Pwyll Pendeuic Dyuet        Pwyll, prince de Dyvet       Pwyll, prince of Dyved

 

The Mabinogi of Pwyll

 

An Welsh/English/French version edited by Yves Kodratoff in tribute to the works of

Joseph Loth

 

Le mabinogi de Pwyll, édité par Yves Kodratoff en hommage respectueux à

JOSEPH LOTH

 

La première traduction française minutieuse des Mabinogion est due à Joseph Loth, publiée en 1913. Il ne semble pas que depuis on ait réussi à la dépasser, ni en exactitude ni en érudition: cette traduction comporte de nombreuses notes explicatives, tant du point de vue de la civilisation galloise que du langage proprement dit.

Il se trouve que Joseph Loth est décédé en 1934 et le fait qu’il “tombe” donc dans le domaine public va me permettre d’honorer sa mémoire en mettant son œuvre en ligne sur la toile.

 

Pour ceux qui connaissent le français et ce qu’il appelle le britonnique, j’ai placé en regard la version originale en Gallois Moyen, à peu près en concordance pour faciliter la lecture dans les deux langues. J’ai édité avec soin les versions anglaises et françaises et autant que possible la version galloise. Que les “britonniquants” m’aident à corriger les fautes que j’ai pu y laisser!

The first scholarly French translation of the Mabinogion was done by Joseph Loth in 1913. Since Joseph Loth died in 1934, his work is now public domain. Even though English versions are available, Loth’s translation is much more precise than Lady Guest’s, the best-known English version, and hopefully readers will find it interesting and worthwhile to have access to it online. I have also translated the core of his many notes because they underline many concordances withCeltic lore.

(the English speaking reader can get the main meaning from my translation, and the details from Loth’s notes)

 

 

 

The French and English versions have been carefully checked and I did my best with the Welsh as I am just starting to learn. Help from specialists will be greatly appreciated.

 

 

Version originale

Traduction française de Joseph Loth

English version (essentially due to Lady Guest)

 

Pwyll Pendeuic Dyuet

PWYLL, prince de Dyvet

 

Ici commence le Mabinogi.

PWYLL PRINCE OF DYVED.

 

 

PWYLL, Pendeuic Dyuet, a oed yn arglwyd ar seith cantref Dyuet. A threigylgweith yd oed yn

Arberth, prif lys idaw, a dyuot yn y uryt ac yn y uedwl uynet y hela. Sef kyueir o'y gyuoeth a uynnei y hela, Glynn Cuch. Ac ef a gychwynnwys y nos honno o Arberth, ac a doeth hyt ym Penn Llwyn Diarwya, ac yno y bu y nos honno. A thrannoeth yn ieuengtit y dyd kyuodi a oruc, a dyuot y Lynn Cuch i ellwng e gwn dan y coet. A chanu y gorn a dechreu dygyuor yr hela, a cherdet yn ol y cwn, ac ymgolli a'y gydymdeithon.

 

 

Ac ual y byd yn ymwarandaw a llef yr erchwys, ef a glywei llef erchwys arall, ac nit oedynt unllef, a hynny yn dyuot yn erbyn y erchwys ef.

Ac ef a welei lannerch yn y coet o uaes guastat ; ac ual yd oed y erchwys ef yn ymgael ac ystlys y llannerch, ef a welei carw o ulaen yr erchwys arall. A pharth a pherued y llannerch, llyma yr erchwys a oed yn y ol yn ymordiwes ac ef, ac yn y uwrw y'r llawr.

Ac yna edrych ohonaw ef ar liw yr erchwys, heb hanbwyllaw edrych ar y carw. Ac o'r a welsei ef o helgwn y byt, ny welsei cwn un lliw ac wynt. Sef lliw oed arnunt, claerwyn llathreit, ac eu clusteu yn gochyon. Ac ual y llthrei wynnet y cwn, y llathrei cochet y clusteu. Ac ar hynny at y cwn y doeth ef, a gyrru yr erchwys a ladyssei y carw e ymdeith, a llithyaw y erchwys e hunan ar y carw.

 

Ac ual y byd yn llithiau y cwn, ef a welei uarchauc yn dyuot yn ol yr erchwys y ar uarch erchlas mawr ; a chorn canu am y uynwgyl, a gwisc o urethyn llwyt tei amdanaw yn wisc hela.

Pwyll*, prince de Dyvet**, régnait sur les sept cantrevs*** de ce pays. Un jour qu'il était à Arberth****, sa principale cour, il lui prit fantaisie d'aller à la chasse. L'endroit de ses domaines qu'il avait en vue pour la chasse, c'était Glynn Cuch*****. Il partit la nuit même d'Arberth et arriva à Llwyn Diarwya****** où il passa la nuit. Le lendemain il se leva, dans la jeunesse******* du jour, et se rendit à Glynn Cuch pour y lancer ses chiens sous bois. Son cor sonna le rassemblement pour la chasse; il s'élança à la suite des chiens et perdit bientôt ses compagnons.

 

Comme il prêtait l'oreille aux aboiements des chiens, il entendit ceux d'une autre meute; la voix n'était pas la même et cette meute s'avançait à la rencontre de la sienne.

A ce moment, une clairière unie s'offrit à sa vue dans le bois, et, au moment où sa meute apparaissait sur la lisière de la clairière, il aperçut un cerf fuyant devant l'autre. Il arrivait au milieu de la clairière lorsque la meute qui le poursuivait l'atteignit et le terrassa.

Pwyll se mit à considérer la couleur de ces chiens sans plus songer au cerf : jamais il n'en avait vu de pareille à aucun chien de chasse au monde. Ils étaient d'un blanc éclatant et lustré, et ils avaient les oreilles rouges, d'un rouge aussi luisant que leur blancheur. Pwyll s'avança vers les chiens, chassa la meute qui avait tué le cerf et appela ses chiens à la curée.

 

 

A ce moment il vit venir à la suite de la meute, un chevalier monté sur un grand cheval gris-fer, un cor de chasse passé autour du cou, portant un habit de chasse de laine grise.

PWYLL, prince of Dyved, was lord of the seven Cantrevs of Dyved; and once upon a time he was at Narberth his chief palace, and he was minded to go and hunt, and the part of his dominions in which it pleased him to hunt was Glyn Cuch. So he set forth from Narberth that night, and went as far as Llwyn Diarwyd. And that night he tarried there, and early on the morrow******* he rose and came to Glyn Cuch; when he let loose the dogs in the wood and sounded the horn, and began the chase. And as he followed the dogs, he lost his companions;

 and whilst he listened to the hounds, he heard the cry of other hounds, a cry different from his own, and coming in the opposite direction.

 And he beheld a glade in the wood forming a level plain, and as his dogs came to the edge of the glade, he saw a stag before the other dogs. And lo, as it reached the middle of the glade, the dogs that followed the stag overtook it and brought it down.

 

Then looked he at the colour of the dogs, staying not to look at the stag, and of all the hounds that he had seen in the world, he had never seen any that were like unto these. For their hair was of a brilliant shining white, and their ears were red; and as the whiteness of their bodies shone, so did the redness of their ears glisten. And he came towards the dogs, and drove away those that had brought down the stag, and set his own dogs upon it. And as he was setting on his dogs he saw a horseman coming towards him upon a large light-grey steed, with a hunting horn round his neck, and clad in garments of grey woollen in the fashion of a hunting garb.

 

Pwyll*

Pwyll. Il est encore question incidemment de ce personnage dans le Mabinogi de Manawyddan ab Llyr ; v. trad. Taliessin fait allusion à Pwyll dans un poème curieux connu sous le nom de Preiddieu Annwn ; le poète semble lui attribuer, à lui et à son fils Pryderi, la prison de Gwair (v. Kulhwch et Olwen, note). Dans le même poème est mentionné le chaudron de Pen Annwvyn, qui ne fait pas bouillir la nourriture du lâche (cf. Kulhwch et Olwen, note. Voir ce poème dans Skene, Four ancient books of Wales, II, p. 181, vers 9-24). Les Triades (Mabinogion, éd. Rhys-Evans, p: 807, l. 7) citent, parmi les trois puissants porchers de l'île, son fils Pryderi; les porcs de Pryderi n'étaient autres que les sept animaux que Pwyll Pen Annwnn avait amenés en Dyved: d'après le Mabinogi de Math, fils de Mathonwy, ils auraient été envoyés en présent à son fils Pryderi par son ami Arawn, roi d'Annwvyn. Pwyll, d'après les Triades, les aurait donnés à Pendaran Dyvet, son père nourricier (v. trad. plus loin). Le nom propre Pwyll se retrouve en Armorique : Poyll. Cart. de Quimper, Bibl. nat., 9891., fol. 40 v°, XIVème siècle.

 

Dyvet**

Dyvet tire son nom du peuple des Demain. Les Demain occupaient le territoire qui a formé les comtés actuels de Carmarthen, de Pembroke et de Cardigan. Il en est question dans la vie de saint Samson (Mabillon, Acta SS., I, p. 165 ; Paul Aurélien, Revue celt., V. p. 413 et suiv., ch. II). Demett est le nom d'une paroisse importante de notre Cornouailles. (Cart. de Landevennec, p. 45) ; plus tard, au XIVème siècle, Ploe-Demet, auj. Plo-Zevet, près Quimper. L'étendue du territoire de Dyved a beaucoup varié. Il n'y avait à porter proprement ce nom que la partie comprise entre la Teivi, au nord-ouest, et la Tywy, au sud-est (Ancient laws, éd. Aneurin 0wen, 1, 339, note ; Iolo mss p. 86). L'évêché de Menevie ou Saint-David's s'étend sur à peu près tout l'ancien territoire des Demetae. Les Triades nous ont aussi conservé le souvenir de la puissance des Demetae lorsqu'elles mentionnent que les peuples de Cardigan et de Gwyr étaient des branches des Demetae. D'après notre Mabinogi, Pryderi, fils de Pwyll aurait ajouté à Dyved, trois cantrevs de Caermarthen et quatre de Cardigan. Mais, d'après le Mabinogi de Math (Trad. franç., plus bas), sa domination se serait étendue sur vingt et un cantrevs, ce qui supposerait à peu près tout le territoire de l'ancien royaume de Dinevwr ou Sud-Galles, moins Brycheiniog ou Breconshire (Powell, History of Wales, p. 17 et suiv. ). Les sept cantrevs propres de Pwyll ne comprennent que le comté actuel de Pembroke (cf. Giraldus Cambrensis, Itiner, I, 12), mais, au XIIIème siècle, Dyved a huit cantrevs (Myv. arch., 2e éd., p. 737). Les poètes désignent Dyved sous le nom de Bro yr hud, « le pays de la magie », expression qui trouve son explication dans le Mabinogi de Manawyddan ab Llyr (Cf. Dafydd ab Gwilym, poète du XIVème siècle, 2° éd., p. 320). Llewys Glyn Cothi, poète du XVème siècle, appelle aussi Dyved, Gwlad Pryderi ou le pays de Pryderi (p. 136, v. 150).

 

cantrevs***

Cantrev, mot à mot, cent habitations ou villas : Giraldus Cambrensis, Cambriae Descript., c. 4 : « Cantredus autem, id est cantrev, a cant quod centum, et tref, villa : composito vocabulo tam britannica quam hibernica lingua dicitur tanta terrae portio, quanta centum villas continere potest. » Le cantrev se subdivisait en cymmwd. Au XIIème siècle, Gwynedd ou le Nord-Galles comprenait 12 cantrevs, Powys 6, le sud du pays de Galles 29, parmi lesquels les 7 de Dyved (Girald. Cambr., Itiner., 1, 12). Sur l'étendue primitive du cantrev, v. Ancient Laws, I, p. 185-186 ; sur des traces certaines de cette division en Armorique, v. J. Loth, l'Émigration bretonne en Armorique, p. 228. Paris, Picard, 1883. Le Cymmod est devenu généralement le manor et le cantrev la Hundred.

 

Arberth****

Arberth, cour princière, au sud-est du comté de Pembroke, sur les limites du Carmarthenshire. Un poète du XIIIème siècle, Einiawn Wann, appelle Llywelyn ab Iorwerth Llyw Arberth, ou le chef d'Arberth (Myv. arch., p. 233, col. 2). La hundred moderne de Narberth est formée de l'ancien cymmwd (commote en anglais) de Coed Rhath dans le cantrev de Penvro (Penbroke) et aussi du district d'Evelvre ou Velvrey dans le cantrev Gwarthaf, ainsi peut-être que d'un lambeau de terre à l'extrême nord-ouest qui n'appartenait à aucun de ces districts. Il n'y a jamais eu de hundred ancienne de Narberth (Egerton Phillimore, Owen's Pembrokeshire p. 48, note 2).

 

Glynn Cuch*****

Glynn Cuch. La Cuch ou Cych est une rivière qui coule entre les comtés de Pembroke et de Carmarthen et va se jeter dans la Teivi entre Cenarth et Llechryd. Le glynn indique proprement un vallon étroit et boisé. Glen, en breton armoricain moyen, indique la terre, opposée au ciel.

 

Llwyn Diarwya******

Llwyn Diarwya. Le mot llwyn signifie buisson, fourré (vieil armoricain, loin ; pluriel, loeniou. v. J. Loth, Chrestomathie bret. Annales de Bretagne, t. II, p. 401).

 

jeunesse*******

Cette expression parait correspondre à prime dans nos romans français de la Table Ronde, c'est-à-dire à la période de trois heures qui suit le lever du soleil.

 

*Pwyll is cited again in the Mabinogi of Manawyddan ab Llyr. Taliesin alludes to Pwyll and his son Pryderi in the poem called Preiddieu Annwn, where they seem to hold the jail of Gwair. The Triads cite his son, Pryderi, among the three most powerful pig herders of the island. Pwyll, as a family name, is met in Armorica.

 

**The name Dyvet comes from the Demetae.

 

The poets call Dyvet Bro yr hud, “the country of magic” as explained in the Mabinogi de Manawyddan ab Llyr. Llewys Glyn Cothi, a 15th century poet, calls also Dyved, Gwlad Pryderi or le Pryderiland.

 

[YKs note: Loth uses the Welsh word cantref (= hundred) in French where it is spelled ‘cantrev’. Depending on the tongue used, it is therefore spelled cantref or cantrev. This is not a mistake as might be believed.]

*** Cantref means hundred houses or ‘villas’, as the nearby Latin explanation shows. A cantref contained several cymmwd. The last, also called Cymmod (commote in English), is now called manor. The ‘cantrev’ became the Hundred.

 

**** The princely court of Arberth, was situated in Pembroke county.

 

****** Cuch or Cych is a river flowing between the counties of Pembroke and Carmarthen. A glynn is a glen, a woody narrow valley. 

****** llwyn means thicket.

******* “early on the morrow” is called “youth of the day.”  in the original, It lasts three hours after dawn.

 

Ac ar hynny y marchawc a doeth attaw ef, a dywedut ual hynn wrthaw,

« A unben,» heb ef, « mi a wnn pwy wytti, ac ny chyuarchaf i well it.»

« Ie,» heb ef, « ac atuyd y mae arnat o anryded ual nas dylyei.»

« Dioer,» heb ef, « nyt teilygdawt uy anryded a'm etteil am hynny.»

« A unben,» heb ynteu, « beth amgen ?»

« Y rof i a Duw,» hep ynteu, « dy anwybot dy hun a'th ansyberwyt.»

« Pa ansyberwyt, unben, a weleist ti arnaf i ?»

 

«Ny weleis ansyberwyt uwy ar wr,» hep ef, « no gyrru yr erchwys a ladyssei y carw e ymdeith, a llithiau dy erchwys dy hun arnaw ; hynny,» hep ef, « ansyberwyt oed : a chyn nyt ymdialwyf a thi, y rof i a Duw,» hep ef, « mi a wnaf o anglot itt guerth can carw.»

 

«A unbenn, » hep ef, « o gwneuthum gam, mi a brynaf dy gerennyd.»

«Pa delw,» hep ynteu, « y pryny di ?»

« Vrth ual y bo dy anryded, ac ny wnn i pwy wytti.»

« Brenhin corunawc wyf i yn y wlat yd hanwyf oheni.»

« Arglwyd,» heb ynteu, « dyd da itt ; a pha wlat yd hanwyt titheu oheni ?»

« O Annwuyn,» heb ynteu. «Arawn urenhin Annwuyn wyf i.»

« Arglwyd,» heb ynteu, « pa furyf y caf i dy gerennyd di ?»

« Llyma wyd y kyffy,» heb ynteu. «Gwr yssyd gyuerbyn y gyuoeth a'm kyuoeth inheu yn ryuelu arnaf yn wastat. Sef yw hwnnw, Hafgan urenhin o Annwuyn. Ac yr guaret gormes hwnnw y arnaf, a hynny a elly yn haut, y keffy uygherennyd.»

«Minnheu awnaf hynny,» heb ynteu, «yn llawen. A manac ditheu y mi pa furyf y gallwyf hynny.»

« Managaf,» heb ynteu. «Llyna ual y gelly ; mi a wnaf a thi gedymdeithas gadarn. Sef ual y gwnaf, mi a'th rodaf di y'm lle i yn Annwuyn, ac a rodaf y wreic deccaf a weleist eiroet y gyscu gyt a thi beunoeth, a'm pryt innheu a'm ansawd arnat ti, hyt na bo na guas ystauell, na swydawc, na dyn arall o'r a'm canlynwys i yroet, a wyppo na bo miui uych ti.

 

«A hynny,» heb ef, «hyt ym penn y ulwydyn o'r dyd auory. An kynnadyl yna yn y lle hon.»

 

Le chevalier s'avança vers lui et lui parla ainsi :

 

« Prince, je sais qui tu es, et je ne te saluerai point.»

« C'est que tu es peut-être,» répondit Pwyll,» d'un rang tel que tu puisses t'en dispenser.»

« Ce n'est pas assurément l'éminence de mon rang qui m'en empêche.»

« Quoi donc, seigneur?»

« Par moi et Dieu*, ton impolitesse et ton manque de courtoisie.»

« Quelle impolitesse, seigneur, as-tu remarquée en moi?»

« Je n'ai jamais vu personne en commettre une plus grande que de chasser une meute qui a tué un cerf et d'appeler la sienne à la curée ! c'est bien là un manque de courtoisie; et, quand même je ne me vengerais pas de toi, par moi et Dieu, je te ferai mauvaise réputation pour la valeur de plus de cent cerfs.»

« Si je t'ai fait tort, je rachèterai ton amitié.»

 

« De quelle manière?»

« Ce sera selon ta dignité**; je ne sais qui tu es.»

« Je suis couronné dans mon pays d'origine.»

 

« Seigneur, bon jour à toi ! Et de quel pays es-tu?»

« D'Annwvyn***; je suis Arawn****, roi d'Annwvyn.»

« De quelle façon, seigneur, obtiendrai-je ton amitié?»

« Voici : il y a quelqu'un dont les domaines sont juste en face des miens et qui me fait continuellement la guerre; c'est Havgan roi d'Annwvyn. Si tu me débarrasses de ce fléau, et tu le pourras facilement, tu obtiendras sans peine mon amitié.»

« Je le ferai volontiers. Indique-moi comment j'y arriverai.»

 

« Voici comment. Je vais lier avec toi confraternité intime*****; je te mettrai à ma place à Annwvyn; je te donnerai pour dormir avec toi chaque nuit****** la femme la plus belle que tu aies jamais vue. Tu auras ma figure et mon aspect, si bien qu'il n'y aura ni valet de la chambre, ni officier, ni personne parmi ceux qui m'ont jamais suivi, qui se doute que ce n'est pas moi. Et cela, jusqu'à la fin de cette année, à partir de demain. Notre entrevue aura lieu alors dans cet endroit-ci. »

And the horseman drew near and spoke unto him thus.

«Chieftain,» said he, « I know who thou art, and I greet thee not.» «Peradventure,» said Pwyll, « thou art of such dignity that thou shouldest not do so.»«Verily,» answered he, « it is not my dignity that prevents me.» «What is it then, O Chieftain?» asked he.«By Heaven*, it is by reason of thine own ignorance and want of courtesy.»

«What discourtesy, Chieftain, hast thou seen in me?»«Greater discourtesy saw I never in man,» said he, « than to drive away the dogs that were killing the stag and to set upon it thine own. This was discourteous, and though I may not be revenged upon thee, yet I declare to Heaven that I will do thee more dishonour than the value of an hundred stags.»«O Chieftain,» he replied, « if I have done ill I will redeem thy friendship.»

«How wilt thou redeem it?»«According as thy dignity may be, but I know not who thou art?»«A crowned King am I in the land whence I come.»

«Lord,» said he, « may the day prosper with thee, and from what land comest thou?»«From Annwvyn,» answered he, «Arawn, a King of Annwvyn, am I.»«Lord,» said he, « how may I gain thy friendship?»

«After this manner mayest thou,» he said.»There is a man whose dominions are opposite to mine, who is ever warring against me, and he is Havgan, a King of Annwvyn, and by ridding me of this oppression, which thou canst easily do, shalt thou gain my friendship.»«Gladly will I do this,» said he «show me how I may.»

 «I will show thee. Behold thus it is thou mayest. I will make firm friendship***** with thee; and this will I do. I will send thee to Annwvyn in my stead, and I will give thee the fairest lady thou didst ever behold to be thy companion******, and I will put my form and semblance upon thee, so that not a page of the chamber, nor an officer, nor any other man that has always followed me shall know that it is not I. And this shall be for the space of a year from to-morrow, and then we will meet in this place.»

 

Par moi et Dieu*

On pourrait traduire l’expression galloise yrof i a Duw par entre moi et Dieu.

 

ta dignité**

C'est là un trait bien gallois ; la réparation pour dommage offense, meurtre était tarifée dans les. lois, suivant le rang de l'intéressé.

 

Annwvyn***

Annwvyn, ou Annwvn, ou Annwn, proprement un abîme, et souvent la région des morts, l'enfer (Kulhwch et Olwen, trad. franç. ; cf. Silvan Evans, Welsh dictionary). D'après lady Guest, on parle encore, en Galles, des chiens d'Annwvn ; on les entend passer, aboyant dans l'air, à la poursuite d'une proie.

 

Arawn****

Arawn. Ce personnage figure à la bataille mythologique de Cat Goddeu. Il y est battu par Amaethon, fils de Don (v. Kulhwch et Olwen, trad., note).

 

confraternité intime*****

Le terme de compagnonnage serait plus exact, dans le sens qu'on lui attribuait assez souvent au moyen âge. Les compagnons étaient des chevaliers qui faisaient entre eux une association tant pour l'attaque que pour la défense de leurs personnes.

 

chaque nuit******

[Note de YK] Je désire pas donner toutes les différences, signalées par Joseph Loth entre sa traduction et celle de Lady Guest. Pour ceci, je préfère éditer en regard les deux versions. Cependant, à titre d’exemple de l’esprit dans lequel Lady Guest a traduit, voici une note critique de Joseph Loth : « Y gyscu gyt a thi beunoeth (pour coucher avec toi chaque nuit); lady Guest, pour te tenir compagnie. »

 

*“By Heaven

The Welsh yrof i a Duw can be rendered “by God and me” or “between God and me”.

 

**“thy dignity

Typical of the Welsh culture: penalties and compensations varied according to the social rank of the offended party.

***Annwvyn

Annwvyn, or Annwvn, or Annwn, namely, a chasm is often understood as the realm of the dead. Lady Guest states that in Wales, the dog of Annwvn are still spoken of.

 

****Arawn

A character of the mythic battle of Cat Goddeu where he is beaten by Amaethon.

 

*****“ firm friendship

This alludes to a kind of guild of ‘companion’ knights helping each other for attack and defence.

 

******“be thy companion

[YK’s note] There are many differences  between Joseph Loth and Lady Guest, here is a typical example; Joseph Loth underlines that Welsh “Y gyscu gyt a thi beunoeth” means “to lie with you each night”, not “to be thy companion”.

 

« Ie,» heb ynteu, « kyt bwyf i yno hyt ympenn y ulwydyn, pa gyuarwyd a uyd ymi o ymgael a'r gwr a dywedy di ?»

« Blwydyn,» heb ef, « y heno, y mae oet y rof i ac ef, ar y ryt. A byd di i'm rith yno,» heb ef, «Ac un dyrnaut a rodych di idaw ef ; ny byd byw ef o hwnnw. A chyt archo ef yti rodi yr eil, na dyro, yr a ymbilio a thi. Yr a rodwn i idau ef hagen, kystal a chynt yd ymladei a mi drannoeth.»

 

« Ie,» heb y Pwyll, «beth a wnaf i y'm kyuoeth ?»

« Mi a baraf,» hep yr Arawn,» na bo i'th gyuoeth na gwr na gwreic a wyppo na bo tidi wwyf i. A miui a af i'th le di.»

 

« Yn llawenn,» hep y Pwyll, «a miui a af ragof.»

« Dilesteir uyd dy hynt ac ny russya dim ragot, yny delych y'm kyuoeth i : a mi a uydaf hebryngyat arnat.» Ef a'y hebryghaud yny welas y llys a'r kyuanned.

 

«Llyna, hep ef, « y llys a'r kyuoeth i'th uedyant. A chyrch y llys. Nit oes yndi nep ni'th adnappo ; ac wrth ual y guelych y guassanaeth yndi, yd adnabydy uoes y llys.»

 

Kyrchu y llys a oruc ynteu. Ac yn y llys ef a welei hundyeu ac yneuadeu, ac ysteuyll, a'r ardurn teccaf a welsei neb o adeiladeu. Ac y'r neuad y gyrchwys y diarchenu. Ef a doeth makwyueit a gueisson ieueinc y diarchenu, a phaup ual y delynt kyuarch guell a wneynt idaw. Deu uarchauc a doeth i waret i wisc hela y amdanaw, ac y wiscaw eurwisc o bali amdanaw. A'r neuad a gyweirwyt. Llyma y guelei ef teulu ac yniueroed, a'r niuer hardaf a chyweiraf o'r a welsei neb yn dyuot y mywn, a'r urenhines y gyt ac wynt, yn deccaf gwreic o'r a welsei neb, ac eurwisc amdanei o bali llathreit.

 

 

 

Ac ar hynny, e ymolchi yd aethant, a chyrchu y bordeu a orugant, ac eisted a wnaethant ual hynn-y urenhines o'r neill parth idaw ef, a'r iarll, debygei ef, o'r parth arall. A dechreu ymdidan a wnaeth ef a'r urenhines. Ac o'r a welsei eiryoet wrth ymdidan a hi, dissymlaf gwreic a bonedigeidaf i hannwyt a'y hymdidan oed. A threulaw a wnaethant bwyt a llynn a cherdeu a chyuedach. O'r a welsei o holl lyssoed y dayar, llyna y llys diwallaf o uwyt a llynn, ac eur lestri, a theyrn dlysseu.

 

 

Amser a doeth udunt e uynet e gyscu, ac y gyscu yd aethant, ef a'r urenhines. Y gyt ac yd aethant yn y guely ymchwelut e weneb at yr erchwyn a oruc ef, a'y geuyn attei hitheu. O hynny hyt trannoeth, ny dywot ef wrthi hi un geir. Trannoeth, tirionwch ac ymdidan hygar a uu y ryngthunt. Peth bynnac o garueidrwyd a wei y rungthunt y dyd, ni bu unnos hyt ym pen y ulwydyn amgen noc a uu y nos gyntaf.

Treulaw y ulwydyn a wnaeth trwy hela, a cherdeu, a chyuedach, a charueidrwyd, ac ymdidan a chedymdeithon, hyt y nos yd oet y gyfranc. Yn oet y nos honno, kystal y doi y gof y'r dyn eithaf yn yr holl gyuoeth yr oet [ac idaw ynteu]. Ac ynteu a doeth i'r oet, a guyrda y gyuoeth y gyt ac ef.

 

« Bien, mais, même après avoir passé un an là-bas, d'après quelles indications pourrai-je me rencontrer avec l'homme que tu dis? »

« La rencontre entre lui et moi est fixée à un an ce soir, sur le gué; sois-y sous mes traits; donne-lui un seul coup, et il ne survivra pas. Il t'en demandera un second, mais ne le donne pas en dépit de ses supplications. Moi, j'avais beau frapper, le lendemain il se battait avec moi de plus belle. »

 

« Bien, mais que ferai-je pour mes états? »

 

« Je pourvoirai, » dit Arawn, « à ce qu'il n'y ait dans tes états ni homme ni femme qui puisse soupçonner que c'est moi qui aurai pris tes traits; j'irai à ta place. »

« Volontiers, je pars donc. »

 

« Ton voyage se fera sans difficulté; rien ne te fera obstacle jusqu'à ce que tu arrives dans mes Etats : je serai ton guide. » Il conduisit Pwyll jusqu'en vue de la cour et des habitations.

 

« Je remets, » dit-il, « entre tes mains ma cour et mes domaines. Entre, il n'y a personne qui hésite à te reconnaître. A la façon dont tu verras le service se faire, tu apprendras les manières de la cour. »

Pwyll se rendit à la cour. Il y aperçut des chambres à coucher, des salles, des appartements avec les décorations les plus belles qu'on pût voir dans une maison. Aussitôt qu'il entra dans la salle, des écuyers et de jeunes valets accoururent pour le désarmer. Chacun d'eux le saluait en arrivant. Deux chevaliers vinrent le débarrasser de son habit de chasse et le revêtir d'un habit d'or de paile*. La salle fut préparée; il vit entrer la famille, la suite, la troupe la plus belle et la mieux équipée qui se fût jamais vue, et avec eux la reine, la plus belle femme du monde, vêtue d'un habit d'or de paile lustrée.

 

 

 

Après s'être lavés, ils se mirent à table : la reine d'un côté de Pwyll, le comte, à ce qu'il supposait, de l'autre. Il commença à causer avec la reine et il jugea, à sa conversation, que c'était bien la femme la plus avisée, au caractère et au langage le plus nobles, qu'il eût jamais vue. Ils eurent à souhaits mets, boissons, musique, compotation; c'était bien de toutes les cours qu'il avait vues au monde, la mieux pourvue de nourriture, de boissons, de vaisselle d'or et de bijoux royaux.

 

 

 

Lorsque le moment du sommeil fut arrivé, la reine et lui allèrent se coucher. Aussitôt qu'ils furent au lit, il lui tourna le dos et resta le visage fixé vers le bord du lit, sans lui dire un seul mot jusqu'au matin. Le lendemain, il n'y eut entre eux que gaieté et aimable conversation. Mais, quelle que fût leur affection pendant le jour, il ne se comporta pas une seule nuit jusqu'à la fin de l'année autrement que la première.

 

 

 

 

 

Il passa le temps en chasses, chants, festins, relations aimables, conversations avec ses compagnons, jusqu'à la nuit fixée pour la rencontre. Cette rencontre, il n'y avait pas un homme, même dans les parages les plus éloignés du royaume, qui ne l'eût présente à l'esprit. Il s'y rendit avec les gentilshommes de ses domaines.

«Yes,» said he, «but when I shall have been there for the space of a year, by what means shall I discover him of whom thou speakest?» «One year from this night, » he answered, «is the time fixed between him and me that we should meet at the Ford; be thou there in my likeness, and with one stroke that thou givest him, he shall no longer live. And if he ask thee to give him another, give it not, how much soever he may entreat thee, for when I did so, he fought with me next day as well as ever before.»

«Verily,» said Pwyll, « what shall I do concerning my kingdom?» Said Arawn, «I will cause that no one in all thy dominions, neither man nor woman, shall know that I am not thou, and I will go there in thy stead.»

«Gladly then,» said Pwyll, « will I set forward.»

«Clear shall be thy path and nothing shall detain thee, until thou come into my dominions, and I myself will be thy guide!» So he conducted him until he came in sight of the palace and its dwellings.

«Behold,» said he, « the Court and the kingdom in thy power. Enter the Court, there is no one there who will know thee, and when thou seest what service is done there, thou wilt know the customs of the Court.» So he went forward to the Court, and when he came there, he beheld sleeping-rooms, and halls, and chambers, and the most beautiful buildings ever seen. And he went into the hall to disarray, and there came youths and pages and disarrayed him, and all as they entered saluted him.

And two knights came and drew his hunting-dress from about him, and clothed him in a vesture of silk and gold*. And the hall was prepared, and behold he saw the household and the host enter in, and the host was the most comely and the best equipped that he had ever seen. And with them came in likewise the Queen, who was the fairest woman that he had ever yet beheld. And she had on a yellow robe of shining satin; and they washed and went to the table, and sat, the Queen upon one side of him, and one who seemed to be an Earl on the other side. And he began to speak with the Queen, and he thought, from her speech, that she was the seemliest and most noble lady of converse and of cheer that ever was. And they partook of meat, and drink, with songs and with feasting; and of all the Courts upon the earth, behold this was the best supplied with food and drink, and vessels of gold and royal jewels.

MISSING IN THE ENGLISH VERSION

YK’s translation from the French:

As sleeping time arrived, they went to bed. As soon as they were in bed, he turned his back to her, and stayed facing the side of the bed. On the morning, they were happy and amiably talking, as ever. Whatever might be their tenderness during the day, he never changed the behaviour of this first night, until the end of the year.

Missing part ends here.

 And the year he spent in hunting, and minstrelsy, and feasting, and diversions, and discourse with his companions until the night that was fixed for the conflict. And when that night came, it was remembered even by those who lived in the furthest part of his dominions, and he went to the meeting and the nobles of the kingdom with him.

 

 

 

paile*

Paile, drap de soie brochée, appelé souvent pane alexandrin, parce que c'est Alexandrie qui en était le dépôt, en usage surtout aux XIème et XIIème siècles (V. Quicherat, Hist. du costume, p. 153). La forme palis apparaît dans la Passion ; pali dans le Lai du Fresne.

*“silk and gold”

This special fabric was used during the 11th and 12th centuries.

 

 Ac y gyt ac y doeth i'r ryt, marchawc a gyuodes y uynyd, ac a dywot wal hynn,

«A wyrda,» heb ef, « ymwerendewch yn da. Y rwng y deu wrenhin y mae yr oet hwnn, a hynny y rwng y deu gorff wylldeu. A fob un o honunt yssyd hawlwr ar y gilyd, a hynny am dir a dayar. A ssegur y digaun pawn o honawch uot, eithyr gadu y ryngthunt wylldeu.»

Ac ar hynny y deu urenhin a nessayssant y gyt am perued y ryt e ymgyuaruot. Ac ar y gossot kyntaf, y gwr a oed yn lle Arawn, a ossodes ar Hafgan ym perued bogel y daryan yny hyllt yn deu hanner, ac yny dyrr yr arueu oll, ac yny uyd Hafgan hyt y ureich a'e paladyr dros pedrein y uarch y'r llawr, ac angheuawl dyrnawt yndaw ynteu.

 

« A unben,» heb yr Hafgan,» pa dylyet a oed iti ar uy angheu i ? Nit yttoydwn i yn holi dim i ti. Ni wydwn achos it heuyt y'm llad i ; ac yr Duw,» heb ef, « canys dechreueist uy llad, gorffen.»

 

« A unbenn,» heb ynteu, « ef a eill uot yn ediuar gennyf gwneuthur a wneuthum itt. Keis a'th lado ; ni ladaf i di.»

« Vy ngwyrda kywir,» heb yr Hafgan, «dygwch ui odyma : neut teruynedic angheu y mi. Nit oes ansawd y mi y'ch kynnal chwi bellach.»

« Vy ngwy[r]da innheu,» heb y gwr a oed yn lle Arawn, «kymerwch ych kyuarwyd„a gwybydwch pwy a dylyo bot yn wyr ymi.»

« Arglwyd,» heb y gwyrda,» pawb a'y dyly, canyt oes urenhin ar holl Annwuyn namyn ti.»

 

« Ie,» heb ynteu, « a del yn waredauc, iawn yw [y] gymryt. Ar ny del yn uuyd, kymmeller o nerth cledyueu.»

 

Ac ar hynny, kymryt gwrogaeth y gwyr a dechreu guereskynn y wlat. Ac erbyn hanner dyd drannoeth, yd oed yn y uedyant y dwy dyrnas.

 Ac ar hynny, ef a gerdwys parth a'y gynnadyl, ac a doeth y Lynn Cuch. A phan doeth yno, yd oed Arawn urenhin Annwuyn yn y erbyn. Llawen uu pob un wrth y gilid o honunt.

 

«Ie,» heb yr Arawn, «Duw a dalo itt dy gydymdeithas ; mi a'y kygleu.»

« Ie,» heb ynteu, « pan delych dy hun i'th wlat, ti a wely a wneuthum i yrot ti.»

 

« A wnaethost,» heb ef, « yrof i, Duw a'y talo itt.»

Yna y rodes Arawn y furuf, a'y drych e hun y Pwyll, Pendeuic Dyuet, ac y kymerth ynteu y furuf e hun a'y drych. Ac y kerdaud Arawn racdaw parth a'y lys y Annwuyn,

Aussitôt son arrivée, un chevalier se leva et parla ainsi :

« Nobles, écoutez-moi bien : c'est entre les deux rois qu'est cette rencontre, entre leurs deux corps seulement. Chacun d'eux réclame à l'autre terre et domaines. Vous pouvez tous rester tranquilles, à la condition de laisser l'affaire se régler entre eux deux. »

Aussitôt les deux rois s'approchèrent l'un de l'autre vers le milieu du gué, et en vinrent aux mains. Au premier choc, le remplaçant d'Arawn atteignit Havgan au milieu de la boucle de l'écu si bien qu'il le fendit en deux, brisa l'armure et lança Havgan à terre, de toute la longueur de son bras et de sa lance*, par-dessus la croupe de son cheval mortellement blessé.

 

« Ah, prince, » s'écria Havgan, « quel droit avais-tu à ma mort? Je ne te réclamais rien; tu n'avais pas de motifs, à ma connaissance, pour me tuer. Au nom de Dieu, puisque tu as commencé, achève-moi. »

 

« Prince, » répondit-il, « il se peut que je me repente de ce que je t'ai fait; cherche qui te tue, pour moi, je ne te tuerai pas. »

« Mes nobles fidèles, emportez-moi d'ici; c'en est fait de moi; je ne suis plus en état d'assurer plus longtemps votre sort. »

 

« Mes nobles, » dit le remplaçant d'Arawn, « faites-vous renseigner et sachez quels doivent être mes vassaux. »

« Seigneur, » répondirent les nobles, « tous ici doivent l'être; il n'y a plus d'autre roi sur tout Annwvyn que toi. »

« Eh bien, il est juste d'accueillir ceux qui se montreront sujets soumis; pour ceux qui ne viendront pas faire leur soumission, qu'on les y oblige par la force des armes**. »

Il reçut aussitôt l'hommage des vassaux, et commença à prendre possession du pays; vers le milieu du jour, le lendemain; les deux royaumes étaient en son pouvoir. Il partit ensuite pour le lieu du rendez-vous, et se rendit à Glynn Cuch. Il y trouva Arawn qui l'attendait; chacun d'eux fit à l'autre joyeux accueil :

 

« Dieu te récompense », dit Arawn, « tu t'es conduit en camarade, je l'ai appris. Quand tu seras de retour, dans ton pays », ajouta-t-il, « tu verras ce que j'ai fait pour toi. »

 

«Dieu te le rende », répondit Pwyll.

 

Arawn rendit alors sa forme et ses traits à Pwyll, prince de Dyvet et, reprit les siens; puis il retourna à sa cour en Annwvyn.

And when he came to the Ford, a knight arose and spake thus «Lords,» said he, « listen well. It is between two Kings that this meeting is, and between them only. Each claimeth of the other his land and territory, and do all of you stand aside and leave the fight to be between them.»

 Thereupon the two kings approached each other in the middle of the Ford, and encountered, and at the first thrust, the man who was in the stead of Arawn struck Havgan on the centre of the boss of his shield, so that it was cloven in twain, and his armour was broken, and Havgan himself was borne to the ground an arm's and a spear's length* over the crupper of his horse, and he received a deadly blow.

«O Chieftain,» said Havgan, « what right hast thou to cause my death? I was not injuring thee in anything, and I know not wherefore thou wouldest slay me. But, for the love of Heaven, since thou hast begun to slay me, complete thy work.»

«Ah Chieftain,» he replied, « I may yet repent doing that unto thee, slay thee who may, I will not do so.»

«My trusty Lords,» said Havgan, « bear me hence. My death has come. I shall be no more able to upheld you.»

 «My Nobles,» also said he who was in the semblance of Arawn, « take counsel and know who ought to be my subjects.»

«Lord,» said the Nobles, « all should be, for there is no King over the whole of Annwvyn but thee.»

«Yes,» he replied, « it is right that he who comes humbly should be received graciously, but he that doth not come with obedience, shall be compelled by the force of swords.» And thereupon he received the homage of the men, and he began to conquer the country; and the next day by noon the two kingdoms were in his power. And thereupon he went to keep his tryst, and came to Glyn Cuch. And when he came there, the King of Annwvyn was there to meet him, and each of them was rejoiced to see the other.

«Verily,» said Arawn, « may Heaven reward thee for thy friendship towards me, I have heard of it. When thou comest thyself to thy dominions,» said he, « thou wilt see that which I have done for thee.»

«Whatever thou hast done for me, may Heaven repay it thee.»

Then Arawn gave to Pwyll Prince of Dyved his proper form and semblance, and he himself took his own; and Arawn set forth towards the Court of Annwvyn;

 

sa lance*:

Cette expression a été probablement imitée de nos romans français : Raoul de Cambrai, v. 2468 :

Plaine sa lance l'abat mort en l’erbois. (Société des anciens textes français.)

la force des armes**:

On dirait un souvenir du vers de Virgile : Parcere subjectis et debellare superbos.                                                                                                                            

 

 ac y bu digrif ganthaw ymw[e]let a'y eniuer ac a'y deulu, canis rywelsei ef [wy ys blwydyn]. Wynteu hagen ni wybuyssynt i eisseu ef, ac ni bu newydach ganthunt y dyuodyat no chynt. Y dyd hwnnw a dreulwys trwy digrifwch a llywenyd, ac eisted ac ymdidan a'y wreic ac a'y wyrda. A phan uu amserach kymryt hun no chyuedach, y gyscu yd aethant. Y vely a gyrchwys, a'y vreic a aeth attaw. Kyntaf y gwnaeth ef ymdidan a'y [wreic], ac ymyrru ar digriwwch serchawl a charyat arnei. A hynny ny ordifnassei hi ys blwydyn, a hynny a uedylywys hi.

 

«Oy a Duw,» heb hi,» pa amgen uedwl yssyd yndaw ef heno noc ar a uu yr blwydyn y heno ?»

A medylyaw a wnaeth yn hir. A guedy y medwl hwnnw, duhunaw a wnaeth ef, a farabyl a dywot ef wrthi hi, a'r eil, a'r trydyt ; ac attep ny chauas ef genthi hi yn hynny.

 

«Pa achaws,» heb ynteu, « na dywedy di wrthyf i ?»

« Dywedaf wrthyt,» heb hi,» na dywedeis ys blwydyn y gymmeint yn y kyfryw le a hwnn.»

« Paham ?» heb ef. «Ys glut a beth yd ymdidanyssam ni.»

« Meuyl im,» heb hi, «yr blwydyn y neithwyr o'r pan elem yn nyblyc yn dillat guely, na digrifwch, nac ymdidan, nac ymchwelut ohonot dy wyneb attaf i, yn chwaethach a uei uwy no hynny o'r bu y rom ni.»

 

Ac yna y medylywys ef,

« Oy a Arglwyd Duw,» heb ef, « cadarn a ungwr y gydymdeithas, a diffleeis, a geueis i yn gedymdeith.» Ac yna y dywot ef wrth y wreic,

 

«Arglwydes,» heb ef, «na chapla di uiui. Y rof i a Duw,» heb ynteu, «ni chyskeis inheu gyt a thi, yr blwydyn y neithwyr, ac ni orwedeis.» Ac yna menegi y holl gyfranc a wnaeth ?o?di.

«I Duw y dygaf uy nghyffes,» heb hitheu, «gauael gadarn a geueist ar gedymdeith yn herwyd ymlad a frouedigaeth y gorff, a chadw kywirdeb wrthyt titheu.»

« Arglwydes,» heb ef, « sef ar y medwl hwnnw yd oedwn inheu, tra deweis wrthyt ti.»

 

« Diryued oed hynny,» heb hitheu.

Il fut heureux de se retrouver avec ses gens et sa famille*, qu'il n'avait pas vus depuis un long temps. Pour eux, ils n'avaient pas senti son absence, et son arrivée ne parut pas, cette fois, plus extraordinaire que de coutume. Il passa la journée dans la gaieté, la joie, le repos et les conversations avec sa femme et ses nobles. Quand le moment leur parut venu de dormir plutôt que de boire, ils allèrent se coucher.

 

 

 

Le roi se mit au lit et sa femme alla le rejoindre. Après quelques moments d'entretien, il se livra avec elle aux plaisirs de l'amour. Comme elle n'y était plus habituée depuis un an, elle se mit à réfléchir.

« Dieu », dit-elle, « comment se fait-il qu'il ait eu cette nuit des sentiments autres que toutes les autres nuits depuis un an maintenant? » Elle resta longtemps songeuse. Sur ces entrefaites, il se réveilla. Il lui adressa une première fois la parole, puis une seconde, puis une troisième, sans obtenir une réponse.

« Pourquoi », dit-il, ne me réponds-tu pas? »

 

« Je t'en dirai, » répondit-elle, « plus que je n'en ai dit en pareil lieu depuis un an. »

« Comment? Nous nous sommes entretenus de bien des choses. »

« Honte à moi, si, il y aura eu un an hier soir, à partir de l'instant où nous nous trouvions dans les plis de ces draps de lit, il y a eu entre nous jeux et entretiens; si tu as même tourné ton visage vers moi, sans parler, à plus forte raison, de choses plus importantes ! »

Lui aussi devint songeur.

« En vérité, Seigneur Dieu », s'écria-t-il, « il n'y a pas d'amitié plus solide et plus constante que celle du compagnon que j'ai trouvé ». Puis il dit à sa femme:

« Princesse, ne m'accuse pas; par moi et Dieu, je n'ai pas dormi avec toi, je ne me suis pas étendu à tes côtés depuis un an hier au soir. » Et il lui raconta son aventure.

« J'en atteste Dieu, » dit-elle, « tu as mis la main sur un ami solide et dans les combats, et dans les épreuves du corps, et dans la fidélité qu'il t'a gardée. »

« Princesse, c'était justement à quoi je réfléchissais, lorsque je me suis tu vis-à-vis de toi. »

« Ce n'était donc pas étonnant », répondit-elle.

 

and he was rejoiced when he beheld his hosts, and his household*, whom he had not seen so long; but they had not known of his absence, and wondered no more at his coming than usual. And that day was spent in joy and merriment; and he sat and conversed with his wife and his nobles. And when it was time for them rather to sleep than to carouse, they went to rest.

MISSING. YK’s translation from the French:

The king went to bed and his wife followed him. After some time speaking together, he and she shared the pleasures of love. Since she had lost the habit of this over the past year,  she began to think it over:

“God,” said she, “how can it be that during this night we shared other feelings than the ones of all the other nights for the past year?

She thought over it a long time. At that juncture, he woke up. He talked to her, once, twice, then thrice, without answer.

 

“Why,” said he, “you do not answer me?”

 

“I would tell you”, she answered, “ more than I did in this place since one year.”

“How is this so? We discussed many things.”

 

“Shame on me if, for one year, as soon as we were between the sheets, was there between us plays and talk; if you even ever turned your face toward me, without speaking, all the more for chiefer things!”

 

He too thought it over.

“In truth, Lord God,” he cried, “neither firmer nor stronger friendship can be found, compared to the one of the companion I found.” He said to his wife:

“Princess,” he said, “do not accuse me. Between God and me, I have not lain with you for  one year, from last  night.” And he told her his adventure.

“God as my witnesses,” she said, “you put your hand on a steady friend, in combat, in body trials, as well as in the faithfulness he kept for you.”

“Princess, I was just thinking of it while I kept silence in front of you”

 

“It was not surprising,” she answered.

Missing part ends here.

 

sa famille*

Teulu ou llwyth, dans l'ancien pays de Galles, indique un véritable clan. D'après les Triades de Dyvnwal Moelmut, la famille comprenait tous les parents jusqu'au neuvième degré (Myv. arch., p. 927, 88).

 

*his household

Teulu or llwyth, in ancient Wales, means a real clan. Dyvnwal Moelmut’s Triads show that the ‘household’ included all parents until the 9th generation.

 

 Ynteu Pwyll, Pendeuic Dyuet, a doeth y gyuoeth ac y wlat. A dechreu ymouyn a gwyrda y wlat, beth a uuassei y arglwydiaeth ef arnunt hwy y ulwydyn honno y wrth ryuuassei-kynn no hynny.

 «Arglwyd,» heb wy, «ny bu gystal dy wybot ; ny buost gyn hygaret guas ditheu ; ny bu gyn hawsset gennyt titheu treulaw dy da ; ny bu well dy dosparth eiroet no'r ulwydyn honn.»

 

« Y rof i a Duw,» heb ynteu, « ys iawn a beth iwch chwi, diolwch y'r gwr a uu y gyt a chwi, a llyna y gyfranc ual y bu»-a'e datkanu oll o Pwyll.»

 

«Ie, Arglwyd,» heb wy, «diolwch y Duw caffael o honot y gydymdeithas honno; a'r arglwydiaeth a gaussam ninheu y ulwydyn honno, nys attygy y gennym, ot gwnn.»

« Nac attygaf, y rof i a Duw,» heb ynteu Pwyll.

Ac o hynny allan, dechreu cadarnhau kedymdeithas y ryngthunt, ac anuon o pop un y gilid meirch a milgwn a hebogeu a fob gyfryw dlws, o'r a debygei bob un digrifhau medwl y gilid o honaw. Ac o achaws i drigiant ef y ulwydyn honno yn Annwuyn, a gwledychu o honaw yno mor lwydannus, a dwyn y dwy dyrnas yn un drwy y dewred ef a'y uilwraeth, y diffygywys y enw ef ar Pwyll, Pendeuic Dyuet, ac y gelwit Pwyll Penn Annwuyn o hynny allan.

Pwyll, prince de Dyvet, retourna aussi dans ses domaines et son pays. Il commença par demander à ses nobles ce qu'ils pensaient de son gouvernement, cette année-là, en comparaison des autres années.

« Seigneur, » répondirent-ils, « jamais tu n'as montré autant de courtoisie, jamais tu n'as été plus aimable; jamais tu n'as dépensé avec tant de facilité ton bien; jamais ton administration n'a été meilleure que cette année. »

« Par moi et Dieu, » s'écria-t-il, « il est vraiment juste que vous en témoigniez votre reconnaissance à l'homme que vous avez eu au milieu de vous. Voici l'aventure telle qu'elle s'est passée. » Et il la leur raconta tout au long.

« En vérité, seigneur, » dirent-ils, « Dieu soit béni de t'avoir procuré pareille amitié. Le gouvernement que nous avons eu cette année, tu ne nous le reprendras pas? »

« Non , par moi et Dieu, autant qu'il sera en mon pouvoir. »

A partir de ce moment, ils s'appliquèrent à consolider leur amitié; ils s'envoyèrent chevaux, chiens de chasse, faucons, tous les objets précieux que chacun d'eux croyait propres à faire plaisir à l'autre. A la suite de son séjour en Annwvyn, comme il avait gouverné avec tant de succès et réuni en un les deux royaumes le même jour, la qualification de prince de Dyvet pour Pwyll fut laissée de côté, et on ne l'appela plus désormais que Pwyll, chef d'Annwvyn.

Pwyll Prince of Dyved, came likewise to his country and dominions, and began to inquire of the nobles of the land, how his rule had been during the past year, compared with what it had been before.

«Lord,» said they, « thy wisdom was never so great, and thou wast never so kind or so free in bestowing thy gifts, and thy justice was never more worthily seen than in this year.»n«By heaven,» said he, « for all the good you have enjoyed, you should thank him who hath been with you; for behold, thus hath this matter been.» And thereupon Pwyll related the whole unto them.

«Verily, Lord,» said they, « render thanks unto Heaven that thou hast such a fellowship, and withhold not from us the rule which we have enjoyed for this year past.»

«I take Heaven to witness that I will not withhold it,» answered Pwyll. And thenceforth they made strong the friendship that was between them, and each sent unto the other horses, and greyhounds, and hawks, and all such jewels as they thought would be pleasing to each other. And by reason of his having dwelt that year in Annwvyn, and having ruled there so prosperously, and united the two kingdoms in one day by his valour and prowess, he lost the name of Pwyll Prince of Dyved, and was called Pwyll Chief of Annwvyn from that time forward.

 

 

 A threigylgueith yd oed yn Arberth, priflys idaw, a gwled darparedic idaw, ac yniueroed mawr o wyr y gyt ac ef. A guedy y bwyta kyntaf, kyuodi y orymdeith a oruc Pwyll, a chyrchu penn gorssed a oed uch llaw y llys, a elwit Gorssed Arberth.

«Arglwyd,» heb un o'r llys, «kynnedyf yr orssed yw, pa dylyedauc bynnac a eistedo arnei, nat a odyno heb un o'r deupeth, a'y kymriw neu archolleu, neu ynteu a welei rywedawt.»

«Nyt oes arnaf i ouyn cael kymriw, neu archolleu, ym plith hynn o niuer. Ryuedawt hagen da oed gennyf pei ys guelwn. Mi a af,» heb ynteu, « y'r orssed y eisted.»

 

Eisted a wnaeth ar yr orssed. Ac wal y bydynt yn eisted, wynt a welynt gwreic ar uarch canwelw mawr aruchel, a gwisc eureit, llathreit, o bali amdanei, yn dyuot ar hyt y prifford a gerdei heb law yr orssed. Kerdet araf, guastat oed gan y march ar uryt y neb a'y guelei, ac yn dyuot y ogyuuch a'r orssed.

«A wyr, heb y Pwyll, «a oes ohonawchi, a adnappo y uarchoges.

 

« Nac oes, Arglwyd,» heb wynt.

«Aet un,» heb ynteu, « yn y herbyn y wybot pwy yw.»

Un a gyuodes y uynyd, a phan doeth yn y'herbyn y'r ford, neut athoed hi heibaw. Y hymlit a wnaeth ual y gallei gyntaf o pedestric. A fei mwyaf uei y urys ef, pellaf uydei hitheu e wrthaw ef.

A phan welas na thygyei idaw y hymlit, ymchwelut a oruc at Pwyll a dywedut wrthaw,

«Arglwyd,» heb ef, ni thykya y pedestric yn y byt e hymlit hi.»

« Ie,» heb ynteu Pwyll,» dos y'r llys, a chymer y march kyntaf a wypych, a dos ragot yn y hol.»

 

Y march a gymerth, ac racdaw yd aeth ; y maestir guastat a gauas, ac ef a dangosses yr ysparduneu y'r march. A ffei uwyaf y lladei ef y march, pellaf uydei hitheu e wrthaw ef. Yr vn gerdet a dechreuyssei hitheu, yd oed arnaw. Y uarch ef a ballwys ; a phan wybu ef ar y uarch pallu y bedestric, ymchwelut yn yd oed Pwyll a wnaeth.

«Arglwyd,» heb ef, «ny thykya y neb ymlit yr unbennes racco. Ny wydwn i varch gynt yn y kyuoyth no hwnnw, ac ni thygyei ymi y hymlit hi.»

 

« Ie,» heb ynteu Pwyll, «y mae yno ryw ystyr hut. Awn parth a'r llys.» Y'r llys y doethant, a threulau y dyd hwnnw a wnaethant.

A thrannoeth, kyuodi e uynyd a wnaethant, a threulaw hwnnw yny oed amser mynet y uwyta. A gwedy y bwyta kyntaf,

«Ie,» heb ynteu Pwyll,» ni a awn yr yniuer y buam doe, y penn yr orssed. A thidy,» heb ef, «wrth vn o'y uakwyueit, dwg gennyt y march kyntaf a wypych yn y mays.»

A hynny a wnaeth y makwyf. Yr orssed a gyrchyssant, a'r march ganthunt.

Ac val y bydynt yn eiste, wynt a welynt y wreic ar yr vn march, a'r vn wisc amdanei, yn dyuot yr un ford.

«Llyma,» heb y Pwyll, «y uarchoges doe. Bid parawt,» heb ef, « was, e wybot pwy yw hi.»

 

«Arglwyd,» heb ef, «mi a wnaf hynny yn llawen.» Ar hynny, y uarchoges a doeth gywerbyn ac wynt. Sef a oruc y mukwyf yna, yskynnu ar y march, a chynn daruot idaw ymgueiraw yn y gyfrwy neu ry adoed hi heibaw, a chynnwll y rygthunt. Amgen urys gerdet nit oed genthi hi no'r dyd gynt. Ynteu a gymerth rygyng y gan y uarch, ac ef a dybygei yr araued y kerdei y uarch yr ymordiwedei a hi. A hynny ny thy gywys idaw. Ellwg y uarch a oruc wrth auwyneu ; nyt oed nes idi yna no chytl bei ar y gam; a phei wyaf y lladei ef y uarch, pellaf uydei hitheu e wrthaw ef : y cherdet hitheu nit oed uwy no chynt. Cany welas ef tygyaw idaw e hymlit ymchwelut a wnueth a dyuot yn yd oet Pwyll.

 

«Arglwyd,» heb ef, «nyt oess allu gan y march amgen noc a weleisti.»

« Mi a weleis,» heb ynteu, « ny thykya y neb y herlit hi. Ac y rof i a Duw,» heb ef, « yd oed neges idi wrth rei o'r maes hwnn pei gattei wrthpwythi idi y dywedut ; a ni a awn parth a'r llys.»

Y'r llys y doethant, a threulaw y nos honno a orugant drwy gerdeu a chyuedach, ual y bu llonyd ganthunt.

Un jour il se trouvait à Arberth, sa principale cour, où un festin avait été préparé, avec une grande suite de vassaux. Après le premier repas, Pwyll se leva, alla se promener, et se dirigea vers le sommet d'un tertre* plus haut que la cour, et qu'on appelait Gorsedd Arberth.

« Seigneur, » lui dit quelqu'un de la cour, « le privilège de ce tertre, c'est que tout noble qui s'y asseoit, ne s'en aille pas sans avoir reçu des coups et des blessures, ou avoir vu un prodige. »

« Les coups et les blessures, » répondit-il, « je ne les crains pas au milieu d'une pareille troupe. Quant au prodige, je ne serais pas fâché de le voir. Je vais m'asseoir sur le tertre. »

 

C'est ce qu'il fit. Comme ils étaient assis, ils virent venir, le long de la grand'route qui partait du tertre, une femme montée sur un cheval blanc-pâle, gros, très grand; elle portait un habit doré et lustré. Le cheval paraissait à tous les spectateurs s'avancer d'un pas lent et égal. Il arriva à la hauteur du tertre.

« Hommes, » dit Pwyll, « y a-t-il parmi vous quelqu'un qui connaisse cette femme à cheval, là-bas? »

« Personne, seigneur, » répondirent-ils.

« Que quelqu'un aille à sa rencontre sur la route , pour savoir qui elle est. »

Un d'eux se leva avec empressement et se porta à sa rencontre; mais quand il arriva devant elle sur la route, elle le dépassa. Il se mit à la poursuivre de son pas le plus rapide; mais plus il se hâtait, plus elle se trouvait loin de lui.

Voyant qu'il ne lui servait pas de la poursuivre, il retourna auprès de Pwyll, et lui dit :

« Seigneur, il est inutile à n'importe quel homme à pied, au monde, de la poursuivre. »

« Eh bien, » répondit Pwyll, « va à la cour, prends le cheval le plus rapide que tu y verras, et pars à sa suite. »

Le valet** alla chercher le cheval, et partit. Arrivé sur un terrain uni, il fit sentir les éperons au cheval; mais plus il le frappait, plus elle se trouvait loin de lui, et cependant son cheval paraissait avoir gardé la même allure qu'elle lui avait donnée au début. Son cheval à lui faiblit. Quand il vit que le pied lui manquait, il retourna auprès de Pwyll.

« Seigneur, » dit-il, « il est inutile à qui que ce soit de poursuivre cette dame. Je ne connaissais pas auparavant de cheval plus rapide que celui-ci dans tout le royaume, et cependant il ne m'a servi de rien de la poursuivre. »

« Assurément, » dit Pwyll, « il y a là-dessous quelque histoire de sorcellerie. Retournons à la cour. » Ils y allèrent et y passèrent la journée.

Le lendemain, ils y restèrent depuis leur lever jusqu'au moment de manger. Le premier repas terminé, Pwyll dit :

« Nous allons nous rendre au haut du tertre, nous tous qui y avons été hier. Et toi, » dit-il à un écuyer, « amène le cheval le plus rapide que tu connaisses dans les champs. »

Le page obéit; ils allèrent au tertre avec le cheval. Ils y étaient à peine assis qu'ils virent la femme sur le même cheval, avec le même habit, suivant la même route.

 

« Voici, » dit Pwyll, « la cavalière d'hier. Sois prêt, valet, pour aller savoir qui elle est. »

 

« Volontiers, seigneur. »

L'écuyer monta à cheval, mais avant qu'il ne fût bien installé en selle, elle avait passé à côté de lui en lui laissant entre eux une certaine distance; elle ne semblait pas se presser plus que le jour précédent. Il mit son cheval au trot, pensant que, quelque tranquille que fût son allure, il l'atteindrait. Comme cela ne lui réussissait pas, il lança son cheval à toute bride; mais il ne gagna pas plus de terrain que s'il eût été au pas. Plus il frappait le cheval, plus elle se trouvait loin de lui, et cependant elle ne semblait pas aller d'une allure plus rapide qu'auparavant. Voyant que sa poursuite était sans résultat, il retourna auprès de Pwyll.

 

« Seigneur, le cheval ne peut pas faire plus que ce que tu lui as vu faire. »

« Je vois, » répondit-il, « qu'il ne sert à personne de la poursuivre. Par moi et Dieu, elle doit avoir une mission pour quelqu'un de cette plaine; mais elle ne se donne pas le temps de l'exposer. Retournons à la cour. »

Ils y allèrent et y passèrent la nuit, ayant à souhait musique et boissons.

Once upon a time, Pwyll was at Narberth his chief palace, where a feast had been prepared for him, and with him was a great host of men. And after the first meal, Pwyll arose to walk, and he went to the top of a mound* that was above the palace, and was called Gorsedd Arberth.

«Lord, « said one of the Court,» it is peculiar to the mound that whosoever sits upon it cannot go thence, without either receiving wounds or blows, or else seeing a wonder.»

«I fear not to receive wounds and blows in the midst of such a host as this, but as to the wonder, gladly would I see it. I will go therefore and sit upon the mound.»  And upon the mound he sat. And while he sat there, they saw a lady, on a pure white horse of large size, with a garment of shining gold around her, coming along the highway that led from the mound; and the horse seemed to move at a slow and even pace, and to be coming up towards the mound.

«My men,» said Pwyll, « is there any among you who knows yonder lady?»«There is not, Lord,» said they.

«Go one of you and meet her, that we may know who she is.» And one of them arose, and as he came upon the road to meet her, she passed by, and he followed as fast as he could, being on foot; and the greater was his speed, the further was she from him. And when he saw that it profited him nothing to follow her, he returned to Pwyll, and said unto him,

 «Lord, it is idle for any one in the world to follow her on foot.» «Verily,» said Pwyll, « go unto the palace, and take the fleetest horse that thou seest, and go after her.»

And he** took a horse and went forward. And he came to an open level plain, and put spurs to his horse; and the more he urged his horse, the further was she from him. Yet she held the same pace as at first. And his horse began to fail; and when his horse's feet failed him, he returned to the place where Pwyll was.

 «Lord,» said he, « it will avail nothing for any one to follow yonder lady. I know of no horse in these realms swifter than this, and it availed me not to pursue her.»

 «Of a truth,» said Pwyll, « there must be some illusion here. Let us go towards the palace.» So to the palace they went, and they spent that day. And the next day they arose, and that also they spent until it was time to go to meat. And after the first meal,

«Verily,» said Pwyll, « we will go the same party as yesterday to the top of the mound. And do thou,» said he to one of his young men, « take the swiftest horse that thou knowest in the field.» And thus did the young man. And they went towards the mound, taking the horse with them. And as they were sitting down they beheld the lady on the same horse, and in the same apparel, coming along the same road.

«Behold,» said Pwyll, « here is the lady of yesterday. Make ready, youth, to learn who she is.» «My Lord,» said he, « that will I gladly do.» And thereupon the lady came opposite to them. So the youth mounted his horse; and before he had settled himself in his saddle, she passed by, and there was a clear space between them. But her speed was no greater than it had been the day before. Then he put his horse into an amble, and thought that notwithstanding the gentle pace at which his horse went, he should soon overtake her. But this availed him not; so he gave his horse the reins. And still he came no nearer to her than when he went at a foot's pace. And the more he urged his horse, the further was she from him. Yet she rode not faster than before. When he saw that it availed not to follow her, he returned to the place where Pwyll was.

«Lord,» said he, « the horse can no more than thou hast seen.» «I see indeed that it avails not that any one should follow her. And by Heaven,» said he, « she must needs have an errand to some one in this plain, if her haste would allow her to declare it. Let us go back to the palace.»

And to the palace they went, and they spent that night in songs and feasting, as it pleased them

 

un tertre*

Le mot gallois gorsedd signifie proprement siège éminent, mais il désigne souvent un tertre qui servait de tribunal, comme le fait remarquer lady Guest. Le mont appelé Tynwald en Man a servi longtemps de siège aux assemblées judiciaires. La motte islandaise désignait à la fois l'assemblée, et la motte sur laquelle elle se tenait.

[Note de YK: on dictionaire donne: gorsedd [-au, f.] - (n.) trône]. Je ne peux savoir à quel mot Loth fait allusion, mais le þing islandais peut désigner une réunion, un groupe de personnes, une paroisse, mais ne contient aucune allusion à un tertre. Les sagas et les Eddas désignent par ‘tertre’ des tombes.

 

Le valet**

Valet. Ce terme, dans notre traduction, n'a pas le sens actuel; nous l'employons dans le sens qu'il avait au moyen-âge, de «jeune homme de condition honorable ». «La domesticité au XIIème siècle, » dit justement Paulin Paris, «dans les familles nobles, était une sorte d'apprentissage de la chevalerie réservée aux jeunes amis et aux parents du chevalier qui les entretenait. Au XVIIème siècle encore, l'emploi de fille de chambre et de compagnie était de préférence donné aux parentes les moins fortunées. (Les romans de la Table Ronde mis en nouveau langage, V, p. 186, note).

 

*mound

The Welsh gorsedd means ‘high seat’, and it is also the hillock used as a courthouse, as Lady Guest notes. The mound called Tynwald in the Isle of Man was indeed used as such for a long time.

[YK’s note. The last sentence of this note translates: “The Icelandic ‘clod’ (or ‘sod’) was both the meeting, and the clod upon which it was held.” I wonder what word Loth is referring to, but the Icelandic meeting, the þing , can be a meeting, a piece of property, a set of people, a parish, but it never hints at a hilly something. The Edda and Sagas usually refer to mounds as funeral monuments.

My dictionary gives: gorsedd [-au, f.] - (n.) throne]

 

*he

Valet.’ This word does not carry here the modern meaning. We use it in its Middle Ages meaning, ‘young man of honourable condition’. Paulin Paris, in (Les romans de la Table Ronde mis en nouveau langage, V, p. 186, note), says : “The 12th century domestic staff was, in noble families, a kind of knightly learning, reserved to the young parents and friends of the householder knight. Until the 17th c., the role of chamber or companion maid was attributed in preference to the less wealthy girls of the family.”

 

 

 A thrannoeth diuyrru y dyd a wnaethant yny oed amser mynet y wwyta. A phan daruu udunt y bwyd Pwyll a dywot,

« Mae yr yniuer y buom ni doe ac echtoe ym penn yr orssed?»

« Llymma, Arglwyd,» heb wynt.

«Awn,» heb ef, « y'r orssed y eiste, a thitheu,» heb ef, wrth was y uarch,» kyfrwya uy march yn da, a dabre ac ef y'r ford, a dwc uy ysparduneu gennyt.» Y gwas a wnaeth hynny. Dyuot yr orssed a orugant y eisted. Ny buant hayach o enkyt yno, yny welynt y uarchoges yn dyuot yr vn ford, ac yn un ansawd, ac vn gerdet.

 

 

«Ha was,» heb y Pwyll, « mi a welaf y uarchoges. Moes uy march.» Yskynnu a oruc Pwyll ar y uarch, ac nyt kynt yd yskynn ef ar y uarch, noc yd a hitheu hebdaw ef. Troi yn y hol a oruc ef, a gadel y uarch drythyll, llamsachus y gerdet. Ac ef a debygei, ar yr eil neit, neu ar y trydyd, y gordiwedei. Nyt oed nes hagen idi no chynt. Y uarch a gymhellaud o'r kerdet mwyaf a oed ganthaw. A guelet a wnaeth na thygyei idaw y hymlit.

Yna y dywot Pwyll.

«A uorwyn,» heb ef, « yr mwyn y gwr mwyhaf a gery, arho ui.»

« Arhoaf yn llawen,» heb hi, «ac oed llessach y'r march, pei ass archut yr meityn.»

 

Sewyll, ac arhos a oruc y uorwyn, a gwaret y rann a dylyei uot am y hwyneb o wisc y phenn, ac attal y golwc arnaw, a dechreu ymdidan ac ef.

 

« Arglwydes,» heb ef, « pan doy di, a pha gerdet yssyd arnat ti ?»

« Kerdet wrth uy negesseu,» heb hi, « a da yw gennyf dy welet ti.»

« Crassaw wrthyt y gennyf i,» heb ef. Ac yna medylyaw a wnaeth, bot yn diuwyn ganthaw pryt a welsei o uorwyn eiroet, a gwreic, y wrth y ffryt hi.

«Arglwydes,» heb ef, « a dywedy di ymi dim o'th negesseu ?»

« Dywedaf, y rof a Duw,» heb hi. «Pennaf neges uu ymi, keissaw dy welet ti.»

« Llyna,» heb y Pwyll,'« y neges oreu gennyf i dy dyuot ti idi. Ac a dywedy di ymi pwy wyt ?»

 

« Dywedaf, Arglwyd,» heb hi. «Riannon, uerch Heueyd Hen, wyf i, a'm rodi y wr o'm hanwod yd ydys. Ac ny mynneis innheu un gwr, a hynny o'th garyat ti. Ac nys mynnaf etwa, onyt ti a'm gwrthyt. Ac e wybot dy attep di am hynny e deuthum i.»

 

« Rof i a Duw,» heb ynteu Pwyll, «llyna uy attep i iti, pei caffwn dewis ar holl wraged a morynnyon y byt, y mae ti a dewisswn.»

« Ie,» heb hitheu, «os hynny a uynny, kyn uy rodi y wr arall, gwna oed a mi.»

 

« Goreu yw gennyf i,» heb y Pwyll, «bo kyntaf; ac yn y lle y mynnych ti, gwna yr oet.»

 

« Gwnaf, Arglwyd,» heb hi, «blwydyn y heno, yn llys Heueyd, mi a baraf bot gwled darparedic yn barawt erbyn dy dyuot.»

 

« Yn llawen,» heb ynteu, « a mi a uydaf yn yr oet hwnnw.»

«Arglwyd,» heb hi, tric yn iach, a choffa gywiraw dy edewit, ac e ymdeith yd af i.

Le lendemain, ils passèrent le temps en divertissements jusqu'au moment du repas. Le repas terminé, Pwyll dit :

« Où est la troupe avec laquelle j'ai été, hier et avant hier, au haut du tertre? »

« Nous voici, Seigneur, » répondirent-ils.

« Allons nous y asseoir. »

« Et toi, » dit-il à son écuyer, « selle bien mon cheval, va vite avec lui sur la route, et apporte mes éperons.» Le serviteur le fit. Ils se rendirent au tertre. Ils y étaient à peine depuis un moment, qu'ils virent la cavalière venir par la même route, dans le même attirail, et s'avançant de la même allure.

 

« Valet, » dit Pwyll, « je vois venir la cavalière; donne-moi mon cheval. » Il n'était pas plutôt en selle qu'elle l'avait déjà dépassé. Il tourna bride après elle, et lâcha les rênes à son cheval impétueux et fougueux, persuadé qu'il allait l'atteindre au deuxième ou au troisième bond. Il ne se trouva pas plus près d'elle qu'auparavant. Il lança son cheval de toute sa vitesse. Voyant qu'il ne lui servait pas de la poursuivre,

 

Pwyll s'écria

« Jeune fille, pour l'amour de l'homme que tu aimes le plus, attends-moi. »

« Volontiers, » dit-elle; « il eût mieux valu pour le cheval que tu eusses fait cette demande il y a déjà quelques temps. »

La jeune fille s'arrêta et attendit. Elle rejeta la partie de son voile qui lui couvrait le visage, fixa ses regards sur lui et commença à s'entretenir avec lui.

« Princesse, » dit Pwyll, « d'où viens-tu et pourquoi voyages-tu? »

«Pour mes propres affaires, » répondit-elle, « et je suis heureuse de te voir. »

« Sois la bienvenue. » Aux yeux de Pwyll, le visage de toutes les pucelles ou femmes qu'il avait vues n'était d'aucun charme à côté du sien.

 

« Princesse, » ajouta-t-il, « me diras-tu un mot de tes affaires? »

« Oui, par moi et Dieu, » répondit-elle, « ma principale affaire était de chercher à te voir ».

« Voilà bien, pour moi, la meilleure affaire pour laquelle tu puisses venir. Me diras-tu qui tu es? »

 

« Prince, je suis Riannon*, fille de Heveidd Hen**. On veut me donner à quelqu'un malgré moi. Je n'ai voulu d'aucun homme, et cela par amour pour toi, et je ne voudrai jamais de personne, à moins que tu ne me repousses. C'est pour avoir ta réponse à ce sujet que je suis venue. »

« Par moi et Dieu, la voici : Si on me donnait à choisir entre toutes les femmes et les pucelles du monde, c'est toi que je choisirais. »

« Eh bien ! si telle est ta volonté, fixe-moi un rendez-vous avant qu'on ne me donne à un autre. »

« Le plus tôt sera le mieux; fixe-le à l'endroit que tu voudras. »

 

« Eh bien, seigneur, dans un an, ce soir, un festin sera préparé par mes soins, en vue de ton arrivée, dans la cour d'Heveidd. »

 

« Volontiers, j'y serai au jour dit. »

 

« Reste en bonne santé, seigneur, et souviens-toi de ta promesse. Je m'en vais. »

And the next day they amused themselves until it was time to go to meat. And when meat was ended, Pwyll said,

« Where are the hosts that went yesterday and the day before to the top of the mound?» «Behold, Lord, we are here,» said they. «Let us go,» said he, « to the mound, to sit there. And do thou,» said he to the page who tended his horse, «saddle my horse well, and hasten with him to the road, and bring also my spurs with thee.» And the youth did thus. And they went and sat upon the mound; and ere they had been there but a short time, they beheld the lady coming by the same road, and in the same manner, and at the same pace.

«Young man,» said Pwyll, « I see the lady coming; give me my horse.» And no sooner had he mounted his horse than she passed him. And he turned after her and followed her. And he let his horse go bounding playfully, and thought that at the second step or the third he should come up with her. But he came no nearer to her than at first. Then he urged his horse to his utmost speed, yet he found that it availed nothing to follow her. Then said Pwyll, « Omaiden, for the sake of him whom thou best lovest, stay for me.»

«I will stay gladly,» said she, « and it were better for thy horse hadst thou asked it long since.» So the maiden stopped, and she threw back that part of her head dress which covered her face. And she fixed her eyes upon him, and began to talk with him. «Lady,» asked he, « whence comest thou, and whereunto dost thou journey?»

«I journey on mine own errand,» said she, « and right glad am I to see thee.» «My greeting be unto thee,» said he. Then he thought that the beauty of all the maidens, and all the ladies that he had ever seen, was as nothing compared to her beauty.

 «Lady,» he said, « wilt thou tell me aught concerning thy purpose?» «I will tell thee,» said she. «My chief quest was to seek thee.» «Behold,» said Pwyll, « this is to me the most pleasing quest on which thou couldst have come; and wilt thou tell me who thou art?»

«I will tell thee, Lord,» said she, « I am Rhiannon*, the daughter of Heveydd Hen**, and they sought to give me to a husband against my will. But no husband would I have, and that because of my love for thee, neither will I yet have one unless thou reject me. And hither have I come to hear thy answer.» «By Heaven,» said Pwyll, « behold this is my answer. If I might choose among all the ladies and damsels in the world, thee would I choose.»

«Verily,» said she, « if thou art thus minded, make a pledge to meet me ere I am given to another.» «The sooner I may do so, the more pleasing will it be unto me,» said Pwyll, « and wheresoever thou wilt, there will I meet with thee.» «I will that thou meet me this day twelvemonth at the palace of Heveydd. And I will cause a feast to be prepared, so that it be ready against thou come.» «Gladly,» said he, « will I keep this tryst.»

«Lord,» said she, « remain in health, and be mindful that thou keep thy promise; and now will I go hence».

 

 

Riannon*

Elle est donnée en mariage, après la mort de Pwyll, à Manawyddan ab Llyr, par son fils Pryderi. Le chant de ses oiseaux merveilleux qui charme pendant sept ans Manawyddan et ses compagnons au festin de Harddlech, dans le Mabinogi de Branwen, fille de Llyr, est célèbre dans les légendes galloises. Les Triades de l'avare disent: «Il y a trois choses qu'on n'entend guère: le chant des oiseaux de Rhiannon, un chant de sagesse de la bouche d'un Anglais et une invitation à dîner de la part d'un avare » (Myv. arch., p. 899, 29). Goronwy Gyriawg, poète du XIVème siècle, compare, pour la générosité, une certaine Gwenhwyvar à Rhiannon (Myv. arch., p. 333, col. 1).

 

Heveidd Hen**

Heiveidd hen ou le vieux. Il y a plusieurs personnages de ce nom. On trouve dans le Mab. de Kulhwch et Olwen un Hyveidd unllen ou à un seul manteau (trad. française), mentionné aussi dans le Songe de Rhonabwy; un Hyveidd, fils de Don, dans le Mab. de Math, fils de Mathonwy (trad. franç.) ; un Heveidd hir ou le Long, dans le Mab. de Branwen ; un Heveidd, fils de Bleiddig, dans les Triades; ce dernier serait fils d'étranger et aurait régné dans le sud de Galles (Triades Mab., p.308, 20); il serait devenu saint. Les Annales Cambriae signalent à l'année 939 la mort d'un Himeid (= Hyveidd), fils de Clitauc. Un guerrier du nom de Hyveidd est célébré par Taliesin (Skene, Four ancient books of Wales, II, p. 150, v. 7; 190, 25; 191, 26). Dans le Gododin (Skene, Four ancient books, II, p. 64), il s'agit de Heveidd hir.

 

*Rhiannon

After Pwyll’s death, his son Pryderi marries her to Manawyddan ab Llyr. Many Welsh legends recall the song of her marvellous birds that charm and his companions for 7 years Manawyddan, at the feast of Harddlech. The Triads of the miser say: “three things we scarcely hear: Rhiannon’s birds’ song, a song of wisdom in the mouth of an Englishman, and an invitation to eat from a miser.” (Myv. arch., p. 899, 29. A 14th century poet, Goronwy Gyriawg compares the generosity of Rhiannon to the one of one Gwenhwyvar.

 

**Heveydd Hen

the old one.’ Several figures bear that name. The Mabinogi of Kulhwch et Olwen speak of a Hyveidd unllen (‘with one coat’), seen also in the dream of Rhonabwy. The Mabinogi of Math has one Hyveidd, Don’s son. The Mabinogi of Branwen has a Heveidd hir, ‘the long one’ and the Triads a Heveidd, Bleiddig’s son. This last one is supposed to have been born from a stranger and have been king in South Wales (Triads Mab., p.308, 20), and have become a saint.

 

 

 A guahanu a wnaethont, a chyrchu a wnaeth ef parth a'e teulu a'e niuer. Pa ymouyn bynnac a uei ganthunt wy y wrth y uorwyn, y chwedleu ereill y trossei ynteu.

 

Odyna treulaw y ulwydyn hyt yr amser a wnaethont ; ac ymgueiraw [o Pwyll] ar y ganuet marchauc. Ef a aeth ryngtaw a llys Eueyd Hen, ac ef a doeth y'r llys, a llawen uuwyt wrthaw, a dygyuor a llewenyd ac arlwy mawr a oed yn y erbyn, a holl uaranned y llys wrth y gynghor ef y treulwyt. Kyweiryaw y neuad a wnaethpwyt, ac y'r bordeu yd aethant.

Sef ual yd eistedyssont, Heueyd Hen ar neill law Pwyll, a Riannon o'r parth arall idaw; y am hynny pawb ual y bei y enryded. Bwyta a chyuedach ac ymdidan a wnaethont.

 

 

Ac ar dechreu kyuedach gwedy bwyt, wynt a welynt yn dyuot y mywn, guas gwineu, mawr, teyrneid, a guisc o bali amdanaw. A phan doeth y gynted y neuad, kyuarch guell a oruc y Pwyll a'y gedymdeithon.

« Cressaw Duw wrthyt, eneit, a dos y eisted,» heb y Pwyll.

«Nac af,» heb ef, « eirchat wyf, a'm neges a wnaf.»

« Gwna yn llawen,» heb y Pwyll.

«Arglwyd,» heb ef, « wrthyt ti y mae uy neges i, ac y erchi it y dodwyf.»

« Pa arch bynnac a erchych di ymi, hyt y gallwyf y gaffael, itti y byd.»

« Och !» heb y Riannon,» paham y rody di attep yuelly ?»

« Neus rodes y uelly, Arglwydes, yg gwyd gwyrda,» heb ef.

«Eneit,» heb y Pwyll,» beth yw dy arch di ?»

 

« Y wreic uwyaf a garaf yd wyt yn kyscu heno genthi. Ac y herchi hi a'r arlwy a'r darmerth yssyd ymma y dodwyf i. » Kynhewi a oruc Pwyll, cany bu attep a rodassei.

 

« Taw, hyt y mynnych,» heb y Riannon,» ny bu uuscrellach gwr ar y ssynnwyr e hun nog ry uuost ti.»

« Arglwydes,» heb ef, « ny wydwn i pwy oed ef.»

« Llyna y gwr y mynyssit uy rodi i idaw o'm hanuod,» heb hi,» Guawl uab Clut, gwr tormyn nawc, kyuoethawc. A chan derw yt dywedut y geir a dywedeist, dyro ui idaw rac anglot yt.»

 

 

« Arglwydes,» heb ef, « ny wnn i pa ryw attep yw hwnnw. Ny allaf ui arnaf a dywedy di uyth.»

 

« Dyro di ui idaw ef, « heb hi,» a mi a wnaf na chaffo ef uiui uyth.»

« Pa furyf uyd hynny ?» heb y Pwyll.

Ils se séparèrent, Pwyll revint auprès de ses gens et de la suite. Quelque demande qu'on lui fit au sujet de la jeune fille, il passait à d'autres sujets.

 

 

Ils passèrent l'année à Arberth jusqu'au moment fixé. Il s'équipa avec ses chevaliers, lui centième, et se rendit à la cour d'Eveidd Hen. On lui fit bon accueil. Il y eut grande réunion, grande joie et grands préparatifs de festin à son intention. On disposa de toutes les ressources de la cour d'après sa volonté.

 

La salle fut préparée et on se mit à table Heveidd Hen s'assit à un des côtés de Pwyll, Riannon de l'autre; et, après eux, chacun suivant sa dignité. On se mit à manger, à boire et à causer.

 

 

Après avoir fini de manger, au moment où on commençait à boire, on vit entrer un grand jeune homme brun, à l'air princier, vêtu de paile. De l'entrée de la salle, il adressa son salut à Pwyll et à ses compagnons.

« Dieu te bénisse, mon âme, » dit Pwyll, « viens t'asseoir. »

« Non, » répondit-il, « je suis un solliciteur et je vais exposer ma requête. »

« Volontiers. »

« Seigneur, c'est à toi que j'ai affaire et c'est pour te faire une demande que je suis venu. »

« Quel qu'en soit l'objet, si je puis te le faire tenir, tu l'auras. »

« Hélas ! » dit Riannon, « pourquoi fais-tu une pareille réponse? »

« Il l'a bien faite, princesse, » dit l'étranger, « en présence de ces gentilshommes»

« Quelle est ta demande, mon âme? » dit Pwyll.

 

« Tu dois coucher cette nuit avec la femme que j'aime le plus; c'est pour te la réclamer, ainsi que les préparatifs et approvisionnements du festin, que je suis venu ici. » Pwyll resta silencieux, ne trouvant rien à répondre.

« Tais-toi tant que tu voudras, » s'écria Riannon; « je n'ai jamais vu d'homme faire preuve de plus de lenteur d'esprit que toi. »

« Princesse, » répondit-il, « je ne savais pas qui il était. »

« C'est l'homme à qui on a voulu me donner malgré moi, Gwawl, fils de Clut, personnage belliqueux et riche. Mais puisqu'il t'est échappé de parler comme tu l'as fait, donne-moi à lui pour t'éviter une honte. »

 

« Princesse, je ne sais quelle répon­se est la tienne; je ne pourrai jamais prendre sur moi de dire ce que tu me conseilles.»

« Donne-moi à lui et je ferai qu'il ne m'aura jamais.»

« Comment cela? »

 

So they parted, and be went back to his hosts and to them of his household. And whatsoever questions they asked him respecting the damsel, he always turned the discourse upon other matters.

And when a year from that time was gone, he caused a hundred knights to equip themselves and to go with him to the palace of Heveydd Hen. And he came to the palace, and there was great joy concerning him, with much concourse of people and great rejoicing, and vast preparations for his coming. And the whole Court was placed under his orders. And the hall was garnished and they went to meat, and thus did they sit; Hevevdd Hen was on one side of Pwyll, and Rhiannon on the other. And all the rest according to their rank. And they ate and feasted and talked one with another, and at the beginning of the carousal

after the meat, there entered a tall auburn-haired youth, of royal bearing, clothed in a garment of satin. And when he came into the hall, he saluted Pwyll and his companions

 

«The greeting of Heaven be unto thee, my soul,» said Pwyll, « come thou and sit down.»

«Nay,» said he, « a suitor am I, and I will do mine errand.»

«Do so willingly,» said Pwyll.

«Lord,» said he, « my errand is unto thee, and it is to crave a boon of thee that I come.»

«What boon soever thou mayest ask of me, as far as I am able, thou shalt have.»

«Ah,» said Rhiannon, « wherefore didst thou give that answer?»

«Has he not given it before the presence of these nobles?» asked the youth.

«My soul,» said Pwyll, « what is the boon thou askest?»

«The lady whom best I love is to be thy bride* this night; I come to ask her of thee, with the feast and the banquet that are in this place.» And Pwyll was silent because of the answer which he had given.

«Be silent as long as thou wilt,» said Rhiannon «Never did man make worse use of his wits than thou hast done.»

«Lady,» said he, « I knew not who he was.»

 

«Behold this is the man to whom they would have given me against my will,» said she, «and he is Gwawl the son of Clud, a man of great power and wealth, and because of the word thou hast spoken, bestow me upon him lest shame befall thee.»

«Lady,» said he, « I understand not thine answer. Never can I do as thou sayest.»

 

«Bestow me upon him,» said she, « and I will cause that I shall never be his.»

«By what means will that be?» asked Pwyll.

 

*[YK’s note: Similarly to above (and stressed for the last time):  the English version has ‘the lady who is to be thy bride’ instead of ‘the woman you must lie with this night’ as in the French version.

La version anglaise expurge tout ce qui peut sembler une allusion à la sexualité. Elle donne ‘la femme qui sera ton épouse’, à la place de ‘la femme avec qui tu vas coucher cette nuit’. Ceci se retrouve plusieurs fois dans les Mabinogion, je n’y reviendrai pas.]

 

«Mi a rodaf i'th law got uechan,» heb hi, «a chadw honno gennyt yn da. Ac ef a eirch y wled a'r arlwy a'r darmerth. Ac nit oes y'th uedyant di hynny. A mi ui a rodaf y wled y'r teulu a'r niueroed,» heb hi, «a hwnnw uyd dy attep am hynny. Amdanaf innheu,» heb hi, «mi a wnaf oet ac ef, ulwydyn y heno, y gyscu gennyf ;

 

ac ym penn y ulwydyn,» heb hi, «byd ditheu a'r got honn genhyt, ar dy ganuet marchawc yn y perllan uchot. A phan uo ef ar perued y digrifwch a'y gyuedach dyret titheu dy hun ymywn a dillat reudus amdanat, a'r got y'th law,» heb hi, «ac nac arch dim namyn lloneit y got o uwyt. Minheu,» heb hi, «a baraf, bei dottit yssyd yn y seith cantref hynn o uwyt a llynn yndi, na bydei launach no chynt.

 

A guedy byryer llawer yndi, ef a ouyn yt, ‘A uyd llawn dy got ti uyth ?’ Dywet titheu, ‘Na uyd, ony chyuyt dylyedauc tra chyuoethauc, a guascu a'y deudroet y bwyt yn y got, a dywedut,

 

‘Digawn rydodet ymman.’ A minheu a baraf idaw ef uynet y sseghi y bwyt yn y got. A phan el ef, tro ditheu y got, yny el ef dros y pen yn y got. Ac yna llad glwm ar garryeu y got. A bit corn canu da am dy uynwgyl, a phan uo ef yn rwymedic yn y got, dot titheu lef ar dy gorn, a bit hynny yn arwyd y rot a'th uarchogyon ; pan glywhont llef dy gorn, diskynnent wynteu am ben y llys.»

 

« Arglwyd,» heb y Guawl,» madws oed ymi cael attep am a ercheis.»

« Kymeint ac a ercheist,» heb y Pwyll, «o'r a uo y'm medyant i, ti a'y keffy.»

« Eneit,» heb hitheu Riannon, «am y wled a'r darpar yssyd yma, hwnnw a rodeis i y wyr Dyuet aç y'r teulu, a'r yniueroed yssyd ymma.

Hwnnw nit eidawaf y rodi y neb. Blwydyn y heno ynteu, y byd gwled darparedic yn y llys honn i titheu, eneit, y gyscu gennyf innheu.»

 

Gwawl a gerdawd ryngthaw a'y gyuoeth. Pwyll ynteu a doeth y Dyuet. A'r ulwydyn honno a dreulwys pawb o honunt hyt oet y wled a oed yn llys Eueyd Hen.

« Je te mettrai en main un petit sac; garde-le bien. Il te réclamera le festin et tous ses préparatifs et approvisionnements, mais rien de cela ne t'appartient. Je le distribuerai aux troupes et à la famille. Tu lui répondras dans ce sens. Pour ce qui me concerne, je lui fixerai un délai d'un an, à partir de ce soir, pour coucher avec moi.

Au bout de l'année, trouve-toi avec ton sac, avec tes chevaliers, toi centième, dans le verger là haut. Lorsqu'il sera en plein amusement et compotation, entre, vêtu d'habits de mendiant, le sac en main, et ne demande que plein le sac de nourriture. Quand même on y fourrerait tout ce qu'il y a de nourriture et de boisson dans ces sept cantrevs-ci, je ferai qu'il ne soit pas plus plein qu'auparavant.

 

Quand on y aura fourré une grande quantité, il te demandera si ton sac ne sera jamais plein. Tu lui répondras qu'il ne le sera point, si un noble très puissant ne se lève, ne presse avec ses pieds la nourriture dans le sac et ne dise :

« on en a assez mis. » C'est lui que j'y ferai aller pour fouler la nourriture. Une fois qu'il y sera entré, tourne le sac jusqu'à ce qu'il en ait par-dessus la tête et fais un nœud avec les courroies du sac. Aie une bonne trompe autour du cou, et, aussitôt que le sac sera lié sur lui, sonne de la trompe : ce sera le signal convenu entre toi et tes chevaliers. A ce son, qu'ils fondent sur la cour. »

 

 

Gwawl dit à Pwyll : « Il est temps que j'aie réponse au sujet de ma demande. »

« Tout ce que tu m'as demandé de ce qui est en ma possession, » répondit-il, « tu l'auras ».

« Mon âme, » lui dit Riannon, « pour le festin avec tous les approvisionnements, j'en ai disposé en faveur des hommes de Dyvet, de ma famille et des compagnies qui sont ici; je ne permettrai de le donner à personne. Dans un an ce soir, un festin se trouvera préparé dans cette salle pour toi, mon âme, pour la nuit où tu coucheras avec moi. » Gwawl retourna dans ses terres, Pwyll en Dyvet, et ils y passèrent l'année jusqu'au moment fixé pour le festin dans la cour d'Eveidd Hen.

 

«In thy hand will I give thee a small bag,» said she. «See that thou keep it well, and he will ask of thee the banquet, and the feast, and the preparations which are not in thy power. Unto the hosts and the household will I give the feast. And such will be thy answer respecting this. And as concerns myself, I will engage to become his bride this night twelvemonth.

And at the end of the year be thou here,» said she, « and bring this bag with thee, and let thy hundred knights be in the orchard up yonder. And when he is in the midst of joy and feasting., come thou in by thyself, clad in ragged garments, and holding thy bag in thy hand, and ask nothing but a bagful of food, and I will cause that if all the meat and liquor that are in these seven Cantrevs were put into it, it would be no fuller than before.

And after a great deal has been put therein, he will ask thee whether thy bag will ever be full. Say thou then that it never will, until a man of noble birth and of great wealth arise and press the food in the bag with both his feet, saying, 'Enough has been put therein;' and I will cause him to go and tread down the food in the bag, and when he does so, turn thou the bag, so that he shall be up over his head in it, and then slip a knot upon the thongs of the bag. Let there be also a good bugle horn about thy neck, and as soon as thou hast bound him in the bag, wind thy horn, and let it be a signal between thee and thy knights. And when they hear the sound of the horn, let them come down upon the palace.»

«Lord,» said Gwawl, « it is meet that I have an answer to my request.»

«As much of that thou hast asked as it is in my power to give, thou shalt have,» replied Pwyll.

«My soul,» said Rhiannon unto him, « as for the feast and the banquet that are here, I have bestowed them upon the men of Dyved., and the household, and the warriors that are with us. These can I not suffer to be given to any. In a year from tonight a banquet shall be prepared for thee in this palace, that I may become thy bride.»

So Gwawl went forth to his possessions, and Pwyll went also back to Dyved. And they both spent that year until it was the time for the feast at the palace of Heveydd Hen.

 

Gwaul uab Clut a doeth parth a'r wled a oed darparedic idaw, a chyrchu y llys a wnaeth, a llawen uuwyt wrthaw. Pwyll ynteu Penn Annwn a doeth y'r berllan ar y ganuet marchauc, ual y gorchymynnassei Riannon idaw, a’r got ganthaw. Gwiscaw bratteu trwm ymdan[a]w a oruc Pwyll, a chymryt lloppaneu mawr am y draet. A phan wybu y bot ar dechreu kyuedach wedy bwyta, dyuot racdaw y'r neuad ; a guedy y dyuot y gynted y neuad kyuarch guell a wnaeth y Wawl uab Clut a'y gedymdeithon o wyr a gwraged.

 

«Duw a ro da yt,» heb y Gwawl,» a chraessaw Duw wrthyt.»

«Arglwyd,» heb ynteu, « Duw a dalo yt. Negessawl wyf wrthyt.»

« Craessaw wrth dy neges,» heb ef. «Ac os arch gyuartal a erchy ymi, yn llawen ti a'e keffy. » «Kyuartal, Arglwyd, » heb ynteu, « nyt archaf onyt rac eisseu. Sef arch a archaf, lloneit y got uechan a wely di o uwyt.»

« Arch didraha yw honno,» heb ef, « a thi a'y keffy yn llawen. Dygwch uwyt idaw,» heb ef.
 

Riuedi mawr o sswydwyr a gyuodassant y uynyd, a dechreu llenwi y got. Ac yr a uyrit yndi ny bydei lawnach no chynt.

 

«Eneit,» heb y Guawl, «a uyd llawn dy got ti uyth ?»

« Na uyd, y rof a Duw,» heb ef, « yr a dotter yndi uyth, ony chyuyt dylyedauc tir a dayar a chyuoeth, a ssenghi a'y deudroet y bwyt yn y got a dywedut, ‘Digawn ry dodet yma.’ »

 

 

« A geimat,» heb y Riannon, «kyuot y uynyd ar uyrr,» wrth Gwawl vab Clut.

«Kyuodaf yn llawen,» heb ef. A chyuodi y uynyd, a dodi y deudroet yn y got, a troi o Pwyll y got yny uyd Guawl dros y penn yn y got ac yn gyflym caeu y got, a llad clwm ar y carryeu, a dodi llef ar y gorn. Ac ar hynny, llyma y teulu am penn y llys, ac yna kymryt pawb o'r niuer a doeth y gyt a Guawl, a'y dodi yn y carchar e hun.

 

 

A bwrw y bratteu a'r loppaneu a'r yspeil didestyl y amdanaw a oruc Pwyll.

Ac mal y delei pob un o'e niuer ynteu y mywn, y trawei pob un dyrnawt ar y got, ac y gouynnei,

«Beth yssyd ymma ?»

« Broch,» medynt wynteu. Sef kyfryw chware a wneynt, taraw a wnai pob un dyrnawt ar y got, ae a'e droet ae a throssawl ; ac yuelly guare a'r got a wnaethont. Pawb, ual y delei, a ouynnei,

«Pa chware a wnewch chwi uelly ?»

«Guare broch yg got,» medynt wynteu. Ac yna gyntaf y guarywyt broch yg got.

 

«Arglwyd,» heb y gwr o'r got, «pei guarandawut uiui, nyt oed dihenyd arnaf uy llad y mywn got.»

 

«Arglwyd,» heb Eueyd Hen, «guir a dyweit. Iawn yw yt y warandaw ; nyt dihenyt arnaw hynny.»

«Ie,» heb y Pwyll,» mi a wnaf dy gynghor di amdanaw ef.»

« Llyna dy gynghor di,» heb Riannon yna. Yd wyt yn y lle y perthyn arnat llonydu eircheit a cherdoryon. Gat yno ef y rodi drossot y pawb,» heb hi, «a chymer gedernit y ganthaw na bo ammouyn na dial uyth amdanaw, a digawn yw hynny o gosp arnaw.»

 

« Ef a geif hynny yn llawen,» heb y gwr o'r got.

Gwawl, fils de Clut, se rendit au festin préparé pour lui; il entra dans la cour et il reçut bon accueil. Quand à Pwyll, chef d'Annwvyn, il se ren­dit au verger avec ses chevaliers, lui centième, comme lui avait recommandé Riannon, muni de son sac. Il revêtit de lourds haillons et mit de grosses chaussures. Lorsqu'il sut qu'on avait fini de manger et qu'on commençait à boire, il marcha droit à la salle. Arrivé à l'entrée, il salua Gwawl et ses compagnons, hommes et femmes.

 

 

« Dieu te donne bien. » dit Gwawl,« sois le bienvenu en son nom. »

« Seigneur, » répondit-il, « j'ai une requête à te faire. »

« Qu'elle soit la bienvenue; si tu me fais une demande convenable, tu l'obtiendras. »

« Convenable, seigneur; je ne demande que par besoin. Voici ce que je demande plein le petit sac que tu vois de nourriture. »

« Voilà bien une demande modeste; je te l'accorde volontiers apportez-lui de la nourriture.»

Un grand nombre d'officiers se levèrent et commencèrent à remplir le sac. On avait beau en mettre : il n'était pas plus plein qu'en commençant.

« Mon âme, » dit Gwawl, « ton sac sera-t-il jamais plein? »

« Il ne le sera jamais, par moi et Dieu, quoi que l'on y mette, à moins qu'un maître de terres, de domaines et de vassaux ne se lève, ne presse la nourriture avec ses deux pieds dans le sac et ne dise : « On en a mis assez. »

 

« Champion, » dit Riannon à Gwawl, fis de Clut, « lève-toi vite ».

« Volontiers, » répondit-il. Il se leva et mit ses deux pieds dans le sac. Pwyll tourna le sac si bien que Gwawl en eut par dessus la tête et, rapidement, il ferma le sac, le noua avec les courroies, et sonna du cor. Les gens de sa maison envahirent la cour, saisirent tous ceux qui étaient venus avec Gwawl et l'exposèrent lui-même dans sa propre prison (le sac) (v. notes critiques)*.

Pwyll rejeta les haillons, les grosses chaussures et toute sa grossière défroque. Chacun de ses gens en entrant donnait un coup sur le sac en disant :

« Qu'y a-t-il là-dedans? »

« Un blaireau, » répondaient les autres. Le jeu consistait à donner un coup sur le sac, soit avec le pied, soit avec une trique. Ainsi firent-ils le jeu du sac. Chacun en entrant demandait

« Quel jeu faites-vous là? »

«Le jeu du blaireau dans le sac», répondaient-ils. Et c'est ainsi que se fit pour la première fois le jeu du Blaireau dans le sac**.

« Seigneur, » dit l'homme du sac à Pwyll, « si tu voulais m'écouter, ce n'est pas un traitement qui soit digne de moi que d'être ainsi battu dans ce sac. »

« Seigneur, » dit aussi Eveydd Hen, « il dit vrai. Ce n'est pas un traite­ment digne de lui. »

 

« Eh bien, » répondit Pwyll, « je suivrai ton avis à ce sujet. »

« Voici ce que tu as à faire, » dit Riannon, « tu es dans une situation qui te commande de satisfaire les solliciteurs et les artistes. Laisse-le donner à chacun à ta place et prends des gages de lui qu'il n'y aura jamais ni réclamation, ni vengeance à son sujet. Il est assez puni. »

 

« J'y consens volontiers, » dit l'homme du sac.

 

Then Gwawl the son of Clud set out to the feast that was prepared for him, and he came to the palace, and was received there with rejoicing. Pwyll, also, the chief of Annwn, came to the orchard with his hundred knights, as Rhiannon had commanded him, having the bag with him. And Pwyll was clad in coarse and ragged garments, and wore large clumsy old shoes upon his feet. And when he knew that the carousal after the meat had begun, he went towards the hall, and when he came into the hall, he saluted Gwawl the son of Clud, and his company, both men and women.

«Heaven prosper thee,» said Gwawl, « and the greeting of Heaven be unto thee.» «Lord,» said he, « may heaven reward thee, I have an errand unto thee.» «Welcome be thine errand, and if thou ask of me that which is just, thou shalt have it gladly.» «It is fitting,» answered he. «I crave but from want, and the boon that I ask is to have this small bag that thou seest filled with meat.» «A request within reason is this,» said he, « and gladly shalt thou have it. Bring him food.»  A great number of attendants arose and began to fill the bag, but for all that they put into it, it was no fuller than at first.

«My soul,» said Gwawl, « will thy bag be ever full?»

«It will not, I declare to Heaven,» said he, « for all that may be put into it, unless one possessed of lands, and domains, and treasure, shall arise and tread down with both his feet the food that is within the bag, and shall say. 'Enough has been put herein.'»

Then said Rhiannon unto Gwawl the son of Clud, « Rise up quickly.» «I will willingly arise,» said he. So he rose up, and put his two feet into the bag. And Pwyll turned up the sides of the bag, so that Gwawl was over his head in it. And he shut it up quickly and slipped a knot upon the thongs, and blew his horn. And thereupon behold his household came down upon the palace. And they seized all the host that had come with Gwawl, and cast them into his own prison*. And Pwyll threw off his rags, and his old shoes, and his tattered array; and as they came in, every one of Pwyll's knights struck a blow upon the bag, and asked,

« What is here?» «A Badger,» said they. And in this manner they played, each of them striking the bag, either with his foot or with a staff. And thus played they with the bag. Every one as he came in asked, « What game are you playing at thus?»

«The game of Badger in the Bag,» said they. And then was the game of Badger in the Bag first played**. «Lord,» said the man in the bag, « if thou wouldest but hear me, I merit not to be slain in a bag.»

 Said Heveydd Hen, « Lord, he speaks truth. It were fitting that thou listen to him, for he deserves not this.»

«Verily,» said Pwyll, « I will do thy counsel concerning him.»

«Behold this is my counsel then,» said Rhiannon; «thou art now in a position in which it behoves thee to satisfy suitors and minstrels, let him give unto them in thy stead, and take a pledge from him that he will never seek to revenge that which has been done to him. And this will be punishment enough.»

«I will do this gladly,» said the man in the bag.

 

 

notes critiques*

Note de YK: Comme je présenterai les notes critiques beaucoup plus tard, voici pour les curieux, ce qu’il en dit: « yn y garchar e hun. Dans l’esprit du rédacteur du L. (livre) Rouge, carchar indique peut-être ici le sac : carchar est, en effet, masculin et y, par conséquent, marque le possessif, ce que confirme encore e hun

 

Blaireau dans le sac**

D'après le Linguae britannicae dictionar. duplex, de Davies, ce jeu consistait à essayer de fourrer son adversaire clans un sac. C'est encore une expression proverbiale (v. Richards, Welsh dict., p. 251 : Chwareu broch ynghod) Dafydd ab Gwilym, dans une satire contre Gruffydd Gryg, lui dit que lui, Davydd, s'il veut aller dans le Nord, sera partout choyé ; « si toi, » ajoute-t-il, « tu viens dans le Sud, tu seras broch y'nghod, blaireau dans le sac, braich anghadarn, ô bras sans force » (p. 174).

 

*

What is called « notes critiques » by Loth is a large set of notes in which he comments his translation. For instance, here, he says : “yn y garchar e hun. In the mind of the writer of the Red Book, carchar indicates perhaps the bag: carchar is masculine, thus y marks a possessive, and that is confirmed by e hun.”

 

**the game of Badger in the Bag

Davies’ Linguae britannicae dictionar. duplex explains that the game was to stuff the opponent in a bag. This is still used as a proverb (see Richards, Welsh dict., p. 251 : Chwareu broch ynghod). Dafydd ab Gwilym, in a satire against Gruffydd Gryg, brags that if him, Dafydd, wants to go North he will be everywhere welcome, while for Gruffydd “if you go South, you will be broch y'nghod (‘badger in the bag’), braich anghadarn (‘O you, arm without strength’).”

 

 «A minheu a'e kymmeraf yn llawen,» heb y Pwyll,» gan gynghor Heueyd a Riannon.»

« Kynghor yw hynny gynnym ni,» heb wynt.

«Y gymryt a wnaf,» heb y Pwyll. «Keis ueicheu drossot.»

« Ni a uydwn drostaw,» heb Heueyd, «yny uo ryd y wyr y uynet drostaw. » Ac ar hynny y gollyngwyt ef o'r got ac y rydhawyt y oreugwyr.

 

«Gouyn ueithon y Wawl weicheu,» heb yr Heueyd. «Ni a adwa.enwn y neb a dylyer y kymryt y ganthaw. » Riuaw y meicheu a wnaeth Heueyd.

«Llunnya dy hunn,» heb y Guawl, «dy ammot.»

 

« Digawn yw gennyf i,» heb y Pwyll, «ual y llunnyawd Riannon.» Y meicheu a aeth ar yr ammot hwnnw.

«Ie, Arglwyd, heb y Guawl, «briwedic wyf i, a chymriw mawr a geueis, ac ennein yssyd reit ymi, ac y ymdeith yd af i, gan dy gannyat ti. A mi a adawaf wyrda drossof yma, y attep y pawb o'r a'th ouynno di.»

 

« Yn llawen,» heb y Pwyll,» «a gwna ditheu hynny. » Guawl a aeth parth a'y gyuoeth.

 

Y neuad ynteu a gyweirwyt y Pwyll a'e niuer, ac yniuer y llys y am hynny. Ac y'r bordeu yd aethont y eisted, ac ual yd eistedyssant ulwydyn o'r nos honno, yd eistedwys paub y nos [honno]. Bwyta a chyuedach a wnaethont, ac amser a doeth y uynet y gyscu.

Ac y'r ystauell yd aeth Pwyll a Riannon,

 

 

a threulaw y nos honno drwy digriuwch a llonydwch.

 

A thrannoeth, yn ieuengtit y dyd, «Arglwyd,» heb Riannon,» kyuot y uynyd, a dechreu lonydu y kerdoryon, ac na ommed neb hediw, o'r a uynno da.»

 

« Hynny a wnaf i, yn llawen,» heb y Pwyll, «a hediw a pheunyd tra parhao y wled honn. »

 

Ef a gyuodes Pwyll y uynyd, a pheri dodi gostec, y erchi y holl eircheit a cherdoryon dangos, a menegi udunt y llonydit pawb o

honunt wrth y uod a'y uympwy ; a hynny a wnaethpwyd. Y wled honno a dreulwyt, ac ny ommedwyt neb tra barhaud. A phan daruu y wled,

«Arglwyd,» heb y Pwyll wrth Heueyd,» mi a gych­wynnaf, gan dy gannyat, parth a Dyuet auore.»

Ie,» heb Heueyd, «Duw a rwydhao ragot ; a gwna oet a chyfnot y del Riannon i'th ol.»

 

« Y rof i a Duw,» heb ynteu Pwyll, «y gyt y kerdwn odymma.»

« Ay uelly y mynny di, Arglwyd?» heb yr Heueyd.

«Uelly, y rof a Duw,» heb y Pwyll.

Wynt a gerdassant trannoeth parth a Dyuet, a Llys Arberth a gyrchyssant, a gwled darparedic oed yno udunt. Dygyuor y wlat a'r kyuoeth a doeth attunt o'r gwyr goreu a'r gwraged goreu. Na gwr na gwreic o hynny nyt edewis Riannon, heb rodi rod enwauc idaw, ae o gae, ae o uodrwy, ae o uaen guerthuawr.

« J'accepterai, » dit Pwyll « si c'est l'avis d'Eveidd et de Riannon. »

« C'est notre avis, » répondirent-ils.

« J'accepte donc : cherchez des cautions pour lui.»

« Nous le serons, nous » répondit Eveydd, «jusqu'à ce que ses hommes soient libres et répondent pour lui. » Là-dessus, on le laissa sortir du sac et on délivra ses nobles.

« Demande maintenant des cautions à Gwawl, » dit Eveydd à Pwyll, « nous connaissons tous ceux qu'on peut accepter de lui. » Eveydd énuméra les cautions.

« Maintenant, » dit Gwawl à Pwyll, arrange toi-même le traité. »

« Je me contente, » répondit-il, « de celui qu'a proposé Riannon. » Cet arrangement fut confirmé par les cautions.

« En vérité, seigneur, » dit alors Gwawl, « je suis moulu et couvert de contusions. J'ai besoin de bains* : avec ta permission, je m'en irai et je laisserai des nobles ici à ma place pour répondre à chacun de ceux qui viendront vers toi en solliciteurs.»

« Je le permets volontiers, » répondit Pwyll. Gwawl retourna dans ses terres.

 

On prépara la salle pour Pwyll, ses gens et ceux de la cour en outre. Puis tous se mirent à table et chacun s'assit dans le même ordre qu'il y avait un an pour ce soir-là. Ils mangèrent et burent.

 

 

Quand le moment fut venu, Pwyll et Riannon se rendirent à leur chambre.

 

La nuit se passa dans les plaisirs et le contentement.

 

Le lendemain, dans la jeunesse du jour, Riannon dit : « Seigneur, lève-toi, et commence à satisfaire les artistes; ne refuse aujourd'hui à personne ce qu'il te demandera. »

 

« Je le ferai volontiers, » dit Pwyll, « et aujourd'hui et les jours suivants, tant que durera ce banquet. »

Pwyll se leva et fit faire une publication invitant les solliciteurs et les artistes à se montrer et leur signifiant qu'on satisferait chacun d'eux suivant sa volonté et sa fantaisie. Ce qui fut fait. Le banquet se continua et, tant qu'il dura, personne n'éprouva de refus. Quand il fut terminé, Pwyll dit à Eveydd,

« Seigneur, avec ta permission, je partirai pour Dyvet demain. »

 

« Eh bien, » répondit Eveydd, « que Dieu aplanisse la voie devant toi. Fixe le terme et le moment où Riannon ira te rejoindre. »

« Par moi et Dieu, » répondit-il, « nous partirons tous les deux ensemble d'ici. »

« C'est bien ton désir, seigneur? »

 

« Oui, par moi et Dieu. »

Ils se mirent en marche le lendemain pour Dyvet et se rendirent à la cour d'Arberth, où un festin avait été préparé pour eux. De tout le pays, de toutes les terres, accoururent autour d'eux les hommes et les femmes les plus nobles. Riannon ne laissa personne sans lui faire un présent remarquable, soit collier, soit anneau, soit pierre précieuse.

«And gladly will I accept it,» said Pwyll, « since it is the counsel of Heveydd and Rhiannon.»

«Such then is our counsel,» answered they. «I accept it,» said Pwyll. «Seek thyself sureties.»

«We will be for him,» said Heveydd, « until his men be free to answer for him.» And upon this he was let out of the bag, and his liegemen were liberated. Demand now of Gwawl his sureties,» said Heveydd, « we know which should be taken for him.» And Heveydd numbered the sureties. Said Gwawl,

 

« Do thou thyself draw up the covenant.»

 

«It will suffice me that it be as Rhiannon said,» answered Pwyll. So unto that covenant were the sureties pledged.

«Verily, Lord,» said Gwawl, « I am greatly hurt, and I have many bruises. I have need to be anointed*, with thy leave I will go forth. I will leave nobles in my stead, to answer for me in all that thou shalt require.»

 

«Willingly,» said Pwyll, « mayest thou do thus.» So Gwawl went towards his own possessions.

And the hall was set in order for Pwyll and the men of his host, and for them also of the palace, and they went to the tables and sat down. And as they had sat that time twelvemonth, so sat they that night. And they ate, and feasted, and spent the night in mirth and tranquillity.

 

 

And the time came that they should sleep, and Pwyll and Rhiannon went to their chamber.

MISSING. YK’s translation from the French:

The night was spent in pleasures and satisfaction.

Missing part ends here.

And next morning at the break of day, « My Lord,» said Rhiannon, « arise and begin to give thy gifts unto the minstrels. Refuse no one to-day that may claim thy bounty.»

 

Thus shall it be gladly,» said Pwyll, « both to-day and every day while the feast shall last.»

 

So Pwyll arose, and he caused silence to be proclaimed, and desired all the suitors and the minstrels to show and to point out what gifts were to their wish and desire. And this being done, the feast went on, and he denied no one while it lasted. And when the feast was ended, Pwyll said unto Heveydd,

« My Lord, with thy permission I will set out for Dyved to-morrow.»

 

«Certainly,» said Heveydd, « may Heaven prosper thee. Fix also a time when Rhiannon may follow thee.»

«By Heaven,» said Pwyll, « we will go hence together.»

«Willest thou this, Lord?» said Heveydd.

 

«Yes, by Heaven,» answered Pwyll.

And the next day, they set forward towards Dyved, and journeyed to the palace of Narberth, where a feast was made ready for them. And there came to them great numbers of the chief men and the most noble ladies of the land, and of these there was none to whom Rhiannon did not give some rich gift, either a bracelet, or a ring, or a precious stone.

 

 

bains*

A en juger par les Mabinogion, les Gallois devaient faire grand usage de bains ; c'est confirmé par plusieurs passages des Lois, un notamment. Il n'est pas dû d'indemnité pour un incendie causé par un feu d'enneint (bains), si l'établissement est distant de 7 brasses des autres maisons du hameau (Ancient Laws, I, p.258). Le Brut Tysilio mentionne un établissement de bains chauds fondé à Caer Vaddon (Bath) par Bleiddyt (Myv. arch., p.441, col. 1). C'était un reste probablement des usages introduits par les Romains.

*ointment

YK’s note : Loth, in his ‘notes critiques’ argues that translating ennein by ‘bath’ is better than Lady Guest’s ‘ointment’. This ‘bath’ allows him to comment:

“The Mabinogion show that the Welsh used much of baths; one particular section of the Laws states that no payment is due in case of a fire caused by a bathing place (enneint) whenever the building is further than 35 feet from the other houses of the village (Ancient Laws, I, p.258).”

 

 Gwledychu y wlat a wnaethont yn llwydannus y ulwydyn honno, a'r eil. Ac yn [y] dryded ulwydyn, y dechreuis gwyr y wlat dala trymuryt yndunt, o welet gwr kymeint a gerynt a'e harglwyd ac eu brawduaeth, yn dietiued ; a'e dyuynnu attunt a wnaethont. Sef lle y doethont y gyt, y Bresseleu yn Dyuet.

 

«Arglwyd,» heb wynt, «ni a wdom na bydy gyuoet ti a rei o wyr y wlat honn, ac yn ouyn ni yw, na byd it etiued o'r wreic yssyd gennyt. Ac wrth hynny, kymmer wreic arall y bo ettiued yt ohonei. Nyt byth,» heb wynt, «y perhey di, a chyt kerych di uot yuelly, nys diodefwn y gennyt.»

 

« Ie,» heb y Pwyll,» nyt hir ettwa yd ym y gyt, a llawer damwein a digawn bot. Oedwch a mi hynn hyt ym pen y ulwydyn ; a blwydyn y'r amser hwnn, ni a wnawn yr oet y dyuot y gyt, ac wrth ych kynghor y bydaf. »Yr oet a wnaethant.

 

Kynn dyuot cwbyl o'r oet, mab a anet idaw ef, ac yn Arberth y ganet. A'r nos y ganet, y ducpwyt gwraged y wylat y mab a'y uam. Sef a wnaeth y gwraged kyscu, a mam y mab, Riannon. Sef riuedi o wraged a ducpwyt y'r ystauell hwech wraged. Gwylat a wnaethont wynteu dalym o'r nos, ac yn hynny eisswys, kyn hanner noss, kyscu a wnaeth pawb ohonunt, a thu a'r pylgeint deffroi. A phan deffroyssant, edrych a orugant y lle y dodyssynt y mab, ac nyt oed dim ohonaw yno.

 

«Och !» heb vn o'r gwraged, «neur golles y mab.»

« Ie,» heb arall, «bychan a dial oed yn lloski ni, neu yn dienydyaw am y mab.»

 

 

« A oes,» heb un o'r guraged, «kynghor o'r byt am hynn ?»

« Oes,» heb arall, «mi a wnn gynghor da,» heb hi.

«Beth yw hynny ?» heb wy.

«Gellast yssyd yma,» heb hi, «a chanawon genti. Lladwn rei o'r canawon, ac irwn y hwyneb hitheu Riannon a'r gwaet, a'y dwylaw, a byrwn yr eskyrn gyr y bron, a thaerwn arnei e hun diuetha y mab. Ac ni byd yn taered ni an chwech wrthi hi e hun. »

Ac ar y kynghor hwnnw y trigwyt.

 

Ils gouvernèrent le pays d'une façon prospère cette année, puis une seconde. Mais la troisième, les hommes du pays commencèrent à concevoir de sombres pensées, en voyant sans héritier un homme qu'ils aimaient autant qu'ils faisaient leur seigneur et leur frère de lait : ils le prièrent de se rendre auprès d'eux. La réunion eut lieu à Presseleu*, en Dyvet.

« Seigneur, » lui dirent-ils, « nous ne savons si tu vivras aussi vieux que certains hommes de ce pays, et nous craignons que tu n'aies pas d'héritier de la femme avec laquelle tu vis. Prends-en donc une autre qui te donne un héritier. Tu ne dureras pas toujours; aussi, quand même tu voudrais rester ainsi, nous ne te le permettrions pas. »

« Il n'y a pas encore longtemps, » répondit Pwyll, « que nous sommes ensemble. Il peut arriver bien des choses. Remettez avec moi cette affaire d'ici à un an. Convenons de, nous réunir aujourd'hui dans un an, et alors je suivrai votre avis. » On convint du délai.

Avant le terme fixé un fils lui naquit, à Arberth même. La nuit de sa naissance, on envoya des femmes veiller la mère et l'enfant. Les femmes s'endormirent, ainsi que Riannon la mère. Ces femmes étaient au nombre de six. Elles veillèrent bien une partie de la nuit; mais, dès avant minuit, elles s'endormirent et ne se réveillèrent qu'au point du jour. Aussitôt réveillées, leurs yeux se dirigèrent vers l'endroit où elles avaient placé l'enfant : il n'y avait plus de trace de lui.

 

« Hélas ! » s'écria une d'elles, « l'enfant est perdu ! »

« Assurément, » dit une autre, « on trouvera que c'est une trop faible expiation pour nous de la perte de l'enfant que de nous brûler ou de nous tuer ! »

« Y a-t-il au monde, » s'écria une autre, « un conseil à suivre en cette occasion? »

« Oui, » répondit une d'elles, « j'en sais un bon.»

 

« Lequel? » dirent-elles toutes.

« Il y a ici une chienne de chasse avec ses petits. Tuons quelques-uns de petits, frottons de leur sang le visage et les mains de Riannon, jetons les os devant elle et jurons que c'est elle qui a tué son fils. Notre serment à nous six l'emportera sur son affirmation à elle seule.

Elles s'arrêtèrent à ce projet.

 

And they ruled the land prosperously both that year and the next.

And in the third year the nobles of the land began to be sorrowful at seeing a man whom they loved so much, and who was moreover their lord and their foster-brother, without an heir. And they came to him. And the place where they met was Preseleu*, in Dyved. «Lord,» said they, « we know that thou art not so young as some of the men of this country, and we fear that thou mayest not have an heir of the wife whom thou hast taken. Take therefore another wife of whom thou mayest have heirs. Thou canst not always continue with us, and though thou desire to remain as thou art, we will not suffer thee.»

«Truly,» said Pwyll, « we have not long been joined together, and many things may yet befall. Grant me a year from this time, and for the space of a year we will abide together, and after that I will do according to your wishes.» So they granted it. And before the end of a year a son was born unto him. And in Narberth was he born; and on the night that he was born, women were brought to watch the mother and the boy. And the women slept, as did also Rhiannon, the mother of the boy. And the number of the women that were brought into the chamber was six. And they watched for a good portion of the night, and before midnight every one of them fell asleep, and towards break of day they awoke; and when they awoke, they looked where they had put the boy, and behold he was not there.

«Oh,» said one of the women, « the boy is lost!»  «Yes,» said another, « and it will be small vengeance if we are burnt or put to death because of the child.» Said one of the women, «Is there any counsel for us in the world in this matter ?»

«There is,» answered another, « I offer you good counsel.» «What is that?» asked they. «There is here a stag-hound bitch, and she has a litter of whelps. Let us kill some of the cubs, and rub the blood on the face and hands of Rhiannon, and lay the bones before her, and assert that she herself hath devoured her son, and she alone will not be able to gainsay us six.»

And according to this counsel it was settled.

 

Presseleu*

Presseleu, aujourd'hui Presselly, désigne la plus haute chaîne de collines du comté de Pembroke. Il en est encore question dans Kulhwch et Olwen, Il s'agit ici d'un endroit précis dans le voisinage. C'est peut-être aujourd'hui Preselwy, nom d'une maison dans le voisinage de Neath. Il y a échange parfois entre les terminaison eu et wy (Ma[w]deu, pour Mawdwy. Oxford Bruts,. p. 408 : cf. Eg. Phil. dans Owen's Pembrok., t. I, p. 448, note 2 : cf. trothwy et trotheu.; aswy, aseu, etc.

 

*Preseleu

Now called Presselly. It is the highest hill chain of the county of Pembroke. In the mabinogi of Kulhwch and Olwen, it seems to be a precise location, perhaps what is now Preselwy, a house nearby Neath. The exchange between an -eu and an -wy ending is not unexpected.

 

 Parth a'r dyd Riannon a deffroes, ac a dywot,

«A wraged,» heb hi,» mae y mab ?»

«Arglwydes,» heb wy, «na ouyn di yni y mab. Nyt oes ohonam ni namyn cleisseu a dyrnodeu yn ymdaraw a thi ; a diamheu yw gennym na welsam eiroet uilwraeth yn un wreic kymeint ac ynot ti. Ac ny thygyawd ynni ymdaraw a thi. Neur diffetheeist du hun dy uab, ac na hawl ef ynni.»

« A druein,» heb y Riannon, «yr yr Arglwyd Duw a wyr pob peth, na yrrwch geu arnaf. Duw, a wyr pob peth, a wyr bot yn eu hynny arnaf i. Ac os ouyn yssyd arnawchi, ym kyffes y Duw, mi a'ch differaf.»

« Dioer,» heb wy, «ny adwn ni drwc arnam ny hunein yr dyn yn y byt.»

 

« A druein,» heb hitheu, «ny chewch un drwc yr dywedut y wirioned. » Yr a dywettei hi yn dec ac yn druan, ny chaffei namyn yr un atteb gan y gwraged.

Pwyll Penn Annwn ar hynny a gyuodes, a'r teulu a'r yniueroed, a chelu y damwein hwnnw ny allwyt. Y'r wlat yd aeth y chwedyl, a phawb o'r guyrda a'e kigleu. A'r guyrda a doethant y gyt y wneuthur kynnadeu at Pwyll, y erchi idaw yscar a'e wreic, am gyflauan mor anwedus ac ar y wnaethoed. Sef attep a rodes Pwyll,

 

«Nyt oed achaws ganthunt wy y erchi y mi yscar a'm gwreic namyn na bydei plant idi. Plant a wnn i y uot idi hi. Ac nyt yscaraf a hi. O gwnaeth hitheu gam, kymeret y phenyt amdanaw.»

Hitheu Riannon a dyuynnwys attei athrawon a doethon. A gwedy bot yn degach genthi kymryt y phenyt nog ymdaeru a'r gwraged, y phenyt a gymerth. Sef penyt a dodet erni, bot yn y llys honno yn Arberth hyt ym penn y seith mlyned.

Ac yskynuaen a oed odieithyr y porth, eisted gyr llaw hwnnw beunyd, a dywedut y pawb a delei o'r a debygei nas gwyppei, y gyffranc oll, ac o'r a attei idi y dwyn, kynnic y westei a phellynic y dwyn ar y cheuyn y'r llys.

 

 

A damwein y gadei yr un y dwyn.

Ac yuelly treulaw talym o'r ulwydyn a wnaeth.

 

Vers le jour, Riannon s'éveilla et dit :

 

« Femmes où est mon fils? »

« Princesse, ne nous demande pas ton fils; nous ne sommes que plaies et contusions, après notre lutte contre toi; jamais en vérité, nous n'avons vu autant de force chez une femme; il ne nous a servi de rien de lutter contre toi : tu as toi-même mis en pièces ton fils. Ne nous le réclame donc pas. »

« Malheureuses, » répondit-elle, « par le Seigneur Dieu qui voit tout, ne faites pas peser sur moi une fausse accusation. Dieu qui sait tout, sait que c'est faux. Si vous avez peur, j'en atteste Dieu, je vous protégerai. »

« Assurément, » s'écrièrent-elles, « nous ne nous exposerons pas nous-mêmes à mal pour personne au monde. »

« Malheureuses, mais vous n'aurez aucun mal en disant la vérité. » En dépit de tout ce qu'elle put leur dire de beau et d'attendrissant, elle n'obtint d'elles que la même réponse.

A ce moment, Pwyll se leva, ainsi que sa troupe et toute sa maison. On ne put lui cacher le malheur. La nouvelle s'en répandit par le pays. Tous les nobles l'apprirent; ils se réunirent et envoyèrent des messagers à Pwyll pour lui demander de se séparer de sa femme après un forfait aussi horrible*. Pwyll leur fit cette réponse :

« Vous ne m'avez demandé de me séparer de ma femme que pour une seule raison : c'est qu'elle n'avait pas d'enfant. Or, je lui en connais un. Je ne me séparerai donc pas d'elle. Si elle a mal fait, qu'elle en fasse pénitence. »

Riannon fit venir des docteurs et des sages, et lui parut plus digne d'accepter une pénitence que d'entrer en discussion avec les femmes. Voici la pénitence qu'on lui imposa : elle resterait pendant sept ans de suite à la cour d'Arberth,

 

s'asseoirait chaque jour à côté du montoir de pierre qui était à l'entrée, à l'extérieur, raconterait à tout venant qui lui paraîtrait l'ignorer toute l'aventure et proposerait, aux hôtes et aux étrangers, s'ils voulaient le lui permettre, de les porter sur son dos à la cour.

 

II arriva rarement que quelqu'un consentît à se laisser porter. Elle passa ainsi une partie de l'année.

And towards morning Rhiannon awoke, and she said,

« Women, where is my son?»

«Lady,» said they, « ask us not concerning thy son, we have nought but the blows and the bruises we got by struggling with thee, and of a truth we never saw any woman so violent as thou, for it was of no avail to contend with thee. Hast thou not thyself devoured thy son? Claim him not therefore of us.»

«For pity's sake,» said Rhiannon; «the Lord God knows all things. Charge me not falsely. If you tell me this from fear, I assert before Heaven that I will defend you.»

 

«Truly,» said they, « we would not bring evil on ourselves for anyone in the world.»

 

«For pity's sake,» said Rhiannon, « you will receive no evil by telling the truth.» But for all her words, whether fair or harsh, she received but the same answer from the women.

And Pwyll the chief of Annwvyn arose, and his household, and his hosts. And this occurrence could not be concealed, but the story went forth throughout the land, and all the nobles heard it. Then the nobles came to Pwyll, and besought him to put away his wife, because of the great crime which she had done*. But Pwyll answered them,

that they had no cause wherefore they might ask him to put away his wife, save for her having no children. «But children has she now had, therefore will I not put her away; if she has done wrong, let her do penance for it.»

So Rhiannon sent for the teachers and the wise men, and as she preferred doing penance to contending with the women, she took upon her a penance. And the penance that was imposed upon her was, that she should remain in that palace of Narberth until the end of seven years, and that she should sit, every day near unto a horse-block that was without the gate. And that she should relate the story to all who should come there, whom she might suppose not to know it already; and that she should offer the guests and strangers, if they would permit her, to carry them upon her back into the palace.

But it rarely happened that any would permit. And thus did she spend part of the year.

 

 

[YK's note: *the great crime which she had done. At this stage, it seems that no one doubts of Rhiannon's crime. The six women attending her must have been kind of 'valets' in the meaning given above, that is young women of noble birth completing their education at court. Their witnessing must have been indisputable. All this hints however at court plotting, and Pwyll's refusal to get rid of Rhiannon shows, besides pure love, a concern for not taking a wife among the existing noble families, for reasons we ignore.

This explains also why, to our surprise, the tale hints at no punishment of these false witnesses when Pryderi shows up later.]

[Note de YK: *après un forfait aussi horrible. Nul ne semble douter du crime de Riannon. Ces six femmes doivent avoir été des « valets » au sens donné plus haut : des jeunes filles de haute naissance envoyées à la cour afin de parfaire leur éducation. Leur témoignage ne pouvait donc être discuté. Ceci sous-entend des intrigues de cour, et la brusque arrivée de Riannon avait dûe être ressentie comme un outrage par les familles puissantes autour de Pwyll. De plus, cela explique pourquoi aucune allusion n’est faite à une punition qui aurait été infligée à ces femmes après que la vérité ait été découverte.

 

 Ac yn yr amser hwnnw yd oed yn arglwyd ar Wynt Ys Coet, Teirnon Twryf Uliant, a'r gwr goreu yn y byt oed. Ac yn y ty yd oed cassec. Ac nyt oed yn y dyrnas, na march na chassec degach no hi ; a phob nos Calanmei y moei, ac ny wybydei neb un geir e wrth y hebawl. Sef a wnaeth Teirnon, ymdidan nosweith a'y wreic,

 

 

«Ha wreic,» heb ef; «llibin yd ym pob blwydyn yn gadu heppil yn cassec, heb gaffel yr un o honunt. »

 

«Peth a ellir wrth hynny ?» heb hi.

«Dial Duw arnaf,» heb ef, « nos Calanmei yw heno, ony wybydaf i pa dileith yssyd yn dwyn yr ebolyon. » Peri dwyn y gassec y mywn ty a wnaeth, a gwiscaw arueu amdanaw a oruc ynteu, a dechreu gwylat y nos.

En ce temps-là, il y avait comme seigneur à Gwent Is-coed* Teyrnon Twryv Vliant**. C'était le meilleur homme du monde. Il avait chez lui une jument qu'aucun cheval ou jument dans tout le royaume ne surpassait en beauté. Tous les ans, dans la nuit des calendes*** de mai, elle mettait bas, mais personne n'avait de nouvelles du poulain. Un soir, Teyrnon dit à sa femme :

« Femme, nous sommes vraiment bien nonchalants : nous avons chaque année un poulain de notre jument et nous n'en conservons aucun ! »

« Que peut on y faire? » répondit-elle.

« Que la vengeance de Dieu soit sur moi, si cette nuit, qui est celles des calendes de mai, je ne sais quel genre de destruction m'enlève ainsi mes poulains. » II fit rentrer sa jument, se revêtit de son armure et commença sa garde.

Now at that time Teirnon Twryv Vliant** was Lord of Gwent Is Coed*, and he was the best man in the world. And unto his house there belonged a mare, than which neither mare nor horse in the kingdom was more beautiful.

And on the night of every first*** of May she foaled, and no one ever knew what became of the colt.

 

And one night Teirnon talked with his wife:

«Wife,» said he, « it is very simple of us that our mare should foal every year, and that we should have none of her colts.»

«What can be done in the matter?» said she. «This is the night of the first of May,» said he. «The vengeance of Heaven be upon me, if I learn not what it is that takes away the colts.» So he caused the mare to be brought into a house, and he armed himself, and began to watch that night.

 

Gwent Is-coed*

Gwent s'étendait depuis l'Usk jusqu'au pont de Gloucester (Iolo mss. p. 86), et se divisait en trois cantrevs : Gwent is coèd, ou «plus bas que la forêt ; » Gwent uch coed, ou plus haut que la forêt, et cantrev coch, ou «le rouge, » appelé aussi cantrev coch yn y Dena, ou «dans la forêt de Dean» (Myv. arch., p. 137). Gwent comprenait donc le Monmouthshire ; une partie du Ilerefordshire et du Gloucestershire. Le nom de Gwent vient de Venta (Venta Silurum).

 

Teyrnon Twryv Vliant**

Teyrnon est un dérivé de Tiern, = vieux celtique Tigernos, «chef de famille, chef.» (Pour les dérivés armoricains, voy. Annales de Bretagne, 1887, t. II, p. 422. Cf. Rhys, Lectures on welsh. Philology, 2 édit., p. 33.) Twryf signifie bruit; vliant est pour bliant, nom d'une étoffe dont il est souvent question dans les Mabinogion, sorte de toile fine ou de batiste. La forme bliant est insulaire ; en vieux français, c’est bliatt ou bliaut. On trouve en vieil anglais blihant, blihand et plus récemment, bleaunt. Le mot désigne, d’après Murray (a new engl. Dict.) une tunique ou vêtement de dessus, et aussi une étoffe de prix pour la confection de ce vêtement. Ce surnom bizarre vient d'une erreur du scribe (v. plus haut. Introd. ; cf. John Rhys, Arthurian Legend p. 283); il faut lire Twryv Liant, bruit des flots.

 

la nuit des calendes***

Calan est un mot emprunté par tous les Bretons à l'époque de l'occupation romaine, et désigne le premier jour du mois (cf. le nom propre Kalan-hedre, Cart. de Redon). Cf. J. Loth, L'année celtique, p. 13 et suiv.

*Gwent Is-coed

Gwent was divided into three cantrevs : Gwent is coèd, ‘lower than the forest’; Gwent uch coed, ‘higher than the forest’ and cantrev coch, ‘the red one’, called also cantrev coch yn y Dena, ‘inside Dean’s forest’ (Myv. arch., p. 137). Gwent thus contained Monmouthshire, a part of Ilerefordshire and of Gloucestershire.

This name comes from Venta (Venta Silurum).

 

**Teyrnon Twryv Vliant

Teyrnon is derived from Tiern, = Old Celtic Tigernos, «family head, chief.»

twryf means noise.

vliant stands for bliant, a kind of thin fabric or batiste often spoken of in the Mabinogion. This form is used on the isles; Old French: bliatt or bliaut. Old English: blihant, blihand more recently, bleaunt. Murray, in his “a new engl. Dict.” says that it designates an overcoat, and its fabric.

This strange nickname comes from a scribe’s mistake. It should be read as Twryv Liant, ‘the noise of the waves’.

 

 

***the night of every first of May

Calan is borrowed from the latin by all Britonnic speaking peoples. It is the first day of the month (ref. the family name Kalan-hedre, Cart. de Redon). Ref. J. Loth, L'année celtique, p. 13 and fol.

 

Ac ual y byd dechreu noss, moi y gassec ar ebawl mawr telediw, ac yn seuyll yn y lle.

Sef a wnaeth Teirnon, kyuodi ac edrych ar prafter yr ebawl, ac ual y byd yuelly, ef a glywei twrwf mawr, ac yn ol y twrwf, llyma grauanc uawr drwy fenestyr ar y ty, ac yn ymauael a'r ebawl geir y uwng.

 

Sef a wnaeth ynteu Teirnon, tynnu cledyf, a tharaw y ureich o not yr elin e ymdeith, ac yny uyd hynny o'r ureich a'r ebawl ganthaw ef y mywn. Ac ar hynny twrwf, a diskyr a gigleu y gyt. Agori y drws a oruc ef a dwyn ruthyr yn ol y twrwf. Ny welei ef y twrwf rac tywyllet y nos. Ruthyr a duc yn y ol, a'y ymlit.

 

 

A dyuot cof idaw adaw y drws y agoret, ac ymhwelut a wnaeth. Ac wrth y drws, llyma uab bychan yn y gorn, guedy troi llenn o bali yn y gylch. Kymryt y mab a wnaeth attaw, a llyma y mab yn gryf yn yr oet a oed arnaw.

 

Dodi cayat ar y drws a wnaeth, a chyrchu yr ystauell yd oed y wreic yndi.

«Arglwydes,» heb ef, ay kyscu yd wyt ti ?»

« Nac ef, Arglwyd,» heb hi. «Mi a gyskeis, a phan doethost ti y mywn mi a deffroeis.»

« Mae ymma mab it,» heb ef, « os mynny, yr hwnn ny bu yt eiroet.»

«Arglwyd,» heb hi,» pa «gyfranc uu hynny ?»

«Llyma oll,» heb y Teirnon, a menegi y dadyl oll.

«Ie, Arglwyd,» heb hi, «pa ryw wisc yssyd am y mab ?»

«Llen o bali,» heb ynteu.

«Mab y dynnyon mwyn yw,» heb hi. «Arglwyd,» heb hi, «digrifwch a didanwch oed gennyf i, bei mynnut ti, mi a dygwn wraged yn un a mi, ac a dywedwn uy mot y ueichawc. »

 

« Myui a duunaf a thi yn llawen,» heb ef, « am hynny.» Ac yuelly y gwnaethpwyt. Peri a wnaethont bedydyaw y mab, o'r bedyd a wneit yna. Sef enw a dodet arnaw, Gwri Wallt Euryn. Yr hynn a oed ar y ben o wallt, kyuelynet oed a'r eur.

Au commencement de la nuit, la jument mit bas un poulain grand et accompli qui se dressa sur ses pieds immédiatement. Teyrnon se leva et se mit à considérer les belles proportions du cheval. Pendant qu'il était ainsi occupe, il entendit un grand bruit, et, aussitôt après, il vit une griffe pénétrer par une fenêtre qui était sur la maison et saisir le cheval par la crinière.

Teyrnon tira son épée et trancha le bras à partir de l'articulation du coude, si bien que cette partie et le poulain lui restèrent à l'intérieur. Là-dessus, tumulte et cris perçants se firent entendre. Il ouvrit la porte s'élança dans la direction du bruit. Il n'en voyait pas l'auteur à cause de l'obscurité, mais il se précipita de son côté et se mit à sa poursuite.

 

S'étant souvenu qu'il avait laissé la porte ouverte, il revint. A la porte même, il trouva un petit garçon emmailloté et enveloppé dans un manteau de paile. Il le prit : l'enfant était fort pour l'âge qu'il paraissait.

 

Il ferma la porte et se rendit à la chambre où était sa femme.

« Dame, » dit-il, « dors-tu? » -

« Non, seigneur; je dormais, mais je me suis réveillée quand tu es entré. »

« Voici pour toi un fils, » dit-il, « si tu veux en avoir un qui n'a jamais été à toi. »

« Seigneur, qu'est-ce que cette aventure? »

« Voici. » Et il lui raconta toute, l'histoire.

 

« Eh bien, seigneur, » dit-elle, « quelle sorte d'habit a-t-il? »

« Un manteau de paile, » répondit-il.

« C'est un fils de gentilhomme. Nous trouverions en lui distraction et consolation, si tu voulais. Je ferais venir des femmes et je leur dirais que je suis enceinte. »

 

« Je suis de ton avis à ce sujet, » répondit Teyrnon. Ainsi firent-ils. Ils firent admi­nistrer à l'enfant le baptême alors en usage et on lui donna le nom de Gwri Wallt Euryn*, (aux cheveux d’or) parce que tout ce qu'il avait de cheveux sur la tête était aussi jaune que de l'or.

And in the beginning of the night, the mare foaled a large and beautiful colt. And it was standing up in the place. And Teyrnon rose up and looked at the size of the colt, and as he did so he heard a great tumult, and after the tumult behold a claw came through the window into the house, and it seized the colt by the mane.

 Then Teyrnon drew his sword, and struck off the arm at the elbow, so that portion of the arm together with the colt was in the house with him. And then did he hear a tumult and wailing, both at once. And he opened the door, and rushed out in the direction of the noise, and he could not see the cause of the tumult because of the darkness of the night, but he rushed after it and followed it. Then he remembered that he had left the door open, and he returned. And at the door behold there was an infant boy in swaddling-clothes, wrapped around in a mantle of satin. And he took up the boy, and behold he was very strong for the age that he was of.Then he shut the door, and went into the chamber where his wife was. «Lady,» said he, « art thou sleeping?»

«No, lord,» said she, « I was asleep, but as thou camest in I did awake.»

«Behold, here is a boy for thee if thou wilt,» said he, « since thou hast never had one.» «My lord,» said she, « what adventure is this?» «It was thus,» said Teyrnon; and he told her how it all befell.

«Verily, lord,» said she, « what sort of garments are there upon the boy?» «A mantle of satin,» said he.

«He is then a boy of gentle lineage,» she replied.»My lord,» she said, « if thou wilt, I shall have great diversion and mirth. I will call my women unto me, and tell them that I have been pregnant.»

«I will readily grant thee to do this,» he answered. And thus did they, and they caused the boy to be baptized, and the ceremony was performed there; and the name which they gave unto him, was Gwri Wallt Euryn*, because what hair was upon his head was as yellow as gold.

 

 

Wallt Euryn*

Gwallt, «cheveux ; » euryn, «d'or. » Voy. la note à Pryderi.

Gwallt, «hair ; » euryn, «golden. »

 

Meithryn y mab a wnaethpwyt yn y llys yny oed ulwyd. A chynn y ulwyd yd oed yn kerdet yn gryf, a breiscach oed no mab teir blwyd, a uei uawr y dwf a'e ueint. A'r eil ulwydyn y magwyt y mab, a chyn ureisket oed a mab chweblwyd. A chynn penn y pedwyryd ulwydyn, yd oed yn ymoprau a gueisson y meirch, am y adu o'e dwyn y'r dwuyr.

 

«Arglwyd,» heb y wreic wrth Teirnon, «mae yr ebawl a differeist ti y noss y keueist y mab ?»

 

«Mi a'e gorchymynneis y weisson y meirych,» heb ef, « ac a ercheis synnyaw wrthaw,»

 

« Ponyt oed da iti, Arglwyd,» heb hi, «peri y hywedu, a'y rodi y'r mab ? Kanys y noss y keueist y mab y ganet yr ebawl ac y differeist.»

 

 

«Nyt af i yn erbyn hynny,» heb y Teirnon. «Mi a adaf y ti y rodi idaw.»

 

«Arglwyd,» heb hi, «Duw a dalo yt, mi a'e rodaf idaw.» Y rodet y march y'r mab, ac y deuth hi at y guastrodyon, ac at weisson y meirch, y orchymyn synyeit wrth y march, a'e uot yn hywed erbyn pan elei y mab y uarchogaeth, a chwedyl wrthaw.

 

Emysc hynny, wynt a glywssont chwedlydyaeth y wrth Riannon, ac am y phoen. Sef a wnaeth Teirnon Twryf Uliant, o achaws y douot a gawssei, ymwarandaw am y chwedyl, ac amouyn yn lut ymdanaw yny gigleu gan lawer o luossogrwyd, o'r a delei y'r llys, mynychu cwynaw truanet damwein Riannon, a'y phoen.

 

Sef a wnaeth Teirnon ynteu, medylyaw am hynny, ac edrych ar y mab yn graf. A chael yn y uedwl, yn herwyd gueledigaeth, na rywelsei eiroet mab a that kyn debycket a'r mab y Pwyll Penn Annwn. Ansawd Pwyll hyspys oed gantaw ef, canys gwr uuassei idaw kynn no hynny.

 

 

Ac yn ol hynny, goueileint a dellis yndaw, o gamhet idaw attal y mab ganthaw, ac ef yn gwybot y uot yn uab y wr arall. A phan gauas gyntaf o yscaualwch ar y wreic, ef a uenegis, idi hi, nat oed iawn udunt wy attal y mab ganthunt,l a gadu poen kymmeint ac a oed, ar wreicda kystal a Riannon o'r achaws hwnnw, a'r mab yn uab y Pwyll Penn Annwn.

 

A hitheu wreic Teirnon a gytsynnywys ar anuon y mab y Pwyll.

«A thripheth, Arglwyd,» heb hi, «a gaffwn o hynny, diolwch ac elwissen o ellwg Riannon o'r poen y mae yndaw, a diollwch gan Pwyll am ueithryn y mab, a'e eturyt idaw. A'r trydyd peth, os gwr mwyn uyd y mab, mab maeth ynni uyd, a goreu a allo uyth a wna inni.»

 

Ac ar y kynghor hwnnw y trigyssant.

On le nourrit à la cour jusqu'à ce qu'il eût un an. Au bout de l'année, il marchait d'un pas solide; il était plus développé qu'un enfant de trois ans grand et gros. Au bout d'une seconde année d'éducation, il était aussi gros qu'un enfant de six ans. Avant la fin de la quatrième année, il cherchait à gagner les valets des chevaux pour qu'ils le laissassent les conduire à l'abreuvoir.

 

« Seigneur, » dit alors la dame à Teyrnon, « où est le poulain que tu as sauvé la nuit où tu as trouvé l'enfant? »

« Je l'ai confié aux valets des chevaux, » répondit-il, « en leur recommandant de bien veiller sur lui. »

« Ne ferais-tu pas bien , seigneur, de le faire dompter et de le donner à l'enfant, puisque c'est la nuit même où tu l'as trouvé que le poulain est né et que tu l'as sauvé*? »

 

« Je n'irai pas là contre. Je t'autorise à le lui donner. »

 

« Dieu te le rende, je le lui donnerai donc. » On donna le cheval à l'enfant; la dame se rendit auprès des valets d'écurie et des écuyers pour leur recommander de veiller sur le cheval et de faire qu'il fût bien dressé pour le moment où l'enfant irait chevaucher, avec ordre de la renseigner à son sujet.

Au milieu de ces occupations, ils entendirent de surprenantes nouvelles au sujet de Riannon et de sa pénitence. Teyrnon, à cause de la trouvaille qu'il avait faite, prêta l'oreille à cette histoire et s'en informa incessamment jusqu'à ce qu'il eût entendu souvent les nombreuses personnes qui fréquentaient la cour plaindre Riannon pour sa triste aventure et sa pénitence.

Teyrnon y réfléchit. Il examina attentivement l'enfant et trouva qu'à la vue, il ressemblait à Pwyll, chef d'Annwn, comme il n'avait jamais vu fils ressembler à son père. L'aspect de Pwyll lui était bien connu, car il avait été son homme autrefois.

 

 

Il fut pris ensuite d'une grande tristesse à la pensée du mal qu'il causait en retenant l'enfant lorsqu'il le savait fils d'un autre. Aussitôt qu'il trouva à entretenir sa femme en particulier, il lui remontra qu'ils ne faisaient pas bien de retenir l'enfant et de laisser ainsi peser tant de peine sur une dame comme Riannon, l'enfant étant le fils de Pwyll, chef d'Annwn.

 

La femme de Teyrnon tomba d'accord avec lui pour envoyer l'enfant à Pwyll.

« Nous en recueillerons, » dit-elle, « trois avantages : d'abord, remerciements et aumône pour avoir fait cesser la pénitence de Riannon; des remerciements de la part de Pwyll pour avoir élevé l'enfant et le lui avoir rendu; en troisième lieu, si l'enfant est de noble nature, il sera notre fils nourricier et nous fera le plus de bien qu'il pourra. » Ils s'arrêtèrent à cette résolution.

 

And they had the boy nursed in the court until he was a year old. And before the year was over he could walk stoutly. And he was larger than a boy of three years old, even one of great growth and size. And the boy was nursed the second year, and then he was as large as a child six years old. And before the end of the fourth year, he would bribe the grooms to allow him to take the horses to water.

«My lord,» said his wife unto Teyrnon, « where is the colt which thou didst save on the night that thou didst find the boy?»

«I have commanded the grooms of the horses,» said he, « that they take care of him. «Would it not be well, lord,» said she, « if thou wert to cause him to be broken in, and given to the boy, seeing that on the same night that thou didst find the boy, the colt was foaled and thou didst save* him?»

«I will not oppose thee in this matter,» said Teyrnon. «I will allow thee to give him the colt.» «Lord,» said she, « may Heaven reward thee; I will give it him.» So the horse was given to the boy. Then she went to the grooms and those who tended the horses, and commanded them to be careful of the horse, so that he might be broken in by the time that the boy could ride him.

 And while these things were going forward, they heard tidings of Rhiannon and her punishment. And Teyrnon Twryv Vliant, by reason of the pity that he felt on hearing this story of Rhiannon and her punishment, inquired closely concerning it, until he had heard from many of those who came to his court. Then did Teyrnon, often lamenting the sad history, ponder within himself, and he looked steadfastly on the boy, and as he looked upon him, it seemed to him that he had never beheld so great a likeness between father and son, as between the boy, and Pwyll, the chief of Annwvyn. Now the semblance of Pwyll was well known to him, for he had of yore been one of his followers. And thereupon he became grieved for the wrong that he did, in keeping with him a boy whom he knew to be the son of another man. And the first time that he was alone with his wife, he told her that it was not right that they should keep the boy with them, and suffer so excellent a lady as Rhiannon to be punished so greatly on his account, whereas the boy was the son of Pwyll, the chief of Annwvyn. And Teirnon's wife agreed with him, that they should send the boy to Pwyll.

«And three things, lord,» said she, « shall we gain thereby. Thanks and gifts for releasing Rhiannon from her punishment; and thanks from Pwyll for nursing his son and restoring him unto him; and thirdly, if the boy is of gentle nature, he will be our foster-son, and he will do for us all the good in his power.» So it was settled according to this counsel.

 

 

tu l'as sauvé*

Ce passage est d'accord avec les lois. C'est à trois ans que le poulain devait être dompté et utilisé (Ancient laws, 1, p. 262).

 

*thou didst save him

This sentence agrees with the laws. A foal was to be tamed and used at three (Ancient laws, 1, p. 262).

 

Ac ny bu hwy ganthunt no thrannoeth, ymgueiraw a oruc Teirnon ar y drydyd marchawc, a'r mab yn petwyryd y gyt ac wynt ar y march a rodyssei Teirnon idaw. A cherdet parth ac Arberth a wnaethont. Ny bu hir y buont yny doethont y Arberth.

Pan doethant parth a'r llys, wynt a welynt Riannon yn eisted yn emmyl yr yskynuaen. Pan doethont yn ogyuuch a hi,

«A unbenn,» heb hi, «nac ewch bellach hynny. Mi a dygaf pob un o honawch hyt y llys. A hynny yw uym penyt am lad o honaf uu hun uy mab, a'e diuetha.»

« A wreicda,» heb y Teirnon, «ny thebygaf i y un o hyn uynet ar dy geuyn di.»

« Aet a'y mynho,» heb y mab, «nyt af i.»

 

« Dioer, eneit,» heb Teirnon, «nyt awn ninheu. » Y llys a gyrchyssant. A diruawr llywenyd a uu yn y herbyn. Ac yn dechreu treulaw y wled yd oedit yn y llys. Ynteu Pwyll a oed yn dyuot o gylchaw Dyuet.

Y'r yneuad yd aethont, ac y ymolchi. A llawen uu Pwyll wrth Teirnon, ac y eisted yd aethont. Sef ual yd eistedyssont, Teirnon y rwg Pwyll a Riannon, a deu gedymdeith Teirnon uch llaw Pwyll a'r mab y ryngthunt.

Guedy daruot bwyta, ar dechreu kyuedach, ymdidan a wnaethon. Sef ymdidan a uu gan Teirnon, menegi y holl gyfranc am y gassec ac am y mab, a megys y buassei y mab ar y hardelw wy, Teirnon a'e wreic, ac y megyssynt.

 

«Ac wely dy yna dy uab, Arglwydes,» heb y Teirnon. «A phwy bynnac a dywot geu arnat, cam a wnaeth. A minheu pann gigleu y gouut a oed arnat, trwm uu gennyf, a doluryaw a wneuthum. Ac ny thebygaf o'r yniuer hwnn oll, nit adnappo not y mab yn uab y Pwyll,» heb y Teirnon.

«Nyt oes neb,» heb y pawb, «ny bo diheu gantaw hynny.»

« Y rof i a Duw,» heb y Riannon, oed escor uym pryder im, pei gwir hynny.»

 

«Arglwydes,» heb y Pendaran Dyuet, «da yd enweist dy uab, Pryderi. A goreu y gueda arnaw Pryderi uab Pwyll Penn Annwn. »

 

«Edrychwch,» heb y Riannon, «na bo goreu y gueda arnaw y enw e hun.»

« Mae yr enu ?» heb y Pendaran Dyuet.

«Gwri Wallt Euryn a dodyssom ni arnaw ef.»

 

« Pryderi,» heb Pendaran Dyuet,» uyd y enw ef.»

«Yawnahaf, yw hynny,» heb y Pwyll, «kymryt enw y mab y wrth y geir a dywot y uam, pann gauas llawen chwedyl y wrthaw.» Ac ar hynny y trigwyt.

Pas plus tard que le lendemain, Teyrnon s'équipa avec ses chevaliers, lui troisième, son fils quatrième, monté sur le cheval dont il lui avait fait présent. Ils se dirigèrent vers Arberth et ne tardèrent pas à y arriver.

 

Ils aperçurent Riannon assise à côté du montoir de pierre. Lorsqu'ils arrivèrent à sa hauteur, elle leur dit :

« Seigneur, n'allez pas plus loin; je porterai chacun de vous jusqu'à la cour c'est là ma pénitence pour avoir tué mon fils et l'avoir moi-même mis en pièces. »

« Dame, » répondit Teyrnon, « je ne crois pas qu'un seul de nous ici aille sur ton dos. »

« Aille qui voudra, » dit l'enfant, « pour moi, je n'irai pas. »

« Ni nous non plus, assurément, mon âme. » dit Teyrnon. Ils entrèrent à la cour, où on les reçut avec de grandes démonstrations de joie.

On commençait justement un banquet; Pwyll venait de faire son tour de Dyvet*.

Ils se rendirent à la salle et allèrent se laver. Pwyll fit bon accueil à Teyrnon. On s'assit : Teyrnon, entre Pwyll et Riannon, ses deux compagnons plus haut, à côté de Pwyll, et l'enfant entre eux.

Après qu'on eut fini de manger et que l'on commença à boire, ils se mirent à causer. Teyrnon, lui raconta toute l'aventure de la jument et de l'enfant, comme l'enfant avait passé pour le sien et celui de sa femme, comment ils l'avaient élevé.

« Voici ton fils, princesse », ajouta-t-il, « ils ont bien tort ceux qui t'ont faussement accusée. Quand j'ai appris la douleur qui t'accablait, j'en ai éprouvé grande peine et compassion. Je ne crois pas qu'il y ait dans toute l'assistance quelqu'un qui ne reconnaisse l'enfant pour le fils de Pwyll. »

« Personne n'en doute », répondirent-ils tous.

 

« Par moi et Dieu, mon esprit serait délivré de son souci (pryderi), si c'était vrai. »

 

« Princesse, » s'écria Pendaran Dyvet**, « tu as bien nommé ton fils, Pryderi***; cela lui va parfaitement : Pryderi, fils de Pwyll, chef d'Annwn. »

« Voyez, » dit Riannon, « si son propre nom à lui ne lui irait pas mieux encore ».

« Quel nom a-t-il? » dit Pendaran Dyvet.

« Nous lui avons donné le nom de Gwri Wallt Euryn. »

« Pryderi sera son nom, » dit Pendaran.

 

« Rien de plus juste, » dit Pwyl, « que de lui donner le nom qu'a dit sa mère, lorsqu'elle a eu à son sujet joyeuse nouvelle. » On s'arrêta à cette idée.

And no later than the next day was Teyrnon equipped, and two other knights with him. And the boy, as a fourth in their company, went with them upon the horse which Teyrnon had given him. And they journeyed towards Narberth, and it was not long before they reached that place. And as they drew near to the palace, they beheld Rhiannon sitting beside the horse-block. And when they were opposite to her,

« Chieftain,» said she, « go not further thus, I will bear every one of you into the palace, and this is my penance for slaying my own son and devouring him.»

«Oh, fair lady,» said Teyrnon, « think not that I will be one to be carried upon thy back.»

«Neither will I,» said the boy.

 

«Truly, my soul,» said Teyrnon, « we will not go.» So they went forward to the palace, and there was great joy at their coming.

And at the palace a feast was prepared, because Pwyll was come back from the confines of Dyved*. And they went into the hall and washed, and Pwyll rejoiced to see Teyrnon. And in this order they sat. Teyrnon between Pwyll and Rhiannon, and Teirnon’s two companions on the other side of Pwyll, with the boy between them. And after meat they began to carouse and to discourse.

And Teirnon’s discourse was concerning the adventure of the mare and the boy, and how he and his wife had nursed and reared the child as their own.

«And behold here is thy son, lady,» said Teyrnon. «And whosoever told that lie concerning thee, has done wrong. And when I heard of thy sorrow, I was troubled and grieved. And I believe that there is none of this host, who will not perceive that the boy is the son of Pwyll,» said Teyrnon.

«There is none,» said they all, « who is not certain thereof.»

«I declare to Heaven,» said Rhiannon, « that if this be true, there is indeed an end to my trouble.»

«Lady,» said Pendaran Dyved**, « well hast thou named thy son Pryderi, becomes him the name of Pryderi son of Pwyll, Chief of Annwvyn.»

«Look you,» said Rhiannon, « will no this own name become him better?»

«What name has he?» asked Pendaran.

Dyved Pryderi Gwri Wallt Euryn, is the name that we gave him.»

«Pryderi,» said Pendaran, shall his name be.»

 «It were more proper,» said Pwyll, « that the boy should take his name from the word his mother spoke when she received the joyful tidings of him.» And thus was it arranged.

 

 

Dyvet*

Cylchaw Dyvet. Le cylch était une sorte de voyage circulaire du roi ou chef avec ses principaux officiers à travers ses Etats. C'étaient les tenanciers qui en faisaient tous les frais. Les hommes libres contribuaient seulement aux frais du circuit annuel que faisait après Noël le Penteulu, chef de famille, ou major domus. Les hommes d'Arvon et de Powys en étaient exempts (Voy. Ancient Laws, I, p. 16, 106, 359 ; II, 746 ; cf., sur ces usages, Ferdinand Walter, Das alte Wales, Bonn, 1859, p. 191, 199, 212, 213). Il y a une très curieuse pièce de vers du prince-barde de Powys, Owen Cyveiliog (1150-1197) sur le cylch de sa maison (Myv. arch., p. 192).

 

Pendaran Dyvet**

La famille ou tribu de Pendaran est donnée comme une des trois familles de Cymry ou Gallois; la première est celle des Gwenhwysson, ou hommes de Gwent; la seconde, celle des Gwyndydiaid, ou hommes de Gwynedd et Powys; la troisième, celle de Pendaran Dyved, c'est-à-dire des hommes de Dyved, Gwyr (Gower) et Ceredigiawn (Cardigan) (Myv. arch., p. 402, col. 2). Une autre triade nous apprend que Pryderi garda les porcs de Pendaran Dyved, son père nourricier, à Glynn Cuch (Myv. arch., p. 317, 7).

 

Pryderi***

Pryderi, «souci» (Breton arm. prederi). Il devient le compagnon de Manawyddan dans le Mabinogi de ce nom, et lui donne sa mère en mariage. Il est tué par Gwydion ab Don dans le Mab. de Math, fils de Mathonwy, sur les bords de la Cynvael, dans le Merionethshire, et enterré à Maen Tyvyawc. Le Livre Noir place sa tombe à Abergwenoli (Skene, Four ancient books, II, p. 29, 8). D'après les triades, c'est un des trois gwrddveichyat ou rudes porchers de l'île il garde pour Pendaran les sept porcs que son père Pwyll a donnés à Pendaran (v. la note à Pwyll). Le titre de porcher ne paraît avoir eu rien de dégradant (cf. le nom propre Winmochiat, Cart. de Redon, Annales de Bret., 1887, t. II, p. 430). Son nom est associé à celui de Manawyddan par Taliesin (Skene, Four ancient books, II, p. 155, v. 9; cf. ibid., p. 181, v. 10). Davydd ab Gwilym appelle Dyved la terre de Pryderi (O Fon hyd Bryderi dir, p. 170), de Mon (Anglesey), jusqu'à la terre de Pryderi), ainsi que Llewis Glyn Cothi. Les Iolo manuscripts font aussi mention de Pryderi, p. 258. Cynddelw, poète de la seconde moitié du XIIème siècle, compare Owain, fils de Madawc, roi de Powys, à Pryderi (Myv. arch., p. 159, col. 2.

*from the confines of Dyved

Cylchaw Dyvet : the king or chief, together with his main officers, would sometimes perform a tour of his estates, that is, a cylch. The tenant farmers had to pay for it.

The free men had to pay only for the yearly tour done after Yule, by the Penteulu, family head, or major domus. People from Arvon and Powys did not have to pay for this (See Ancient Laws, I, p. 16, 106, 359 ; II, 746 ; cf., on these customs, Ferdinand Walter, Das alte Wales, Bonn, 1859, p. 191, 199, 212, 213). Note also the surprising verses of the bard-prince of Powys, Owen Cyveiliog (1150-1197) about the cylch of his house (Myv. arch., p. 192).

 

**Pendaran Dyved

The family or tribe of Pendaran is presented as one of the three families of Cymry or Wales; the first one is Gwenhwysson, or men of Gwent; the second, of the Gwyndydiaid, or men of Gwynedd and Powys; the third of Pendaran Dyved, that of the men of Dyved, Gwyr (Gower) and Ceredigiawn (Cardigan) (Myv. arch., p. 402, col. 2).

Another triad tells that Pryderi herded the pigs of his foster father Pendaran Dyved, in Glynn Cuch (Myv. arch., p. 317, 7).

 

 

***Pryderi

The word Pryder or Pryderi means anxiety, worry. The Britons use the word prederi.

He will become Manawyddan’s companion in this Mabinogi, and, as already noted, marries his mother to Manawyddan. He is killed by Gwydion ab Don in the Mab. of Math, Mathonwy’s son, on the shore of the Cynvael, in the Merionethshire, and he is buried in Maen Tyvyawc. The Black Book says his grave is at Abergwenoli (Skene, Four ancient books, II, p. 29, 8). The triads describe him as one of the three gwrddveichyat or rough pig herders of the island, and he herds for Pendaran the seven pigs his father Pwyll gave to Pendaran (ref. the note to Pwyll). At this time, pig herder does not seem to have been derogatory (ref. the name Winmochiat, Cart. de Redon, Annales de Bretagne, 1887, t. II, p. 430). Taliesin links his name to the one of nom Manawyddan (Skene, Four ancient books, II, p. 155, v. 9; cf. ibid., p. 181, v. 10). Davydd ab Gwilym calls Dyved : Pryderi’s ground (O Fon hyd Bryderi dir, p. 170), ‘from Mon (Anglesey), until Pryderi’s ground’), as well as Llewis Glyn Cothi. A poet of the second half of the 12th c., Cynddelw, compares Owain, Madawc’s son, king of Powys, to Pryderi (Myv. arch., p. 159, col. 2.

 

«Teirnon,» heb y Pwyll, «Duw a dalo yt ueithryn y mab hwn hyt yr awr hon. A iawn yw idaw ynteu, o'r byd gwr mwyn, y dalu ytti.»

«Arglwyd,» heb y Teirnon, «y wreic a'e magwys ef, nyt oes yn y byt dyn uwy y galar no hi yn y ol. Iawn yw idaw coffau ymi, ac y'r wreic honno, a wnaethom yrdaw ef.»

 

 

« Y rof i a Duw,» heb y Pwyll, «tra parhawyf i, mi a'th kynhalyaf, a thi a'th kyuoeth, tra allwyf kynnhal y meu uy hun. Os ynteu a uyd, iawnach yw idaw dy gynnhal nogyt y mi. Ac os kynghor gennyt ti hynny, a chan hynn o wyrda, canys megeist ti ef hyt yr awr.hon, ni a'e rodwn ar uaeth at Pendaran Dyuet o hynn allan. A bydwch gedymdeithon chwitheu a thatmaetheu* idaw.»

 

 

 

« Kynghor iawn,» heb y pawb, «yw hwnnw.» Ac yna y rodet y mab y Pendaran Dyuet, ac yd ymyrrwys gwyrda y wlat y gyt ac ef. Ac y kychwynnwys Teirnon Toryfliant a'y gedymdeithon y ryngtaw a'y wlat ac a'e gyuoeth, gan garyat a llywenyd. Ac nyt aeth heb gynnhic ydaw y tlysseu teccaf a'r meirych goreu a'r cwn hoffaf. Ac ny mynnwys ef dim.

 

Yna y trigyssant wynteu ar eu kyuoeth, ac y magwyt Pryderi uab Pwyll Pen Annwn yn amgeledus, ual yd oed dylyet, yny oed delediwhaf gwass, a theccaf, a chwpplaf o pob camp da, o'r a oed yn y dyrnas. Uelly y treulyssant blwydyn a blwydyned, yny doeth teruyn ar hoedyl Pwyll Penn Annwn, ac y bu uarw.

 

Ac y gwledychwys ynteu Pryderi seith cantref Dyuet, yn llwydannus garedic gan y gyuoeth, a chan pawb yn y gylch.

Ac yn ol hynny y kynydwys trychantref Ystrat Tywi a phedwar cantref Keredigyawn. Ac y gelwir y rei hynny, seith cantref Seissyllwch.

 

Ac ar y kynnyd hwnnw y bu ef, Pryderi uab Pwyll Penn Annwn, yny doeth yn y uryt wreika. Sef gwreic a uynnawd, Kicua, uerch Wynn Gohoyw, uab Gloyw Walltlydan, uab Cassnar Wledic o dyledogyon yr ynys hon.

 

Ac yuelly y teruyna y geing* hon yma o'r Mabynnogyon.

 

« Teyrnon, » dit Pwyll, « Dieu te récompense, pour avoir élevé cet enfant jusqu'à cette heure; il est juste aussi que lui-même, s'il est vraiment noble, te le rende. »

« Seigneur, » répondit-il, « pas une femme au monde n'aura plus de chagrin après son fils que la femme qui l'a élevé n'en aura après lui. Il est juste qu'il ne nous oublie ni moi ni elle pour ce que nous avons fait pour lui.»

« Par moi et Dieu, » répondit Pwyll, « tant que je vivrai, je te maintiendrai, toi et tes tiens, tant que je pourrai maintenir les miens à moi-même. Quand ce sera son tour, il aura encore plus de raisons que moi de te soutenir. Si c'est ton avis et celui de ces gentilshommes, comme tu l'as nourri jusqu'à présent, nous le donnerons désormais à élever à Pendaran Dyvet. Vous serez compagnons, et pour lui, tous les deux, pères nourriciers*. »

 

« C'est une bonne idée, » dit chacun.

On donna donc l'enfant à Pendaran Dyvet. Les nobles du pays partirent avec lui. Teyrnon Twryv Vliant et ses compagnons se mirent en route au milieu des témoignages d'affection et de joie. Il ne s'en alla pas sans qu'on lui eût offert les joyaux les plus beaux, les chevaux les meilleurs et les chiens les plus recherchés, mais il ne voulait rien accepter.

Ils restèrent ensuite dans leurs domaines. Pryderi, fils de Pwyll, chef d'Annwn, fut élevé avec soin, comme cela se devait, jusqu'à ce qu'il fut le jeune homme le plus agréable, le plus beau et le plus accompli en toute prouesse qu'il y eût dans tout le royaume. Ils passèrent ainsi des années et des années, jusqu'au moment où le terme de l'existence arriva pour Pwyll, chef d'Annwn.

Après sa mort, Pryderi gouverna les sept cantrevs de Dyvet d'une façon prospère, aimé de ses vassaux et de tous ceux qui l'entouraient. Ensuite, il ajouta à ses domaines les trois cantrevs d'Ystrat Tywi** et quatre cantrevs de Ceredigyawn : on les appelle les sept cantrevs de Seisyllwch***.

Il fut occupé à ces conquêtes jusqu'au moment où il lui vint à l'esprit de se marier. Il choisit pour femme Kicva, fille de Gwynn Gohoyw****, fils de Gloyw Wallt Lydan*****, fils de Casnar Wledic******, de la race des princes de cette île.

Ainsi se termine cette branche******* des Mabinogion.

 

«Teyrnon,» said Pwyll, « Heaven reward thee that thou hast reared the boy up to this time, and, being of gentle lineage, it were fitting that he repay thee for it.»

«My lord,» said Teyrnon, « it was my wife who nursed him, and there is no one in the world so afflicted as she at parting with him. It were well that he should bear in mind what I and my wife have done for him.»

«I call Heaven to witness,» said Pwyll, « that while I live I will support thee and thy possessions, as long as I am able to preserve my own. And when he shall have power, he will more fitly maintain them than I. And if this counsel be pleasing unto thee, and to my nobles, it shall be that, as thou hast reared him up to the present time, I will give him to be brought up by Pendaran Dyved, from henceforth. And you shall be companions, and shall both be foster-fathers* unto him.»

«This is good counsel,» said they all.

So the boy was given to Pendaran Dyved, and the nobles of the land were sent with him. And Teyrnon Twryv Vliant, and his companions, set out for his country, and his possessions, with love and gladness. And he went not without being offered the fairest jewels and the fairest horses, and the choicest dogs; but he would take none of them.

Thereupon they all remained in their own dominions. And Pryderi, the son of Pwyll the Chief of Annwvyn, was brought up carefully as was fit, so that he became the fairest youth, and the most comely, and the best skilled in all good games, of any in the kingdom. And thus passed years and years, until the end of Pwyll the Chief of Annwvyn's life came, and he died.

 

And Pryderi ruled the seven Cantrevs of Dyved prosperously, and he was beloved by his people, and by all around him. And at length he added unto them the three Cantrevs of Ystrad Tywi**, and the four Cantrevs of Cardigan; and these were called the Seven Cantrevs of Seissyllwch***.

And when he made this addition, Pryderi the son of Pwyll the Chief of Annwvyn, desired to take a wife. And the wife he chose was Kicva, the daughter of Gwynn Gohoyw****, the son of Gloyw Wlallt Lydan*****, the son of Prince Casnar******, one of the nobles of this Island.

And thus ends this portion******* of the Mabinogion.

 

pères nourriciers*

Nourrir ici indique une éducation complète. Comme chez les Irlandais (voy. O'Curry, On the manners and the customs of the ancient Irish, II, p. 355 et suiv.); chez les Gallois l'habitude était d'envoyer l'enfant hors de la famille, au sens étroit de ce mot. L'éducation dans un autre clan devenait souvent l'origine d'une véritable alliance du nourri avec ceux qui avaient été élevés avec lui ; les Mabinogion le montrent en maint endroit. Quelque chose de semblable a existé sur le continent. On appelait, en vieux français, nourri celui qui avait passé sa jeunesse dans la maison d'un parent, ami ou patron (Paulin Paris, Les Romans de la Table Ronde, IV, appendice).

 

Ystrat Tywi**

Ystrad Tywi ou la vallée de la Tywi

 

Seisyllwch***

Ceredigyawn ou Seisyllwch. De même que Morganhwc tire nom de Morgant, Seissylwc ou Seissyllwch doit tirer son nom de Seisyll, ou plus anciennement Sitsyllt. Il y a plusieurs. personnages de ce nom; le plus connu est Seisyll, roi de Nord-Galles, dont le fils Llywelyn joue un rôle important (voy. Brut a Tywysogion, à l'année 1020, Monum. hist. brit.). Une triade nous dit que Cynan Meiriadawc (Conan Meriadec) emmena au Lydaw des hommes de Seissyllwc et autres contrées (Myv. arch., p. 402, 14, Ceredigawn tire son nom de Ceretic. Voir t. II, app. généalogies, XXXII.

 

Gwynn Gohoyw****

Gwynn, «blanc ;» gohoyw, «enjoué, animé.»

 

Gloyw Wallt Lydan*****

Gloyw, «clair. transparent» : gwallt lydan «chevelure étendue. »

 

Casnar Wledic******

Casnar est aussi un. nom commun signifiant rage, fureur (v. Taliesin, ap. Skene, II, p. 123, 29) Gwledic dérivé de gwlat, «contrée, domaines, » arm. moy. gloat, «royaume ». gloedic, chef, duc (Revue celt., 1912, fasc. 2), a varié comme signification, mais a généralement le sens de roi, chef suprême. Llywelyn Vardd, qui vivait entre 1260-1280, fait descendre le célèbre prince Liywelyn ab lorwerth de Llary, fils de Casnar (Myv. arch., p. 247, col. 1).

 

branche*******

Le même terme est usité dans les romans français de la Table Ronde. Le mot gallois ceing signifie proprement une branche d'arbre. Un poète du XIVème siècle, Davydd y Coet, appelle l'Elucidarius, eur-ddar, «chêne d'or ou précieux, » (Eur-ddar y Lucidarius, Myv. arch., p. 398, col. 1.)

 

*foster-fathers

[YK’s note : this note explains that French père nourricier, ‘feeding (or nurturing) father’ means here exactly ‘foster father’. Refer thatmaetheu in the Welsh original.  tad = father; maethu means ‘to nourish, to nurture’ not ‘to foster’.]

Loths’s note : Feeding here means providing a complete education. As in Ireland, (see O'Curry, On the manners and the customs of the ancient Irish, II, p. 355 and fol.); the Welsh used to send the child out of the family, in its restricted sense. Education in another clan would build alliances between the ‘nurtured one’ and his foster brothers; the Mabinogion show that often. Something similar happened on the continent. In Old French, nourri, ‘the nurtured [YK:here it means simply : fed] one’, is someone who spent his youth in the home of a parent, a friend or a tutor. (Paulin Paris, Les Romans de la Table Ronde, IV, appendix).

 **Ystrad Tywi

= The valley of the Tywi.

 ***Seissyllwch

Ceredigyawn or Seisyllwch. As Morganhwc comes from Morgant, Seissylwc or Seissyllwch comes from Seisyll, earlier Sitsyllt. Several characters bear this name: the most famous one is Seisyll, king of North-Wales, whose Llywelyn plays an important role (see Brut a Tywysogion, year 1020, Monum. hist. brit.). A Triad tells that Cynan Meiriadawc (Conan Meriadec) brought, among others, the men of Seissyllwc to Lydaw (Myv. arch., p. 402, 14) Ceredigawn comes from Ceretic. See t. II, app. genealogies, XXXII.

 

 ****Gwynn, ‘white’, Gohoyw ‘cheerful, lively’

 *****Gloyw Wlallt Lydan

Gloyw = ‘bright, transparent’; gwallt Lydan = ‘spread out hair’.

 ******Prince Casnar

casnar is also a noun meaning rage, wrath (s. Taliesin, ap. Skene, II, p. 123, 29). Gwledic comes from gwlat, ‘country, domains’, Middle Armorican gloat, ‘kingdom’. The meaning of the word gloedic, chief, duke (Revue celtique, 1912, section 2), varied but it always designated a king, a main chief. Llywelyn Vardd, living around 1260-1280, says that famous prince Llywelyn ab Iorwerth is in the lineage of Llary, Casnar’s son (Myv. arch., p. 247, col. 1).

 *******portion (French version : ‘branch’)

The French Romans of the Round Table use the same word. Welsh ceing means exactly : a tree branch. A 14th c. poet, Davydd y Coet, calls the Elucidarius : eur-ddar, ‘golden or precious oak’ (Eur-ddar y Lucidarius, Myv. arch., p. 398, col. 1.)

[YK’s note: My dictionary gives:

- cainc [cangau, ceinciau, f.] - (n.) branch, arm, bough; strand; strain, air {(air) Cainc is the kind of air you sing.}

- ceincio [ceinci-] - (v.) branch out, ramify

- ceinciog - (adj.) branched, branching]