le Livre noir fait mention de la famille d'Oeth et
Anoeth (Skene, 31, 8). D'après les Triades du Livre rouge (Mab., p. 300, 1; 306, 9), Arthur aurait été trois nuits dans
cette prison avec Llyr Lledyeith, Mabon, fils de Modron, et Geir, fils de
Geiryoed; il aurait été délivré par Goreu, fils de Kustennin, son cousin. Nous
retrouvons plusieurs de ces personnages dans notre mabinogi. Les noms
des prisonniers diffèrent, p. 306 (v. plus bas à propos
de Modron). Le sens de oeth et anoeth ici n'est pas
sûr. La terre oeth est une terre cultivée et boisée; la terre anoeth est
une terre inculte (Iolo mss., p.
189; cf. Silv. Evans, Welsh Dict.). Mais oeth a aussi le sens de richesses, joyaux, présents, ainsi qu'anoeth
: (cf. -oeth dans cyf-oeth, richesse, puissance; cf. irl., cumachte).
- « Par la main de mon ami, » s'écria Kei (1), « si on suivait mon conseil, on ne violerait pas les lois de la cour pour lui. »
- « Tu es dans le faux, cher Kei, dit Arthur; nous sommes des hommes de
marque à proportion qu'on a recours à nous; plus grande sera notre générosité,
plus grandes seront notre noblesse, notre gloire et notre considération.
Glewlwyt se rendit à l'entrée et ouvrit la porte au jeune homme. Quoique
tout le monde descendît à l'entrée sur le montoir de pierre, Kulhwch, lui, ne
mit pas pied à terre et entra à cheval.
« Salut ! s'écria-t-il, chef suprême de cette île; salut aussi bien en
haut qu'en bas de cette maison, à tes nobles, à ta suite, à tes capitaines; que
chacun reçoive ce salut aussi complet que je l'ai adressé à toi-même (2). Puissent ta prospérité, ta gloire et
ta considération être au comble par toute cette île. »
- « Salut aussi à toi, dit Arthur; assieds-toi entre deux de mes guerriers; on
t'offrira les distractions de la musique et tu seras traité comme un prince
royal, futur héritier d'un trône, tant que tu seras ici. Quand je partagerai
mes dons entre mes hôtes et les gens de loin, c'est par ta main que je
commencerai, dans cette cour. »
- « Je ne suis pas venu ici, dit le jeune homme, pour gaspiller nourriture et
boisson. Si j'obtiens le présent que je désire, je saurai le reconnaître et le
célébrer; sinon, je porterai ton déshonneur aussi loin qu'est allée ta
renommée, aux quatre extrémités du monde. »
- « Puisque tu ne veux pas séjourner ici, dit alors Arthur, tu auras le présent
qu'indiqueront ta tête et ta langue, aussi loin que sèche le vent, que mouille
la pluie, que tourne le soleil, qu'étreint la mer, que s'étend la terre,
(1) Kei est un des personnages les plus connus des
légendes galloises. Dans les mabinogion qui ont subi l'influence française et dans les romans français il est
brave, mais bavard, gabeur, et il n'est pas toujours heureux dans ses
luttes. Dans ce mabinogi il a ses véritables traits; il commence déjà cependant
à gaber. Le Livre noir le présente comme un compagnon
d'Arthur, et un terrible guerrier « quand il buvait, il
buvait contre quatre, quand il allait au combat, il se battait contre cent » (Skene, p. 50, XXXII; 52, v. 5, v. 17 et suiv.). D'après les Triades (Mab., 303, 3), c'est un des trois taleithawc ou chefs portant sur le casque une large couronne d'or,
avec Gweir, fils de Gwystyl, et Drystan, fils de Tallwch. Les poètes
gallois du moyen âge (Gogynveirdd), du XIIème
au XVème siècle, font de fréquentes allusions à Kei : Myv. arch.,
978, col. 2 : Mae yn gyveill grymus val Kei gwynn (il est un ami fort comme Kei béni); ibid., p. 328, col. 2: Wryd Cai (la vaillance
de Kei); ibid., p. 329, col. 1 :
Cai boneddigaidd (noble comme
Kei); ibid., p. 332, col. 1 :
Pwyll Cai (la raison, le sens de Kei); Davydd
ab Gwilym, p. 323 (éd. de 1873), contre Rhys Meigen : Nid gwrol Gai hir,
ce n'est pas un brave comme Cai le long; Llewis Glyn Cothi, p. 309, 15, cite aussi Kai hir (Kai le long).
Il est fils de Kynyr, mais il semble bien, d'après une phrase de notre mabinogi
et un poème des plus singuliers de
(2) Une formule de salut aussi développée et
analogue se retrouve dans un poème de
à l'exception de mon navire et de mon manteau,
de Kaledvwlch (1), mon épée, de Rongomyant, ma lance; de Gwyneb Gwrthucher, mon bouclier (2); de Karnwenhan (3), mon couteau, et de Gwenhwyvar (4), ma femme;
(1) Caledvwlch, de calet « dur, » et de bwlch «entaille, brèche » : dur à entailler? » ou « qui entaille durement. » Une épée célèbre dans l'épopée
irlandaise, l'épée de Leité, qui lui venait d'une demeure de fées, porte un nom
analogue, Calad-holg, qu'O'Curry traduit par « hard-bulging » (O'Curry, On the manners II, p. 320). - Rongomyant : ron
signifie lance; le second terme n'est pas clair. C'est Ron uwchel
et Rongoruchel dans le Brut Gr. ab Arthur (Myv. arch., p. 32,2 et Nod. 500), Rongymynyat ou Lance qui taille,
dans le Brut Tys. (ibid., p. 163-178.)
(