Un avis non passionnel sur les Rovás ou ‘runes’ hongroises
par
Yves Kodratoff
<nordic-life.org/nmh>
Le sujet et
même l'existence d'une écriture semblable au runique provenant de la Hongrie
est souvent superbement ignorée par les runologistes, même quand ils discutent
de l'origine possible des runes. Pire, il semble que l'Académie hongroise de
Sciences ne veille même pas entendre parler de ce sujet. Ainsi, il est laissé à
une poignée des hongrois fidèles qui essayent de montrer l'antiquité de leur
écriture de Rovás. Ainsi, comme peu de personnes sont actives dans ce domaine,
il ne peut que présenter de graves lacunes. Particulièrement quand un jeu de
signes est trouvé, rien ne prouve qu'il représente des runes, des rovás, ou des
lettres gothiques, etc. L'identification ne survient que lorsque quelques
études archéologiques ont été exécutées, les formes bien reconnues pour
appartenir à un alphabet donné, et qu’on peut donner une interprétation. Alors,
un ensemble logique de connaissances se forme sur le sujet.
En opposition
à ce que j'ai pu croire d'abord, les Hongrois avec qui j'ai correspondu m'ont
montré que cet ensemble de connaissances existe, quelque chancelant qu'il
puisse être, mais il n'est pas officiellement reconnu, ni même diffusé parce
que le relativement petit nombre des gens capables de comprendre la langue
hongroise ne permet pas une discussion générale des vieilles versions de cette
langue.
Mes
remerciements les plus chaleureux vont à Susan
Tomory qui a en partie traduit certains des
documents disponibles en Hongrois sur les rovás. Elle a aussi répondu avec
gentillesse à mes nombreuses questions naïves, et moins naïves. Sans son aide,
le travail présenté aurait ici été impensable.
Malgré ma
gratitude pour Susan, cette présentation est faite avec un esprit critique, je
n'essaye pas de cacher de possibles incohérences, je les indique plutôt. Ceci
étant dit, une exposition simple, d'une façon objective et sans passion, sans
être dérangé par des théories linguistiques ou par des hypothèses sur l'origine
des peuples magyars, ne semble pas exister. C'est ce que j'ai essayé de
présenter ici: ce qui est connu et inconnu sur les rovas, un point c'est tout.
Quelques liens www
sur les rovás
1.
Journal
of The Institute For Hungarian Studies à
http://www.acronet.net/~magyar/english/96-10/magyarad.htm
Susan Tomory est l’éditeure en chef de ce journal.
2. Un
"alphabet" rovás à : http://<!--keytext-->www.imagesoft.net/hungary/hun101/fx010015.htm
3.
Nombreuses rovás et des images, mais les textes sont en Hongrois, à http://www.inforum.hu/rovas/
Sur l'existence d'un alphabet rovás cohérent.
Les rovás et les alphabets runiques
Puisque
beaucoup, comme moi il y a quelques années, ignorent tout des Rovás, il semble
nécessaire de souligner combien cet alphabet est solidement établi. Antal
Karoly Fisher, dans Hun-Magyar Iras (L'écriture des Huns-Magyars, Heisler J.
Könyvnyomdaja, Budapest, 1889), compare les lettres et la valeur phonique de
douze découvertes faites entre 1501 à 1753. La sons associés aux lettres ont
été obtenus après déchiffrement de l'inscription, ou bien ils viennent
directement d'un alphabet auquel les sons des lettres sont attachés.
Même les
petites variations observées confirment la cohérence globale de l'alphabet des
Rovás magyar. Par exemple, le son CZ peut être rendu par
, qui est employé comme la forme de CZ canonique et les variations sont
comme suit. La même forme quelque peu arrondie comme dans
ou avec une ligne centrale
raccourcie comme dans
ou d'autres formes semblables d'une
grande fantaisie comme
. Même cette dernière ne peut pas être confondue avec une autre lettre. Les
plus grandes variations que l'on peut observer sont l'étrange A montré
ci-dessous dans la table 1 et la forme du son appelé ‘vég-K’ (‘K en fin de
mot’, qui est placé à la fin des mots pour exprimer le pluriel) qui peut
ressembler à un Z ou à un N.
Cela signifie
que l'alphabet rovás est bien connu et bien fixé depuis le XVIème siècle.
Voici une
version dans laquelle j'ai inclus les variations observées qui peuvent rendre
perplexes un lecteur. Hélas, la plupart des publications présentent le ‘vrai’
alphabet rovás magyar sans en donner les variations possibles, ce qui diminue
leur crédibilité.
Je saisirai
l'occasion de montrer les détails de l'alphabet magyar pour mettre à côté de
chaque caractère rovás la rune germanique qui semble la plus semblable, plus sa
valeur sonore. Quand aucun équivalent runique n'est disponible, alors je
donnerai quelques autres formes équivalentes dans les alphabets antiques. Mon
but est de montrer là très clairement deux choses : d'une part les valeurs sonores
des rovás et des runes n'ont rien de commun, d'autre part la plupart de
leurs formes sont communes. Cette dernière déclaration est rejetée
apparemment avec la même force par les spécialistes des rovás et par ceux de
runes. Vous jugerez par vous mêmes combien ils se trompent.
|
ROVÁS Valeur
phonique suivie des formes possibles Formes comme proposées par Fischer |
RUNES Forme de
Futhark Germanique ressemblant au rovás à gauche, suivi par le son qui leur
est associé. Formes
présentées par Bengt Odenstedt, Origin
and early history of runic script, Almquist 1990 On donne
d'autres formes équivalentes issues d'alphabets antiques quand il n'y a aucun
équivalent runique : |
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A, Á: |
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B : |
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CS : |
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CZ : |
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D : |
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E : |
Aucune
forme de rune équivalente, aucune forme équivalente dans un alphabet antique. |
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É : |
Aucune forme de rune
équivalente mais comme le latin ancien et l’étrusque C |
|
F : |
Aucune
forme de rune équivalente mais
rappelle le grec ancien, le phénicien, et l’étrusque theta: |
|
G : |
latin ancien et
étrusque A: |
|
GY : |
|
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H : |
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I, Í : |
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J : |
|
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Köz-K : |
|
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Vég-K : |
Forme runique: |
|
L : |
Aucune
forme de rune exactement équivalente mais rappelle |
|
LY : |
Aucune
forme de rune équivalente mais rappelle
l’étrusque O: |
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M : |
|
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N : |
Aucune
forme de rune équivalente, mais
latin ancien et étrusque C. |
|
NY : |
Aucune
forme de rune équivalente mais
latin D. |
|
O, Ó : |
Aucune
forme de rune équivalente, rappelle
le grec classique nu. |
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Ö : |
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P : |
|
|
R : |
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S : |
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SZ : |
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|
T : |
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|
TY : |
Aucune
forme de rune exactement équivalente mais rappelle la
G-rune: |
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U, Ú : |
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Ü : |
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V : |
|
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Z : |
|
|
ZS : |
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Table
1 : Diverses formes de rovás et
forme semblable de la rune ayant un son différent.
Il est facile
de voir que tout les rovás ont une forme qui est quelque peu semblable à celle
des runes (mais ne représentent pas le même son), sauf que les rovás utilisent
une forme arrondie comme E et LY. Un peu plus loin nous montrerons quelques
rovás "imparfaits " qui sont totalement absents des runes.
Inversement,
quelques runes, comme
TH :
, P :
, J : ![]()
n'existent
pas parmi les formes des rovás. L'impression générale est cependant celle d'une
grande parenté, avec quelques divergences. Les deux divergences principales
sont donc les rovás "imparfaites" et les runes th, p, j.
Il doit être
rappelé cependant, que la pratique habituelle de comparaison de deux alphabets
est de comparer des formes rendant le même son, ce qui arrive souvent en grec,
latin et dans les alphabets étrusques montrés ci-dessous dans la table 3.
Puisqu'il peut être dit qu'aucun des sons des rovás ne correspond à un son des
runes de la même forme, la pratique standard amène à conclure que les runes et
les rovás sont des systèmes d'écriture complètement distincts. Autrement dit,
il n'y a aucun moyen par lequel on pourrait prétendre que l'une a été à
l'origine de l'autre, ou qu'elles ont un ancêtre commun.
Les Rovás et leurs liens avec les écritures
antiques
La majorité
de ce que je présenterai dans cette section vient de : Az
Ékírástól a Rovásírásig ("De l'écriture cunéiforme aux rovás"), par Walter Anna Fehérné,
publié par Magyar Öskutatas, Buenos Aires 1975.
Dans son
livre bien documenté, W. A. Fehérné soutient l'idée que les formes des rovás
d'aujourd'hui ont lentement apparu par une transformation progressive de formes
très anciennes, qui peuvent être tracées d'après l'écriture cunéiforme datant
d'environ 6000 AvJC. Pour vous donner une idée de ces toutes premières formes,
voici les exemples de découvertes ultérieures, datant d'environ 2400 AvJC et
faites dans les sites appelés Sitovo et Gradesnica, tous les deux situés dans
ce qui est maintenant la Bulgarie.

Figure
1 : un échantillon de la sorte d'écriture trouvée à Sitovo

Figure
2 : une liste des signes trouvées sur les
inscriptions de Gradesnica
Jovan
Todorovic a réuni les signes d'une telle façon que des formes semblables
puissent être comparées entre elles et avec les signes trouvés dans l'alphabet
phénicien (il les appelle "Crétoises-Mésopotamiennes" mais ils
suivent l'alphabet phénicien "Mesa" - l'utilisation de l'alphabet
"Ahiram" de 1000 AvJC ne diminuerait
que légèrement la ressemblance). La similitude de forme est le seul
critère de placement de chaque signe. Il est évident que quelques formes
pourraient changer de place, comme les tables suivantes le montrent. Cependant,
vous pouvez vérifier par vous-mêmes que même la critique la plus sévère ne
changera pas considérablement la table de Todorovic.
Karanovo et
Sitovo sont situés dans ce qui est maintenant la Bulgarie, Vinca est à la
frontière de la Hongrie, de la Roumanie et de la Bulgarie, Tatárlak et Tordos
sont en Roumanie.
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Alphabet
phénicien "Mesa" 850 AvJC. |
Karanovo |
Tatárlak |
Sitovo |
Vinca |
Tordos |
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