Le Galdr du Corbeau d’Óðinn : HRAFNAGALDUR ÓÐINS
(aussi appelé : Forspjallsljóð)
English version also available on this site
Le Galdr du Corbeau d’Óðinn est un poème dont on ne sait pas s’il a été écrit avant le 14ème siècle ou bien si c’est une composition du 16ème siècle. Mon but n’est pas de discuter ce point, mais de comprendre ce que l’auteur inconnu a voulu dire. Ce poème est connu pour être peu intelligible, justement. Comment puis-je espérer faire mieux que des prédécesseurs dont la compétence en Vieux Norois est incomparablement supérieure à la mienne ? Je vais partir de principes différents.
D’abord, je trouve qu’il y a une recherche un peu scolaire, chez les universitaires spécialistes de la langue scaldique, de l’unicité de sens. Cela me fait penser aux professeurs de Latin qui nous donnaient une mauvaise note quand nous ne traduisions pas comme eux. Si les poèmes scaldiques étaient à un seul sens, ils seraient ennuyeux au possible, et je ne vois pas pourquoi on ne les laisserait pas à leur noble poussière. Il se trouve que le peu que j’ai pu traduire moi-même est passionnant car on découvre une telle multiplicité de sens que ça en est un peu étourdissant, au contraire. Dans la limite de mes moyens, et quand cela affecte le sens du poème, j’essaierai de vous faire participer à cette multiplicité.
Ensuite, un poème scaldique est censé refléter assez étroitement les mythes scandinaves tels que nous les connaissons par ailleurs au travers des poèmes scaldiques, eddiques, des sagas et de l’œuvre admirable de Snorri Sturluson. Ce poème dévie évidemment de cette norme, il ne faut pas chercher à l’y rattacher systématiquement. Mon hypothèse de travail est qu’il s’agit d’une version tragique inconnue (ou imaginée par l’auteur) du mythe des pommes de jeunesse. Le point de départ en est le même : la déesse Idun (Íðunn) quitte le séjour des Ases, Asgard (Ásgarðr). La suite n’a rien à voir avec ce mythe connu et se rattache évidemment à celui du Ragnarõk, comme nous le verrons (nous notons le ‘o cédille’ par õ).
Enfin, un poème scaldique n’est pas censé être un manifeste féministe. Voir ce poème sous cet angle permet à mon avis d’en comprendre tous les aspects.
Cette version utilise deux des versions de ce poème que l’on trouve sur la toile:
la version de Thorpe, http://www.squirrel.com/squirrel/asatru/hrafnagaldr.txt
la version de Eysteinn Björnsson et William P. Reaves, http://www.hi.is/~eybjorn/ugm/hrg/main.html
Cette dernière version a maintenant disparu et se retrouve partiellement à l’adresse : http://www.hi.is/~eybjorn/, avec un lexique spécialisé qui présente le point de vue de Björnsson. J'ai utilisé la version en Vieux Norois donnée par ce site. Une autre version en Vieux Norois est aussi donnée à http://home.nvg.org/~gjerde/norn/Bugge/forspjal.html.
On peut aussi consulter la traduction anglaise de: http://www.stavacademy.co.uk/mimir/elder1.htm.
Enfin, la toile présente également une version un peu bizarre due à Elsa-Brita Titchenell, http://www.theosociety.org/pasadena/odin/odin-27.htm.
Je remercie beaucoup W. Reaves qui m’a fait de nombreux commentaires que j’ai inclus dans cette version.
Il arrive que je propose une traduction différente de la leur, presque toujours avec une discussion de la raison pour laquelle je le fais. Mes sources pour proposer des interprétations nouvelles ne sont malheureusement pas traduites en français. La principale est le fameux dictionnaire de Jan de Vries, Altnordisches etymologisches Wörterbuch, Leiden 1961. J’utilise aussi le Kurzes Wörterbuch que Hans Kuhn a associé à son édition du Codex Regius (Carl Winter-Universität Verlag, 1968) qui fait le sommaire du sens des mots tels qu’il les comprend dans l’Edda poétique. De même, l’anthologie de la poésie scaldique de Kock et Meissner, Skaldisches Lesebuch (Max Niemeyer Verlag, 1931), comporte un lexique spécialisé à la langue des scaldes, Teil 2 : Wörterbuch (217 pages). Le dictionnaire en danois (malgré son titre en latin) de Sveinbjörn Egilsson, Lexicon Poeticum Antiquae Linguae Septentrionalis, a été réédité par Finnur Jónsson comme Ordbog over det norsk-ilsandske Skjalesprog Copenhague, 1931. Il est arrivé que je ne puisse pas trouver certains mots dans ces dictionnaires, j'ai alors utilisé An Icelandic-English dictionary de Cleasby, Oxford Universty Press, 1962.
Pour les poèmes scaldiques en général, on dispose, à ma connaissance, de trois anthologies complètes et de trois incomplètes. La datation du Galdr du Corbeau d’Óðinn étant discutée, ce poème n’est pas inclus dans ces anthologies.
1. On trouve sur le web un monumental travail, encore en cours, d’édition des poèmes scaldiques du Moyen Âge scandinave, mais sans traduction, à http://www.skaldic.arts.usyd.edu.au/.
2. L’anthologie la plus complète est celle de Finnur Jónsson Den norsk-islandske Skaldedigtning qui contient une édition des poèmes en Vieux Norois, avec les variantes observables selon les manuscrits (volumes A1 et A2), une édition de synthèse avec une proposition d’ordre ‘normal’ des mots et une traduction en danois (volumes B1 et B2).
3. L’anthologie concurrente, celle de Ernst Kock, Den norsk-isländska skaldediktningen, Gleerups Förlag, Lund, vol. 1 :1946, vol. 2 : 1949, présente les choix de Kock quant aux émendations à effectuer.
4. Celle de Kock et Meissner ne présente que quelques strophes des œuvres les plus célèbres (en Vieux Norois, pas de traduction), mais essaie de donner un exemple de la poésie de chacun des poètes connus. Environ 130 poètes sont représentés. Cette anthologie est très incomplète mais constitue une sorte de critique à l’édition de Jónsson à laquelle elle réfère implicitement. Elle sert essentiellement de support au dictionnaire cité plus haut.
5 et 6. Deux anthologies très partielles sont les suivantes. En français, celle de P. Renauld-Krantz Anthologie de la poésie scaldique ancienne Paris Gallimard, 1964. En anglais, E. O. G. Turville-Petre Scaldic poetry, Clarendon Press, 1976.
A part les anthologies, les livres de L. M. Hollander (The skalds, 1968) et de R. Boyer (La poésie scaldique, 1990) présentent des exemples de traductions et des explications détaillées de la structure de la poésie scaldique.
Pour les kennings, j’utilise ce qui semble être encore de nos jours le travail le plus complet, celui de Rudolf Meissner Die Kenningar der Skalden, Berlin 1921.
01
|
Alföður orkar, |
Le Père de tous a capacité, |
|
álfar skilja, |
les Elfes ont esprit d’analyse, |
|
vanir vitu, |
les Vanes ont connaissance, |
|
vísa nornir, |
les Nornes font signe, |
|
elur íviðja, |
Iviðja engendre, |
|
aldir bera, |
les humains portent, |
|
þreyja þursar, |
les Thurses se languissent, |
|
þrá valkyrjur. |
les Valkyries s’impatientent. |
Cette première strophe regorge d’allusions sans doute immédiatement compréhensibles au lecteur de l’époque. Je vais tenter d’en expliquer quelques-unes unes. Pour faire court, j’ai quelquefois simplifié abusivement les mythes.
Óðinn est considéré comme le père de tous les dieux appelés les Ases, donc il est le ‘père de tous’. Les premiers humains, Asc et Embla tels que les décrits la Võluspa, strophe 17, avant qu’ils ne reçoivent leur humanité, ont comme première (absence de) propriété, celle d’être lítt megandi, c’est à dire ‘de peu de capacité’. Óðinn est le modèle de l’homme nordique, il a donc essentiellement capacité (d’agir). Le verbe orka signifie travailler, être capable. On pourrait discuter à l’infini pour savoir si j’ai raison ou pas de traduire orka par être capable plutôt que par le plus classique ‘agir’, ‘travailler’. Il est certain que l’auteur de ce poème tenait pour acquis que ses lecteurs avaient une excellente connaissance de la Võluspa (nous en verrons une preuve évidente plus loin) et donc qu’ils pouvaient mettre en rapport le orka d’Óðinn et le lítt megandi de Asc et Embla.
Les Elfes sont des divinités en fait peu connues, et peu différentes des nains (qui ne sont certainement pas de petits êtres difformes comme dans l’imaginaire moderne). Les elfes sont souvent considérés comme les serviteurs ou les compagnons des Dieux. Le verbe skilja signifie diviser, séparer (et même divorcer), apercevoir, comprendre. Cette faculté est décrite dans notre langage par le mot : analyse (à l’opposé de synthèse). C’est pourquoi le poème dit qu’ils ‘analysent’.
Les Vanes sont des Dieux de la génération précédente à celle des Ases. Ils ont fait la guerre aux Ases avant de conclure une paix avec eux. Ils sont en effet très savants, et ils sont aussi possesseurs de l’art du seið ou seiðr, une méthode de chamanisme qui leur est propre et qui leur permet d’avoir connaissance de tout. Le verbe vita signifie connaître, recevoir de la connaissance.
Notez que la guerre entre les Vanes et les Ases est appelée dans la Võluspa (strophe 21) une fólcvíg, c’est à dire une guerre du peuple, non pas une guerre ordinaire.
Les Nornes sont trois géantes maîtresses du destin des humains et des Dieux, elles sont craintes même des Dieux, elles connaissent le passé et forgent le futur, qui leur est donc révélé et elles peuvent le montrer, ‘en faire signe’. Vísa, en temps que verbe, signifie montrer, faire signe.
Iviðja (‘habitante des bois’), sans doute la mère du loup Fenrir, est une géante qui a engendré quantité de monstres.
Le verbe bera signifie supporter, porter, apporter, conduire, découvrir. Les humains supportent, portent, apportent, conduisent, découvrent leur destinée. Ceci est un caractère majeur des mythes nordiques. Les premiers humains, Asc et Embla tels que les décrits la Võluspa, avant qu’ils ne reçoivent leur humanité, ont comme seconde (absence de) propriété, celle d’être ørlõglausa , sans ørlõg , sans destinée. Le concept de ørlõg a ceci en commun avec la destinée des Grecs que personne ne peut échapper à son destin. Dans le contexte nordique, cependant, les humains portent leur destinée plus qu’ils ne la supportent. Ils la portent avec plus de fierté et même d’insolence qu’ils ne la supportent avec fatalisme. C’est pourquoi le poème dit qu’ils portent (leur destinée), et non qu’ils (la) supportent.
Le mot ørlõg est le pluriel de ørlag = ør-lag. ør est un préfixe signifiant ‘hors de’ (allemand : ‘aus’, anglais : ‘out’) et lag signifie ‘quelque chose de couché’ qui a évolué en ‘legen’ en allemand et ‘lay’ en anglais . Qu’est devenu ørlag dans deux langues germaniques, l’anglais et l’allemand ?. En allemand, on a le verbe ‘auslegen’ : étaler (de la peinture) et éditer (un livre) . En anglais, curieusement, le mot ‘outlay’ : dépense, investissement a pris un sens assez lointain alors que ‘layout’ : disposition, agencement, et ‘to lay out’ : étaler, présenter, concevoir, ressemblent à l’allemand ‘auslegen’.
La peinture, les murs, le livre existent d’abord, on les étale, agence, édite ensuite.
Tout cela signifierait que les Nornes agencent notre destinée à partir de pièces existantes : elles sont les éditrices du livre de notre vie, mais elles n’en sont pas les auteurs. Le futur leur est révélé, comme dit le poème, mais elles ne le créent pas.
Les Thurses sont des géants désignés sous ce nom quand on veut insister sur leur force, leur résistance, et leur méchanceté. Ils languissent le moment où Heimdall va sonner de son cor (ce qui arrive à la fin du poème) afin d’annoncer ‘le début de la fin’, le Ragnarõk où ils attaqueront les Dieux une dernière fois. Le verbe Þreyja signifie se languir douloureusement (sens donné par Kuhn) , attendre, se languir, passer le temps.
Les Valkyries sont les servantes d’Óðinn en tant qu’il est le Dieu des batailles, elles choisissent ceux qui vont mourir. Elles sont impatientes du temps des batailles où elles exercent leur pouvoir.
Þrá signifie se languir, mais il signifie aussi, de façon un peu ambiguë, langueur, ferveur, plainte.
|
02 |
|
|
Ætlun æsir |
Les Ases se doutèrent |
|
illa gátu, |
qu’un plan mauvais se préparait, |
|
veður villtu |
Le vent, il fut troublé |
|
vættar rúnum; |
par les Esprits avec les runes; |
|
Óðhræris skyldi |
D’Óðhrærir en charge |
|
Urður geyma, |
fut Urðr d’observer, |
|
máttk at verja |
puissante est-elle à le protéger |
|
mestum þorra. |
du pire des hivers. |
Les Ases sont les Dieux Nordiques principaux. Urðr est une des trois Nornes. Óðhrærir est l’hydromel de la poésie, dont on boit pour acquérir la connaissance, il est aussi connu sous le nom de Ódrœrir.
Les runes, un des éléments principaux de la magie nordique sont en train d’être utilisées par certains êtres pour remplir le vent de confusion. La norne Urðr monte la garde pour protéger la source de la connaissance.
Les êtres qui ont connaissance des runes sont énumérés dans l’Edda poétique (Hávamál, strophe 143). Óðinn est le premier d’entre eux, mais il joue ici un rôle de maintien de l’ordre ancien, et non de perturbateur, on ne peut donc pas l’accuser, ni aucun des Ases, de troubler le vent. Par contre, on peut soupçonner l’un des autres êtres capables de se servir des runes : les géants, les elfes, les nains, les humains, ou encore les Nornes.
|
03 |
|
|
Hverfur því Hugur, |
Hugr disparaît |
|
himna leitar, |
à la recherche des cieux, |
|
grunar guma |
ils suspectent, les humains, |
|
grand ef dvelur; |
la destruction, s’il tarde; |
|
þótti er Þráins |
La pensée de Þráinn |
|
þunga draumur, |
est un rêve épais, |
|
Dáins dulu |
le rêve de Dáinn |
|
draumur þótti. |
apparaît mystérieux. |
La phrase “ils suspectent, les humains la destruction, s’il tarde” signifie que les humains suspectent la destruction si Hugr tarde.
Hugr est sans doute Hugin, ‘la Pensée’, un des corbeaux d’Óðinn avec lesquels il parcourt le monde.
Þráinn est un nain. Dáinn est un nain ou un elfe, dont le Hávamál, s. 143, dit qu’il a gravé les runes pour les elfes.
La pensée des nains s’engourdit
|
04 |
|
|
Dugir með dvergum |
Les pouvoirs des Nains |
|
dvína, heimar |
s’effritent, les mondes |
|
niður að Ginnungs |
en bas dans Ginnung |
|
niði sökkva; |
s’enfoncent dans l’abysse; |
|
oft Alsviður |
Souvent Alsviðr |
|
ofan fellir, |
tombe de là-haut, |
|
oft of föllnum |
souvent, il réunit |
|
aftur safnar. |
ceux qui sont tombés. |
La Võluspa appelle ginnunga le gouffre originel d’où l’univers va sortir au cours de sa création. Il y a ici une allusion à un retour à ce vide originel.
Alsviðr est un des chevaux qui tirent le soleil.
Les nains sont présentés maintenant comme des êtres divins chargés de maintenir le monde en place puisque le monde retourne au chaos originel quand leur pouvoir s’effrite. On comprend pourquoi la strophe précédente insiste sur le fait que leurs rêves deviennent peu clairs.
|
05 |
|
|
Stendur æva |
Tenir ne peuvent |
|
strind né röðull, |
Terre ni Radiance, |
|
lofti með lævi |
des atmosphères pleines d’imposture |
|
linnir ei straumi; |
forment des courants incessants; |
|
mærum dylst |
Est dissimulée dans la glorieuse |
|
í Mímis brunni |
fontaine de Mímir |
|
vissa vera; |
de toute sagesse le séjour; |
|
vitið enn, eða hvað? |
Sais-tu déjà, ou quoi? |
La fontaine (ou puits) de Mímir est située au pied de l’arbre du monde, et d’où coule toute sagesse.
La strophe parle déjà du vent, rendu confus par les runes, et la strophe 1parlera encore d’un vent mauvais ‘de géante’: ce concept paraît dominant dans le poème. Le mot lopt ou loft signifie loft (comme on dit en franglais moderne), balcon, atmosphère, air.
La Võluspa demande aussi plusieurs fois: “vitoð ér enn, eða hvat?” (désires-tu en savoir plus, ou quoi?). On dirait qu’ici le poète a désiré parodier une fois cette expression, en demandant maintenant, presque avec les mêmes mots: “As-tu déjà compris ce qui va arriver?” Bien entendu, le lecteur de l'époque connaissait ces mythes parfaitement bien, et savait ce qui allait arriver!
|
06 |
|
|
Dvelur í dölum |
Elle reste dans la vallée |
|
dís forvitin, |
la Dise avide de connaissance, |
|
Yggdrasils frá |
d'Yggdrasill |
|
aski hnigin; |
du frêne tombée; |
|
álfa ættar |
De race elve, |
|
Íðunni hétu, |
Íðunn était son nom, |
|
Ívalds eldri |
d’Ívald la plus jeune |
|
yngsta barna. |
de l’ancienne portée. |
Ívald est un patriarche Elf ; on appelle souvent les elfes, les enfants d’Ívald.
On peut traduire dis par ‘femme’ et forvitin par ‘curieuse’ si on désire renvoyer Íðunn à ses casseroles et ses papotages de bonne femme. Je suppose que la poétesse voulait que cette interprétation soit possible, mais je vais expliquer maintenant pourquoi mon interprétation est beaucoup plus probable.
Cette strophe est une des charnières du poème.
Une Dise est une divinité féminine qu’on rapproche très souvent des Nornes. D’ailleurs un poème germanique, un des charmes de Mersebourg rappelle que les dis sont de nature divine : “Eiris sazun idisi, sazun hera duoder” (autrefois l’Idisi (dis) était assise, ici et là assise).
Elle était ‘assez haut’ dans Yggdrasill dont elle est tombée, on peut donc supposer qu’elle vivait avec les Dieux dans Ásgarðr, qui se trouve en hauteur dans Yggdrasil. Elle est de la race des Elfes et elle est la plus jeune de sa génération qui est cependant antique. Enfin, on peut supposer que c’est à cause de son ‘avidité de connaissance’ qu’elle est tombée, mais on n’en saura pas plus dans la suite.
Ceci exclut qu’elle soit une des trois Nornes, et en particulier qu’elle soit Urdr, la Norne de l’avenir. En effet, Urdr n’est pas de race elfe mais de la race des géants, et elle ne vit pas dans Ásgarðr.
Enfin, le poème dit que son nom était Íðunn (sans doute: tant qu’elle vivait avec les Ases). Íðunn est le nom de la femme de Bragi, le Dieu poète, et qui est détentrice des pommes qui empêchent les Dieux de vieillir. Les commentateurs ont vu dans ce poème une sorte de continuation d’un mythe où Íðunn est enlevée, avec ses pommes, par un géant. Comme la suite du poème le montrera, on ne parle pas du tout de cela dans ce poème, et donc cette interprétation est clairement fausse. Par contre, rien n’interdit qu’on ait là une version du départ d’Íðunn, très différente du mythe de la perte de pommes de la jeunesse. Maintenant Íðunn, au lieu d’emporter ses pommes avec elle, emporte une forme d’esprit, l’avidité à connaître, qui manifeste d’un autre pouvoir. Il est possible que nous ayons ici la version tragique de la version comique plus classique, où les Ases sont ridiculisés et où Íðunn apparaît comme une petite sotte.
Le nom d’Íðunn est très important puisque ce nom va varier pour désigner la fonction nouvelle qu’elle exerce. Il est classique de comprendre Íð-unn : pour-toujours-jeune. Íð signifie travail, réalisation. De plus, traduire unn par jeune revient à le modifier en ungr = jeune, alors que unna signifie aimer et unnr signifie épée et peut être un nom d’Óðinn (alors appelé ‘le bien-aimé’). Enfin, unnr ou uðr signifient la vague (Kock et Meissner ne donnent que ce sens). De plus, nous avons une indication sur la façon dont le unn devrait se comprendre puisqu’un poète, Þjóðólfr ór Hvini, le découpe volontairement dans son Haustlõng :
þá vas Ið með jõtnum / unnr [ou, selon les éditeur de ce poème: uðr] nýkomin sunnan; (alors Ið-unnr venant du sud arriva chez les géants).
Donc Íðunn peut signifier la réalisation, la complétion, la finalité de la vague. En l’absence d’un génitif clairement indiqué, il n’est pas possible de l’affirmer, mais son sens normal serait même la vague de la finalité. En tous cas, qu’Íðunn signifie réalisation de l’épée, de la vague, de l’amour, ou à l’inverse, l’amour, la vague ou l’épée de la réalisation, tous font sens, mais aucun n’évoque particulièrement le maintien de la jeunesse, visiblement inspiré par le mythe des pommes de jeunesse.
|
07 |
|
|
Eirði illa |
Se plaisait fort peu |
|
ofankomu, |
celle venue depuis là-haut, |
|
hárbaðms undir |
du très haut arbre |
|
haldin meiði; |
maintenue sous l’arbre; |
|
kunni síst |
N’appréciait pas du tout |
|
að kundar Nörva, |
chez les filles de Nörvi |
|
vön að værri |
en manque d’un meilleur |
|
vistum heima. |
logement chez elle. |
L’arbre très haut est l’arbre du monde, au pied duquel se trouve la fontaine de Mimir, évoquée dans la strophe 5.
Nõrvi est le père de Nuit, c’est à dire qu’elle est chez ‘Nuit’. Les deux mots baðmr et meiðr signifient ‘arbre’. Íðunn est donc maintenue (le sens propre du verbe halda, p. p. haldinn, est de ‘tenir dans la main’) sous l’arbre du très haut arbre.
Cette strophe est d’apparence anodine : Íðunn semble, au début, regretter d’être tombée dans le monde décrit comme fait de nuits éternelles. Cependant, comme dans les strophe suivantes elle va refuser de revenir, c’est que les avantages de ce nouveau monde sont suffisamment importants pour contrebalancer ce déplaisir initial.
|
08 |
|
|
Sjá sigtívar |
Virent les Dieux victorieux |
|
syrgja Naumu |
La peine de Nauma |
|
viggjar að véum; |
Dans les places sacrées du cheval; |
|
vargsbelg seldu, |
Une peau de loup à elle donnée, |
|
lét í færast, |
elle s’en couvrit, |
|
lyndi breytti, |
changea sa façon de penser, |
|
lék að lævísi, |
prit plaisir ‘à la calamité’, |
|
litum skipti. |
son aspect modifia. |
“Les Dieux victorieux” est une formule toute faite, mais peut exprimer aussi une ironie du fait que le poème décrit leur défaite plutôt que leur victoire.
“les places sacrées du cheval” c’est à dire le temple du cheval. Ici, le cheval est vu comme un bel animal sauvage et non pas comme les loques, certes encore belles, que nous en avons fait.
varg signifie ‘loup, malfaisant, banni’ : Íðunn est bannie du séjour des Dieux et elle devient en même temps une sorcière malfaisante. On peut admirer le raccourci !
“son aspect modifia” ne fait que suivre l’ordre des mots du poème : elle modifia son aspect.
Íðunn change donc de nom, et même de personnalité. Nauma est un nom de géante, d’île ou de rivière signifiant l’étroite, la maigrichonne. Ce nom semble aussi étymologiquement lié à la rune Nauð, la rune de la nécessité : Íðunn aurait-elle perdu son embonpoint de déesse et pris l’aspect décharné de la nécessité ? En tous cas, les deux premiers vers sont la suite de la strophe précédente, mais le reste de la strophe va manifester du changement de Íðunn en Nauma.
Elle se met à pratiquer un art, celui des changeurs de formes, qui semble avoir été interdit dans Ásgarðr. Qu’elle prenne plaisir à pratiquer cet art qualifié de calamiteux par le poète fait d’elle un être nouveau. Elle devient donc une sorcière, une võlva comme les Vikings appelaient ces femmes capables des plus grandes prouesses chamaniques. Ces pouvoirs chamaniques font l’objet de railleries ou d’insultes systématiques dans les sagas et les inscriptions runiques, il n’est donc pas étonnant qu’on les appelle ici une calamité.
Dans la Võluspa, c’est justement une võlva qu’Óðinn consulte, et ici c’est une ancienne elfe, devenue võlva. Nous verrons qu’elle refusera de répondre aux questions. Non seulement elle quitte les joies d’Ásgarðr, puis elle prend plaisir à sa nouvelle condition, mais elle va jusqu’à montrer de l’indépendance en refusant de répondre aux questions d’Óðinn ! Mon opinion est que si on trouve que cette attitude est en effet scandaleuse, on ne pourra pas comprendre le poème, alors que si on la trouve normale, le poème est relativement clair. C’est pourquoi il ne me semble pas impossible du tout que ce poème ait été écrit par une poétesse, et une poétesse visiblement exaspérée par les sous-entendus constants de la poésie scaldique sur la supériorité des valeurs ‘masculines’ de résistance physique, de courage au combat etc. Ce poème insiste sur l’importance de la valeur ‘féminine’ de l’avidité pour la connaissance. Cette dernière phrase pourrait être comprise comme ironique par certains, alors que les sagas montrent parfaitement bien que dans la société moyenâgeuse islandaise, il est usuel de considérer que les ‘femmes-sages’, (qu’on appellera sorcières plus tard), sont des puits de connaissance.
|
09 |
|
|
Valdi Viðrir |
Viðrir sélectionna |
|
vörð Bifrastar |
le gardien de Bifrõst |
|
Gjallar sunnu |
du soleil sonnant |
|
gátt að frétta, |
(à) l’ouverture demander |
|
heims hvívetna |
du monde partout |
|
hvert er vissi; |
où elle savait de cela; |
|
Bragi og Loftur |
Bragi et Loftr |
|
báru kviðu. |
portaient témoignage. |
Viðrir est un des nombreux noms d’Óðinn, signifiant ‘celui qui règne sur le temps (le temps qu’il fait)’.
Bragi est le dieu de la poésie, et le mari d’Íðunn. Loftr (=‘l’aérien’, ‘celui du loft’) désigne Loki.
Bifrõst est le pont qui relie Ásgarðr aux autres mondes. Son gardien est Heimdall. Heimdall doit donc descendre aux enfers pour interroger cette nouvelle võlva qu’est devenue Íðunn. Pour faire bonne mesure, on lui adjoint l’ancien mari d’Íðunn qui pourra peut être la convaincre de parler, et Loki dont l’intelligence peut toujours servir au cours d’une telle mission diplomatique.
Heimdall possède un cor, le Gjallarhorn, ce qui signifie : le cor hurlant. Gjõll peut être aussi le nom d’une rivière souterraine, ou le nom de la dalle de pierre à laquelle le loup Fenrir a été enchaîné. Cependant, son sens normal (celui donné par Kock & Meissner) est de ‘le bruyant, le hurlant, le bruit de la bataille’. On peut voir donc gjallar comme le génitif de gjõll, ce qui donne ‘du soleil de gjõll’, ou bien lire Gjallarsunnu, ‘du soleil bruyant’. Une confusion supplémentaire vient de ce que võrð signifie la femme, et que võrðr signifie le gardien. Il est clair qu’appeler Heimdall võrð, c’est émettre des doutes sur sa virilité. Enfin, pour compléter la confusion, le génitif sunnu peut être raccordé à võrð ou bien à gatt ( = l’ouverture d’une porte) qui est une façon classique en poésie de parler d’une femme, façon dont les sous-entendus sexuels sont évidents. Je ne vous donne pas toutes les combinaisons de sens possibles. J’ai choisi ‘le gardien de Bifrõst’ et ‘l’ouverture du soleil sonnant’, mais il faut lire une sorte de bouillonnement de sens différents, bien entendu intraduisible.
|
10 |
|
|
Galdur gólu, |
Ils gueulèrent le galdr, |
|
göndum riðu, |
ils chevauchèrent des bâtons (magiques), |
|
Rögnir og Reginn |
Rõgnir et Reginn |
|
að ranni heimis; |
vers la demeure de Terre; |
|
hlustar Óðinn |
Óðinn écoute |
|
Hliðskjálfu í; |
dans Hliðskjálf; |
|
leit braut vera |
observe des voyageurs |
|
langa vegu. |
le lointain parcours. |
gola est un nom féminin signifiant ‘le vent, le gros intestin’, et peut être aussi un verbe signifiant ‘hurler’.
Le galdr est un chant-hurlement magique à base de runes.
Il existe une expression classique proche de celle utilisée ici, renna gõndum, qui signifie voyager comme une sorcière. gandr signifie ‘bâton magique, magie, loup’ et gõndum en est le datif pluriel. Le balai des sorcières de l’inquisition doit être issu de cette image. . Ce mot est utilisé pour designer deux monstres: Jõrmungandr, ‘l’immense bâton magique’ (voir une discussion du sens exact de ce mot ci-dessous avec la strophe 25) qui entoure le monde des humains, et Vánargandr, un nom donné au loup Fenrir
Hliðskjálf est une tour placée dans Ásgarðr.
rõgnir peut être un nom d’Óðinn mais signifie essentiellement ‘le prince, le maître’. regin signifie ‘le donneur de conseil’, et par extension, ‘les Dieux’.
ranni heimis peut être traduit par ‘la demeure de Terre’ ou par ‘la demeure de Heimir’, où Heimir est le nom d’un géant . Tous deux font allusion à un monde inférieur, celui où Nauma vit maintenant.
Titchenell et Thorpe traduisent de sorte qu’on comprenne que Heimdall, Bragi et Loki ont pratiqué la magie pour voyager, alors que Björnsson et Reaves s’élèvent contre cette interprétation puisque la pratique de la magie est strictement interdite dans Ásgarðr. De plus, un fameux poème eddique, la Lokasenna (‘les chamailleries de Loki’) met sur le même plan Loki pour avoir eu un poulain alors qu’il s’était transformé en jument, et Óðinn pour avoir “battu le tambour comme un sorcier”. Accuser un homme de pratiquer la sorcellerie est une insulte classique, avec même parfois des sous-entendus graveleux relatifs au plaisir ressenti par l’homme en train de se faire sodomiser. Comme le texte est ambigu, on peut comprendre que Heimdall, Bragi et Loki ont pratiqué la magie, ou bien que des géants sont venus les chercher en pratiquant la magie. Cette dernière interprétation est tout à fait possible, d’autant que nous retrouverons dans la strophe 17 une certaine confusion entre les géants transporteurs et les Dieux transportés.
Que la poétesse n’ait pas été consciente de cette ambiguïté me paraît tout à fait impossible, et donc j’y vois une insulte voilée vis à vis des Dieux, principalement de Heimdall qui a déjà été appelé võrð Bifrastar, ‘la femme de Bifrõst’, dans la strophe 9 et dont on verra par la suite qu’il se comporte guère comme un fier guerrier.
|
11 |
|
|
Frá enn vitri |
De la sage, encore, [aussi : Demanda le sage] |
|
veiga selju |
Donneuse des pouvoirs, [aussi : à la serveuse de boisson forte] |
|
banda burður |
Des Dieux le descendant |
|
og brauta sinnar; |
Et ses compagnons de route (demandèrent), |
|
hlýrnis, heljar, |
Du cieux la structure, des habitants de Hel |
|
heims ef vissi |
Du monde si elle savait |
|
ártíð, æfi, |
Du début des temps, de l’éternité, |
|
aldurtila. |
De la mort. |
Le texte est encore une fois admirablement ambigu. Soit un sage (Heimdall) demande à une servante comment l’univers est structuré (l’interprétation classique), soit c’est une sage à qui ces questions difficiles sont posées, selon mon interprétation.
L’interprétation que je donne en premier vient de l’interprétation suivante du sens des mots : frá = de, au sujet de ; enn = encore; vitri = dat. de l’adjectif vitr = intelligent;
De veiga = f. gen. plur. de veig: ‘puissance, pouvoir, boisson forte, femme, or’, je choisis le sens ‘pouvoir, puissance’ alors que les autres interprétations choisissent ‘boisson forte’. selja en tant que nom féminin signifie un saule, ce qui est une image classique pour une femme, et en tant que verbe ‘donner possession’. Ces sens s’accordent parfaitement bien avec une ‘donneuse de pouvoir’, une femme puissante qui vous accorde une grâce.
L’interprétation entre parenthèse est celle des autres traducteurs. frá est vu comme le prétérit de fregna : demander, recevoir de l’information. Si on choisit cette interprétation, alors enn devient une forme archaïque de inn, ‘le’, et vitri une nominalisation en masculin nominatif faible de vitr, ‘sage’, et c’est le sage qui demande quelque chose. Ce sage est évidemment Heimdall puisqu’il est chargé de demander quelque chose. D’où la traduction classique : “Demanda le sage (Heimdall) à la serveuse d’hydromel etc.”
Et voilà notre Íðunn-Nauma remise à sa place de bonne femme qu’elle n’aurait jamais dû quitter ! Bien entendu, ce sens est parfaitement possible, et je crois, il est même le premier sens à comprendre de ces vers. Mais il est justement à double sens, et la petite serveuse d’hydromel est aussi, et tout autant, la sage donneuse de pouvoir. Au lecteur de décider la version qui lui plaît le plus. Bien entendu, je vois ici un clin d’œil de l’auteur du poème à ses lecteurs ‘non-machos’.
(Clin d’œil à MES lecteurs : en passant ce texte au correcteur d’orthographe, celui-ci a détecté une faute de français et me propose de corriger ‘la sage’ en ‘le sage’. Ne me dites pas que ces préjugés sont des vieilleries dépassées !°).
|
12 |
|
|
Né mun mælti, |
Elle tut sa pensée, |
|
né mál knátti |
ni pu parole |
|
Gefjun greiða, |
Gefjun prononcer, |
|
né glaum hjaldi; |
ni émettre des bruits joyeux; |
|
tár af tíndust |
Des larmes jaillirent |
|
törgum hjarnar, |
des boucliers du cerveau gelé, |
|
eljunfaldin |
la puissante était |
|
endurrjóða. |
privée de sa rougeur. |
Les boucliers du cerveau sont les orbites. Gefjun est le nom d’une déesse. Elle prend la parole juste après Íðunn dans Lokasenna. Gefn est un nom pour Freya signifiant ‘celle qui donne’. Gefjun signifie sans doute ‘la charitable’ car l’origine probable de ce nom est une racine germanique signifiant ‘charité’, et, pour une plante, ‘prospérer’.
Pour mieux comprendre le sens de cette strophe, rappelons que la Võluspa nous dit que l’humanité fut donnée à Ask et Embla par trois Dieux.
|
õnd gaf Óðinn, óð gaf Hœnir, lá gaf Lóðurr oc lito góða. |
souffle donna Óðinn, fureur donna Hœnir, rougeur de vie donna Lóðurr et couleur bonne. |
óð signifie ‘la fureur’ qui peut être pris dans le sens de ‘fureur de vivre’ ou même plutôt de ‘fureur poétique’. lá est habituellement traduit par ‘sang’, mais Kuhn donne explicitement Lebensröte, rougeur de vie. |
Cette strophe nous dit donc que Íðunn-Nauma, devenant Gefjun, est devenue charitable et puissante mais elle a perdu son humanité : elle ne peut plus parler car elle n’a plus de souffle, elle pleure et perd donc sa fureur de vivre, et elle perd ses “bonnes couleurs”, elle est privée de lá, de couleur rouge. Aucune des autres traductions n’accepte de voir l’évidente rougeur de rjóða (= rougir, couvrir de sang), c’est pourquoi j’ai cru nécessaire d’appeler la Võluspa à ma rescousse.
Gefjun est donc l'incarnation d'Íðunn vue maintenant comme une võlva chargée d'annoncer l'avenir. Ce qu'elle pressent est tellement affreux qu'elle est incapable de l'exprimer. Le poème dit clairement qu'elle ressent quelque chose, elle est maintenant dominée par son pouvoir chamanique, elle est, au moins partiellement, privée de son humanité.
Un mot de cette strophe mérite une analyse plus profonde. Il s’agit de hjarnar qui peut venir de deux mots différents.. Hjarni est ‘le cerveau’ et hjarn est ‘la neige glacée’. Chacun des deux a hjarna pour génitif pluriel si bien que la forme hjarnar est mystérieuse dans ce poème, comme le remarquent Björnsson et Reaves. Le ‘bouclier arrondi du cerveau’ est un kenning tellement classique qu’il est normal de considérer que hjarnar soit une forme atypique du génitif pluriel de hjarni. Mais hjarn, utilisé ironiquement, sans doute aussi possible. Il est évident que ces deux mots sont très semblables et ont dû être utilisés maintes fois dans des plaisanteries du type genre “ton cerveau est aussi actif que de la neige glacée”. Je pense donc que le poème suggère que le cerveau d’Íðunn-Nauma-Gefjun ne fonctionne plus correctement. Elle semble être abrutie par l’énormité de ses connaissances.
Remarque :
La seconde strophe du poème runique Norvégien dit:
er af illu jarne;
opt loypr ræinn á hjarne. (souvent marche en s’enfonçant l’orignal sur la neige glacée.)