La version fançaise est une
digitalisation de la traduction de Loth, avec ses notes
The French version is a scan
of Loth’s, together with his notes (*). The
English version is Lady Guest’s translation, except parts inside [ which are my
translation from the French version]. The notes (*) are nearly an English
translation of Loth’s. References to the Iolo mss. have been
|
LLUDD et LLEVELYS Voici l'aventure (*) de Lludd et Llevelys |
LLUDD AND LLEFELYS. [Here is the aventure (*) of
Lludd and Llevelys] |
|
Beli le Grand, fils de Manogan, eut trois fils Lludd,
Kasswallawn et Nynnyaw (**); suivant l'histoire
(***), il en eut même un
quatrième, Llevelys. Après la mort de Beli, le royaume de Bretagne revint à
Lludd, son fils aîné. |
BELI the Great, the son of Manogan, had three sons, Lludd, and
Caswallawn, and Nynyaw (**); and according to the story (***) he had a fourth
son called Llevelys. And after the death of Beli, the kingdom of the |
(*) Le sens ordinaire et
primitif du cyfranc est rencontre, combat.
(**) Voir la note sur Bran, p. 119, note 2; sur Llyr, p. 120, n. 3;
sur Beli, p. 122, note 1; sur
Casswallawn, p. 146, note 3. V. aussi la note à Lludd Llaw Ereint, dans le,
Mab. de Kulhwch
et Olwen, plus bas. Nynnyaw est moins connu. D'après Gaufrei de Monmouth,
il a eu une querelle avec son frère Lludd. Un poète du XIIIème siècle,
Llywelyn, fait allusion aux relations amicales de Lludd et Llevelys (Myv. arch. , p.
247, col. 1). Taliesin mentionne
aussi l'Ymarwar de Lludd et Llevelys (Skene II, p.214. v. 9). La légende n'est
pas d'accord avec Gaufrei sur le nombre
des enfants de Beli; Taliesin parle de sept fils (Skene, F. a. B. 11, p. 202, v. 9 et
10).
(***) L'historia est ici le Brut Tysilio ou le Brut Gruffydd ab Arthur;
le Brut Tysilio lui donne nettement quatre fils; le Brut Gr. ab Arthur est moins net; après avoir nommé Lludd,
Caswallawn et Nynnyaw, il ajoute : et, comme
le disent certains historiens, il en eut un quatrième, Llevelys. Gaufrei ne
lui en donne que trois Lud, Cassivellaunus et Nennius (Hist., 111, 20). Un
manuscrit (Shirburn 18) porte Kyvarwydyt,
qui a le sens d'histoire; sur ce
ms. v. Introd., p. 34, note 1.
(*).The ordinary and
primitive meaning of cyfranc is meeting,
combat.
(**)See the footnote about
Bran, p. 119, note 2; about Llyr, p. 120, n. 3; about Beli,
p. 122, note 1;
on Casswallawn, p. 146, note 3. See also the note on Lludd Llaw Ereint,
in, Mab. de Kulhwch
and Olwen, later. Nynnyaw is less
known. According to Gaufrei of Monmouth, he quarrelled his brother Lludd. A
poet of XIIIth century, Llywelyn, referred to the friendly relations between
Lludd and Llevelys (Myv. arch. , p. 247, col. 1).
Taliesin mentions also the Ymarwar of Lludd and Llevelys (Skene II, p.214. v.
9). The legend does not agree with Gaufrei on
the number of Beli’s children; Taliesin speaks of seven sons
(Skene, F A. B. 11, p. 202, v. 9 and
10).
(***) The ‘Historia’
is here Brut Tysilio or Brut Gruffydd ab Arthur; Brut Tysilio attributes clearly four sons to him; the Brut gr.
ab Arthur is less Net; after naming
Lludd, Caswallawn and Nynnyaw, it adds: and, as some historians say, he had a fourth,
Llevelys. Gaufrei speaks of only three ones, Lud, Cassivellaunus and
Nennius (Hist., 111, 20). A manuscript
(Shirburn 18) shows Kyvarwydyt, meaning
of history; on this ms see
Introd., p. 34, note 1.
|
Il le gouverna
d'une façon prospère, renouvela les murailles de Llundein et les entoura de
tours innombrables. Puis il ordonna à tous les citoyens d'y bâtir des maisons
telles qu'il n'y en eût pas d'aussi hautes dans les autres royaumes. C'était
aussi un bon guerrier; il était généreux, distribuant largement nourriture et
boisson à tous ceux qui en demandaient. Quoiqu'il possédât beaucoup de villes
et de cités fortifiées, c'était celle-là qu'il
préférait; il y passait la plus grande partie de l'année. C'est pourquoi on
l'a appelée Kaer Ludd (*); à la fin, elle s'est appelée Kaer Lundein; c'est
après qu'elle eut été envahie par une nation étrangère qu'elle prit ce nom de
Llundein ou de Llwndrys. Celui de tous ses frères qu'il aimait le mieux,
c'était Llevelys, parce que c'était un homme prudent et sage. Llevelys ayant appris que le roi de France était mort sans
autre héritier qu'une fille et qu'il avait laissé tous ses domaines entre ses
mains, vint trouver son frère Lludd pour lui demander conseil et appui; il
songeait moins à son propre intérêt qu'à l'accroissement d'honneur,
d'élévation et de dignité qui en résulterait pour leur race s'il pouvait
aller au royaume de France demander comme femme cette jeune héritière. Son
frère tomba d'accord avec lui sur-le-champ et approuva son projet. |
and Lludd ruled prosperously, and rebuilt
the walls of Lludd loved Llevelys best of all his
brothers, because he was a wise and discreet man. Having heard that the king
of |
(*) Caer Ludd se trouve pour la première fois chez Gaufrei de
Monmouth. Depuis, ce terme a été souvent employé par les écrivains gallois.
(*)Caer Ludd is found for the first time in
Gaufrei of Monmouth. Since, this name has often been used by Welsh writers.
|
Immédiatement
des navires furent équipés et remplis de chevaliers armés, et Llevelys partit
pour Un certain temps s'était déjà écoulé lorsque trois fléaux
s'abattirent sur l'île de Bretagne, tels qu'on n'en avait jamais vu de
pareils (*). Le premier était une race particulière qu'on appelait les
Corannieit: tel était leur savoir qu'il ne se tenait pas une conversation sur
toute la surface de l'île, si bas que l'on parlât, qu'ils ne connussent, si
le vent venait à la surprendre; de sorte qu'on ne pouvait leur nuire. (**) |
So he prepared ships and filled them
with armed knights, and set forth towards After a space of time had passed,
three plagues fell on the |
(*) Ces trois fléaux sont
souvent mentionnés dans les Triades. Parmi
les trois bonnes cachettes figurent
les dragons cachés par Lludd, fils de Beli, à Dinas Emreis ou Dinas Pharaon
dans les monts Eryri (Triades Mab.,
300, 9; Skene, II, app. 464; Myv. arch. , 406, 53. V. la note à Bran, plus haut, p.
119). Parmi les trois gormes ou
oppressions d'envahisseurs, figure celle des Corannieit; contrairement à notre
récit, d'après deux triades, ils restent dans l'île (Myv. arch. , p. 391, 41).
D'après la deuxième (Myv. arch. , p. 401, 7), ils viennent du pays de Pwyl (?) et
s'établissent sur les bords de l'Humber et de la mer du Nord; ils se fondent
avec les Saxons. La série de Triades à
laquelle celle-ci appartient mentionne également trois usurpations ou fléaux
étrangers, qui disparaissent, mais les Corannieit sont remplacés par March Malaen
ou le fléau du premier de mai; le second est le dragon de Bretagne; le
troisième, l'homme à la magie ou aux transformations magiques (Myv. arch. , p.
401, 11). Pour les dragons, leur combat rappelle celui des dragons de Nennius,
dont Gaufrei s'est visiblement inspiré (Nennius, hist., XL-XLV); voyez plus bas. Les Iolo mss. font chasser les
Coranieid par Greidiawl Gallovydd: une partie s'en serait allée en Alban (Écosse), l'autre en Irlande (p. 263, 13).
(**) La
version du Greal ajoute : « et leurs pièces étaient d’argent de fée,
mot à mot ‘argent de nain’: cet argent apparaissait de bonne qualité quand
on le recevait, mais, quand on le gardait, il se transformait en morceaux de
champignons, etc.
(*) These three plagues are often mentioned in the Triads. Among the three good hiding-places, we find the dragons hidden by Lludd, Beli’s son, in Dinas Emreis or Dinas Pharaon within the Eryri mountaigns (Mab Triads., 300, 9; Skene, II, app.[?] 464; Myv. arch., 406, 53. See the note at Bran, before, p. 119). Among the three gormes or invaders tyrany, appears the one of the Corannieit; contrary to the present account, according to two triads, they stay in the island (Myv. arch., p. 391, 41). According to the second one (Myv. arch. , p. 401, 7), they come from the country of Pwyl (?) and are set on the edges of Humber and North Sea; they merge with the Saxons. The series of Triads to which this one belongs, also mentions three foreign usurpations or plagues, which disappear. The Corannieit are however replaced by March Malaen or the plague of May first; the second is the dragon of Brittany; the third, the man with magic or with magic transforms (Myv. arch. , p. 401, 11). As for the dragons, their fight recalls the one of the dragons of Nennius, from which Gaufrei obviously got his inspiration (Nennius, hist., XL-XLV); see below.
(**) The version in the Greal adds, “And their coin was fairy money;”
literally, dwarf's money: that is, money which, when received, appeared to be
good coin, but which, if kept, turned into pieces of fungus, or other worthless
things.
|
Le second fléau, c'était un grand
cri qui se faisait entendre chaque nuit de premier mai au-dessus de chaque
foyer dans l'île de Bretagne; il traversait le coeur des humains et leur
causait une telle frayeur que les hommes en perdaient leurs couleurs et leurs
forces; les femmes, les enfants dans leur sein; les jeunes gens et. les
jeunes filles, leur raison. Animaux, arbres, terre, eaux, tout restait
stérile. Voici en quoi consistait le troisième fléau : on avait beau réunir
des provisions dans les cours du roi, y aurait-il eu pour un an de nourriture
et de boisson, on n'en avait que ce qui se consommait la première nuit. Le
premier fléau s'étalait au grand jour, mais il n'y avait personne à connaître
la cause des deux autres; aussi y avait-il plus d'espoir de se débarrasser du
premier que du second ou du troisième. Le roi Lludd en conçut beaucoup de
souci et d'inquiétude, ne sachant comment il pourrait s'en débarrasser. Il
fit venir tous les nobles de ses domaines et leur demanda leur avis au sujet
des mesures à prendre contre ces fléaux. Sur l'avis unanime de ses nobles, Lludd,
fils de Beli, se décida à se rendre auprès de Llevelys, roi de France, qui
était connu pour l'excellence de ses conseils et sa sagesse, afin de lui
demander avis. |
The second plague was a shriek which
came on every May-eve, over every hearth in the The third plague was, that however
much of provisions and food might be prepared in the king's courts, were
there even so much as a year's provision of meat and drink, none of it could
ever be found, except what was consumed in the first night. And two of these
plagues, no one ever knew their cause, therefore was there better hope of
being freed from the first than from the second and third. And thereupon King Lludd felt great
sorrow and care, because that he knew not how he might be freed from these
plagues. And he called to him all the nobles of his kingdom, and asked
counsel of them what they should do against these afflictions. And by the
common counsel of the nobles, Lludd the son of Beli, went to Llevelys his
brother, king of France, for he was a man great of counsel and wisdom, to
seek his advice. |
|
Ils
préparèrent une flotte, et cela en secret, sans bruit, de peur que le motif
de leur expédition ne fut connu des envahisseurs, ou de qui que ce fût, à
l'exception du roi et des conseillers. Quand ils furent prêts, Lludd et ceux
qu'il avait choisis s'embarquèrent et commencèrent à sillonner les flots dans
la direction de Lludd
exposa à son frère le motif de son expédition; Llevelys lui répondit qu'il
connaissait les raisons de son voyage dans ce pays. Ils se concertèrent pour
trouver un autre mode de conversation au sujet de leurs affaires, de façon
que le vent ne pût arriver à leurs paroles et que les Corannieit ne pussent
savoir ce qu'ils diraient. Llevelys fit faire, en conséquence, une grande
corne de cuivre, et c'est à travers cette corne qu'ils s'entretinrent. Mais
quoi que pût dire l'un deux à l'autre, elle ne lui rapportait (*) que des
propos désagréables et de sens tout opposé. |
And they made ready a fleet, and that
in secret and in silence, lest that race should know the cause of their
errand, or any besides the king and his counsellors. And when they were made
ready, they went into their ships, Lludd and those whom he chose with him.
And they began to cleave the seas towards And when these tidings came to
Llevelys, seeing that he knew not the cause of his brother's ships, he came
on the other side to meet him, and with him was a fleet vast of size. And
when Lludd saw this, he left all the ships out upon the sea except one only;
and in that one he came to meet his brother, and he likewise with a single
ship came to meet him. And when they were come together, each put his arms
about the other's neck, and they welcomed each other with brotherly love. After that Lludd had shown his brother the cause of his errand,
Llevelys said that he himself knew the cause of the coming to those lands.
And they took counsel together to discourse on the matter otherwise than
thus, in order that the wind might not catch their words, nor the Coranians
know what they might say. Then Llevelys caused a long horn to be made of
brass, and through this horn they discoursed. But whatsoever words they spoke
through this horn, one to the other, neither of them could hear any other but
harsh and hostile words. |
(*) voir
notes critiques. [dans
ces notes Loth explique sa traduction ‘rapportait’]
|
Llevelys voyant que le diable se
mettait en travers et causait du trouble à travers la corne, fit verser du
vin à l'intérieur, la lava et en chassa le diable par la vertu du vin. Lorsqu'ils
purent causer sans obstacle, Llevelys dit à son frère qu'il lui donnerait
certains insectes dont il garderait une partie en vie afin d'en perpétuer la
race pour le cas où le même fléau surviendrait une seconde fois, et dont il
broierait le reste dans de l'eau. Il lui assura que c'était un bon moyen pour
détruire la race des Corannieit, voici comment : Aussitôt
arrivé dans son royaume, il réunirait dans un même plaid tout son peuple à
lui, et la nation des Corannieit, sous prétexte de faire la paix entre eux.
Quand ils seraient tous réunis, il prendrait cette eau merveilleuse et la
jetterait sur tous indistinctement. Llevelys
assurait que cette eau empoisonnerait la race des Corannieit, mais qu'elle ne
tuerait, ne ferait de mal à personne de sa nation à lui. « Quant au second fléau de
tes États, » ajouta-t-il, « c'est un dragon. Un dragon de race étrangère se
bat avec lui, et cherche à le vaincre. C'est pourquoi votre dragon (*) à vous
pousse un cri effrayant. |
And when Llevelys saw this, and that there was a demon thwarting them and
disturbing through this horn, he caused wine to be put therein to wash it.
And through the virtue of the wine the demon was driven out of the horn. And
when their discourse was unobstructed, Llevelys told his brother that he
would give him some insects whereof he should keep some to breed, lest by
chance the like affliction might come a second time. And other of these
insects he should take and braise in water. And he assured him that it would
have power to destroy the race of the Coranians. That is to say, that when he
came home to his kingdom he should call together all the people both of his
own race and of the race of the Coranians for a conference, as though with
the intent of making peace between them; and that when they were all together,
he should take this charmed water, and cast it over all alike. And he assured
him that the water would poison the race of the Coranians, but that it would
not slay or harm those of his own race. “And the second plague,” said he, “ that is in thy dominion, behold it
is a dragon. And another dragon of a foreign race is fighting with it, and
striving to overcome it. And therefore does your dragon (*) make a fearful outcry. |
(*) Dans le récit de Nennius, le dragon rouge
représente les Bretons et le dragon blanc les Saxons. Henri VII, prince
d'origine galloise, portait l'étendard au dragon rouge à la bataille de
Bosworth que les Gallois considèrent comme une victoire nationale pour eux et à
laquelle ils ont en tout cas pris une part glorieuse. Par une singulière
méprise, Brizeux a pris le dragon rouge pour l'étendard des Saxons. « Voici le
dragon rouge annoncé par Merlin, » dit-il, en parlant des chemins de fer,
personnifiant l'invasion de
(*) In Nennius’ account, the red dragon represents the Britons [meaning
here, the ones of
|
Voici comment tu pourras le savoir.
De retour chez toi, fais mesurer cette île de long en large : à l'endroit où
tu trouveras exactement le point central de l’île, fais creuser un trou,
fais-y déposer un cuve pleine de l'hydromel le meilleur que l'on puisse
faire, et recouvrir la cuve d'un manteau de paile. Cela fait, veille toi-même, en personne, et tu verras les
dragons se battre sous la forme d'animaux effrayants. Ils finiront par
apparaître dans l'air sous la forme de dragons, et, en dernier lieu, quand
ils seront épuisés à la suite d'un combat furieux et terrible, ils tomberont
sur le manteau sous la forme de deux pourceaux; ils s'enfonceront avec le
manteau, et le tireront avec eux, jusqu'au fond de la cuve; ils boiront tout
l'hydromel et s'endormiront ensuite. Alors, replie le manteau tout autour
d'eux, fais-les enterrer, enfermés dans un coffre de pierre, à l'endroit le
plus fort de tes États, et cache-les bien dans la terre. Tant qu'ils seront
en ce lieu fort, aucune invasion ne viendra d'ailleurs dans l’île de
Bretagne. Voici la cause du troisième fléau.
C'est un magicien puissant qui enlève ta nourriture, ta boisson et tes
provisions; par sa magie et ses charmes il fait dormir tout le monde. Aussi
il te faudra veiller en personne sur les mets de tes banquets et tes
provisions. Pour qu'il ne puisse réussir à t'endormir, aies une cuve pleine
d'eau à côté de toi. Quand tu sentiras que le sommeil s'empare de toi,
jette-toi dans la cuve. » |
And on this wise mayest thou come to
know this. After thou hast returned home, cause the Island to be measured in
its length and breadth, and in the place where thou dost find the exact
central point, there cause a pit to be dug, and cause a cauldron full of the
best mead that can be made to be put in the pit, with a covering of satin
over the face of the cauldron. And then, in thine own person do thou remain
there watching, and thou wilt see the dragons fighting in the form of
terrific animals. And at length they will take the form of dragons in the
air. And last of all, after wearying themselves with fierce and furious
fighting, they will fall in the form of two pigs upon the covering, and they
will sink in, and the covering with them, and they will draw it down to the
very bottom of the cauldron. And they will drink up the whole of the mead;
and after that they will sleep. Thereupon do thou immediately fold the
covering around them, and bury them in a kistvaen, in the strongest place
thou hast in thy dominions, and hide them in the earth. And as long as they
shall bide in that strong place no plague shall come to the “The cause of the third plague,” said he, “is a mighty man of magic, who takes thy meat and thy
drink and thy store. And he through illusions and charms causes every one to
sleep. Therefore it is needful for thee in thy own person to watch thy food
and thy provisions. And lest he should overcome thee with sleep, be there a
cauldron of cold water by thy side, and when thou art oppressed with sleep,
plunge into the cauldron.” |
|
Lludd s'en retourna alors
dans son pays. Aussitôt il invita à se réunir auprès de lui tout son peuple
et celui des Corannieit. Suivant les instructions de Llevelys, il broya les
insectes dans de l'eau, et jeta l'eau indistinctement sur tous. Immédiatement
toute la tribu des Corannieit fut détruite, sans qu'aucun des Bretons
éprouvât le moindre mal. Quelques temps après, Lludd fit mesurer l’île de
Bretagne en long et en large. Il trouva le point central à Rytychen (Oxford).
Il y fit creuser un trou, et déposer dans le trou une cuve pleine du meilleur
hydromel qu'il fut possible de faire, avec un manteau de paile par-dessus. Il veilla lui-même en personne cette nuit-là.
Pendant qu'il était ainsi aux aguets, il vit les dragons se battre. Quand ils
furent fatigués et qu'ils n'en purent plus, ils descendirent sur le manteau
et l'entraînèrent avec eux jusqu'au fond de la cuve. Après avoir fini de
boire l'hydromel, ils s'endormirent. Pendant leur sommeil, Lludd replia le
manteau autour d'eux et les enterra, enfermés dans un coffre de pierre, à
l'endroit le plus sûr qu'il trouva dans les montagnes d'Eryri. On appela depuis
cet endroit Dinas Emreis (*); auparavant, on l'appelait Dinas Ffaraon Dandde
(**). Ainsi cessa ce cri violent qui troublait tout le royaume. |
Then Lludd returned back unto his
land. And immediately he summoned to him the whole of his own race and of the
Coranians. And as Llevelys had taught him, he bruised the insects in water, the which he cast over them all together, and forthwith it
destroyed the whole tribe of the Coranians, without hurt to any of the
Britons. And some time after this, Lludd caused the Now after that this spot was called Dinas Emreis (*), but before that, Dinas Ffaraon (**). And thus the fierce outcry ceased in his dominions. |
(*) Dinas Emreis est une petite colline isolée au milieu
des vallées du Snowdon, entre Beddgelert et Capel
Curig, dans le Carnarvonshire, d'après lady Guest. « Au bout des montagnes du
Snowdon, non loin de la source de
(**) Dinas Emreïs porte en
effet ce nom dans certaines Triades. Voy.
p. 233, note. Ici se place une phrase qui semble interpolée Et ce fut le troisième gouverneur dont le coeur
se brisa de désespoir: v. notes
critiques à la page 98 du texte [qui
donne une étude linguistique des mots du Gallois moyen utilisés dans cette phrase].
Si elle a un sens, elle se rapporte à Ffaraon Dandde. Pour les autres, dont le coeur
se brise, voyez p. 146 Mab. de Branwen. Le Brut Tysillio et le Brut Gruffydd ab
Arthur n'ont pas cette phrase. Dandde pour
Tandde, qui a le sens de bûcher et d'enflammé, qui prend feu : v. notes critiques.
(*) Dinas
Emreis is a small hill isolated in the middle of the
(**) Dinas Emreïs indeed holds
this name in some of the Triads. See
p. 233, note. Here a seemingly interpolated sentence takes place: And it was
the third governor whose heart broke from despair: See critical notes [which gives a
linguistic study of the words of the medium Welsh used in this sentence ]. If
it has a meaning, it refers to Ffaraon Dandde. For the others whose heart broke,
see p. 146 Mab.
of Branwen. Brut Tysillio and Rough Gruffydd ab
Arthur do not carry this sentence. Dandde for Tandde,
which has the meaning of pyre
and of ignited, catching fire.
|
Cela fait,
le roi Lludd fît préparer un énorme festin. Quand tout fut prêt, il fit
placer à côté de lui une cuve pleine d'eau froide, et il veilla en personne à
côté. Pendant qu'il était ainsi, armé de toutes pièces, vers la troisième
veille de la nuit, il entendit beaucoup de récits charmants et
extraordinaires, une musique variée, et il sentit qu'il ne pouvait résister
au sommeil. Plutôt que de se laisser arrêter dans son projet et vaincre parle
sommeil, il se jeta à plusieurs reprises à l'eau. A la fin, un homme de très
grande taille, couvert d'armes lourdes et solides, entra, portant un panier,
et se mit à y entasser, comme il en avait l'habitude, toutes les provisions
de nourriture et de boisson. Puis il se mit en devoir de sortir avec le tout.
Ce qui étonnait Lludd le plus, c'est que tant de choses pussent tenir dans le
panier. Lludd se lança à sa poursuite et lui dit : « Attends,
attends. Si tu m'as fait bien des affronts et causé beaucoup de pertes, désormais
tu ne le feras plus, à moins que les armes ne décident que tu es plus fort et
plus vaillant que moi. » L'homme
déposa immédiatement le panier à terre et l'attendit. Un furieux combat
s'engagea entre eux: les étincelles jaillissaient de leurs armes. A la fin, Lludd
le saisit; le sort voulut que la victoire lui restât; il renversa sous lui
l'oppresseur sur le sol. Vaincu par la force et la vaillance de Lludd,
celui-ci lui demanda merci. « Comment, » dit le roi, «
pourrais-je te donner merci, après toutes les pertes et les affronts que j'ai
éprouvés de ta part? » - « Tout ce que je t'ai fait
perdre, » répondit-il, « je saurai t'en dédommager complètement. Je ne
ferai plus rien de pareil, et je serai désormais pour toi un fidèle vassal.» Le roi accepta. C'est ainsi que Lludd débarrassa
l'île de Bretagne de ces trois fléaux. A partir de là jusqu'à la fin de sa
vie, Lludd, fils de Beli, gouverna l'île de Bretagne en paix et d'une façon
prospère. Ce récit est connu sous le nom de l'Aventure de Lludd et Llevelys. C'est ainsi qu'elle se termine. |
And when this was ended, King Lludd
caused an exceeding great banquet to be prepared. And when it was ready, he
placed a vessel of cold water by his side, and he in his own proper person
watched it. And as he abode thus clad with arms, about the third watch of the
night, lo, he heard many surpassing fascinations and various songs. And
drowsiness urged him to sleep. Upon this, lest he should be hindered from his
purpose and be overcome by sleep, he went often into the water. And at last,
behold, a man of vast size, clad in strong, heavy armour, came in, bearing a
hamper. And, as he was wont, he put all the food and provisions of meat and drink into the hamper, and proceeded to go with it forth.
And nothing was ever more wonderful to Lludd, than that the hamper should
hold so much. And thereupon King Lludd went after
him and spoke unto him thus. “Stop, stop,” said he, “though thou
hast done many insults and much spoil erewhile, thou shalt not do so any
more, unless thy skill in arms and thy prowess be greater than mine.” Then he instantly put down the hamper
on the floor, and awaited him. And a fierce encounter was between them, so
that the glittering fire flew out from their arms. And at the last Lludd
grappled with him, and fate bestowed the victory on Lludd. And he threw the
plague to the earth. And after he had overcome him by strength and might, he
besought his mercy. “How can I grant thee mercy,” said the
king, “after all the many injuries and wrongs that thou hast done me?" All the losses that ever I have caused
thee,” said he, “I will make thee atonement for, equal to what I have taken.
And I will never do the like from this time forth. But thy faithful vassal
will I be.” And the king accepted this from him. And thus Lludd freed the And this Tale is called the Story of
Lludd and Llevelys. And thus it ends. |