Vous trouverez une traduction commentée, en cours sur le site du Thing Francophone. Vous aurez besoin de vous inscrire pour accéder au texte. Vous serez alors libre de poster votre propre avis à la discussion. Sur ce site, je m’appelle hundheiðinn (hund-heidhinn) ce qui signifie ‘chien de’ ou ‘grand’ païen. C’est le nom qu’on donnait en Islande aux païens irréductibles.

Sont faits : Hávamál  1-44, 81 et 84, 111, 139, et 142.

Voyez à : http://www.lething.org/www/phpBB/

 

Si vous ne désirez pas joindre le Thing, voici la version française.

 

Mon nom est Yves Kodratoff mon nom de email commence avec les deux premières lettres de YVes, suivies des deux premières lettres de KOdratoff. Mon ‘provider’ est  FREE en France, ce qui donne XXXX AT FREE POINT FR …  j’espère tromper les automates et aucun humain avec cette  énigme facile !

Ce long poème a été divisé en plusieurs parties par les  commentateurs. Je vais utiliser leurs choix afin de couper en morceau cet immense poème qu’est le Hávamál. Les strophes 1 - 78 sont souvent appelées les  strophes gnomiques  parce qu’elles contiennent des conseils sur la façon de vivre.  La strophe 79 commence ce que nous pouvons appeler la complainte amoureuse d’Ódhinn bien que ce soit souvent encore de  nature gnomique. Cela contient l’aventure d’Ódhinn avec Billings mær (la servante de Billing) et avec Gunnlöð. A la strophe 111 commence une nouvelle suite de  strophes gnomiques  adressée à un personnage appelé  Loddfáfnir, d’où son nom: Loddfáfnismál. Alors commence la  partie runique du poème, encore coupée en deux parties, le Rúnatal et le Ljóðatal.

 

Les strophes 1-10 sont ci-dessous [autres strophes: 11-14 (‘sur l’abus de bière’), 15-35 (‘strophes sur la sagesse’, faites: 15-35), 36-41 (‘strophes sur les possessions’, faites: 36-41), 42- 46 (‘strophes sur l’amitié’, faites: 42-46), 47-52 (‘strophes sur l’humanité’, faites: 47-50), 53-57  (‘strophes de la sagesse modérée’, faites: aucune), 58-69 (‘strophes sur l’ action’, faites: aucune), 70-78 (‘strophes sur l’instabilité de la vie’, faites: aucune)]

Les strophes 79-96, Introduction aux histoires d’amour d’Ódhinn [état actuel: strophes 81 and 84]

Les strophes 97-110 Les histoires d’amour Ódhinn avec Billings mær et Gunnlöð [état actuel: vide]

Les strophes 111-137 Loddfáfnismál [état actuel: strophe 111]

Les strophes 138-145 Rúnatal [état actuel: strophe 139, 142]

Les strophes 146-163 Ljóðatal. Cette partie est traduite, avec les runes qu’elle illustre, dans mon livre Hurlant, je les ramassai. []

 

Strophes 1 – 10 (‘Poème gnomique’)

 

********* 1. *********

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

*Gáttir allar                           Tout l’espace où la porte s’ouvre
áðr gangi fram                       avant d’aller dedans (cet espace)
um skoðast skyli,                    tout entier observé devrait être,

um skyggnast skyli,                 tout entier fouillé devrait être,
því at óvíst er at vita               parce que incertain est de connaître
hvar óvinir                              où les non-amis
sitja á **fleti ***fyrir.            sont assis dans la maison déjà.

 

*(Gátta, au pluriel, = l’espace où la porte s’ouvre, devant et derrière la porte)

**(flet = l’ensemble des sièges et des meubles et, par extension, une maison d’habitation, pas un « hall »)

***(fyrir = ‘devant’, mais aussi ‘déjà’ qui me semble mieux adapté ici)

 

Commentaire sur le vocabulaire :

Le mot vinr, utilisé 25 fois dans l’ensemble du poème, signifie ‘ami’. Ici, il est utilisé sous sa forme négative : ó-vinr, le ‘non-ami’ qui n’est donc pas exactement un ‘ennemi’ comme ce mot est le plus souvent traduit.

 

Commentaire sur le sens de la strophe:

1. il faut être extrêmement méfiant avant de pénétrer dans une maison et même fouiller dans les coins.

2. Une porte ouverte peut n’être ouverte que pour dissimuler un ennemi derrière elle.

3. Un accueil trop chaleureux dissimule une traîtrise quelque part.

 

 

********* 2. *********

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

Gefendr heilir!                        Aux donneurs, bonne santé ! (bienvenue !)
Gestr er inn kominn,              Un invité est dedans venu,
hvar skal sitja sjá?                  Où va-il asseoir soi ? (ici, sjá = sá)
Mjök er bráðr                         Beaucoup est en hâte
sá er á bröndum skal              qui est près des brandons (près de l’âtre) sera
síns of freista frama.               lui-même à  tester ‘en avant’ (= complètement testé).

Commentaires :

Autant il faut se méfier quand on arrive dans une maison inconnue (voir s. 1), autant il faut être accueillant avec ceux qui apportent quelque chose (les « donneurs »). On doit les faire s’asseoir au meilleur endroit de la maison (prêt de l’âtre) mais ne pas trop les presser (les mettre en « hâte ») de questions.

 

 

 

********* 3. *********

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

Elds er þörf                            Du feu est le besoin [Il a besoin du feu]

þeims inn er kominn               à celui qui dans (un abri) est venu

ok á kné kalinn.                      Et aux genoux est glacé.

Matar ok váða                        Viandes et vêtements

er manni þörf,                        est à un homme le besoin

þeim er hefr um fjall farit.      à celui qui est monté au-delà de la montagne a voyagé.

                                               [celui qui a voyagé depuis l’autre côté de la montagne]

 

 

Commentaire:

Dans la strophe 2 le voyageur est « près de brandons » et la strophe 3 nous dit bien que cela était nécessaire (et non pas une sorte de torture comme cela pourrait être dans un pays chaud). La règle de l’hospitalité est de prendre soin du voyageur dans le besoin, chaleur, nourriture et vêtement compris.

 

 

********* 4. *********

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

Vatns er þörf                                      D’eau est le besoin

þeim er til verðar kemr,                     à celui qui pour un repas vient,

þerru ok þjóðlaðar,                            une serviette et la meilleure des réceptions

góðs of æðis                                       de bonnes manières

ef sér geta mætti                                 (et) si lui-même l’obtenir satisfait [s’il satisfait ce qui est

nécessaire]

orðs ok endrþögu.                              (pour) mot [= paroles] et rétribution [ = réponses]

 

Les deux génitifs du dernier vers font qu’un ‘til’ (ou tout autre préposition demandant le génitif) est sous-entendu, je l’ai indique par un ‘(pour)’.

 

Commentaire:

 

Une description détaillée de ce que l’hospitalité exige. Ces exigences nous montrent bien que nous ne vivons plus du tout dans un monde pareil. Notez toutefois la nuance : l’invité doit quand même en être capable pour obtenir til orðs ok endrþögu, mot et rétribution !

 

********* 5. *********

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

Vits er þörf                  D’esprit/intelligence est le besoin

þeim er víða ratar;      à celui qui au loin voyage;

dælt er heima hvat;     ‘doux être’ à la maison de toute façon; [hvat er = de toute façon, ‘il est doux d’être’ …]

at augabragði verðr   au clin d’œil (des autres) sera [les autres se feront des clins d’œil]

sá er ekki kann            celui qui ne sait pas [l’ignorant]

ok með snotrum sitr.   et avec les sages s’assied.

 

Commentaires sur le vocabulaire :

 

Du voyageur, on glisse à l’intelligence du voyageur, et nous voilà dans un sujet majeur du Hávamál: avoir ou non du vitr (bon sens) et être ou non snotr (sage). C’est pourquoi nous rencontrons maintenant deux mots utilisés très souvent dans le poème.

Le mot vitr, utilisé 21 fois dans l’ensemble du poème, signifie conscience, sens, intelligence, connaissance, compréhension c'est-à-dire qu’il recouvre un peu toutes les manifestations de l’esprit, c’est pourquoi on le traduit trop souvent par ‘sagesse’ (exprimée par l’adjectif snotr, comme nous allons le voir). Dans la strophe 6, nous rencontrerons la forme mannvitr, la compréhension humaine (le bon sens), qu’on peut opposer à bókvitr, la compréhension livresque.

Dans les premières (1 à 83) strophes du Hávamál, le mot snotr est rencontré 16 fois (et 3 fois dans les strophes 84-164) soit sous sa forme directe snotr = sage, sa forme négative ósnotr = non-sage (que je traduirai par ‘sot’) ou sa forme semi-négative méðalsnotr = ‘moyennement sage’.

 

Commentaires sur le sens de la strophe:

 

Il est clair que les sages ne se font pas des petits signes avec les yeux  quand un ignorant s’assied parmi eux, mais de moquerie.

Cette strophe sous-entend aussi que l’ignorant a heureusement la possibilité d’être heureux chez lui, qu’il ne se mêle pas trop aux autres.

 

********* 6. *********

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

Commentaires préalables sur cette strophe:

Voici la première des strophes dont la traduction n’est pas aussi évidente qu’on puisse le croire. En particulier, les trois derniers vers ne sont pas dans toutes les versions (p. ex. absents de l’édition de Rask, 1818 – introduits dans l’édition de Bugge, 1863). De plus, certaines versions ne donnent pas le því at du début de ces vers – il me semble donc possible que ce því at soit un ajout pour ‘faire sens’ en intégrant ces trois derniers vers à la strophe.

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

At hyggjandi sinni                   De sagesse sienne [OU!] En pensant aux compagnons

skyli-t maðr hræsinn vera,      ne devrait pas l’homme vantard être,

heldur gætinn at geði;            plutôt attentif en esprit;

þá er horskur ok þögull          quand le sage et silencieux

kemr heimisgarða til,             vient ‘cours de la maison’ jusqu’aux, [(il) vient jusqu’aux cours de la maison = (il) s’approche de l’habitation]

sjaldan verðr víti vörum.        rarement devient (=arrive) amende (=punition) aux prudents.

[sens de ces six premiers vers : L’homme ne devrait pas se vanter de sa sagesse (ou? de ses alliés?), son esprit doit plutôt rester attentif quand une personne ‘sage et silencieuse’ lui rend visite, il arrive rarement malheur aux personnes prudentes.]

 

[trois vers discutés :]

[(því at) óbrigðra vin              [(parce que) non-volage (=fidèle) ami

fær maðr aldregi                    apporte l’homme toujours (OU jamais !)

en mannvit mikit.]                   quand (il a) humain bon sens beaucoup]

[sens de ces trois derniers vers        Jamais un homme ‘apporte’ à un ami aussi constant que quand il a beaucoup de bon-sens.]

 

Commentaires sur le vocabulaire:

Le premier vers est totalement ambigu et, tout en préférant l’interprétation classique (« de sa sagesse »), il me semble qu’on peut aussi comprendre qu’il ne faut pas non plus se vanter de ses alliés ou, au moins, que le scalde a voulu faire une sorte de plaisanterie.

Le mot heimisgarðr désigne le garðr (cour ou jardin) de la heimr (maison).

Pour les trois derniers vers :

Notez d’abord que, dans les deux premiers vers de ces trois, maðr est un nominatif et que óbrigðra vin est un datif car le mot vinr (ami) est d’une déclinaison très irrégulière et fait vin au datif. Ainsi, le maðr (homme) fær (‘apporte’ de færa - apporter) à un óbrigðra vin.

 

Commentaires sur le sens :

 

L’ambigüité du premier vers me semble plus profonde qu’un simple effet poétique. En effet, cette strophe n’est que l’une des nombreuses dédiées à l’importance des relations entre humains et se reposer trop sur ses alliés est effectivement peu sage alors que se vanter de sa sagesse est de l’idiotie pure.

Le sens des trois derniers vers est ambigu. On ne sait pas si c’est l’évidence que « le bon sens de l’homme bénéficie à un ami » dont la négation ne dit rien de plus que « un ami sot ne vous apporte rien ». Par contre, et de façon moins évidente, la négation de « un ami de bon sens trouve bénéfice dans l’homme » dit que : « le sot ne trouve aucun profit dans l’amitié ». Surtout dans notre époque d’individualisme effréné, il me semble que la deuxième version soit beaucoup plus judicieuse que la première.

 

********* 7. *********

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

Inn vari gestr              Lui, le précautionneux invité

er til verðar kemr        qui pour un repas vient

þunnu hljóði þegir,     en une fine respiration garde le silence [retient son souffle en gardant le silence]

eyrum hlýðir,              avec les oreilles il prête attention

en augum skoðar;       mais avec les yeux il voit [peut signifier le ‘voir’ du voyant]

svá nýsisk fróðra hverr fyrir.  ainsi furète l’instruit qui ‘en avant’. [Comme sjá fyrir = prophétiser, je lis : nýsisk fyrir = deviner les secrets]

 

[L’invité prudent vient pour un repas et retient son souffle en silence, tend l’oreille, voit avec (ou au-delà de) ses yeux, ainsi le savant découvre et devine.]

 

Commentaire:

L’invité ‘précautionneux’ ne vient en apparence que pour prendre un repas et pourtant il « retient sa respiration » (il  médite), il entend les mots (non dits), il voit les choses (cachées), il devine les secrets.

L’humain instruit (hum … donc instruit de la magie) ne vient en apparence que pour des raisons triviales et pourtant il percera vos secrets les mieux cachés.

Ce texte qui a l’air de dire des âneries, comme « il écoute avec ses oreilles », vous donne une des bases de la magie nordique … c’est bien pourquoi il a l’air de dire des âneries !

 

********* 8. *********

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

 

Hinn er sæll                Il [hinn = ‘celui-ci’, ‘celle-ci’ serait hin] est heureux (et ‘béni’)

er sér of getr               qui pour lui obtient

lof ok líknstafi;            louange (et permission) et líkn [=forme gravée]-stafi [=fait de lettres – évidemment, les traducteurs classiques ne voient pas de runes ici !] ;

[Heureux et béni celui qui obtient louange et (connaissance des ) runes gravées;]

 

ódælla er við þat,        non-familier est ce que [ódælla við = inconnu, imprévisible. Anglais : ‘not dealt with]

er maðr eiga skal        qui l’humain posséder va [l’humain qui va posséder]

annars brjóstum í.      de l’autre les poitrines dans [dans les poitrines de l’autre]

[C’est imprévisible ce qu’un humain possède dans la poitrine de l’autre]

 

Traduction de Boyer

8. Heureux celui-là

Qui s'acquiert

Louanges et bonne réputation.

Plus suspect est

De tirer son inspiration

Du sein d'autrui.

 

Bellows’ translation

8. Happy the one | who wins for himself

Favor and praises fair;

Less safe by far | is the wisdom found

That is hid in another's heart.

 

 

Commentaire:

 

J'ai vérifié que le premier rédacteur de l'Edda poétique, Rask (1818) et l’édition critique de Gering (1904) lisent hinn. C'est exception au style généralement sans genre  du discours de notre poésie.

L'humain de connaissance est heureux quand il obtient la connaissance des runes, et l'éloge qui y est associé. Cette personne utilise une certaine sorte de pouvoir magique, il/elle est un(e) sorci(ère)er. La connaissance et la puissance qu’il/elle possède sur le cœur (ou l'âme, ou l'esprit) de l'autre n’est pas connue, mais elle est certainement impitoyable.

Les traductions habituelles ne voient aucun message au sujet de la magie dans ce vers (voir cependant Evans ci-dessous).

Dans la première moitié, ils oublient tout simplement de traduire líknstafi et, comme le fait Bellow, donnent à la place les deux significations  de lof : ‘faveur et éloge’.

Dans la deuxième moitié, ils comprennent eiga comme ‘se posséder soi-même’ (par conséquent ‘pour se cacher’ de Bellows). Sa signification réelle est diverse, on le trouve avec les significations: posséder, avoir (en parlant d'un conjoint ou d'un parent, d’ennemis ou d’amis), être lié, posséder, être autorisé à, garder, traiter. Toutes ces significations impliquent au moins un certain genre de lien spécial, d'intensité variable. C’est pourquoi j’exagère peut être  l'intensité du lien en choisissant la signification de posséder'. En tous cas, la deuxième moitié de la strophe indique que le sorcier a un lien spécial avec quelque chose situé au sein d’une autre personne. Ceci rappelle fortement les sorcières condamnées pour leur ‘possession’ de l’âme de leurs victimes. Le mot employé ici pour décrire ce genre de possession est ódælla. Par lui-même il signifie ‘impitoyable ‘. En association avec við, il signifie ‘inconnu’.  La manière qu’un sorcier a de posséder l'âme d'une autre personne est décrite ici comme mystérieuse et probablement rude.

Vous voyez que, à l’opposé de Evans (voir ci-dessous), les deux moitiés sont parfaitement adaptées l’une à l’autre quand leur sens magique est pris en considération.

Dans sa traduction française, R. Boyer fait comme Bellows dans  les trois premiers vers, alors qu'il interprète les trois derniers  d'une manière qui  évoque quelque chose de ‘non chrétien’ quand il dit : Plus suspect est / De tirer son inspiration / Du sein d'autrui.

 

 

Commentaires d’Evans

 

8

Les deux moitiés ne s'adaptent pas bien ensemble, car …  éloge’ et  faveur, jugements amicaux’ - comme lof et líknstafi sont respectivement d'habitude rendus - sont précisément des choses qu'on a annars brjóstum í. … pour lof un sens de ‘amour, affection, estime’ est mieux adapté ici que  ‘éloge’. … líknstafir comme ‘les mots (magiquement) calculés pour gagner l'aide d’une autre  personne’', un sens qui s’adapte également une seule autre occurrence,  Sigrdr. 5: fullr er hann ljóða ok líknstafa, góðra galdra ok gamanrúna. D’autres  éditeurs prennent líknstafir comme = líkn, avec -stafir comme une simple finale dérivative (ainsi SG, comparant bölstafir= böl, flærðarstafir = flæ Sigrdr. 30 et 32).

 

 

********* 9. *********

 

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

er sæll                    Qui est heureux

er sjálfr of á                qui lui-même (ou elle-même) possède

lof ok vit, meðan lifir; louange (et permission) et sagesse, pendant qu’il vit;  

því at ill ráð                car au mauvais conseil  [car un mauvais conseil]

hefr maðr oft þegit      commence [est] l’humain souvent accepté [souvent l’humain accepte]

annars brjóstum ór.   de l’autre hors des poitrines. [venant du cœur d’un autre]

 

[Rappelez-vous que le strophe 8 dit qu’il est heureux celui qui reçoit: lof ok líknstafi;]

 

Commentaire:

(1ère conclusion) : Il est heureux celui qui possède sans avoir besoin de quelqu’un d’autre sa propre louange et sa propre sagesse car les humains acceptent volontiers les mauvais conseils venant des autres.

Mais je ne vois pas la deuxième conclusion (de Jónína) dans cette strophe, mais plutôt : il faut se méfier des conseils des autres car ils sont souvent mauvais pour vous.

 

 

********* 10. *********

Texte et traduction mot à mot en pseudo-français :

Byrði betri                              Un fardeau meilleur

berr-at maðr brautu at           ne porte l’humain sur un chemin rocheux

en mannvit mikit;                mais soit beaucoup de bon sens; [inné – par opposition au bon sens livresque]

[le meilleur fardeau que puisse porter l’humain sur un chemin escarpé est une bonne quantité de bon sens inné]

auði betra                               richesses meilleures

þykkir þat í ókunnum stað;    on pense cela dans une inconnue place;

[on pense que (c’est) la meilleure richesse dans un endroit inconnu]

slíkt er válaðs vera.                 ainsi qui de la misère être. [ainsi est-ce pour celui qui est dans la misère]

 

Commentaire:

Le sens propre de braut est ‘un chemin qui passe sur des rochers’. Ceux qui se sont balladés en montagne  connaissent bien ces endroits où le chemin disparaît pour être remplacé par des rochers plus ou moins plats et en général dominant une falaise. Par temps de brouillard c’est évidemment très dangereux et c’est en effet un « ókunnr staðr », un endroit inconnu.

Quant au dernier vers, « celui qui est de la misère » est en général compris comme ‘personne dépourvu de richesses matérielles’ alors que c’est clairement une allusion aux « richesses » dont parle le 4ème vers : en somme, le dernier vers signifie : « ainsi en va-t-il de celui qui est en grande difficulté. » Une autre interprétation peut aussi exister : vera peut aussi signifier ‘abri’. válaðs vera serait alors ‘le refuge de la misère’ ce qui n’a pas grand sens ici.

Et justement, le sens de la strophe est bien que pour se sortir de graves problèmes, on a plus besoin de ‘bon sens maternel’ que de richesses matérielles. De plus, le ‘bon sens acquis’ ne le tirera pas des difficultés inattendues qu’il rencontre.

Notez aussi que le poète parle des richesses matérielles aussi bien que de l’intelligence naturelle comme d’un fardeau à porter au long de notre vie !

Bien sûr, cela me fait penser au chant sibérien que je vous chante et qui dit que « la vie, les humains la portent et la supportent ».