Raido

 

Mots étymologiquement apparentés: Anglais, ride (promenade (à cheval)); Allemand, Ritt (promenade (à cheval)).

 

Le mot runique raido signifie ‘chevauchée’, ou ‘char’ et nous trouvons maints témoignages de ce sens dans les poèmes runiques.

 

La forme raido1domine entre 175 et 700. De 400 à 700, on constate l’apparition de nouvelles formes raido2 et raido3 et, sur le continent (c’est-à-dire ailleurs qu’en Suède et en Angleterre), de raido4.

 

Il est nécessaire de combiner les trois poèmes runiques, dont chacun a l’air tout simple, pour interpréter le sens caché de cette rune.

 

Poème islandais :

readNorv c’est la joie de celui qui est assis

Et un voyage rapide

Et la fatigue du cheval.

iter                   ræsir

 

Wimmer attribue le nom reið à cette rune, qui signifie ‘chevauchée’, ‘voyage’, ‘chariot’, et quelque fois en poésie, ‘bateau’. Ce poème décrit avec une grande simplicité (et, je le crois, sans jeux de mots, pour une fois !) les trois principales propriétés de Raido : bonheur à effectuer un voyage confortable, rapidité du voyage mais fatigue de celui qui est le moteur du voyage.

Quant à la quatrième ligne du poème runique islandais, le mot latin iter signifie ‘chemin’ au sens propre (une route) et au sens figuré (un voyage). Le mot Vieux Norois ræsir signifie ‘un noble, un homme de valeur’. Le titre ræsir évoque quelqu’un de moins important qu’un roi, mais qui se hâte d’une certaine façon, ce qui correspond bien à l’idée de voyage.

 

Le commentaire latin du Þrideilur Rúna confirme cette version, mais apporte une petite précision. Reið [est] Equitatio [Reið est voyage à cheval], Sedantis delectatio [délice de celui qui est assis] ite[r] [Note 1] præceps [voyage précipité m. à m. : ‘la tête en avant’] Veredi labor. [labeur du cheval de voyage]. En Latin, le voyage est même décrit comme un peu trop rapide, et le mot pour ‘cheval’ est spécialisé à un cheval destiné au ‘transport de passagers’ puisque veredus signifie exactement ‘cheval de poste’.

 

Poème runique norvégien :

readNorv, ils sont d’accord [kvæða], est le pire pour les chevaux. [rossom væsta]

Reginn a forgé la meilleure des épées.

Wimmer attribue le nom ræið à cette rune, qui est une variation orthographique de reið. On remarque tout de suite que, comme dans les premières strophes viking, le second vers est en apparence complètement déconnecté du premier. Encore une fois, il est tout à fait vraisemblable que cette apparence incohérente ait protégé ces poèmes de la destruction (« Vous voyez comme ces païens sont stupides ? »), mais il est tout aussi invraisemblable, d’un autre côté, que les scaldes qui les ont écrits aient été des idiots incapables de comprendre pourquoi ils utilisaient des formes poétiques si complexes sur des sujets vides de sens. Il me semble que c’est une marque élémentaire de respect pour ces scaldes de, au moins, réfléchir sérieusement à ce qu’ils ont voulu dire.

 

Analyse du premier vers du poème runique norvégien :

 

Il est évident, et tout de même un peu étonnant que les deux poèmes insistent tant sur la fatigue du cheval qui porte son cavalier. D’une part, on s’intéresse ainsi à un animal et non à un humain. D’autre part, le cheval en liberté apprécie visiblement sa chevauchée. Le poème évoque donc le sort du cheval soumis à la volonté de son cavalier qui peut l’épuiser sans grand effort.

Pour interpréter ce petit mystère, il faut nous replacer dans une civilisation cavalière et mystique. Discutez un peu avec un cavalier, pourtant formé à l’humanisme et au rationalisme, et vous verrez que le contact avec les chevaux porte à accorder des capacités extraordinaires à cet animal. Il n’est pas étonnant que dans une civilisation mystique et proche de la nature, le cheval ait été traité avec un respect qui dépasse ce que nous pouvons imaginer aujourd’hui. Enfin, le cheval est une affaire d’hommes – du moins dans cette civilisation. Par exemple, le nom des onze chevaux appartenant aux douze Ases (Thórr se déplace à pied) est donné explicitement dans la première partie de l’Edda en prose, le Gylfaginning : Sleipnir, Glaðr, Gyllir, Glenr, Skeiðbrimir, Silfrintoppr, Sinir, Gísl, Falhófnir, Gulltoppr, Léttfeti. Les déesses ne semblent donc pas en posséder : Freyja et Frigg possèdent des (peaux de) faucons et non pas un cheval. Enfin, dans les civilisations cavalières, l’animal favori avec lequel les chamans exécutent leurs voyages est précisément le cheval. Dans les civilisations sibériennes, le cheval n’est pas l’animal mystique des hommes seulement, les femmes possèdent aussi leur cheval mystique, mais nous venons de voir que ce n’est pas vrai dans la civilisation viking.

Ainsi, il me semble que la chevauchée dont parlent ces poèmes n’est pas celle qu’on fait dans le monde de la réalité ordinaire, mais celle qu’Ódhinn fait sur Sleipnir, que beaucoup de chaman(e)s sibérien(ne)s font aussi sur un cheval, c’est le voyage chamanique. Le Gylfaginning nous signale en effet que Freyja a appris le seidhr aux Ases (semble-t-il à tous les Ases, mais que seul Ódhinn en était devenu un maître). Il nous signale aussi que la pratique de cette forme de chamanisme est tellement épuisante qu’il est « honteux pour un homme de la pratiquer parfaitement ». Il semble donc que cette chevauchée-là soit tellement épuisante qu’un homme ne puisse la pratiquer sans perdre sa virilité.

Enfin, absolument rien ne peut nous faire supposer qu’Ódhinn ait perdu sa virilité en pratiquant le seidhr. Même Saxo Grammaticus, qui hait visiblement les Ases, ne fait aucune allusion à une quelconque impuissance d’Ódhinn : il décrit complaisamment ses déboires avec une mortelle qui se refusait à lui et le présente comme un violeur, pas comme un impuissant.

Il existe donc une contradiction visible dans les textes sur ce sujet. Je pense que le poème runique est là pour lever cette contradiction, justement. Il dit: «Au lieu de vous épuiser vous-même, épuisez donc votre monture ! » C’est une leçon de seidhr qu’Ódhinn donne aux hommes qui désirent pratiquer cet art sans perdre leur virilité.

En somme, la rune Raido joue le rôle de rune du voyage – en particulier du voyage chamanique. Est-elle plutôt dédiée au voyage chamanique masculin dans la mesure où elle empêche une féminisation excessive de celui qui pratique le seidhr ? Je ne le crois pas. Dans la civilisation nordique, comme je le signale souvent, la pratique chamanique est considérée comme honteuse pour un homme, et il est normal que les poèmes runiques insistent sur l’utilité de cette runes pour les hommes parce que ce sont eux qui en ont le plus besoin. Il faut cependant signaler que, d’une part, de nombreuses femmes sont fortement masculines et peuvent ou doivent se servir de cette rune et, d’autre part, que les chamanes (femmes) se servent aussi d’un ‘cheval’ pour effectuer leurs voyages et donc trouveront une aide dans Raido.

 

Analyse du second vers du poème runique norvégien :

 

Il nous faut maintenant comprendre le pourquoi du second vers du poème viking. Il n’y a guère de lien, en effet entre Reginn et le concept de chevauchée dans le monde ordinaire. D’ailleurs on retrouve exactement la même ‘incohérence’ dans l’Edda poétique quand elle raconte la vie de Sigurdhr, dans le Dit de Reginn. Ce dernier est introduit brutalement dans le texte après qu’on ait parlé du cheval de Sigurdhr :

Sigurdhr alla au troupeau de chevaux et se choisit un cheval qui fut ensuite appelé Grani. Reginn ... était l’homme le plus adroit de ses mains, mais il avait la taille d’un nain. Il était savant, cruel et versé dans l’art de la sorcellerie. Reginn éleva Sigurdhr, l’instruisit et l’aima beaucoup.

Seul un ‘point’ sépare Grani et Reginn. De plus, c’est Reginn qui va forger ensuite l’épée de Sigurdhr avec laquelle il va pouvoir tuer Fáfnir, il a bien « forgé la meilleure des épées » :

Elle était si acérée que, l’ayant plongée dans le Rhin, elle coupa comme le fil de l’eau un fil de laine qui descendait le courant.

Par contre, il est tout à fait logique de le relier à la chevauchée chamanique. L’Edda dit donc explicitement que Reginn est un sorcier, et qu’il est un forgeron, et donc né « du même nid que les chamans » comme certains sibériens le disent. Tout ceci rappelle très fortement les liens étroits entre les forgerons et les chamans dans plusieurs civilisations sibériennes (dans une famille de forgerons, on devient ‘automatiquement’ chaman après quelques générations). Ce lien se retrouve dans une expression en Vieux Norrois : de l’Ynglinga saga, rédigée par Snorri Sturluson, nous rapporte qu’Ódhinn connaissait « la technique des runes, et celle des poèmes qu’on appelle galdrar [Note 2]. C’est pourquoi les Ases portent le nom galdrasmiðir (forgerons des ‘galdrs’) [Note 3]. »

On retrouve cette idée de chevauchée chamanique favorisée par un maître, ou même exécutée à cheval sur un maître transformé en cheval dans les mythes celtiques des sagas de Yann et de Koadalan, où le héros est initié et porté par son maître transformé en cheval. Ce thème, nous l’avons vu aussi dans le conte de Grimm : Ferdinand le fidèle et Ferdinand l’infidèle.

Malgré les apparences, ces deux vers s’accordent donc parfaitement, et l’Edda poétique et les contes populaires nous donnent la clé de cet accord : Reginn, maître de Sigurdhr, a forgé l’épée de ce dernier, et lui a servi aussi de ‘cheval’ dans son initiation chamanique.

Dans ces conditions, les relations de Sigurdhr sont celles d’un maître et de son élève (c’est bien ce qui est dit dans l’Edda), mais le maître, au lieu de former son élève dans l’esprit de transmission de ses connaissances, comme le fait un professeur, a voulu en fait se forger une arme humaine, Sigurdhr, capable de tuer le dragon Fáfnir afin que lui-même, Reginn, puisse récupérer sa part du trésor. Reginn se comporte ici comme une sorte de ‘gourou’ cherchant à utiliser son disciple, et cette attitude n’est pas rare de nos jours encore. On sait que Sigurdhr lèchera ses doigts couverts du sang du dragon, et donc comprendra le langage des oiseaux qui l’avertiront du fait que Reginn va le tuer, et c’est l’élève qui exécutera son maître. Ainsi, ces deux vers runiques s’accordent parfaitement bien à l’esprit de la Nibelungenlied, rempli de fureur, de violence et de volonté de pouvoir. J’espère que le lecteur sera convaincu que mon explication de ces deux vers, considérés jusqu’à présent au mieux comme absurdes, au pire comme enfantins, rend bien compte de leur sens littéraire si on prend en compte l’ensemble de la littérature germanique relative à ces thèmes. Bien entendu, ce qui m’intéresse le plus ici, c’est que cette explication rend aussi compte de leur sens runique et chamanique.

 

Le poème anglais, avec un aspect moralisateur qui existe en effet dans le texte Vieil Anglais, dit tout à fait autre chose, encore une fois en apparence.

Poème runique vieil anglais :

Rað [chevauchée] Chevauchée [ou voyage] dans le palais,

pour tous les guerriers, [les] amollit,

et très dynamique pour celui qui est assis sur un cheval fortement solide, au long des lieues.

Notons d’abord que la forme de ces vers est bizarre et semble énoncer encore soit une absurdité, soit une évidence. Selon notre approche, cela annonce un sens caché que je vais essayer de découvrir.

Bien entendu, dans le sens évident, il s’agit toujours de chevauchée, mais la chevauchée ‘dans le palais’ désigne une personne qui ne voyage pas du tout. Ainsi, le poème vieil anglais, oppose les oisifs en train de s’amollir à la cour et ceux ont une vie dynamique. En accord avec les autres poèmes runiques, je crois que sous cet aspect moralisateur se cache encore une leçon de chamanisme, un peu différente, mais tout aussi exacte du point de vue du chamanisme nordique.

 

Pour le premier vers, si la chevauchée est chamanique alors la « chevauchée dans le palais » est celle qui est faite sans aide. Tout comme le seidhr nordique, cette chevauchée amollit les hommes, elle a cet effet ‘honteux’ de les rendre impuissants. Ce premier vers n’est donc qu’une forme camouflée de la fameuse phrase de l’Ynglinga saga qui dit que le seidhr rend tellement ergi (= homosexuel masculin ‘passif’ ou femme surexcitée sexuellement) qu’il est honteux pour un karlmaðr (un ‘humain viril’) de le pratiquer.

Pour le second vers, on comprend maintenant qu’opposer une « chevauchée dans le palais » à celle faite sur « un cheval fortement solide » c’est opposer une pratique affaiblissante du seidhr, celle exécutée sans aide, à la pratique dynamisante, celle exécutée à l’aide d’un ‘cheval’. Le chaman, mais la chamane tout autant, ont besoin d’un enseignement qui leur apprend comment rencontrer dans le monde de la réalité non ordinaire, le monde des ‘esprits’, des aides de divers niveaux, et de diverses exigences, qui vont les aider dans leurs voyage. Si bien que les chamans, hommes et femmes, qui disposent d’un « cheval fortement solide » sortent dynamisés et non épuisés de leurs voyages « au long des lieues » du monde des esprits.

Char

Un char solaire à six roues reconstitué informatiquement.

 

Le Dit de Hár introduit une autre composante dans les pouvoirs de cette rune.

Cinquième strophe du Ljóðatal :

J’en sais un cinquième :

Si je vois une flèche voler vers nous,

Si forte soit-elle je l’arrête

Si de mes yeux je l’ai vue.

 

Les poèmes runiques nous ont donné quelques indications sur la pratique du seidhr. Celui qui est habile en cette pratique est évidemment un sorcier et cette cinquième strophe décrit une application guerrière d’un autre pouvoir des sorciers, celui de leur œil qui ensorcelle, tue ou guérit. Le pouvoir de l’œil en sorcellerie est attesté dans de nombreux textes. On connaît le pouvoir de ‘l’œil qui tue’, celui de Balor dans les contes celtiques, celui du géant qui reçoit Týr et Thórr dans l’Edda, qu’on retrouve évoqué dans les contes de Grimm. Les poèmes de l’Edda citent plusieurs fois l’œil ‘perçant’ du noble (qui connaît les runes et qui est donc simultanément un sorcier). Les sagas insistent sur ce pouvoir et l’une d’elles précise même que cet œil qui ensorcelle est le plus efficace quand la sorcière vous tourne le dos, puis se penche en avant pour vous observer au travers de ses jambes écartées, dans une attitude que nous jugerions aujourd’hui ridicule.

En tous cas, la pratique de la magie implique une bonne connaissance du sujet sur lequel elle va s’exercer et observer ce sujet tout simplement d’un œil attentif, fait partie, à mon sens, du b-a ba de la magie. Cette façon d’observer les gens avec attention, intérêt et sympathie constitue même une façon de vivre qu’on peut recommander à tout un chacun – c’est ce qui fait la ‘magie de la vie’. Maintenant, celui qui est habile en magie peut ‘pénétrer’ le sujet encore plus profondément, en effectuant une sorte de voyage chamanique ‘dans’ le sujet. Par parenthèses, cette pénétration peut être consentie ou non par le sujet, selon que le magicien lui-même soit une personne empathique ou agressive.

Ainsi, il n’est pas étonnant que Raido soit la rune de cette espèce de ‘sortie hors de son corps’ du sorcier, dans la mesure où les poèmes runiques lui accordent justement le pouvoir d’aider à cette sortie du corps au cours du voyage chamanique. En fin de compte, au cours de ma vie, je n’ai que rarement rencontré quelqu’un qui ne soit jamais sorti hors de son corps et pourtant j’ai fréquenté en majorité une foule de scientifiques hyper rationnels. Cependant, c’est en général une expérience qui arrive une ou deux fois dans une vie et, symétriquement, je n’ai presque jamais rencontré de personne (excepté les chamans) qui ne déconsidère pas cette expérience comme un accident, une crise malheureuse, dont il faut tenir aucun compte dans la vie courante. Raido critique leur attitude et leur dit: «Chevauche ! » ou « Voyage ! ».

 

Thórr et Raido

 

Nous venons de voir implicitement que rien, dans les poèmes runiques, ne permet de relier le Dieu Thórr à Raido. Et pourtant, Thórr est un grand voyageur – il part souvent « vers l’est pour combattre les géants » – et de nombreux poèmes le décrivent en train d’effectuer un voyage au cours duquel diverses aventures lui arrivent. Il est donc tentant de relier ce Dieu à la rune Raido. Ainsi, les poèmes runiques ne nous aident pas du tout en cela, mais c’est l’étymologie qui va nous fournir des indications objectives du fait que Raido et Thórr avaient des liens étroits dans le monde germanique.

En Vieux Norrois, le mot pour raido est reidh (reið) et ce mot a plusieurs sens : chevauchée, voyage, chariot. Pourtant, certaines expressions le relient au tonnerre, de façon très inattendue. Par exemple, les mots composés gnýreið, reiðduna, reiðslag et le pluriel irrégulier reiðir signifient un ‘coup de tonnerre’ alors qu’ils devraient ‘normalement’ signifier ‘le voyage bruyant’, ‘le voyage tonnant’, ‘le coup du voyage’ ou simplement ‘les voyages’. Ils font tous allusion au bruit que ferait le chariot de Thórr en se déplaçant. Une expression toute faite, elle aussi, décrit le fait que quelque chose arrive comme un coup de tonnerre : sem er reið gengr, qui sinon signifierait ‘comme il est allé voyager’. Tout ceci prouve abondamment que le Vieux Norrois associe Thórr et son tonnerre au voyage.

Nous verrons que c’est plutôt la rune Laukaz de l’ancien Futhark germanique que la rune Raido que je vais associer à Thórr. Cependant, nous verrons aussi que cette rune a complètement changé de sens dans le Futhark norrois. Ainsi ce cas est un peu plus complexe que d’habitude : dans le Futhark norrois, la rune Reið est la rune de Thórr, alors que dans le Futhark germanique ancien, je pense que deux runes faisaient référence à Thórr, Raido et Laukaz.

 

Conclusion

 

Sous leur apparence infantile, les poèmes runiques nous expliquent que Raido est la rune de la chevauchée chamanique, celle qui permet le voyage (hors du corps) qui caractérise les magiciens. Ce voyage épuise la masculinité si bien que certaines civilisations, en particulier la civilisation nordique antique, le considèrent comme humiliant pour un karlmaðr. Raido aide hommes et femmes à préserver leur masculinité au cours de leurs voyages magiques. De façon un peu amusante, le vent social a complètement tourné, et il serait peut-être, de nos jours, encore plus humiliant pour une femme que pour un homme de perdre sa masculinité ! De toute façon, Raido les aidera à sortir dynamisés de leur travail magique, et non pas épuisés comme cela semble avoir été la règle avant que cette rune ne soit découverte.

La cinquième strophe du Ljóðatal rappelle l’importance du regard du sorcier sur le monde. Bien entendu, cet aspect d’Ódhinn, appelé ici Hár pour bien souligner qu’il n’épuise pas la personnalité d’Ódhinn, ne décrit que l’aspect guerrier du pouvoir de l’œil sorcier, mais ce pouvoir s’exerce dans tous les aspects de la vie. C’est l’œil qui comprend, qui analyse et synthétise simultanément, qui sympathise à ce qu’il voit et qui permet de vivre une vie d’échanges entre humains et non pas une vie de solitaire au milieu d’une foule. Et c’est déjà une bien grande magie qu’aucun raisonnement rationnel ne semble réussir à enseigner. Pour ceux qui désirent se lancer plus profondément dans la pratique de la magie, Raido, après les avoir aidés à trouver leurs chevaux, les aidera à ouvrir les yeux sur la face irrationnelle des choses, néanmoins sans perdre raison.

 

Thepictureofmagic

 

Le pont qui mène à la magie.

Un cadeau (2001) de mon fils Rowan après qu’il ait vu mon dessin du pont menant au séjour des morts (voir la rune Isaz). A l’époque il avait encore un fort accent anglais d’où son orthographe pour ‘papa’. Par contre, le ‘T’ en Tiwaz est de son invention pure.

 

Notes

 

[Note 1] On ne lit que ite sur le manuscrit, mais c’est en fin de ligne et la dernière lettre est visiblement mangée par la pliure. On a le choix entre item qui n’a pas de sens, et iter qui en a.

 

[Note 2] Encore une fois, le premier volume de ce livre est dédié à l’étude du galdr, je ne reviens donc pas ici sur cette forme de chant hurlé qui accompagne la magie des runes.

 

[Note 3] Notez que, cependant, rien n’indique que les magiciens islandais aient été des forgerons comme le montre bien Dillman dans son passionnant ouvrage sur les magiciens islandais (distribué en France par De Boccard, 11 rue de Médicis, Paris). Ceci prouve seulement que le lien entre magicien et forgeron était perdu au 9-10ème siècle en Europe.