La version fançaise est une digitalisation de la traduction de Loth, avec ses notes indiquées par (*).  Les références aux Iolo mss. sont en fonte 8.

The French version is a scan of Loth’s, together with his notes (*).  The English version is Lady Guest’s translation, except parts inside [ which are my translation from the French version]. The notes (*) are nearly an English translation of Loth’s. References to the Iolo mss. have been deleted, however.

 

 

LLUDD et LLEVELYS

Voici l'aventure (*) de Lludd et Llevelys

LLUDD AND LLEFELYS.

 

[Here is the aventure (*) of Lludd and Llevelys]

 

Beli le Grand, fils de Manogan, eut trois fils Lludd, Kasswallawn et Nynnyaw (**); suivant l'histoire (***), il en eut même un quatrième, Llevelys. Après la mort de Beli, le royaume de Bretagne revint à Lludd, son fils aîné.

 

BELI the Great, the son of Manogan, had three sons, Lludd, and Caswallawn, and Nynyaw (**); and according to the story (***) he had a fourth son called Llevelys. And after the death of Beli, the kingdom of the Island of Britain fell into the hands of Lludd his eldest son;

 

(*) Le sens ordinaire et primitif du cyfranc est rencontre, combat.

(**) Voir la note sur Bran, p. 119, note 2; sur Llyr, p. 120, n. 3; sur Beli, p. 122, note 1; sur Casswallawn, p. 146, note 3. V. aussi la note à Lludd Llaw Ereint, dans le, Mab. de Kulhwch et Olwen, plus bas. Nynnyaw est moins connu. D'après Gaufrei de Monmouth, il a eu une querelle avec son frère Lludd. Un poète du XIIIème siècle, Llywelyn, fait allusion aux relations amicales de Lludd et Llevelys (Myv. arch. , p. 247, col. 1). Taliesin mentionne aussi l'Ymarwar de Lludd et Llevelys (Skene II, p.214. v. 9). La légende n'est pas d'accord avec Gaufrei sur le nombre des enfants de Beli; Taliesin parle de sept fils (Skene, F. a. B. 11, p. 202, v. 9 et 10).

(***) L'historia est ici le Brut Tysilio ou le Brut Gruffydd ab Arthur; le Brut Tysilio lui donne nettement quatre fils; le Brut Gr. ab Arthur est moins net; après avoir nommé Lludd, Caswallawn et Nynnyaw, il ajoute : et, comme le disent certains historiens, il en eut un quatrième, Llevelys. Gaufrei ne lui en donne que trois Lud, Cassivellaunus et Nennius (Hist., 111, 20). Un manuscrit (Shirburn 18) porte Kyvarwydyt, qui a le sens d'histoire; sur ce ms. v. Introd., p. 34, note 1.

 

(*).The ordinary and primitive meaning of  cyfranc  is  meeting, combat.

(**)See the footnote about Bran, p. 119, note 2; about Llyr, p. 120, n. 3; about Beli, p.  122,  note 1;  on Casswallawn, p. 146, note 3. See also the note on Lludd Llaw Ereint, in, Mab. de  Kulhwch and Olwen,  later. Nynnyaw is less known. According to Gaufrei of Monmouth, he quarrelled his brother Lludd. A poet of XIIIth century, Llywelyn, referred to the friendly relations between Lludd and Llevelys (Myv. arch. , p. 247, col. 1). Taliesin mentions also the Ymarwar of Lludd and Llevelys (Skene II, p.214. v. 9). The legend does not agree with Gaufrei on  the number of Beli’s children; Taliesin speaks of seven sons (Skene,  F A. B. 11, p. 202, v. 9 and 10).

 (***) The ‘Historia’ is here Brut Tysilio or Brut Gruffydd ab Arthur; Brut Tysilio attributes clearly four sons to him;  the Brut gr. ab Arthur is less Net;  after naming Lludd, Caswallawn and Nynnyaw, it adds:  and,  as some historians say, he had a fourth, Llevelys. Gaufrei speaks of only three ones, Lud, Cassivellaunus and Nennius  (Hist., 111, 20). A manuscript (Shirburn 18) shows  Kyvarwydyt,  meaning  of history; on this ms see  Introd., p. 34, note 1.

 

 

Il le gouverna d'une façon prospère, renouvela les murailles de Llundein et les entoura de tours innombrables. Puis il ordonna à tous les citoyens d'y bâtir des maisons telles qu'il n'y en eût pas d'aussi hautes dans les autres royaumes. C'était aussi un bon guerrier; il était généreux, distribuant largement nourriture et boisson à tous ceux qui en demandaient. Quoiqu'il possédât beaucoup de villes et de cités fortifiées, c'était celle-là qu'il préférait; il y passait la plus grande partie de l'année. C'est pourquoi on l'a appelée Kaer Ludd (*); à la fin, elle s'est appelée Kaer Lundein; c'est après qu'elle eut été envahie par une nation étrangère qu'elle prit ce nom de Llundein ou de Llwndrys. Celui de tous ses frères qu'il aimait le mieux, c'était Llevelys, parce que c'était un homme prudent et sage.

Llevelys ayant appris que le roi de France était mort sans autre héritier qu'une fille et qu'il avait laissé tous ses domaines entre ses mains, vint trouver son frère Lludd pour lui demander conseil et appui; il songeait moins à son propre intérêt qu'à l'accroissement d'honneur, d'élévation et de dignité qui en résulterait pour leur race s'il pouvait aller au royaume de France demander comme femme cette jeune héritière. Son frère tomba d'accord avec lui sur-le-champ et approuva son projet.

 

and Lludd ruled prosperously, and rebuilt the walls of London, and encompassed it about with numberless towers. And after that he bade the citizens build houses therein, such as no houses in the kingdoms could equal. And moreover he was a mighty warrior, and generous and liberal in giving meat and drink to all that sought them. And though he had many castles and cities this one loved he more than any. And he dwelt therein most part of the year, and therefore was it called Caer Lludd, and at last Caer London (*). And after the stranger-race came there, it was called London, or Lwndrys.

 

 

 

Lludd loved Llevelys best of all his brothers, because he was a wise and discreet man. Having heard that the king of France had died, leaving no heir except a daughter, and that he had left all his possessions in her hands, he came to Lludd his brother, to beseech his counsel and aid. And that not so much for his own welfare, as to seek to add to the glory and honour and dignity of his kindred, if he might go to France to woo the maiden for his wife. And forthwith his brother conferred with him, and this counsel was pleasing unto him.

 

 

(*) Caer Ludd se trouve pour la première fois chez Gaufrei de Monmouth. Depuis, ce terme a été souvent employé par les écrivains gallois.

 

(*)Caer Ludd  is found for the first time in Gaufrei of Monmouth. Since, this name has often been used by Welsh writers.

 

Immédiatement des navires furent équipés et remplis de chevaliers armés, et Llevelys partit pour la France. Aussitôt débarqués, ils envoyèrent des messagers aux nobles de France pour leur exposer l'objet de leur expédition. Après délibération, d'un commun accord, les nobles et les chefs du pays donnèrent à Llevelys la jeune fille avec la couronne de France. Il ne cessa depuis de gouverner ses Etats avec prudence, sagesse et bonheur jusqu'à la fin de sa vie.

Un certain temps s'était déjà écoulé lorsque trois fléaux s'abattirent sur l'île de Bretagne, tels qu'on n'en avait jamais vu de pareils (*). Le premier était une race particulière qu'on appelait les Corannieit: tel était leur savoir qu'il ne se tenait pas une conversation sur toute la surface de l'île, si bas que l'on parlât, qu'ils ne connussent, si le vent venait à la surprendre; de sorte qu'on ne pouvait leur nuire. (**)

 

So he prepared ships and filled them with armed knights, and set forth towards France. And as soon as they had landed, they sent messengers to show the nobles of France the cause of the embassy. And by the joint counsel of the nobles of France and of the princes, the maiden was given to Llevelys and the crown of the kingdom with her. And thenceforth he ruled the land discreetly, and wisely and happily, as long as his life lasted.

 

After a space of time had passed, three plagues fell on the Island of Britain, such as none in the islands had ever seen the like of (*). The first was a certain race that came, and was called the Coranians; and so great was their knowledge, that there was no discourse upon the face of the Island, however low it might be spoken, but what, if the wind met it, it was known to them. And through this they could not be injured(**).

 

 

(*) Ces trois fléaux sont souvent mentionnés dans les Triades. Parmi les trois bonnes cachettes figurent les dragons cachés par Lludd, fils de Beli, à Dinas Emreis ou Dinas Pharaon dans les monts Eryri (Triades Mab., 300, 9; Skene, II, app. 464; Myv. arch.  , 406, 53. V. la note à Bran, plus haut, p. 119). Parmi les trois gormes ou oppressions d'envahisseurs, figure celle des Corannieit; contrairement à notre récit, d'après deux triades, ils restent dans l'île (Myv. arch.  , p. 391, 41). D'après la deuxième (Myv. arch. , p. 401, 7), ils viennent du pays de Pwyl (?) et s'établissent sur les bords de l'Humber et de la mer du Nord; ils se fondent avec les Saxons. La série de Triades à laquelle celle-ci appartient mentionne également trois usurpations ou fléaux étrangers, qui disparaissent, mais les Corannieit sont remplacés par March Malaen ou le fléau du premier de mai; le second est le dragon de Bretagne; le troisième, l'homme à la magie ou aux transformations magiques (Myv. arch. , p. 401, 11). Pour les dragons, leur combat rappelle celui des dragons de Nennius, dont Gaufrei s'est visiblement inspiré (Nennius, hist., XL-XLV); voyez plus bas. Les Iolo mss. font chasser les Coranieid par Greidiawl Gallovydd: une partie s'en serait allée en Alban (Écosse), l'autre en Irlande (p. 263, 13).

(**) La version du Greal ajoute : « et leurs pièces étaient d’argent de fée, mot à mot ‘argent de nain’: cet argent apparaissait de bonne qualité quand on le recevait, mais, quand on le gardait, il se transformait en morceaux de champignons, etc.

 

(*) These three plagues are often mentioned in  the Triads.  Among the three good  hiding-places, we find the dragons hidden by Lludd, Beli’s son, in Dinas Emreis or Dinas Pharaon within the Eryri mountaigns (Mab Triads., 300, 9; Skene, II, app.[?] 464; Myv. arch., 406, 53. See the note at Bran, before, p. 119). Among the three gormes or invaders tyrany, appears the one of the Corannieit; contrary to the present account, according to two triads, they stay in the island  (Myv. arch., p. 391, 41). According to the second one (Myv. arch. , p. 401, 7), they come from the country of Pwyl (?) and are set on the edges of Humber and North Sea;  they merge with the Saxons. The series of Triads  to which this one belongs, also mentions three foreign usurpations or plagues, which disappear. The Corannieit are however replaced by March Malaen or the plague of May first;  the second is the dragon of Brittany; the third, the man with magic or with magic transforms (Myv. arch. , p. 401, 11). As for the dragons, their fight recalls the one of the dragons of Nennius, from which Gaufrei obviously got his inspiration (Nennius,  hist., XL-XLV);  see below.

 (**) The version in the Greal adds, “And their coin was fairy money;” literally, dwarf's money: that is, money which, when received, appeared to be good coin, but which, if kept, turned into pieces of fungus, or other worthless things.

 

 

Le second fléau, c'était un grand cri qui se faisait entendre chaque nuit de premier mai au-dessus de chaque foyer dans l'île de Bretagne; il traversait le coeur des humains et leur causait une telle frayeur que les hommes en perdaient leurs couleurs et leurs forces; les femmes, les enfants dans leur sein; les jeunes gens et. les jeunes filles, leur raison. Animaux, arbres, terre, eaux, tout restait stérile. Voici en quoi consistait le troisième fléau : on avait beau réunir des provisions dans les cours du roi, y aurait-il eu pour un an de nourriture et de boisson, on n'en avait que ce qui se consommait la première nuit. Le premier fléau s'étalait au grand jour, mais il n'y avait personne à connaître la cause des deux autres; aussi y avait-il plus d'espoir de se débarrasser du premier que du second ou du troisième. Le roi Lludd en conçut beaucoup de souci et d'inquiétude, ne sachant comment il pourrait s'en débarrasser. Il fit venir tous les nobles de ses domaines et leur demanda leur avis au sujet des mesures à prendre contre ces fléaux. Sur l'avis unanime de ses nobles, Lludd, fils de Beli, se décida à se rendre auprès de Llevelys, roi de France, qui était connu pour l'excellence de ses conseils et sa sagesse, afin de lui demander avis.

The second plague was a shriek which came on every May-eve, over every hearth in the Island of Britain. And this went through people's hearts, and so seared them, that the men lost their hue and their strength, and the women their children, and the young men and the maidens lost their senses, and all the animals and trees and the earth and the waters, were left barren.

The third plague was, that however much of provisions and food might be prepared in the king's courts, were there even so much as a year's provision of meat and drink, none of it could ever be found, except what was consumed in the first night. And two of these plagues, no one ever knew their cause, therefore was there better hope of being freed from the first than from the second and third.

And thereupon King Lludd felt great sorrow and care, because that he knew not how he might be freed from these plagues. And he called to him all the nobles of his kingdom, and asked counsel of them what they should do against these afflictions. And by the common counsel of the nobles, Lludd the son of Beli, went to Llevelys his brother, king of France, for he was a man great of counsel and wisdom, to seek his advice.

 

 

Ils préparèrent une flotte, et cela en secret, sans bruit, de peur que le motif de leur expédition ne fut connu des envahisseurs, ou de qui que ce fût, à l'exception du roi et des conseillers. Quand ils furent prêts, Lludd et ceux qu'il avait choisis s'embarquèrent et commencèrent à sillonner les flots dans la direction de la France. En apprenant l'approche de cette flotte, Llevelys, qui ne savait pas la cause de l'expédition de son frère, s'avança du rivage opposé à sa rencontre avec une flotte très considérable. Ce que voyant, Lludd laissa tous ses navires au large, excepté un sur lequel il monta pour venir à la rencontre de son frère. Celui-ci vint aussi au-devant de lui avec un seul navire. Aussitôt réunis, ils s'embrassèrent et se saluèrent avec une tendresse toute fraternelle.

 

Lludd exposa à son frère le motif de son expédition; Llevelys lui répondit qu'il connaissait les raisons de son voyage dans ce pays. Ils se concertèrent pour trouver un autre mode de conversation au sujet de leurs affaires, de façon que le vent ne pût arriver à leurs paroles et que les Corannieit ne pussent savoir ce qu'ils diraient. Llevelys fit faire, en conséquence, une grande corne de cuivre, et c'est à travers cette corne qu'ils s'entretinrent. Mais quoi que pût dire l'un deux à l'autre, elle ne lui rapportait (*) que des propos désagréables et de sens tout opposé.

And they made ready a fleet, and that in secret and in silence, lest that race should know the cause of their errand, or any besides the king and his counsellors. And when they were made ready, they went into their ships, Lludd and those whom he chose with him. And they began to cleave the seas towards France.

And when these tidings came to Llevelys, seeing that he knew not the cause of his brother's ships, he came on the other side to meet him, and with him was a fleet vast of size. And when Lludd saw this, he left all the ships out upon the sea except one only; and in that one he came to meet his brother, and he likewise with a single ship came to meet him. And when they were come together, each put his arms about the other's neck, and they welcomed each other with brotherly love.

After that Lludd had shown his brother the cause of his errand, Llevelys said that he himself knew the cause of the coming to those lands. And they took counsel together to discourse on the matter otherwise than thus, in order that the wind might not catch their words, nor the Coranians know what they might say. Then Llevelys caused a long horn to be made of brass, and through this horn they discoursed. But whatsoever words they spoke through this horn, one to the other, neither of them could hear any other but harsh and hostile words.

 

(*) voir notes critiques. [dans ces notes Loth explique sa traduction ‘rapportait’]

 

Llevelys voyant que le diable se mettait en travers et causait du trouble à travers la corne, fit verser du vin à l'intérieur, la lava et en chassa le diable par la vertu du vin.

 

Lorsqu'ils purent causer sans obstacle, Llevelys dit à son frère qu'il lui donnerait certains insectes dont il garderait une partie en vie afin d'en perpétuer la race pour le cas où le même fléau surviendrait une seconde fois, et dont il broierait le reste dans de l'eau. Il lui assura que c'était un bon moyen pour détruire la race des Corannieit, voici comment :

Aussitôt arrivé dans son royaume, il réunirait dans un même plaid tout son peuple à lui, et la nation des Corannieit, sous prétexte de faire la paix entre eux. Quand ils seraient tous réunis, il prendrait cette eau merveilleuse et la jetterait sur tous indistinctement.

Llevelys assurait que cette eau empoisonnerait la race des Corannieit, mais qu'elle ne tuerait, ne ferait de mal à personne de sa nation à lui.

« Quant au second fléau de tes États, » ajouta-t-il, « c'est un dragon. Un dragon de race étrangère se bat avec lui, et cherche à le vaincre. C'est pourquoi votre dragon (*) à vous pousse un cri effrayant.

 

And when Llevelys saw this, and that there was a demon thwarting them and disturbing through this horn, he caused wine to be put therein to wash it. And through the virtue of the wine the demon was driven out of the horn. And when their discourse was unobstructed, Llevelys told his brother that he would give him some insects whereof he should keep some to breed, lest by chance the like affliction might come a second time. And other of these insects he should take and braise in water. And he assured him that it would have power to destroy the race of the Coranians. That is to say, that when he came home to his kingdom he should call together all the people both of his own race and of the race of the Coranians for a conference, as though with the intent of making peace between them; and that when they were all together, he should take this charmed water, and cast it over all alike. And he assured him that the water would poison the race of the Coranians, but that it would not slay or harm those of his own race.

“And the second plague,” said he, “ that is in thy dominion, behold it is a dragon. And another dragon of a foreign race is fighting with it, and striving to overcome it. And therefore does your dragon (*) make a fearful outcry.

 

(*) Dans le récit de Nennius, le dragon rouge représente les Bretons et le dragon blanc les Saxons. Henri VII, prince d'origine galloise, portait l'étendard au dragon rouge à la bataille de Bosworth que les Gallois considèrent comme une victoire nationale pour eux et à laquelle ils ont en tout cas pris une part glorieuse. Par une singulière méprise, Brizeux a pris le dragon rouge pour l'étendard des Saxons. « Voici le dragon rouge annoncé par Merlin, » dit-il, en parlant des chemins de fer, personnifiant l'invasion de la Bretagne par la civilisation étrangère et moderne.

 

(*) In Nennius’ account, the red dragon represents the Britons [meaning here, the ones of Great Britain] and the white dragon the Saxons. Henri VII, prince of Welsh birth, has carried the Red Dragon standard at the battle of Bosworth. Welsh people see this battle as a national victory (for them) and of which they have, at least, a glorious share. By a strange mistakes, Brizeux seems to have believed the Red Dragon to be the  Saxon standard “Here comes the red dragon announced by Merlin,” he said, while speaking of the railroads, a symbol the invasion of [‘Great’] Brittany by foreign and modern civilization.

 

 

Voici comment tu pourras le savoir. De retour chez toi, fais mesurer cette île de long en large : à l'endroit où tu trouveras exactement le point central de l’île, fais creuser un trou, fais-y déposer un cuve pleine de l'hydromel le meilleur que l'on puisse faire, et recouvrir la cuve d'un manteau de paile. Cela fait, veille toi-même, en personne, et tu verras les dragons se battre sous la forme d'animaux effrayants. Ils finiront par apparaître dans l'air sous la forme de dragons, et, en dernier lieu, quand ils seront épuisés à la suite d'un combat furieux et terrible, ils tomberont sur le manteau sous la forme de deux pourceaux; ils s'enfonceront avec le manteau, et le tireront avec eux, jusqu'au fond de la cuve; ils boiront tout l'hydromel et s'endormiront ensuite. Alors, replie le manteau tout autour d'eux, fais-les enterrer, enfermés dans un coffre de pierre, à l'endroit le plus fort de tes États, et cache-les bien dans la terre. Tant qu'ils seront en ce lieu fort, aucune invasion ne viendra d'ailleurs dans l’île de Bretagne.

 

 

 

Voici la cause du troisième fléau. C'est un magicien puissant qui enlève ta nourriture, ta boisson et tes provisions; par sa magie et ses charmes il fait dormir tout le monde. Aussi il te faudra veiller en personne sur les mets de tes banquets et tes provisions. Pour qu'il ne puisse réussir à t'endormir, aies une cuve pleine d'eau à côté de toi. Quand tu sentiras que le sommeil s'empare de toi, jette-toi dans la cuve. »

 

And on this wise mayest thou come to know this. After thou hast returned home, cause the Island to be measured in its length and breadth, and in the place where thou dost find the exact central point, there cause a pit to be dug, and cause a cauldron full of the best mead that can be made to be put in the pit, with a covering of satin over the face of the cauldron. And then, in thine own person do thou remain there watching, and thou wilt see the dragons fighting in the form of terrific animals. And at length they will take the form of dragons in the air. And last of all, after wearying themselves with fierce and furious fighting, they will fall in the form of two pigs upon the covering, and they will sink in, and the covering with them, and they will draw it down to the very bottom of the cauldron. And they will drink up the whole of the mead; and after that they will sleep. Thereupon do thou immediately fold the covering around them, and bury them in a kistvaen, in the strongest place thou hast in thy dominions, and hide them in the earth. And as long as they shall bide in that strong place no plague shall come to the Island of Britain from elsewhere.”

“The cause of the third plague,” said he, “is a mighty man of magic, who takes thy meat and thy drink and thy store. And he through illusions and charms causes every one to sleep. Therefore it is needful for thee in thy own person to watch thy food and thy provisions. And lest he should overcome thee with sleep, be there a cauldron of cold water by thy side, and when thou art oppressed with sleep, plunge into the cauldron.”

 

 

 

Lludd s'en retourna alors dans son pays. Aussitôt il invita à se réunir auprès de lui tout son peuple et celui des Corannieit. Suivant les instructions de Llevelys, il broya les insectes dans de l'eau, et jeta l'eau indistinctement sur tous. Immédiatement toute la tribu des Corannieit fut détruite, sans qu'aucun des Bretons éprouvât le moindre mal. Quelques temps après, Lludd fit mesurer l’île de Bretagne en long et en large. Il trouva le point central à Rytychen (Oxford). Il y fit creuser un trou, et déposer dans le trou une cuve pleine du meilleur hydromel qu'il fut possible de faire, avec un manteau de paile par-dessus. Il veilla lui-même en personne cette nuit-là. Pendant qu'il était ainsi aux aguets, il vit les dragons se battre. Quand ils furent fatigués et qu'ils n'en purent plus, ils descendirent sur le manteau et l'entraînèrent avec eux jusqu'au fond de la cuve. Après avoir fini de boire l'hydromel, ils s'endormirent. Pendant leur sommeil, Lludd replia le manteau autour d'eux et les enterra, enfermés dans un coffre de pierre, à l'endroit le plus sûr qu'il trouva dans les montagnes d'Eryri. On appela depuis cet endroit Dinas Emreis (*); auparavant, on l'appelait Dinas Ffaraon Dandde (**). Ainsi cessa ce cri violent qui troublait tout le royaume.

 

Then Lludd returned back unto his land. And immediately he summoned to him the whole of his own race and of the Coranians. And as Llevelys had taught him, he bruised the insects in water, the which he cast over them all together, and forthwith it destroyed the whole tribe of the Coranians, without hurt to any of the Britons.

And some time after this, Lludd caused the Island to be measured in its length and in its breadth. And in Oxford he found the central point, and in that place he caused the earth to be dug, and in that pit a cauldron to be set, full of the best mead that could be made, and a covering of satin over the face of it. And he himself watched that night. And while he was there, he beheld the dragons fighting. And when they were weary they fell, and came down upon the top of the satin, and drew it with them to the bottom of the cauldron. And when they had drunk the mead they slept. And in their sleep, Lludd folded the covering around them, and in the securest place he had in Snowdon, he hid them in a kistraen.

 

Now after that this spot was called Dinas Emreis (*), but before that, Dinas Ffaraon (**). And thus the fierce outcry ceased in his dominions.

 

(*) Dinas Emreis est une petite colline isolée au milieu des vallées du Snowdon, entre Beddgelert et Capel Curig, dans le Carnarvonshire, d'après lady Guest. « Au bout des montagnes du Snowdon, non loin de la source de la Conway, qui coule à travers cette région vers le nord, se trouve Dinas Emrys, c'est-à-dire le promontoire d'Ambrosius, où Merlin, assis sur un roc, prophétisait à Vortigern » (Girald. Cambr. d'après lady Guest). Giraldus Cambr. s'inspire ici de Gaufrei de Monmouth. En effet, dans Nennius, l'enfant, qui prophétise à Voltigera n'est nullement Ambrosius Merlinus ou Merlin, mais Embreis Guletic, c’est-à-dire Ambrosien le roi ou l'imperator. Cet Ambrosius est un personnage réel, né en Bretagne, d'une famille romaine ayant porté la pourpre; il s'appelait Ambrosius Aurelianus ou Aurelius, et lutta victorieusement contre les Saxons dans la seconde moitié du cinquième siècle (Gildas, De Excidio Brit., XXV). Nennius, qui ajoute à l'histoire la légende de l'enfant prophète, le fait aussi descendre de parents romains. Le nom d'Aurelius ou d'Aurelianus a été souvent emporté après par des Bretons. Un des rois des Bretons du temps de Gildas s'appelle Aurelius Conanus. Le premier évêque de notre pays de Léon porte le nom de Paulus Aurelianus. Une commune auprès de Vannes s'appelle Mangolerian et s'appelait autrefois Macoer Aurilian ou la muraille d'Aurélien. Une villa près de Redon, au IXième siècle, portait le nom de Ran Macoer Aurilian.

(**) Dinas Emreïs porte en effet ce nom dans certaines Triades. Voy. p. 233, note. Ici se place une phrase qui semble interpolée Et ce fut le troisième gouverneur dont le coeur se brisa de désespoir: v. notes critiques  à la page 98 du texte [qui donne une étude linguistique des mots du Gallois moyen utilisés dans cette phrase]. Si elle a un sens, elle se rapporte à Ffaraon Dandde. Pour les autres, dont le coeur se brise, voyez p. 146 Mab. de Branwen. Le Brut Tysillio et le Brut Gruffydd ab Arthur n'ont pas cette phrase. Dandde pour Tandde, qui a le sens de bûcher et d'enflammé, qui prend feu : v. notes critiques.

 

(*) Dinas Emreis is a small hill isolated in the middle of  the Snowdon valley, between Beddgelert and Capel Curig, in Carnarvonshire, according to Lady Guest. She says:  “At the end of the Snowdon mountains, not far from the source of the Conway, which runs through this area towards north, is Dinas Emrys, i.e. the Ambrosius hill, where Merlin, sitting on a rock, prophesied to Vortigern.” (Girald. Cambr. according to Lady Guest). Giraldus Cambr. is inspired here by Gaufrei of Monmouth. Indeed, in Nennius, the child, who prophesies in Voltigera by no means is Ambrosius Merlinus or Merlin, but  Embreis  Guletic, i.e. King Ambrose or the imperator.  This Ambrosius is a real character, born in Brittany, of a Roman family who wore the purple;  he was called Ambrosius Aurelianus or Aurelius, and fought victoriously against the Saxons in second half of the fifth century (Gildas,  De Excidio  Brit., XXV). .Nennius, who adds to the history the legend of the child prophet, says he is of Roman descent. The name of Aurelius or Aurelianus was often held afterwards by the Britons. One of the Briton kings in the time of Gildas is called Aurelius Conanus. The first bishop of our country of Leon [In Brittany, France] holds the name of Paulus Aurelianus. A territory near Vannes [In Brittany] is called Mangolerian and was formerly called Macoer Aurilian or Aurilian wall. A villa close to Redon, in the IXth century, held the name of Ran Macoer Aurilian.

(**) Dinas Emreïs indeed holds this name in some of the Triads.  See p. 233, note. Here a seemingly interpolated  sentence takes place: And it was the third governor whose heart broke from despair:  See critical notes [which gives a linguistic study of the words of the medium Welsh used in this sentence ]. If it has a meaning, it refers to Ffaraon Dandde. For the others whose heart broke, see p. 146  Mab. of  Branwen.  Brut Tysillio and Rough Gruffydd ab Arthur do not carry this sentence.  Dandde  for  Tandde,  which has the meaning of pyre and of ignited,  catching fire.

 

Cela fait, le roi Lludd fît préparer un énorme festin. Quand tout fut prêt, il fit placer à côté de lui une cuve pleine d'eau froide, et il veilla en personne à côté. Pendant qu'il était ainsi, armé de toutes pièces, vers la troisième veille de la nuit, il entendit beaucoup de récits charmants et extraordinaires, une musique variée, et il sentit qu'il ne pouvait résister au sommeil. Plutôt que de se laisser arrêter dans son projet et vaincre parle sommeil, il se jeta à plusieurs reprises à l'eau. A la fin, un homme de très grande taille, couvert d'armes lourdes et solides, entra, portant un panier, et se mit à y entasser, comme il en avait l'habitude, toutes les provisions de nourriture et de boisson. Puis il se mit en devoir de sortir avec le tout. Ce qui étonnait Lludd le plus, c'est que tant de choses pussent tenir dans le panier. Lludd se lança à sa poursuite et lui dit :

 

« Attends, attends. Si tu m'as fait bien des affronts et causé beaucoup de pertes, désormais tu ne le feras plus, à moins que les armes ne décident que tu es plus fort et plus vaillant que moi. »

L'homme déposa immédiatement le panier à terre et l'attendit. Un furieux combat s'engagea entre eux: les étincelles jaillissaient de leurs armes. A la fin, Lludd le saisit; le sort voulut que la victoire lui restât; il renversa sous lui l'oppresseur sur le sol. Vaincu par la force et la vaillance de Lludd, celui-ci lui demanda merci.

 

« Comment, » dit le roi, « pourrais-je te donner merci, après toutes les pertes et les affronts que j'ai éprouvés de ta part? »

 

- « Tout ce que je t'ai fait perdre, » répondit-il, « je saurai t'en dédommager complètement. Je ne ferai plus rien de pareil, et je serai désormais pour toi un fidèle vassal.»

Le roi accepta.

C'est ainsi que Lludd débarrassa l'île de Bretagne de ces trois fléaux. A partir de là jusqu'à la fin de sa vie, Lludd, fils de Beli, gouverna l'île de Bretagne en paix et d'une façon prospère. Ce récit est connu sous le nom de l'Aventure de Lludd et Llevelys.

 

 C'est ainsi qu'elle se termine.

 

And when this was ended, King Lludd caused an exceeding great banquet to be prepared. And when it was ready, he placed a vessel of cold water by his side, and he in his own proper person watched it. And as he abode thus clad with arms, about the third watch of the night, lo, he heard many surpassing fascinations and various songs. And drowsiness urged him to sleep. Upon this, lest he should be hindered from his purpose and be overcome by sleep, he went often into the water. And at last, behold, a man of vast size, clad in strong, heavy armour, came in, bearing a hamper. And, as he was wont, he put all the food and provisions of meat and drink into the hamper, and proceeded to go with it forth. And nothing was ever more wonderful to Lludd, than that the hamper should hold so much.

And thereupon King Lludd went after him and spoke unto him thus.

“Stop, stop,” said he, “though thou hast done many insults and much spoil erewhile, thou shalt not do so any more, unless thy skill in arms and thy prowess be greater than mine.”

Then he instantly put down the hamper on the floor, and awaited him. And a fierce encounter was between them, so that the glittering fire flew out from their arms. And at the last Lludd grappled with him, and fate bestowed the victory on Lludd. And he threw the plague to the earth. And after he had overcome him by strength and might, he besought his mercy.

“How can I grant thee mercy,” said the king, “after all the many injuries and wrongs that thou hast done me?"

 

All the losses that ever I have caused thee,” said he, “I will make thee atonement for, equal to what I have taken. And I will never do the like from this time forth. But thy faithful vassal will I be.” And the king accepted this from him.

And thus Lludd freed the Island of Britain from the three plagues. And from thenceforth until the end of his life, in prosperous peace did Lludd the son of Beli rule the Island of Britain.

And this Tale is called the Story of Lludd and Llevelys.

And thus it ends.