Religion païenne, contrats et amitié

Le contexte religieux de la notion de vinr (‘ami’) dans la civilisation scandinave ancienne

 

Introduction

 

Les idées développées ici reprennent la présentation due à Dumézil des dieux de la fonction ‘royauté’ indo-européenne, relativement à leurs fonctions d’établissement des contrats. Mon but n’est certainement pas de critiquer Dumézil mais de bien approfondir la notion de ‘contrat consacré’ dans la civilisation scandinave ancienne. Il se trouve que les rôles que Dumézil attribue à Ódhinn et à Týr sont faiblement documentés dans les textes de base de la mythologie scandinave. En utilisant ces derniers, je vais chercher à trouver à quels dieux scandinaves sont effectivement attribuées les fonctions qui étaient sans doute originellement attribuées à Ódhinn et à Týr mais qui, par suite de glissements dans le rôle de ces dieux, se retrouvent entre les mains de Thórr, de Vár et de Forseti dans notre mythologie.

Toute mon argumentation repose l’importance de la notion de contrat et de la parole jurée chez les Germains. Dans la suite, je vais de vous présenter de nombreux arguments qui s’appuient sur la mythologie. Cependant, la croyance en leur l’importance est bien entendu issue de maints faits proprement historiques comme par exemple l’existence d’un lög-sogu-maðr (loi-diseur-humain = personne disant la loi) qui était chargé de répéter la loi au début de chaque Thing (Note *): il rappelait à chacun le contrat social passé entre les membres de la communauté.

Voici aussi ce qu’a dit Jónas Kristjánsson (Note **) des valeurs morales en cours à l’époque, dans son Icelandic sagas and manuscripts. Les sagas présentent des personnages animés « de valeurs morales et d’idées, dont de nombreuses étaient d’origine très ancienne, préchrétiennes et mêmes opposées à l’enseignement chrétien. Le plus important concept était celui de l’intraduisible drengskapr, un mot dans lequel de nombreuses qualités sont implicites : honnêteté, bonne foi, sincérité … » Le mot dreng-skapr signifie mot à mot ‘gars-forme’ (= en forme de gars). Cette sorte de ‘gars’ ne rompt pas le contrat passé avec ses compagnons d’armes, ses vinir. L’expression falla með drengskap (tomber comme un drengskapr) signifie ‘tomber l’épée à la main’ et montre bien que ce ‘gars’ meurt plutôt de violer la confiance jurée.

(Note *) Le Thing islandais était une assemblée de tous les hommes libres qui avait lieu chaque année aux environs de la mi-juin. On y prenait toutes les décisions importantes dont l’exemple le plus connu est l’adoption de la religion catholique en l’an 1000. À titre anecdotique, mais hautement symbolique, le Thing se tenait dans une vallée étroite formée par l’écartement des plaques tectoniques américaine et européenne : les islandais avaient alors un pied en Amérique et l’autre en Europe.

(Note **) Jónas Kristjánsson est un célèbre spécialiste des sagas islandaises et a été le directeur de l’institut chargé de recueillir l’ensemble des manuscrits islandais de 1970 à 1994.

 

Les contrats et les amis dans le Hávamál

 

(Strophes 1 (alliés), 6 (alliés), 24 (alliés), 25 (alliés), 34 (amour) , 41 (alliés et amour), 42 (alliés), 43 (alliés), 44 (amour fusionnel), 51 (vin-skapr = ‘amitié’, amour ), 52 (félag = compagnon), 65 (alliés), 67 (allié à Ódhinn), 78 (la richesse n’est pas une alliée), 119 (alliés et amour), 121 (amour), 124 (amour fusionnel), 156 (lang-vinr = ami de longue, date - alliés)

 

Ce serait trop facile si une des strophes disait clairement que les amis sont liés par un contrat. Mais il ressort clairement de l’ensemble des conseils donnés par Ódhinn dans ces diverses strophes que l’amitié (la ‘vinátta’ ou ‘vinskapr’) tel qu’il la conçoit est très différente de l’amitié telle que nous la concevons, au point qu’il me paraît presque incongru de chercher à traduire les mots vinátta ou vinskapr en langue française. En effet, nous allons voir que les relations entre vinir (‘amis’) sont plus formelles car ils sont liés par une sorte de contrat si bien cela ressemble à une d’alliance qu’on peut décrire comme une ‘amitié-alliance’. Mais elles sont aussi beaucoup plus profondes et devraient alors se traduire par ‘amitié-amour’.

Dans la liste des strophes parlant de l’amitié donnée ci-dessus, j’ai mis entre parenthèses la forme principale de relation, soit amitié, soit amour soit même les deux qui sont décrites dans la strophe correspondante. Bien évidemment, je vous renvoie à la lecture de ces strophes dans ma traduction pour vérifier que je les ai bien interprétées, http://www.nordic-life.org/nmh/IntrohaovamolFr.htm . Voici cependant quelques explications supplémentaires

 

               L’amitié-alliance.

La strophe 43 est celle qui évoque le plus clairement l’existence d’un contrat entre amis. Elle spécifie qu’un couple d’amis ne peut pas tolérer que l’un soit ami aussi avec le non-ami de l’autre. Une telle interdiction sous-entend que les amis agissent de la même façon face à une situation hostile, ce qui n’est pas possible sans une contrainte de type contrat. Notez que la traduction classique du mot óvinr (ó-vinr  = non-ami) par ‘ennemi’ enlève une part de sa force à notre argument.

C’est la simple existence de la strophe 42 qui suggère l’existence de cette amitié –alliance. En effet, cette strophe décrit trois comportements différents. Le premier est l’amitié déclarée (on rend alors don pour don), le deuxième est la joute amicale (dont une autre strophe nous dit qu’elle va souvent dégénérer en hostilité – on rend alors rire pour rire) et la troisième est l’hostilité déclarée (on rend mensonge pour mensonge). Ainsi, on n’échange pas de plaisanteries offensantes avec ses amis et on ne leur ment pas : c’est une clause du contrat d’amitié.

La strophe 25 décrit un homme qui croit que tous ceux qui rient avec lui sont ses vinir (‘amis’). Mais lorsqu’il arrive au Thing il constate qu’il n’a aucun allié pour le soutenir. Cela revient à affirmer que s’il avait des vinir, alors ils le soutiendraient au Thing, ce qui suppose donc une forme d’alliance entre les vinir.

La strophe 1 dit qu’il faut se méfier des non-amis quand on arrive dans une demeure où ils peuvent être déjà installés. Ceci sous-entend qu’on ne se méfie pas de ses amis, c’est-à-dire qu’un accord ferme a été passé avec eux.

La strophe 6 parle de l’ami ‘non brisant’ qui (ou à qui on) est toujours de bon conseil. Ainsi, briser une amitié coupe la source de bons conseils mutuels, encore une sorte d’alliance.

La strophe 41 décrit une forme d’alliance qui est proche de l’amour en ce sens qu’elle affirme que, sauf accroc, la persévérance dans l’échange de dons est un gage d’amitié durable. La nécessité à offrir et recevoir de son vinr fait penser à un renouvellement de contrat et le plaisir de donner et recevoir fait penser aux dons qu’aiment à se faire les amoureux, et ce plaisir dure tant que dure leur amour.

La strophe 65 n’est pas aussi évidente que les autres au sujet du contrat. Elle traite de la façon de parler qui doit rester prudente, même avec ses amis. Des paroles malheureuses peuvent donc déclencher des catastrophes avec toute personne, amis ou non.

La strophe 156 traite de la magie et illustre la nature de l’amitié entre un dieu et les humains. Ódhinn parle de ses ‘amis’ de longue date qu’il va protéger pendant la bataille. L’usage du mot ‘ami’, dans ce cas et si on a déjà accepté l’idée que l’amitié comporte un contrat, prouve seulement que les ‘amis’ d’Ódhinn passent un contrat avec eux. Ceci illustre les liens particuliers que les humains ont avec leurs dieux dans cette civilisation.

 

               L’amitié-amour

Il existe un argument relatif à l’étymologie du mot vinr qui est issu de racines indo-européennes signifiant ‘amour, désir, désir sexuel’. Je l’ai renvoyé en appendice car le sens d’un mot peut fortement varier au cours de son évolution linguistique. Le Hávamál va nous montrer que vinr n’a pas perdu tout lien avec son étymologie

La strophe la plus frappante à ce sujet est 44 qui évoque une profonde intimité morale avec son ami : « geði skaltu við þann blanda : en esprit dois-tu avec lui (te) mélanger ». Cette nécessité est encore reprise dans 124 qui décrit un comportement amical comme « sifjum er blandat (il est fusionné par affinités) » en ouvrant complètement son esprit seulement à l’ami ‘non brisant’. Une telle fusion des esprits nous montre que la vinátta présente un aspect fusionnel que nous attribuons même aux couples les plus soudés que l’on puisse imaginer.

La strophe 121 reprend cette idée sous une autre forme. Elle affirme que « la tristesse te mange le cœur si tes paroles n’atteignent pas l’âme entière de ton ami ». Ainsi, les discussions entre amis se font à cœur (vraiment) ouvert ce qui décrit une amitié munie d’une forte composante amoureuse.

Ce type d’amitié peut paraître étrange de nos jours. Nous vivons en effet dans une civilisation où, sauf dans des contextes très précis,  l’amour entre adultes est indissolublement associé à la sexualité, si bien que cette ‘confusion’ entre amour et amitié peut paraître choquante. Ôtez à l’amour cet obsédant lien au sexe, alors vous retombez sur la vinátta des anciens scandinaves.

 

               La vinátta

L’amitié dans le monde scandinave ancien est donc un phénomène beaucoup plus formel que notre amitié et il est sanctionné à la fois par une forme de contrat d’assistance entre les amis, mais aussi par des relations fusionnelles de pensée et d’âme.

Les développements ci-dessous vont décrire l’aspect sacré de la vinátta associé à son aspect contractuel : les contrats sont sanctionnés par les dieux et rompre un contrat, tout comme rompre une amitié, est une offense aux dieux. En effet, nous allons voir qu’un contrat est un acte à la fois social et religieux, supervisé par Thórr, et par Vár pour les contrats matrimoniaux. Ceci s’accorde bien avec l’idée de Dumézil que le concept de ‘contrat sanctifié’ trouve ses origines dans nos racines indo-européennes. C’est pourquoi il me semble que ce n’est pas rabaisser la notion de vinr que de l’associer à un contrat passé entre les vinir. Au contraire, la notion moderne d’amitié sentimentale construit une relation sur laquelle chacun sait qu’il ne faut pas compter : les ‘amis’ modernes vous délaissent dès que vous rencontrez trop de problèmes.

Vos vinir germains vous sont liés par contrat divin et ne peuvent pas vous laisser tomber sans que le sourcilleux Thórr ne lève son marteau.

 

 

Mitra et Varuna

 

Le premier livre dans lequel Dumézil a développé de façon systématique sa théorie des trois ‘fonctions divines’ s'appelle Mitra-Varuna (1940, corrigé en 1948). Il y développe l'idée que les dieux indo-européens de la fonction de souveraineté (‘première’ fonction) se présentent comme une paire. Le dieu de type ‘Varuna’ (ce nom est issu du Rig-Veda) est un dieu de l’action, le souverain impérieux et même violent, celui de la punition pour rupture de contrat, il représente les aspects magiques et guerriers de la royauté. Lui est associé une forme de désordre. En somme, il est le dieu qui crée des lois plutôt qu’il ne respecte les lois existantes. Le dieu de type ‘Mitra’ est un dieu de la décision, le souverain amical, celui de l’établissement des contrats, il représente les aspects religieux et conciliants de la royauté. Il apporte avec lui le calme et l’ordre, il est le dieu juriste par excellence. Dumézil appuie ses conclusions sur des exemples tirés essentiellement de la religion védique et de la religion des anciens Latins (avant la création de la république romaine) et décrit en quoi les conditions sociales particulières de la société germanique ont altéré ce schéma.

Il est maintenant possible  de préciser ce que l’on entend par « établir un contrat ». Dans la mythologie nordique, celui qui ‘consacre’ un contrat (qui lui donne son aspect divin) est aussi celui qui est chargé de punir le responsable de la rupture du contrat. C’est l’aspect ‘Varuna’ de la divinité. De son côté, le rôle d’une divinité de type ‘Mitra’ dans « l’établissement d’un contrat », est de diriger les discussions entre les parties et leur accord quant au contenu du contrat. Un ‘Mitra’ donne aux contrats leur aspect commode aux humains mais c’est ‘Varuna’ qui leur donne leur sceau divin.

 

Les ‘Mitra’ scandinaves : Týr puis Forseti

 

Pour justifier de la place de Týr en tant que dieu juriste de la fonction royale, la première fonction de Dumézil, celui-ci s’inspire du mythe des chaînes magiques de Fenrir : le loup ne pouvait pas avoir confiance en un autre dieu que celui de l’ordre légal pour ne jamais rompre un contrat, ce qu’il fait pourtant dans l’intérêt général. Bien entendu, la conséquence de ce serment rompu le rend manchot (Note *). En anticipant un peu, je peux même dire que, à cette occasion, il a perdu la main qui brandissait le marteau qui consacre les lois. Mais vous savez aussi que Týr « a un grand pouvoir sur la victoire dans les batailles » (Edda de Snorri) car il est le dieu de la vaillance et de la sagacité. Tout comme Ódhinn, son pouvoir déborde de la fonction dirigeante pure sur la fonction ‘force’, mais c’est de façon différente d’Ódhinn. Ainsi, Ódhinn sera le représentant de la furie guerrière, et le juriste Týr, d’après Dumézil, sera celui des lois de la guerre. En fin de compte, Dumézil soutient donc que Týr, à la suite de sa parole jurée mensongère, est démis de ses fonctions de dieu juriste de la fonction royale : il ne peut plus arbitrer la rédaction des contrats entre individus ni les lois. Par contre, il conserve son pouvoir de juriste dans la fonction ‘force’ (Note **) puisqu’il garde un pouvoir sur la décision dans les batailles comme le signale Snorri

Il semble que sa fonction judiciaire ait migré auprès d’un autre ‘jeune’ dieu puisqu’il s’agit du fils de Baldr et Nana, Forseti. La seule ‘preuve’ à notre disposition est celle de deux descriptions des fonctions de Forseti. L’une est due à Snorri (Gylfagyning chapitre 32) :« En allir, er til hans koma með sakarvandræði, þá fara allir sáttir á braut (Tous ceux qui viennent lui soumettre leurs litiges s’en retournent réconciliés) ». Ceci est confirmé par Grímnismál, strophe 15 « … ok svæfir allar sakir (… et il endort en douceur tous les conflits) ».

Il n’est pas explicitement question de contrats dans ces textes mais comme les contrats sont justement passés pour éviter les conflits, on peut comprendre que Forseti est celui qui établit des contrats ‘en douceur’ dans un climat d’apaisement, ce qui correspond bien au rôle du Mitra dumézilien.

 

(Note *) Il est intéressant de noter que cette infirmité n’est pas vraiment comparable à celle d’Ódhinn qui a dû abandonner un œil pour acquérir la magie. La perte de Týr est une rétrogradation, la perte d’Ódhinn est une promotion au statut de magicien.

(Note **) Il est clair que cette argumentation ne tient que parce qu’elle a le soutien de la mythologie comparée. Tous les arguments de Dumézil sont très intéressants et convaincants, mais il n’en reste pas moins qu’aucun texte de notre mythologie ne montre Týr comme le responsable de l’établissement des contrats – excepté celui des chaînes de Fenrir qui, visiblement dans nos textes, est présenté comme un acte d’homme courageux et non de législateur.

 

Thórr est-il le dieu qui consacre les contrats ?

 

Notre argumentation se fonde sur l’idée que le dieu Thórr consacre les contrats avec son marteau Mjölnir. Les contrats sont ainsi jurés, ils deviennent alors des serments et il punit ceux qui rompent leur serment. Le problème est qu’il est exact qu’aucun texte ne dit explicitement : « Alors Thórr scella le contrat en le consacrant avec Mjöllnir ». Alors que son pouvoir pour ‘consacrer’ une situation est bien connu, il faut relire attentivement quelques textes pour y voir une manifestation de consécration d’un contrat. Je vais vous en fournir maintenant  trois exemples Le premier exemple traite de la consécration du mariage par Mjöllnir. Le deuxième montre explicitement comment Thórr punit la rupture d’un contrat. Le troisième ne décrit qu’un contrat implicite.

 

Exemple 1 de la cérémonie de ‘mariage’ entre Thrym et Thórr

 

Le poème eddique appelé Thrymskvidha raconte comment le géant Thrym a dérobé Mjöllnir et exige, pour le rendre, de se marier avec Freyja. Freyja refuse en piquant une colère telle (elle fait éclater le collier des Brising) que les Ases cherchent une autre solution. C’est finalement Thórr qui va s’habiller en femme et jouer le rôle de Freyja. Tout se déroule comme prévu quoique Thrym soit étonné de certains comportements de sa pseudo fiancée. Arrive enfin le moment de la consécration du mariage et Thrym, qui croit épouser Freyja demande qu’on apporte le marteau : « pour consacrer la fiancée (brúði at vígja,) / étendez Mjöllnir (lekkið Mjöllni) / sur le genou de la jeune fille, (í meyjar kné,) / unissez-nous ensemble (vígið okkr saman)/ par la main de Vár (Várar hendi). [hendi est le datif singulier de hönd, la main ; Várar est ici le génitif singulier de Vár].

Ainsi, dans le cas d’un mariage, c’est la déesse Vár qui scelle le mariage avec l’aide d’un marteau, ici de Mjöllnir. Ce fait est aussi rapporté par Snorri qui voit en Vár celle qui punit ceux rompent leur contrat de mariage. Dans le Gylfagyning ch. 35  (ici, comme dans la suite, les traductions entre « » sont dues à Dillmann), il dit : « La neuvième [déesse Ase] est Vár : elle écoute les serments prêtés par les hommes et les accords que passent entre eux les femmes et les hommes. C’est la raison pour laquelle ces accords portent le nom de várar. Elle punit ceux qui ne tiennent pas parole. »

En Vieux Norrois, la dernière phrase se lit : « Hon hefnir ok þeim, er brigða. » Le verbe hefna signifie ‘se venger, prendre revanche’ et le mot ok, signifiant habituellement ‘et’, ne peut être ici qu’un adverbe signifiant ‘aussi’. De façon plus précise que la traduction de Dillmann, le sens de cette phrase est donc : « Elle prend aussi revanche sur ceux, qui ‘rendent vide’ (le serment). » Ainsi, du temps de Snorri, c’est Vár qui consacre les contrats matrimoniaux et qui punit ceux qui les vident de leur sens. Parallèlement, dans ce dernier exemple, on voit bien que Mjöllnir sert à consacrer mais nous savons aussi, par l’exemple suivant, qu’il est l’instrument de la punition. Le fait que le contrat ainsi consacré soit de nature divine est souligné par la façon de s’exprimer de Snorri. Il ne dit pas exactement que Vár ‘punit’ mais elle ‘se venge’ si bien que rompre un contrat matrimonial est une insulte à Vár, ce dont elle peut en effet se  venger au sens propre de ce mot.

On comprend ainsi que Thórr ait accepté ce rôle un peu ridicule de fiancée d’un géant (rôle que Freyja repousse avec horreur !) parce que tous deux savent que Mjöllnir va consacrer ce mariage. Thórr sait qu’il va récupérer Mjöllnir juste avant la consécration et que, muni de son arme invincible, il fera aussitôt arrêter cette comédie. Freyja, de son côté, sait que, s’il avait lieu, ce mariage serait consacré par Mjöllnir et qu’elle ne pourrait pas compter sur Thórr pour venir la délivrer – ce serait rompre une union consacrée.

 

Exemple 2 de la construction de la fortification de Midhgardh

 

Gylfaginning, chapitre 42.

Les Ases acceptent la proposition d’un ‘ouvrier’ de construire une fortification dans Midhgardh afin qu’ils puissent toujours se protéger des attaques des géants. Le contrat est passé avec « mörg særi (de nombreux serments) fyrir því at jötnum þótti ekki tryggt at vera með ásum griðalaust, ef Þórr kæmi heim (pour les géants, ils pensaient non en sécurité être avec les Ases sans une trêve [spéciale], si Thórr [re]venait à la maison) ». Ce contrat permet donc à l’ouvrier d’être en sécurité en cas de retour inopiné de Thórr. Ce contrat sous-entend donc également que l’ouvrier est un géant, sinon pourquoi craindre autant Thórr ? Il précise, de plus, que l’ouvrier ne sera pas payé s’il met plus d’un hiver (c. à d. six mois) à exécuter la commande et qu’il ne doit recevoir l’aide « af engum manni (« d’aucun humain » – manni est le datif du mot madhr, un humain, mais cette expression prend souvent le sens de ‘personne’, donc ici, d’aucun humain, ni d’aucun autre géant). Du coup, l’ouvrier demande le droit de recevoir de l’aide de son cheval. À l’instigation de Loki, les Ases acceptent cette clause. Ils s’aperçoivent vite qu’ils ont été roulés parce que ce cheval est tellement fort que l’ouvrier va être capable de remplir le contrat et devra recevoir sa récompense (en l’occurrence, rien de moins que Freyja, ‘la’ soleil et ‘le’ lune !). Les Ases ne peuvent pas rompre le contrat puisque l’ouvrier le respecte scrupuleusement. Cependant, ils forcent Loki, sous peine de mort,  à se débrouiller pour faire échouer l’ouvrier dans sa tâche, sans rompre le contrat, évidemment. Alors prend place l’épisode de la fameuse ruse de Loki où celui-ci se transforme en jument, et attire le cheval en grognant. Le verbe utilisé par Snorri pour décrire le comportement de Loki, hrína, signifie ‘grogner comme un porc ; crier, se lamenter’. Le cheval abandonne sa tâche pour suivre la jument-Loki. L’ouvrier s’aperçoit qu’il va donc échouer et se met dans une « colère de géant » face à sa défaite. En tous cas, donc, de ruse en contre ruse, les contractants avaient jusque-là respecté les clauses du contrat. Mais l’usage de la violence peut être interprété comme une rupture de contrat, ce qui justifie que les Ases s’autorisent à le rompre.

En er æsirnir þat til víss, at þar var bergrisi kominn, þá varð eigi þyrmt eiðunum [mot à mot : alors devinrent non respectés les serments], ok kölluðu þeir á Þór, ok jafnskjótt kom hann, ok því næst fór á loft hamarinn Mjöllnir.

« Alors les Ases, assurés qu’un géant des montagnes était venu, ne respectèrent plus leur serment, et ils invoquèrent Thórr. A l’instant celui-ci arriva et, aussitôt son marteau Mjöllnir fut brandi en l’air. »

 

Notez tout d’abord que la forme impersonnelle du texte Vieux Norrois n’est pas conservée par Dillmann qui ainsi ‘accuse’ implicitement les Ases de rompre le contrat. La traduction anglaise de Faulkes (« then the oaths were disregarded ») est plus proche du mot à mot et permet de mieux comprendre que les Ases se sentent floués par leur ‘ouvrier’ quand ils s’aperçoivent qu’il a rompu le contrat initial.

Mais, comme le montre le commentaire sur l’importance du contrat pour un géant, il est clair que les Ases sont au courant de la nature de l’ouvrier. S’ils sont maintenant certains qu’un « géant est venu », ceci n’est une information nouvelle pour eux que s’il s’agit du ‘cheval’ qui est, en fait, un autre géant, et voilà la vraie première rupture de contrat. La compréhension que je donne ici de cette histoire n’empêche pas que ‘l’ouvrier’ ait rompu son contrat dans sa « colère de géant ». Mais le contrat ne comportait pas de clause explicite interdisant l’usage de la force alors qu’il en comportait une interdisant toute aide extérieure, sauf celle d’un cheval. Si le cheval n’en est pas un réellement, alors le contrat est réellement rompu. Ma conviction vient du fait que l’assertion «assurés qu’un géant des montagnes était venu » contredit le fait que le contrat soit passé avec tant de précautions à cause d’une crainte des géants.

Ce qui semble bizarre, maintenant, c’est la connaissance implicite, chez les Ases, qu’un étalon ordinaire n’aurait pas été mis en rut par le grognement de la fausse jument-Loki. Or nous nous trouvons dans une civilisation du cheval, chacun des Ases possède le sien, par exemple. On sait bien qu’une jument en chaleur hennit plus souvent et se montre plus nerveuse, mais il est pour le moins rare qu’elle ‘grogne’, surtout comme une truie en chaleur. Ce verbe suggère que Loki avait soigneusement préparé son coup et qu’il a ‘grogné’ parce qu’il savait que ce grognement n’aurait jamais excité un simple étalon mais devait être irrésistible à un géant.

 

Version du Gylfaginning, ch. 44 : Völuspá, strophe 26.

Þórr einn þar , / þrunginn móði / hann sialdan sitr / er hann slíct um fregn; / á genguz eiðar, / orð oc sœri, / mál öl meginlig, / er á meðal fóro.

 « Thórr seul combattit là, / Gonflé de fureur – / Rarement il reste assis / Quand il apprend de tels faits. / Rompus furent les serments, / Les paroles, les promesses, / Et tous les actes solennels / Qui entre eux avaient eu cours. »

 

La version de la Völuspá conforte l’idée que c’est l’énormité de la tromperie du ‘l’ouvrier’ qui conduit les Ases à considérer qu’il a rompu le contrat et qu’ils ne sont plus soumis aux conditions de ce contrat. La Völuspá fait un commentaire sur Thórr dont la traduction exacte est un peu différente de celle de Dillmann donnée ci-dessus :« Rarement il reste assis / Quand il apprend un tel fait », car le mot fegn est au singulier. D’après le contexte, le seul fait que Thórr ait pu apprendre est que « un contrat a été rompu (par le géant qu’il va punir) ».

 

Exemple 3 des boucs de Thórr

 

Voici maintenant le mythe de la consommation de la chair des boucs de Thórr. Dans le Gylfaginning, chapitre 44, Thórr invite le paysan et sa famille à manger la chair de ses boucs. C’est une invitation à partager un repas dont Thórr est l’hôte accueillant.

Dès ses premières strophes, le Hávamál décrit des relations complexes entre hôte invitant et ses invités. Le premier doit être prudent à ne vexer personne mais les invités doivent prouver qu’ils sont dignes d’être invités. En particulier, on n’imagine pas qu’un invité puisse voler de la nourriture à son hôte ou refuser une injonction de leur hôte. Ceci serait au moins semblable à une rupture du contrat implicite entre l’hôte et ses invités.

Dans le présent mythe, le repas fini, Thórr leur dit de jeter les os sur les peaux des boucs (sous-entendu : ‘et ils doivent cesser de manger’). Mais le fils, Thialfi ‘rompt le contrat’ en brisant un des os pour en manger la moelle. C’est le lendemain que Thórr découvre la faute de Thialfi alors qu’il consacre les peaux avec Mjölnir. En effet, les boucs reviennent à la vie comme il s’y attend mais l’un est boiteux. Il se met en colère mais s’apaise quand on lui donne compensation : Thialfi et sa sœur vont devenir ses serviteurs. Dans ce mythe, le contrat est seulement implicite et la consécration n’est utilisée que pour découvrir la rupture de contrat. Du fait la compensation offerte,  Thórr accepte de ne pas se servir de Mjölnir pour punir la faute de Thialfi. De plus une erreur de traduction nous fait oublier la partie de consécration par Mjöllnir. Je suppose que les traducteurs ont été, bizarrement,  influencés par l’expression chrétienne de « consacrer le pain et le vin », si bien qu’ils traduisent le verbe utilisé ici, vígja par ‘bénir’ alors qu’il décrit une consécration païenne par Mjöllnir. L’aspect ‘rupture de contrat’ perd son évidence à l’occasion de cette bénédiction.

Gylfaginning, chapitre 44

Þórr dvaldist þar of nóttina. En í óttu fyrir dag stóð hann upp ok klæddi sik, tók hamarinn Mjöllni ok brá upp ok vígði hafrstökurnar.

« Thórr passa la nuit là. De grand matin, avant le jour, il se leva et s’habilla ; il prit le marteau Miollnir, le brandit et bénit [non, vígði = consacra] les peaux des boucs. »

Faulkes, de même, traduit vígði  par ‘blessed’. J’ai l’impression que l’interprétation la plus courante de cet épisode est de voir Thórr en train de punir un gamin désobéissant alors que j’y vois Thórr réagissant à la rupture d’un contrat. Comme cela arrive souvent, il nous est impossible de décider quelle interprétation parlait le plus aux anciens scandinaves. Ma préférence pour la seconde interprétation s’appuie sur l’importance de la relation contractuelle dans l’ancienne société scandinave qui a été illustrée maintes fois, en particulier par la structure de la société islandaise.

Conclusion

 

Comme je l’annonçais aucun mythe ne prouve directement que Thórr soit devenu le successeur d’Ódhinn dans la surveillance de la bonne exécution des contrats. En général, cependant, Thórr est présenté comme un dieu sourcilleux qui n’aime pas les entorses à la morale païenne. Il est tout de même frappant qu’il soit le héros des trois mythes que je viens de décrire. Certes, dans chacun d’eux une autre interprétation que celle que je fournis est possible, mais nul ne peut contester qu’on y voie Thórr mêlé à un problème de rupture de contrat et qu’il agisse toujours en utilisant Mjölnir d’une façon ou d’une autre pour traiter cette rupture. En fin de compte, et au vu de la mythologie nordique, il est le seul dieu qui puisse garantir le bon déroulement des contrats.

 

Les ‘Varuna’ scandinaves : Ódhinn puis Thórr et Vár

 

Dans notre mythologie, vous reconnaissez immédiatement Ódhinn comme dieu de l’action, de la magie et qui, en particulier par l’intermédiaire de ses liens avec Loki, est aussi porteur d’un certain désordre. Tout ceci concorde bien avec l’hypothèse qu’il soit un ‘Varuna’ germain. Par contre, Dumézil ne souligne pas l’absence de confirmation mythologique de ce qu’il soit en charge de la punition de ceux qui rompent leur contrat.

Comme nous l’avons vu, la  responsabilité d’établissement des contrats a été ôtée des mains de Týr sans doute comme conséquence du fait qu’il ait rompu le contrat avec Fenrir. Il n’était pas possible que le dieu établissant les contrats (ou le contenu des serments) les rompe sans mettre en danger l’autorité divine. De même, Ódhinn a trahi sa parole pour récupérer l’hydromel de la poésie et donc perdu sa responsabilité de ‘Varuna’ germain. Ce fait est clairement rapporté dans la strophe 110 du Hávamál. Après une cérémonie de baugeið (serment sur l’anneau), Ódhinn laisse derrière lui «  Suttung svikinn … ok grætta Gunnlöðu  (Suttungr trahi … et détresse à Gunnlödh) ».

 

Dumézil ne cite Thórr que pour souligner sa force et en faire donc le dieu typique de la seconde fonction (‘force’, « surtout dans ses manifestations guerrières », dit-il). Mais il oublie de rappeler que c’est justement Thórr qui punit les ruptures de contrat et qui peut aussi sceller les contrats avec Mjöllnir, et qu’il joue donc un rôle prépondérant dans le contrôle du respect des contrats, comme l’exemple 2 le souligne de façon très claire.

L’exemple 1 nous montre que, dans le cas des contrats matrimoniaux, c’est plutôt Vár qui joue ce rôle de contrôle de la bonne exécution du contrat.

C’est ainsi que notre mythologie confirme clairement le rôle de ‘Varuna’ scandinaves à Thórr et Vár.

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Gunnlödh en larmes (Ernst Hansen - 1941: Ódhinn a rompu son contrat avec elle et s’enfuit sous forme d’un aigle

 

Conclusion

 

En conclusion il me semble que nous pouvons accepter l’idée de Dumézil qui suppose qu’il existait une structure indo-européenne primitive où le rôle de contrôle et de rédaction des contrats était joué, respectivement par Ódhinn (‘Varuna’) et Týr (‘Mitra’), même si notre mythologie n’en confirme pas tous les détails.

Thórr semble avoir succédé à Ódhinn dans la fonction, royale au sens de Dumézil, de vengeur des contrats rompus. Forseti est certes un dieu peu connu dont les aventures ne défraient pas les Eddas. Cependant, l’analyse présentée ici-même le présente comme héritier d’une des responsabilités d’un dieu germanique très ancien de la fonction royale d’apaisement des conflits.

Dumézil n’évoque pas un dieu responsable de la consécration des contrats de mariage, attribuée à Vár dans notre mythologie. Il est clair qu’Ódhinn n’est pas vraiment ‘l’homme de la situation’ pour un tel rôle ! De plus, le rôle relativement important de la féminité dans la civilisation germanique (qui a tant indigné Tacite) explique à lui seul la nécessité d’une déesse chargée de contrôler les contrats de mariage.

 

Enfin, Dumézil attribue à Ódhinn le rôle de ‘Varuna’ germanique plutôt par analogie avec les autres fonctions de Varuna que pour des raisons précises. Bien entendu, Dumézil est tout à fait conscient du manque d’exemples de ce rôle dans la mythologie germanique. Il explique ceci par une forme d’esprit démocratique chez les germains, qui aurait conduit à une méfiance vis à vis des représentants de la première fonction, et par la multiplicité des fonctions attribuées à Ódhinn. Il me semble que la raison est plutôt à chercher dans une importance croissante de Thórr dans son rôle de dieu multifonctionnel. Tout d’abord, Thórr est un dieu de la fonction ‘guerre’ tout à fait atypique puisqu’il n’intervient dans aucune des guerres entre les humains. Il est donc le dieu de la fonction ‘force’ pure, non guerrière, une sorte de policier chargé de défendre l’ordre divin des Ases contre le chaos des géants. Ce rôle le qualifie donc admirablement comme le ‘consacreur’ et le ‘contrôleur’ des contrats et des serments qui forment la base de l’ordre divin des Ases.

 

Appendice sur l’étymologie de vinr et de friðr

(sur l’amour proto indoeuropéen et l’amitié chez les anciens germains)

 

L’étymologie de vinr le rapproche du proto-germanique wunjo (nom de la rune du plaisir). De même, si on veut absolument en référer au latin, il semble que le mot runique viniZ et Venus soient issus de la même racine indo-européenne, wénos (= ‘amour, désir sexuel, beauté’), issu lui-même du proto-indo-européen wen (= ‘désirer, avoir envie de’), comme le souligne J. Pokorny dans son Indogermanisches-Etymologisches Wörterbuch. On le retrouve dans le Althochdeutsches Wörterbuch de Gerhard Köbler, à wini* traduit en allemand moderne comme : ‘ami, amoureux, camarade’.

Bien évidemment, tout ceci ne justifie pas de traduire vinr autrement que par ‘ami’ mais permet de comprendre que, dans certains contextes, l'amitié puisse devenir une forme d'amour, disons un ‘amour amical’.

 

Il se trouve de plus que la fameuse expression ‘new age’ :« Faites l’amour, ne faites pas la guerre » se retrouve dans le monde des germains anciens, si belliqueux d’après les historiens latins, sous une forme positive :« Faites l’amour et faites la paix ». C’est l’étymologie du mot friðr, la paix,  qui l’indique car elle est, elle aussi, reliée par ses racines indo-européennes à la relation amoureuse. En effet, ce mot remonte à l’indo-européen príjā : ‘femme, épouse’ qui a donné naissance à des mots comme freyja en Vieux Norrois (la déesse, mais aussi une façon laudative de parler d’une femme), frēo en Vieil Anglais (comme substantif = femme, et comme adjectif = libre), fridil* (= amoureux, ami) en Vieil Haut Allemand, Frau en Allemand moderne. La racine de ce mot conduit aussi à des mots désignant un ami : frændi en en Vieux Norrois, frēond en Vieil Anglais, friend en Anglais moderne, à nouveau fridil* en Vieil Haut Allemand qui désigne aussi un ami. On retrouve le sens de ‘paix’ dans d'autres mots apparentés, comme fridu en Vieil Haut Allemand, frið en Vieil Anglais, frēod ( = paix, amitié) qui a les deux sens en Vieil Anglais.

Il ne faut pas cependant en conclure que friðr signifie autre chose que ‘paix’. Ce mot a visiblement plus évolué que vinr l’a fait. Entre sa racine indo-européenne príjā et le Vieux Norrois friðr, une évolution a visiblement pris place. Ceci est expliqué par de Vries qui donne bien les sens frjá ‘aimer’, friðill ‘amoureux’ et friðla ‘concubine’, mais il ne suggère jamais que ces mots représentent le « sens original » du mot friðr. En effet, il relie au verbe frjá un groupe de mots dont les sens sont « ménager, orner, réconcilier, libre, amitié, amour et, bien entendu, la paix ». Ainsi cette racine s’est étendue dans plusieurs directions à partir d’une étymologie commune. Enfin, le verbe qui est évidemment associé, en Vieux Norrois, à friðr est friða qui signifie ‘pacifier, réconcilier’. De plus, tous les mots composés du type frið-* sont relatifs à la paix, de frið-bot (une paix conclue) à frið-vænligr (promesse de paix), ainsi que tous les mots composés sur friðr, de friðar-andi (esprit de paix) à friðar-tími (temps de paix).

 

Références

 

Georges Dumézil Mitra-Varuna, PUF 1940 et Gallimard 1948 (en Français). Traduction anglaise, Zone Books, 1988.

Jónas Kristjánsson, Icelandic sagas and manuscripts, 1980.

Snorra Edda Traduction anglaise A. Faulkes, Everyman 1987. Traduction française F.-X. Dillmann, Gallimard 1991.

Völuspá, Edda poétique.