Sowelo

 

Mots étymologiquement apparentés:    Allemand, die Sonne (‘la’ soleil); Anglais, sun (soleil).

 

Les formes les plus attestées de Sowelo sont, par ordre d’apparition dans les inscriptions runiques, sowelo1, sowelo5, sowelo2, sowelo3, sowelo4, sowelo6et sowelo7. Chacune de ces formes a eu son temps de dominance sur les autres.

En Angleterre la forme sowelo6 domine nettement. Des formes complètement nouvelles apparaissent dans les Futharks norrois et islandais. Pour illustrer encore la variété des formes de cette rune, en voici quelques exemples supplémentaires moins connus. Le Þrideilur Rúna montre, pour la rune sól : Solthrideilur, et les Málrúnir : Solmalrunir, Le manuscrit ‘Bartholin’ que j’ai déjà cité donne : ptitmadhr2.

 

La rune du soleil est la onzième rune du Futhark viking.

 

Poème runique norvégien :

solNorv est l’éclair lumineux du monde.

lúti ek helgum dóme

(Traduction de Wimmer : Je m’incline face au jugement divin

Traduction personnelle : Je rends hommage aux jugements [ou condamnations] du jour sacré [ou pendant le jour sacré].)

La forme de la rune que je reproduis ici est celle donnée par Wimmer qui appelle cette rune sól (la soleil – lorsque cela éclairera le sens de la rune, j’utiliserai le féminin pour parler ‘du’ soleil dans cette description de Sowelo). Le premier vers décrit une propriété évidente d’une soleil qui illumine la terre entre deux nuages. Comme le montre ma traduction mot à mot, la traduction de Wimmer du second vers est une évidente christianisation. Le jour sacré peut désigner soit un thing, soit un blót. Le thing est une réunion à la fois profane et sacrée des hommes libres d’une région, sous la direction de leur godhi, qui est donc à la fois un prêtre païen et un chef de clan. Les diverses affaires en cours y étaient réglées et des jugements y étaient rendus. Les décisions prises par cette forme de gouvernement, remarquablement démocratique pour l’époque, étaient toujours très respectées, comme le souligne le poème runique. Un blót, aussi conduit par un godhi ou une gydhja, est une cérémonie religieuse comprenant en principe un sacrifice. La cérémonie est dédiée à l’un des Dieux nordiques et, normalement aucun jugement n’y est passé. Cependant, chacun rend hommage au Dieu honoré par ce blót et cet hommage peut prendre la forme d’une décision. Il est clair que si une décision y est prise, elle empreinte d’encore plus de solennité que celles qui sont prises par le thing car l’individu s’engage devant les Dieux à respecter la décision. Là encore, le poème runique semble toucher exactement juste. Dans ces conditions, « l’éclair lumineux du monde » prend une dimension supplémentaire, celle de la représentante des forces divines qui sanctifient le jugement.

Il est d’usage pour les mystiques des runes, et même pour de nombreux universitaires, de présenter cette rune comme celle de la victoire : nous notons tout de suite que le poème runique norrois n’évoque en rien la victoire. En Vieux Norrois, d’ailleurs, le mot féminin sól n’a rien à voir avec le mot masculin pour victoire, sigr.

 

Poème runique islandais :

SolNorv est le bouclier des nuages,

Et un halo resplendissant,

Et l’antique tristesse de la glace [íss est masculin, lisez ‘la tristesse du glace’].

rota. (roue)      siklingr. (le roi, celui que la victoire suit)

 

Le poème runique islandais ne fait donc qu’une très vague allusion à la victoire dans ce seul commentaire qui associe Sól à siklingr.

Les deux derniers vers du poème islandais sont assez clairs par eux-mêmes. Dans le troisième vers, la ‘tristesse’ est évidemment une image du fait que le glace fond en eau à la soleil, comme si il pleurait. Dans le monde nordique, les déserts sont de glace et la soleil ne peut être vue que comme un symbole de fécondité qui permet que les récoltes mûrissent. Cependant, comme íss (le glace) est aussi le nom de la rune Ís, le dernier vers doit aussi signifier que Sól « rend triste » Ís. Nous avons donné deux significations principales à Ís : elle est le pont de glace qui relie le monde des vivants à celui des morts, et elle symbolise la fin de notre univers. Il s’en suit que la rune Sól symbolise cet entêté renouveau journalier du lever de la soleil, au matin, qui déclare qu’aujourd’hui ne sera pas le jour de la fin de l’univers. Cela peut paraître un peu évident, mais nombreuses sont les civilisations primitives qui voient un miracle journalier dans ce lever de la soleil dont la chaude féminité annonce une bonne journée. Au plan humain, son lever est le symbole de l’entêtement des humains à avoir des enfants. Dans une civilisation du culte des ancêtres, ces nouveaux nés sont ce qui va retenir l’ancêtre dans son clan, même après qu’il ait franchi le pont de glace le menant au séjour des morts.

En somme, les deux derniers vers se comprennent sans peine et ne font que donner solennité à des idées que nous connaissons bien. Par contre, le premier vers semble dénué de tout sens : un bouclier protège et la soleil ne protège pas les nuages, elle les dissout. Pour comprendre ce vers, il faut se rappeler d’abord l’importance de la météorologie dans une civilisation paysanne. Il est à peu près certain que l’observation de la couleur du soleil levant donnait des indications sur le temps de la journée à venir : j’ai entendu moi-même ce genre de remarque lorsque j’étais un enfant. D’autre part, la forme du soleil évoque évidemment celle d’un bouclier et il existait une coutume guerrière norroise relative à la couleur d’un bouclier. Elever un bouclier blanc sur le champ de bataille signifiait un désir de paix, alors qu’élever un bouclier rouge signifiait bataille à outrance. Le soleil est donc comme le bouclier du champ de bataille, dans la guerre des nuages, il annonce si les nuages vont demeurer en paix ou bien s’ils vont se livrer bataille dans un ciel tourmenté.

Le commentaire latin du Þrideilur Rúna n’est intéressant que de façon anecdotique. Comme d’habitude, une version norroise est suivie d’un commentaire en Latin qui, dans ce cas, dit exactement la même chose que la version latine :

Vieux Norrois: Söl er skipa skiølldur, skÿnandi Rødull, húerfandi húel.

Latin : Sol r ornamentum navibus (Sol (est) équipement pour les navires), resplendens radius (le rayon luisant). Volubilis rota (la roue qui tourne).

L’équipement pour les navires (skipa skiølldur = bouclier des navires) ne mérite que des commentaires linguistiques car il est visiblement d’une petite déformation des mots norrois pour ‘bouclier des nuages’ (skyja skjöldr). Cela montre cependant que les lettrés islandais avaient bien remarqué que ‘bouclier de nuages’ n’avait pas de sens en apparence et, comme les universitaires du 19ème siècle, ils ont émendé le texte pour qu’il fasse sens et, dans leur cas, jusqu’à le mutiler complètement. Dans la version norroise, ils ont gardé quand même le bouclier. Mais celui-ci était encore trop absurde (un navire n’a pas de bouclier), donc dans la version latine, ils ont généralisé le mot ‘bouclier’ en ‘équipement’ afin, encore une fois de faire sens. Ceci étant, on se demande bien en quoi le soleil est un équipement de navire ! Quant à la ‘roue qui tourne’ qui rend exactement le Vieux Norrois hverfandi hvel, ce n’est plus une émendation de ísa aldrtregi (qui lui aussi a dû paraître absurde), mais un changement total de sens pour évoquer d’autres mythes relatifs au soleil.

C’est dans le poème runique anglo-saxon que nous trouvons une possibilité d’attribution du concept de victoire à Sowelo.

Poème runique vieil anglais :

sigel (sigel = soleil ou signal ou sigle; sige = victoire) est jour de fête (symble)

et espoir pour les hommes qui partent sur le bain des poissons

jusqu’à ce que l’étalon des mers les ramène à terre.

 

Discutons du sens du mot sigel et comparons-le à sige. Tout d’abord, vous ne trouverez pas ce mot dans les lexiques simplifiés donnés sur la toile. En fait, le mot est rarement utilisé puisqu’on ne sait même pas s’il est masculin ou neutre. Le mot classique pour dire soleil en Anglo-saxon est soit le masculin sunna, soit le féminin sunne. Ensuite, son contexte n’est pas toujours si clair. On trouve, par exemple, dans la poésie anglo-saxonne (72ème énigme du livre d’Exeter – attention, vous trouverez ce mot aux énigmes 71, 72 ou 73 selon les numérotations), le mot composé heaþosigel qui signifie donc ‘guerre-sigel’. Est-ce le soleil dans la guerre, comme le disent les traductions ou la victoire dans la guerre ? Comme il s’agit d’une énigme, on peut même deviner un jeu de mot sur sige/sigel. Avec un peu de peine, j’ai quand même déniché une instance de sigel pour laquelle le contexte n’est pas du tout ambigu. On trouve dans Beowulf la phrase :

           … Woruldcandel scan,

sigel suðan fus.

… La grande chandelle du monde,

le soleil luisait depuis le sud.

 

Le Futhorc anglo-saxon que j’ai utilisé, comme je vous l’ai dit, est le fac-simile de Hickes qui contient le poème runique, mais il est évident qu’on le trouve dans un grand nombre d’autres manuscrits dont certains donnent un nom un peu différent. Toutes ces variations ont été étudiées par Derolez dans son Runica Manuscripta (1954) et on peut y constater que, bien qu’il existe un certain nombre de sygí, sígí, sigí et même un rare sígo, l’immense majorité des runes représentant le son ‘s’ ou le son ‘z’ sont de la forme sigel, siugil, sigil, etc.

Tout ceci nous montre que le nom de la rune était bien sigel, l’équivalent anglo-saxon du norrois sól, et non pas une déformation de sige, victoire.

Cependant, on comprend bien que la victoire soit jour de fête, alors que le soleil n’est certainement pas un ‘jour de fête’ en lui-même. Il faut plutôt comprendre que le départ des navires donnait lieu à une fête religieuse joyeuse, un symble, tel que nous avons déjà vu un avec la rune Pertho. Cette fête ne prenait sans doute lieu que sous le soleil, et même sous la protection du soleil, qui devient alors un symbole du succès du voyage qui commence. En tous cas, ce poème rappelle à nouveau l’aspect protecteur du soleil.

Cet aspect protecteur est encore plus net dans le Dit de Hár :

Onzième strophe du Ljóðatal :

Þat kann ek it ellifta:

ef ek skal til orrustu

leiða langvini,

und randir ek gel,

en þeir með ríki fara

heilir hildar til,

heilir hildi frá,

koma þeir heilir hvaðan.

J’en sais un onzième :

Si je vais vers la bataille

Conduire des amis de longue date,

Sous les boucliers je m’en vais hurler

Encore ils avec puissance [avec ‘la force’] se déplacent

Sains et saufs vers la bataille,

Sains et saufs de la mêlée,

D’où qu’ils viennent, sains et saufs.

(ordre des mots correspondant à ma traduction: hvaðan þeir koma heilir)

 

  Dans l’expression und randir (4ème vers), le mot randir ne peut être que l’accusatif pluriel de rönd et donc und dénote un mouvement que j’ai traduit par ‘je m’en vais’. Ódhinn ne hurle pas ‘contre son bouclier’ (quatre fautes de traduction en deux mots : confusion de ‘sous’ et de ‘contre’, pas de rendu de l’accusatif, oubli du pluriel, invention d’un possessif !) comme de nombreuses traductions le disent, mais il « se rend sous les boucliers ». Il hurle (lire ‘je hurle’= gell, du verbe gjalla) ce qui signifie ‘pousser un cri strident’ (comme en Anglais to shriek) comme le cri d’un oiseau de proie ou d’une corde d’arc, ou encore comme le cor de Heimdalr, Gjallarhorn, mais non pas comme il a saisi les runes, æpandi, du verbe æpa qui évoque un cri un peu plus douloureux.

Je suppose donc que chacun a vu dans ce poème un chant de victoire puisque si on revient sain et sauf de la bataille, on doit l’avoir gagnée. Relisez ce que dit le poème : ceci n’est vrai que pour certains vieux camarades, pas pour l’armée entière. C’est-à-dire que ce poème nous dit : je suis capable de protéger mes « amis de longue date » quelque soient les circonstances, aussi bien dans la défaite que dans la victoire. C’est un charme de protection extrêmement puissant, pas du tout un charme de victoire.

 

En fin de compte que nous reste-t-il pour dire que Sowelo est la rune de la victoire ? Un misérable jeu de mot sur sige et sigel, qui en plus s’effondre lamentablement en Vieux Norrois où sigr et sól ne se ressemblent pas du tout. Mystique ou universitaire, il est clair que celui qui prétend que cette rune est la rune de la victoire s’appuie sur des documents sans aucune valeur d’ancienneté. A moins que ce ne soit un reste des fameux SS nazis qui en effet s’inscrivaient deux Sowelo sur la manche en signe de victoire ? L’autorité d’une telle source est d’une horrible nullité.

 

Par contre, elle est visiblement une rune de protection, attestée par le poème anglo-saxon, par la onzième strophe runique d’Ódhinn et par sa désignation de bouclier dans le poème islandais.

 

Interprétation des mythes liés à la soleil

 

Bien entendu, nous conserverons cette propriété, mais il me semble aussi très important d’analyser les mythes liant la soleil et le loup. Ces mythes ont été tellement oubliés que nous ne sommes plus capables d’en comprendre la symbolique, au point que le lune en soit devenu un symbole moderne de la féminité, et même d’un féminisme revendicatif qui se fonde ainsi sur la mythoplogie grecque, à l’envers des mythes nordiques antiques.

D’abord, dans une civilisation nordique ou sibérienne où l’on devait grelotter plus souvent qu’à son tour, il n’est pas très étonnant que la soleil soit un être féminin dont la chaleur est objet de désir. Par exemple, il existe toute une série de mythes inuit dans lesquels soleil et lune sont frère et sœur. Le frère a battu ou violé sa sœur qui s’enfuit. Le lune poursuit alors la soleil pour tenter de la ‘faire revenir à la maison’. Dans d’autres mythes, la soleil est une femme ‘creuse’ c’est à dire qu’elle n’a pas de dos du fait que les hommes l’ont continuellement fouettée pour l’empêcher de disparaître. Le lune est aussi constamment présenté comme un homme avec lequel une humaine peut éventuellement se marier [Note 1].

En fait, comme je l’ai déjà rappelé avec la rune Fehu, il existe de nombreux mythes scandinaves qui disent qu’un ou deux loups, ou encore Fenrir lui-même, vont avaler lune, soleil ou les deux.

  La plus complète des présentations nous est fournie par Snorri Sturluson qui, dans un chapitre appelé Frá úlfakreppu Sólar (‘Comment le soleil est saisi [ou estropié] par le loup’) :« Þat eru tveir úlfar … er eftir henni ferr … hann hræðist hon, ok hann mun taka hana. » (Il y a deux loups … celui qui court après elle … elle s’effraie de lui, et il a envie de l’attraper [ou ‘il l’attrapera’]). L’autre « er fyrir henni hleypr, ok vill hann taka tunglit, ok svá mun verða » (il fait fuir devant elle, et il veut attraper la lune, et aussi cela arrivera) [Note 2]. Le Dit de Vafthrúdnir (Vafþrúðnismál) fait aussi allusion au fait que Fenrir va faire disparaître le soleil.

  Nous avons déjà évoqué la présentation de la Völuspá, à laquelle Snorri ajoute que le nom du loup déguisé en troll qui avale la lune, il s’appelle Chienlune (Mánagarm). L’existence de ce nom, absent du poème, indique bien qu’il existait déjà une tradition populaire sur ce sujet.

  On trouve dans l’Hymne à Thórr (Þórsdrápa) un kennings complexe, gunn vargs himintörgu fríðrar. Ce kennings est intéressant en soi car il rappelle le poème islandais : une targa est un petit bouclier rond, et donc himintarga (ici au génitif) est donc ‘la petite bouclier ronde du ciel, c’est-à-dire la soleil et himintörgu fríðrar est ‘la belle soleil’. Le mot vargr désigne un monstre, ou un loup monstrueux et donc gunn vargr (ici au génitif à cause du contexte) signifie ‘le loup monstrueux de la guerre’ c’est-à-dire le chasseur, le prédateur. Tout ceci est un peu compliqué mais, comme je l’ai déjà dit, l’existence d’un kennings faisant allusion au fait qu’un loup est le prédateur de la belle soleil marque le fait que cette attribution était bien connue des lettrés de la fin du 10ème siècle.

  Une image frappante du mythe nordique relatif au fait qu’un loup doit dévorer le soleil est l’image donnée ci-dessous. Ce dessin est issu d’un dessin sibérien que les ethnologues n’ont pu interpréter qu’après interrogation des ‘indigènes’ qui ont déclaré que c’était évidemment « un loup dévorant le soleil ».

  Ce loup qui dévore le soleil a bien entendu un fort contenu sexuel, d’autant que le loup rejoint la soleil a la tombée de la nuit, il se couchent ensemble.

Tout ceci évoque fortement le conte du chaperon rouge dont plusieurs versions existent [Note 3] et sur lequel de nombreuses gloses ont été faites. L’aspect sexuel est évident dans la mesure où le chaperon rouge est dans son lit avant que son prédateur ne se jette sur elle et cela même dans la version ou elle échappe au loup. Ce prédateur est un loup, un ogre ou la grand-mère (qui devient alors une tante) selon les versions. Cependant, cet aspect sexuel me paraît tout à fait secondaire par rapport à l’aspect solaire du chaperon rouge. D’abord, cette pièce de vêtement ronde et rouge rappelle bien entendu le soleil. Ensuite, nos versions nordiques insistent bien sur le fait que la soleil se hâte pour fuir le loup, alors que toutes les versions du conte la montrent en train de muser en route, ce qui explique pourquoi le loup la rattrape. Dans toutes les versions, sauf celle ou elle en réchappe, il est frappant de voir que le prédateur ne la déchiquette pas mais l’avale tout rond, comme pour la conserver intacte en un sens. Enfin, la grand-mère a fourni elle-même le béret rouge comme pour marquer encore plus la continuité entre elle et sa petite fille. L’aspect solaire de la fillette (et donc de la grand-mère) explique sans sous-entendu sexuel tordu (j’ai entendu parler sérieusement d’une relation incestueuse évidente entre grand-mère et fillette !) que la fillette, le soir venu, se couche ‘dans le lit’ de sa grand-mère, qui n’est autre que elle-même dans le futur, le soleil vieillissant. Je trouve de plus que deux détails du conte de Grimm soulignent bien cet aspect solaire. D’abord, lorsque le chasseur qui sort la fillette du ventre du loup commence son travail de découpage, à peine eut-t-il tranché deux fois qu’il vit luire le chapeau rouge, « Wie er ein paar Schnitte getan hatte, da sah er das rote Käppchen leuchten ». Ensuite, dès qu’elle est un peu dégagée, Rotkäppchen crie «comme c’était noir dans le loup, (dans) son corps ! » (wie war’s so dunkel in dem Wolf seinem Leib!), c’est-à-dire qu’elle a souffert de la nuit plutôt que des autres inconforts évident à se trouver dans l’estomac d’un loup.

Pour conclure, le conte nous dit, en quelque sorte :« Bien sûr que le loup fait l’amour à la soleil tous les soirs, mais nous, on s’en fiche, tout ce qu’on veut c’est qu’il ne risque pas de la dévorer pour de bon, et de mettre en danger la stabilité de notre univers. Si elle se prélasse dans son chemin, il risque de l’atteindre avant l’heure correcte et de la tuer, sauf si nous intervenons au bon moment ».

 

loup1Gif

Second vers du poème runique norrois relatif à Fehu: Le loup se nourrit dans la forêt.

 

Conclusion (Sowelo)

 

La féminité de la soleil est bien marquée par son lien avec la rune Fehu, rune de la douceur féminine et ceci explique l’incompréhensible ‘Le loup se nourrit dans la forêt’ du poème runique norrois. Sowelo et Fehu sont deux runes sœurs et toutes les deux sont marquées par leur pouvoir de protection que nous avons vu abondamment illustré dans la littérature ancienne. Fehu symbolise plutôt la douceur féminine et Sowelo, évidemment, la chaleur féminine.

Mais les mythes liés aux relations entre le loup monstrueux et la soleil nous préviennent. L’univers est organisé selon un ordre qui doit rester immuable, et c’est pendant la nuit que loup et soleil peuvent s’aimer tout leur saoul. Pendant le jour, il doit la poursuivre et elle ne doit pas se détourner de sa trajectoire sous peine de mettre en péril l’ordre du monde. Si cela arrive, alors les humains doivent intervenir pour rétablir le bon ordonnancement des choses.

De façon un peu négative, je dois quand même insister sur le fait qu’à part une mauvaise astuce en Vieil Anglais, la confusion de sigel (un mot rare signifiant soleil, Norrois sól, un mot féminin) et de sige (un mot très courant signifiant victoire – ce qui explique la force linguistique de sige, mais Norrois sigr, un mot masculin), absolument rien ne relie Sowelo au concept de victoire dans les documents anciens que nous avons analysés.

 

Notes

 

[Note 1] Voir, par exemple, J. MacDonald, The Arctic Sky, 1998.

 

[Note 2] L’usage est de traduire ‘mun + verbe’ par un futur comme si on était certain que ce futur prendra place - voir par exemple l’excellente traduction du Gilfaginning par Dillman, mais ceci peut indiquer aussi un simple désir. J’ai dévié ici de cette tradition pour hann mun taka pour rendre compte du hann (‘il’, sujet du verbe) et non dans le second cas parce que la personne du second loup n’est indiquée par aucun pronom.

 

[Note 3] La version supplémentaire donnée par les Frères Grimm, dans la ‘band 3’ (Suppléments) de leurs contes, décrit une jeune femme qui se fait dévorer par un loup après une discussion avec lui. Elle ne porte rien de rouge et l’aspect solaire est complètement absent. Par contre, dans la version du Tyrol de C. Schneller (Märchen und Sagen aus Wälschtirol, 1867) la fillette rencontre un ogre mais l’histoire est semblable à celle que nous connaissons. Cet ouvrage rapporte aussi l’histoire d’une Cattarinetta où la fillette mange en route le gâteau qu’elle apporte à sa tante. Celle-ci vient la dévorer (l’avaler) alors que la fillette se cache dans son propre lit. Dans ‘la fausse grand mère’, une version de A. Millien (Mélusine, 1886) la fillette s’échappe en demandant la permission d’aller aux toilettes. Dans ‘la vraie histoire du petit chaperon doré’ de Charles Marelle (Variantes orales de contes populaires, 1889), le chaperon est explicitement décrit comme un objet magique qui tue le loup quand il l’avale.